Le Bleu des Vosges : De la Plante à la Bouture, un Voyage au Cœur de la Myrtille Arbustive

La vallée de l’Ourche, serpentant d’étang en étang, abrite des trésors verdoyants, dont la ferme de Briseverre, nichée près de la source de la Saône. Ce lieu, autrefois terre de verriers, est devenu un havre pour les amateurs de fruits rouges, attirant une foule nombreuse, venue assouvir sa soif de saveurs estivales. Groseilles, cassis, fraises, framboises, et surtout, les myrtilles, y célèbrent leur heure de gloire. À 3,30 € le kilo, l'auto-cueillette de myrtilles offre une motivation supplémentaire pour l'effort. Depuis 1990, la ferme de Briseverre ouvre ses portes aux gourmands, et c'est en 2002 que Caroline Barbier reprend l'exploitation.

Champ de myrtilliers en culture

Sur les 40 hectares de la ferme, une dizaine est dédiée à la culture des petits fruits, dont les deux tiers sont consacrés à la myrtille, plus précisément à sa cousine canadienne : le bleuet. Il est essentiel de ne pas confondre : « C’est une myrtille arbustive plus grosse que la brimbelle mais sa chair est blanche, pas violette », explique Caroline Barbier. Elle concède volontiers que le fruit cultivé n'égale pas les qualités gustatives de la myrtille sauvage. Reine-Marie, une visiteuse parisienne à la retraite, confirme : « Elle est plus grosse mais moins acidulée, moins goûteuse ». Habituellement adepte des myrtilliers du massif du Hohneck, elle a dû faire une exception cette année en raison d'une météo trop sèche qui a affecté les "brimbelles" sauvages.

Les Variétés de Myrtilles et Leurs Spécificités

Il existe plusieurs types de myrtilles, répondant à des besoins climatiques et des caractéristiques distinctes. Le groupe des myrtilles naines, par exemple, se compose de buissons bas ne dépassant pas 50 centimètres de hauteur, mais exigeant un froid hivernal conséquent, estimé entre 650 et 850 heures par an sous 7,2ºC. Le groupe "highbush", quant à lui, englobe des buissons atteignant jusqu'à deux mètres de hauteur, partageant ce besoin élevé de froid. Au sein de ce groupe, le sous-groupe "Corymbe du sud" regroupe des plantes hautes, moins exigeantes en froid, très productives, à maturation précoce et dont la récolte est plus concentrée. Des variétés comme Star, Jewel, Emerald, Millenia, Primadonna et Snowchaser, développées par l'Université de Floride, ont été introduites au Brésil pour remplacer progressivement les anciennes variétés.

Caroline Barbier cultive principalement le bleuet canadien, une variété sélectionnée pour sa taille et sa productivité. Les quatre variétés cultivées à Briseverre - Patriot, Bluecrop, Coville, et Atlantic - permettent d'échelonner la récolte sur six semaines. La ferme emploie une soixantaine de cueilleurs journaliers, dont quatre salariés, pour cette période intense. La cueillette représente entre 30 % et 50 % du chiffre d'affaires de l'exploitation, qui propose également des produits transformés sur place, étiquetés "myrtilles des Vosges". L'irrigation goutte-à-goutte avec une eau non calcaire et une certaine protection contre les grands gels contribuent à la bonne santé du verger. Cet automne, Caroline replantera 5 000 pieds de nouvelles variétés pour remplacer les plus anciens, visant à diversifier le potentiel de production qui s'élève annuellement à 45-50 tonnes de myrtilles. Une clôture électrique dissuade les renards et blaireaux de s'approcher des précieux fruits.

La Culture du Bleu dans les Vosges : Un Savoir-Faire Local

Dans le massif des Vosges, Bruno Vincent, gérant du Verger des Avolets à Rupt-sur-Moselle, a choisi de consacrer entièrement son exploitation à la culture de ces belles myrtilles qui colorent l'été. Installé depuis 2015, il a transformé les anciennes salles de classe de l'école de Lépange en laboratoire de stockage et de transformation. La saison, précoce cette année, a débuté le 26 juin et devrait se prolonger jusqu'à fin août. Sur deux parcelles, le Verger des Avolets compte 3 000 pieds de bleuets, répartis en différentes variétés pour étaler la récolte sur huit à dix semaines.

Bruno Vincent se réjouit d'une production exceptionnelle, tant en quantité qu'en qualité : « On n’a pas vu ça depuis sept à huit ans. Non seulement la quantité est exceptionnelle, mais la qualité aussi. Au printemps, nous avons eu des conditions très favorables ». À ce jour, six tonnes de bluets ont été récoltées, dont les deux tiers vendus dans deux supermarchés de la région, le reste étant écoulé en vente directe à l'ancienne école. Pour garantir la disponibilité de ses produits tout au long de l'année, Bruno Vincent transforme une partie de sa récolte en confitures, nectars, liqueurs ou bières. Il défend ardemment l'appellation "myrtille", plus facilement identifiable que "bleuet" en dehors du massif, arguant que l'on ne dit pas "fraises de culture". La production s'annonce record, avec une estimation de dix tonnes de myrtilles d'ici fin août.

La culture de la Myrtille

La Multiplication des Petits Fruits Rouges : Techniques et Astuces

Les petits fruits rouges, y compris les bleuets, sont particulièrement adaptés à la culture dans nos jardins. Ils nécessitent peu de place, un entretien minimum, et leurs saveurs et couleurs diversifiées offrent une grande variété d'usages, tant frais que transformés. Leur multiplication est généralement simple.

La Séparation de Drageons

Pour de nombreuses espèces, la multiplication se fait par séparation de drageons. Il est essentiel de s'assurer que le drageon possède suffisamment de racines avant de le séparer du pied-mère à l'aide d'une bêche ou d'un sécateur. Le drageon doit être replanté immédiatement, la terre bien tassée autour et arrosée copieusement. La période idéale de plantation varie selon les régions, allant de la chute des feuilles à mars dans l'ouest de la France, ou après les fortes gelées dans les régions aux hivers plus froids.

Le Bouturage

Le bouturage est une technique courante pour de nombreux petits fruits.

  • Framboisier : Le bouturage est possible au printemps avec de nouvelles pousses, qui seront rempotées dans un mélange filtrant à base de sable, puis mises sous abri.
  • Cassis et Groseille : Ces plantes sont parmi les plus faciles à multiplier par bouturage de bois sec. Des rameaux d'un an sont prélevés à l'automne après la chute des feuilles. Les boutures, longues de 25 cm, sont enfoncées de moitié dans un sol préparé. Dans les régions aux hivers froids, il est conseillé de pratiquer le bouturage en pots avec une terre légère. L'arrosage doit être copieux et constant. Pour les groseilles à maquereau, le bouturage au printemps avec des pousses de l'année lignifiées, en pot et sous abri, est préférable.
  • Myrtille : La multiplication par bouturage ligneux est la technique la plus simple. Des rameaux d'un an, de la taille d'un crayon, sont prélevés pendant le repos végétatif (janvier). En avril, les boutures sont plantées dans un mélange de sable et de tourbe blonde acide, puis couvertes d'une bâche plastique transparente. Le substrat doit être maintenu moyennement humide. L'enracinement est un processus long avec un taux de réussite variable selon les variétés.

Boutures de myrtilles en cours d'enracinement

D'autres techniques comme l'éclatement de souche ou le marcottage par couchage de branche sont plus longues mais peuvent être efficaces en cas d'échec du bouturage.

Choisir ses Plants : Gage de Réussite

La qualité des plants est primordiale pour la réussite d'une plantation.

  • Framboises et Mûres : Privilégiez les cannes d'un an, à racine nue. Si les plants sont en godets, vérifiez la qualité du système racinaire, qui doit être bien blanc.
  • Cassis et Groseille : Ces plantes rustiques ne nécessitent pas le choix de gros sujets, leur croissance est rapide.
  • Myrtille : Les plants en gros conteneurs permettent une installation plus rapide, mais il faut impérativement vérifier la qualité du système racinaire. Il est recommandé d'éliminer les fruits la première année et de limiter leur production la seconde pour favoriser le développement de la plante.

Lors de l'achat de plants en conteneur, plusieurs points sont à surveiller : un système racinaire homogène et vivant (couleur blanche), de jeunes pousses vigoureuses. À la plantation, il est conseillé de faire des entailles sur les côtés de la motte pour stimuler la croissance des racines, de tremper le plant dans l'eau et de bien tasser le sol autour. Une surveillance régulière de l'humidité du sol est nécessaire, surtout par temps froid et sec.

La Multiplication par Propagation In Vitro

Une autre méthode pour obtenir des plants de bleuets est la propagation in vitro, ou micropropagation. Cette technique de culture tissulaire permet de produire des plantes génétiquement identiques à la plante mère, garantissant une haute qualité phytosanitaire. Le processus implique le prélèvement d'explants (fragments de tissus végétaux) qui sont multipliés dans un milieu de culture artificiel. Après une période de deux à trois mois, les explants sont transférés dans des structures spéciales pour s'acclimater, développer racines et feuilles. Les jeunes plants obtenus, d'une dizaine de centimètres, sont ensuite transplantés dans des sacs en plastique jusqu'à atteindre une taille de 40 à 50 cm, prêts pour la plantation.

Les semis représentent aujourd'hui 27 % des coûts d'implantation d'un verger de bleuets, y compris pour les variétés anciennes. Les myrtilles (Vaccinium spp.) sont une espèce fruitière originaire des forêts tempérées d'Amérique du Nord et du nord de l'Europe. Leur production mondiale est en constante augmentation, portée par leurs propriétés fonctionnelles et nutraceutiques. Bien que le Brésil importe une grande partie de sa consommation, il possède un potentiel de croissance significatif, produisant en contre-saison par rapport à l'hémisphère Nord. L'introduction de nouvelles variétés, moins exigeantes en froid et à récolte précoce, renforce cette compétitivité sur le marché international.

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