Le Lierre commun (Hedera helix) : Une sentinelle écologique au cœur de nos écosystèmes

Le lierre grimpant est une plante de la famille des Araliacées qui se fixe sur un support vertical selon ce qu’elle a à disposition. Hedera helix, ou lierre commun, est une liane arbustive de la famille des Araliacées. En plus des lianes, cette famille de plantes tropicales réunit arbres, arbustes et plantes herbacées comme le ginseng. Le lierre fait donc un peu figure d’exception en étant présent dans les climats tempérés.

Illustration botanique montrant les feuilles lobées et les ombelles de fleurs du lierre commun

Caractéristiques biologiques et cycle de vie

Plante vivace, il fait preuve d’une longévité impressionnante, puisqu’il peut vivre plusieurs siècles ! Le lierre commun est une plante vivace qui mesure en général dix mètres en tous sens, mais peut atteindre 100 mètres de long pour 30 de hauteur s'il n'est pas taillé. Le lierre se distingue par sa floraison en septembre-octobre, alors que la plupart des plantes à fleurs sont sur le déclin. Il développe des inflorescences, c’est-à-dire des groupes de petites fleurs portées par une même tige.

Les fleurs, hermaphrodites, apparaîtront selon les endroits de fin août à fin octobre ce qui place le lierre dans la catégorie des plantes les plus tardives en la matière. Ces fleurs en ombelles, comme la carotte sauvage, produisent beaucoup de nectar et attirent les guêpes, les coléoptères, les mouches et les abeilles. La floraison intervient après 8 à 10 ans. Les fruits ronds, de la taille d’un pois, sont mûrs en hiver et au printemps. Ils sont tout d’abord violet rougeâtre, mûrissant l’année suivante pour devenir noir bleuté.

Le feuillage du lierre se renouvelle environ tous les trois ans mais au printemps. Sur une même souche, on trouve plusieurs types de limbes : les jeunes feuilles sont en forme d’étoile, tandis que les plus anciens sont palmés et comptent trois ou cinq lobes. Sur certains rameaux, ceux qui accueilleront la floraison, les feuilles sont ovales avec l’apex pointu.

Mécanismes de croissance et interaction avec le support

Plante grimpante particulièrement efficace, le lierre va se déployer au petit bonheur la chance jusqu’à ce que ses petites racines, faisant office de crampons, trouvent une accroche et s’y fixent. Ces racines se lignifient alors tout en gonflant légèrement pour affermir leur prise. Contrairement à une idée reçue, le lierre n’est pas un parasite. Il n’aspire pas la sève des arbres. Pour se nourrir, il utilise ses propres racines bien ancrées au sol.

Les racines adhérentes du lierre utilisent le tronc uniquement comme support pour grimper. Sur les arbres âgés, elles n’adhèrent que superficiellement et ne pénètrent pas dans le bois, n’étranglent pas l’arbre et ne le privent pas de nutriments. Le lierre reste toujours à l’intérieur du houppier, n’empêchant jamais son arbre hôte de réaliser sa propre photosynthèse. Si l’arbre sert de support de croissance au lierre pour qu’il puisse croître et trouver assez de lumière pour fleurir et se reproduire, le lierre protège quant à lui l’arbre des variations de températures, notamment hivernales.

Schéma explicatif montrant la différence entre des racines nourricières dans le sol et des racines crampons sur un tronc

Un pilier de la biodiversité urbaine et forestière

Le lierre étant une des plantes à fleurir le plus tard dans la saison, il est essentiel pour bon nombre de pollinisateurs qui préparent tardivement leur hiver. Tous les pollinisateurs peuvent être intéressés par un lierre en floraison, mais c’est certainement pour les papillons que le lierre est essentiel, en particulier pour le vulcain, les argus et le paon du jour qui y pondent leurs œufs, et le citron qui y réalise tout son cycle de vie. Une espèce d’abeille sauvage lui est même inféodée : la collète du lierre, qui a besoin du lierre pour survivre.

Les baies sont les seules à être disponibles en plein cœur de l’hiver. Les fruits du lierre grimpant sont passablement toxiques et ne se décomposent pas entièrement dans le système digestif des passereaux. En réalité, seuls les graines ne se décomposent pas, mais la pulpe des fruits est quant à elle digérée alors qu’elle est justement riche en lipides (32 %) et en protéines (5 %). Le lierre abrite également près de 50 espèces de champignons et sert de site de nidification pour de nombreux oiseaux comme le grimpereau des bois, la fauvette à tête noire ou le geai des chênes.

Services écosystémiques et climat

Le lierre a une capacité d’absorption des particules qui équivaut à 6 grammes par an et par mètre carré. Afin que le lierre puisse absorber autant de particules qu’un arbre adulte, il ne suffit alors que de 23 mètres carrés de façade. Il semblerait également que les feuilles de lierre soient plus chargées en plomb et en cadmium que ne l’est le reste de la plante. D’après une étude, il faudrait 150 mètres carrés de surface foliaire pour couvrir les besoins annuels en oxygène d’une personne moyenne.

En zone urbaine, le lierre agit comme un climatiseur naturel. Les murs végétalisés permettent d’améliorer le confort thermique et phonique à l’intérieur des bâtiments. Utilisé en végétalisation de façade, le lierre est particulièrement intéressant pour sa capacité à réguler la température de manière constante, indépendamment de la saison ou des conditions extérieures, en orientant ses feuilles vers le soleil tout en laissant passer de l’air entre elles et le bâtiment. Il permet de végétaliser des façades entières sans aménagement onéreux, ni à l’installation ni à l’entretien.

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Précautions et toxicité

Si le lierre grimpant est toxique pour les animaux, il l’est aussi pour les enfants, comme de nombreuses autres plantes au demeurant. Il est également un allergisant de contact pour les personnes sensibles et peut provoquer des lésions eczématiformes, des irritations ou des érythèmes. Les baies, en particulier, provoquent des diarrhées, des nausées et des vomissements. Il est donc essentiel de manipuler les feuilles fraîches ou la sève avec précaution.

Malgré cette toxicité, l’Homme a su tirer profit de ses propriétés chimiques. Contenant de la saponine à l’action moussante, il peut être utilisé comme nettoyant. 100 g de feuilles bouillies 15 minutes dans 1 L d’eau et macérées toute une nuit donneront de quoi laver votre linge. Dans l’Antiquité, le lierre avait la réputation de traiter les intoxications et de protéger de l’ivresse, c’est ainsi que les Grecs buvaient le vin dans lequel avaient été infusées des feuilles de lierre.

Gestion et entretien au jardin

Le lierre a la capacité de facilement coloniser un milieu sans être pour autant exigeant en entretien. Toutefois, pour éviter qu'il n'envahisse les gouttières ou les toitures, une taille régulière est recommandée. Avec un outil propre et tranchant, retirez les branches mortes en coupant à leur base et raccourcissez les rameaux devenus trop longs en sectionnant juste au-dessus d’un nœud.

Il vaut mieux ne pas le laisser pousser sur des arbres jeunes et affaiblis dont l’écorce est endommagée si l’on veut les préserver. Si la couronne d’un arbre est effectivement envahie, la ou le propriétaire doit faire un choix entre l’arbre et le lierre. Si l’arbre a la priorité, le lierre peut être taillé à la base de la couronne. Il n’est en aucun cas nécessaire de le retirer complètement, permettant ainsi au lierre de continuer à remplir ses autres fonctions importantes dans l’écosystème.

Illustration montrant la technique de taille du lierre au pied d'un arbre

En somme, le lierre est une espèce océanique qui préfère les sols riches en nutriments et bien alimentés en eau, mais colonise également les substrats légèrement acides. Sa présence accrue en zone urbaine est une contribution précieuse à la protection du climat et des insectes, démontrant que la Nature n’en finit plus de nous le démontrer, les solutions face aux problématiques telles que le réchauffement climatique sont inévitablement multiples.

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