L'Éco-pâturage : Une Alternative Écologique pour la Gestion des Espaces Verts

L’éco-pâturage ou écopastoralisme représente une alternative écologique de plus en plus plébiscitée pour la gestion des espaces verts, supplantant les méthodes mécaniques et phytosanitaires traditionnelles. Cette démarche, à la fois innovante et ancrée dans des pratiques ancestrales, trouve sa place aussi bien en milieu urbain que dans le cadre d'entreprises soucieuses de leur impact environnemental. Au-delà d'une simple tonte, elle contribue activement à la gestion différenciée d'une multitude d'environnements, qu'il s'agisse de prairies, de friches, de vergers ou même des abords de cours d'eau. Notre laboratoire d'expertise scientifique, au travers de cet article, se propose de démystifier cette approche, en explorant ses fondements, ses bénéfices et les considérations essentielles à sa mise en œuvre, pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette démarche intéressante pour la biodiversité et sa conservation.

Schéma illustrant la comparaison entre tonte mécanique et éco-pâturage

Les Fondements de l'Éco-pâturage : Une Philosophie de Gestion Naturelle

L'éco-pâturage® est une méthode d'écopaysage de gestion des espaces verts et naturels qui repose sur l'intervention d'herbivores domestiques. Cette pratique s'inscrit dans une logique de développement durable et de lutte contre les émissions de carbone, en offrant une solution de gestion des espaces de nature différente. L'entretien d'un espace vert via pâturage est avant tout une démarche à valeur environnementale, qui va bien au-delà de la simple esthétique.

Choix des Animaux et Charge de Bétail

La réussite de l'éco-pâturage repose en grande partie sur le choix judicieux des animaux et une gestion attentive de la charge de bétail. Les ovins, caprins et bovins sont les animaux privilégiés dans la pratique de l'éco-pâturage®. Il est important de noter qu'afin de favoriser la biodiversité, le nombre de bêtes est limité. L’éco-pâturage convient à un grand nombre de races. Néanmoins, les races dites rustiques sont généralement privilégiées. Ces races sont plus résistantes, elles demandent moins de soins et s’accommodent plus facilement à des conditions de vie moins favorables, comme des sols rocailleux ou une nourriture peu appétissante.

Différentes races d'animaux utilisées en éco-pâturage

Modalités du Pâturage : Adaptabilité et Conservation

Historiquement, les troupeaux allaient et venaient en fonction de la nourriture disponible et étaient rentrés au village chaque nuit par le berger. Bien que tout à fait adapté, le pâturage itinérant ne peut plus être envisagé aujourd’hui. Les moutons sont donc maintenus en enclos mobiles, durant une période bien déterminée : c’est le pâturage en rotation. Les secteurs de la réserve sont cloisonnés en plusieurs parcelles pâturées tour à tour avec des charges élevées sur de courtes périodes.

Cette organisation permet de moduler l’intensité du pâturage d’une parcelle à l’autre de manière à privilégier les espèces typiques des pelouses, tout en tenant compte de la météorologie. Elle permet aussi de ne pas pâturer certaines parcelles durant une ou plusieurs années et favoriser ainsi la création de faciès hétérogènes, très intéressants d’un point de vue écologique. Pour permettre aux espèces, animales et végétales, présentes d’effectuer leur cycle complet sans perturbation majeure, il est nécessaire de créer des zones refuge au sein de la parcelle. Ces zones refuges peuvent être plus ou moins grandes selon l’état de conservation du site et des espèces présentes. Ces exclos sont délimités à l’aide de clôtures mobiles.

Les périodes de pâturage doivent être adaptées aux résultats attendus de la gestion. Les périodes d’interventions sur la réserve naturelle varient d’un site à l’autre en fonction de leurs exigences écologiques et de leurs usages. Par exemple, certains sites ne peuvent accueillir un pâturage printanier en raison de la présence d’une plante rare qui fleurit en mai. D’autres ne peuvent être pâturés après le 30 septembre en raison de l’activité de chasse.

Globalement, les périodes d’intervention sur la réserve naturelle sont les suivantes : un pâturage printanier (mars-avril) est mis en place pour lutter contre les graminées sociales et ralentir la pousse des ligneux, et un pâturage en fin d’été, pour son effet sur la végétation ligneuse.

L'éco-pâturage sur les ENS de l'Allier

Les Bénéfices Environnementaux de l'Éco-pâturage

L'éco-pâturage® n'est pas seulement une méthode de gestion, c'est une approche globale qui apporte de nombreux avantages pour l'environnement, la biodiversité et même le climat.

Diversification de la Flore et Attrait pour les Pollinisateurs

Plutôt que de tout faucher sans distinction, les animaux vont sélectionner la végétation selon leurs préférences alimentaires, permettant ainsi une plus grande hétérogénéité de la flore locale. Cette hétérogénéité, in fine, permet d’attirer davantage de pollinisateurs, essentiels à la reproduction de nombreuses plantes et à la santé des écosystèmes. Laisser monter l’herbe en graines permet de découvrir un tas de petits insectes et autres membres de la faune locale dont on n’a pas idée, rendant le jardin plus beau par la suite.

Illustration de la biodiversité florale dans un pâturage

Conservation de la Biodiversité et des Écosystèmes

La pratique du pâturage est régulièrement employée pour la gestion des milieux semi-naturels comme les prairies et pelouses à haute valeur biologique. Les pelouses sèches sur calcaire de la réserve naturelle sont d’origine agropastorale, historiquement pâturées par des moutons, des chèvres, des ânes ou même des vaches. La réserve naturelle ayant pour objectif la préservation des espèces végétales et animales typiques de ces pelouses calcicoles, leur gestion récurrente est nécessaire. Le pâturage extensif est un des outils de gestion écologique de la réserve naturelle, sans aucun objectif économique, touristique, ou pédagogique. Il ne s’agit en aucun cas de « nettoyage » ou de « faire propre ». L'entretien des pelouses calcaires est une action écologique vitale pour conserver leur biodiversité, en maintenant le milieu suffisamment ouvert et en empêchant les arbres et les arbustes de reprendre spontanément leur place naturelle.

Réduction du Bilan Carbone

Malgré les émissions de méthane dont les bovins sont généralement accusés, l’utilisation d’animaux plutôt que d’engins mécaniques bruyants et polluants reste intéressante pour réduire les émissions de CO2. En encourageant la diversification de la flore, la pratique du pâturage permet, en effet, de stocker les émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans un souci constant de développement durable et de lutte contre les émissions carbone, l’éleveur adhérent organise son activité de manière à limiter au maximum ses déplacements.

Graphique comparatif des émissions de carbone entre éco-pâturage et tonte mécanique

L'Impact Social et l'Image Positive de l'Éco-pâturage

Au-delà de ses avantages écologiques, l'éco-pâturage crée également un lien social et véhicule une image positive.

Création de Lien Social

En ville, la présence d'animaux suscite de l’intérêt auprès des riverains et de leurs enfants, et rappelle le calme de la campagne. Ces animaux adorables salueront d’un bêêêllement quotidien, se suffisent d’une herbe grasse et fertiliseront le sol de quelques déjections. L’éco-pâturage est une idée grandiose de laisser la nature s’occuper de la nature, une traduction de laisser des moutons (ou chèvres) tondre la pelouse à la place des humains.

Image Positive et Engagement Écologique

Dans les deux cas, l’éco-pâturage permet de véhiculer une image positive, soucieuse de l’environnement, auprès d’un public qui apprécie généralement ces initiatives plus « vertes ». En ville ou dans les entreprises, l’éco-pâturage contribue à la gestion différenciée des espaces verts, affirmant un engagement concret envers la durabilité.

Mise en Œuvre de l'Éco-pâturage : Considérations Pratiques

Avant de se lancer dans l’éco-pâturage, de nombreuses questions se posent et nécessitent souvent l’intervention d’une société experte.

Définir les Objectifs et l'Accompagnement Expert

Il est crucial de définir clairement les objectifs : pourquoi souhaitez-vous faire appel au pâturage d’animaux herbivores ? Des experts scientifiques aident les entreprises à intégrer la biodiversité dans leur stratégie. Au travers d’une analyse précise du site, différentes actions sont proposées et une aide à leur mise en œuvre est apportée pour mettre au point un projet durable et cohérent, tant pour l’environnement que pour la société.

Options d'Acquisition ou de Location des Animaux

Il existe deux options principales pour la mise en place de l'éco-pâturage. La première est de louer les animaux à un paysagiste qui pratique l’éco-pâturage. Le coût dépendra du service demandé, incluant l'installation de clôtures amovibles ou non, de mangeoires, d'abris. Ce service assure également un suivi vétérinaire et la tonte de ces jolies petites bêtes une fois l’an. Il est essentiel de vérifier que le paysagiste pratique l’écopâturage dans le respect de l’animal et que les animaux sont exempts de parasites tels que la douve. La deuxième option est de se procurer des animaux. Vu le taux de reproduction de ceux-ci, il est souvent possible de trouver une personne qui en cèdera, mais toujours par deux, car ce sont des animaux grégaires.

Surveillance et Prévention du Surpâturage

La pratique de l’éco-pâturage nécessite une approche globale et un suivi de l’espace géré afin de maîtriser l’impact de la présence des animaux sur le site et prévenir le surpâturage, qui doit être, autant que possible, évité. Le pâturage en rotation, avec des enclos mobiles et des charges élevées sur de courtes périodes, permet de moduler l'intensité du pâturage et d'éviter une dégradation des sols et de la flore.

Techniques de Pâturage Spécifiques aux Espèces

Les différentes espèces d'animaux utilisées en éco-pâturage ont des comportements alimentaires distincts, qui peuvent être mis à profit pour des objectifs de gestion spécifiques.

Moutons et Gestion des Herbacées

Les moutons sélectionnent les herbacées selon leur appétence et façonnent ainsi une pelouse relativement rase avec des zones de refus. Les moutons ayant tendance à faire leurs déjections toujours au même endroit, créent les conditions propices au développement de plantes nitrophiles comme les orties. Un pâturage printanier (mars-avril) est mis en place pour lutter contre les graminées sociales et ralentir la pousse des ligneux.

Chèvres et Maîtrise des Ligneux

Les chèvres écorcent les arbres et arbustes, ce qui permet la limitation de ceux-ci sur la pelouse, au profit de place ensoleillée pour le développement d’espèces thermophiles, tant dans le règne végétal qu’animal. Elles mangent même les aiguilles de Pin sylvestre. Un pâturage en fin d’été est particulièrement efficace pour son effet sur la végétation ligneuse.

Tableau comparatif des impacts des moutons et des chèvres sur la végétation

Suivi et Évaluation des Actions

Pour s'assurer de l'efficacité de l'éco-pâturage et de son impact positif sur la biodiversité, des actions de suivi régulières sont essentielles. Chaque année, par exemple, des équipes effectuent un comptage des chauves-souris en hibernation au sein de la Réserve Naturelle Nationale de la Pointe de Givet. Ce suivi, essentiel pour la conservation de la biodiversité, permet de mieux comprendre l’état des populations de ces espèces protégées. Ces données permettent d'évaluer l'impact de la gestion écologique sur l'écosystème local. En 2025, 168 individus appartenant à 10 espèces différentes ont été recensés, marquant une légère hausse par rapport à l'année précédente.

L'éco-pâturage sur les ENS de l'Allier

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