L'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) se positionne aujourd'hui comme un pôle de référence majeur pour la formation à la recherche par la recherche. L'admission dans ses parcours de master, particulièrement ceux intégrant une dimension quantitative rigoureuse, répond à des exigences intellectuelles et méthodologiques de haut niveau. Le tuteur de mémoire y joue un rôle pivot, accompagnant l'étudiant dans la construction d'un objet scientifique complexe, articulant théorie et empirie.

Évolution de la mention Études sur le genre à l'EHESS
La spécialité Genre, politique, sexualité (GPS) de l’EHESS, créée en 2005, est devenue en 2019 la mention Études sur le genre avec trois parcours de spécialisation : Sociologie, Histoire et Anthropologie. Cette structure a permis de consolider les bases disciplinaires nécessaires à l'analyse des rapports de pouvoir. A partir de la rentrée 2025, les trois parcours laissent place à un parcours unique Sciences sociales du genre et de la sexualité avec un ancrage disciplinaire fort en sociologie, histoire et anthropologie. Cette transformation témoigne d'une volonté de décloisonnement disciplinaire tout en maintenant une exigence de rigueur scientifique propre à l'institution.
Lauréate d’un programme d’investissements d’avenir (PIA), la mention Études sur le Genre a acquis en 2020 le statut de premier échelon du parcours gradué de l’École Universitaire de Recherche Sciences sociales du genre et de la sexualité/Gender and sexuality studies, dite E U R GSST, portée par l’EHESS et l’Ined. Ce statut confère aux étudiants un environnement de recherche privilégié, favorisant l'accès aux données et aux réseaux de chercheurs internationaux.
L'exigence de l'enquête empirique quantitative et qualitative
Au sein de ces parcours, la notion de "quantitatif" ne se limite pas à une simple manipulation statistique, mais s'inscrit dans une démarche sociologique globale. Les deux années de master (ouverture du M1 en 2020 ; du M2 en 2021) comportent des enseignements méthodologiques renforcés et progressifs en enquêtes quantitatives et qualitatives, ainsi que des séminaires professionnalisants autour des discriminations, des violences de genre, etc.
Cette mention entend se distinguer des offres de master en Études sur le genre existant dans d’autres universités en France par la centralité accordée à la pratique de l’enquête empirique quantitative et qualitative, mais aussi par la place accordée à l’articulation entre genre et sexualité. Cette mention s’inscrit ainsi dans le champ des sciences sociales du genre et de la sexualité. La capacité à articuler des données chiffrées issues de grandes enquêtes avec une approche ethnographique ou historique permet aux étudiants de développer une vision panoramique des faits sociaux.
Différences entre méthodes quantitatives et méthodes qualitatives
Le rôle du tuteur de mémoire dans le parcours quantitatif
L'admission en master à l'EHESS implique une adéquation étroite entre le projet de recherche de l'étudiant et les compétences de son tuteur de mémoire. Dans le cadre des parcours quantitatifs, le tuteur joue un rôle de guide dans la manipulation des bases de données et la maîtrise des logiciels de traitement statistique. Il aide l'étudiant à transformer des questions sociales vives en objets de recherche mesurables et analysables.
La relation pédagogique se construit autour du mémoire, véritable pièce maîtresse du diplôme. Le tuteur veille à ce que l'étudiant ne se perde pas dans la technicité des outils, mais qu'il garde à l'esprit la finalité sociologique de son travail. Cette exigence est d'autant plus forte que les outils numériques évoluent, posant de nouveaux défis éthiques et techniques à la recherche.
Enjeux technologiques et éthiques de la recherche numérique
La recherche contemporaine en sciences sociales, et particulièrement celle qui s'appuie sur des données massives, est confrontée à des défis techniques inédits. Dans le cadre de l'utilisation de données issues du web, des problématiques de filtrage et de protection apparaissent. L'idée est que, à des échelles individuelles, la charge additionnelle est négligeable, mais à des niveaux de "scraping" de masse, cela s'accumule et rend le processus beaucoup plus coûteux.
Il s'agit là d'une solution de transition afin que plus de temps puisse être consacré au "fingerprinting" et à l'identification des navigateurs "headless" (par exemple, via la manière dont ils effectuent le rendu des polices), afin que la page de preuve de travail (proof of work) n'ait pas besoin d'être présentée aux utilisateurs qui sont beaucoup plus susceptibles d'être légitimes. La compréhension de ces mécanismes est essentielle pour tout chercheur en sciences sociales utilisant des méthodes computationnelles.

Il est important de noter que des outils de protection de la vie privée peuvent interférer avec certaines méthodes de recherche. Par exemple, veuillez noter qu'Anubis nécessite l'utilisation de fonctionnalités JavaScript modernes que des plugins comme JShelter désactiveront. Pour le chercheur, cela signifie qu'il doit non seulement maîtriser ses outils statistiques, mais également comprendre l'environnement technique dans lequel ses données sont produites ou collectées.
Vers une intégration des méthodes mixtes
L'avenir de la recherche à l'EHESS réside dans la capacité à combiner les approches. Le parcours unique Sciences sociales du genre et de la sexualité illustre cette volonté de dépasser les oppositions binaires entre quantitatif et qualitatif. Les étudiants sont encouragés à développer une réflexivité sur leurs propres outils. L'usage de méthodes quantitatives, loin d'être froid ou désincarné, permet de mettre en lumière des structures de domination invisibles à l'œil nu, tandis que le qualitatif vient humaniser ces chiffres par l'analyse des trajectoires individuelles.
Le tuteur de mémoire, dans ce contexte, devient un médiateur entre la théorie pure et la pratique empirique. Il encourage l'étudiant à questionner systématiquement la représentativité de ses échantillons, la fiabilité de ses sources et la pertinence de ses indicateurs. Ce processus de compagnonnage intellectuel est ce qui garantit la qualité de la production scientifique au sein de l'école.
L'importance de l'ancrage disciplinaire
Malgré la volonté de décloisonnement, l'ancrage disciplinaire demeure fondamental. Qu'il s'agisse de sociologie, d'histoire ou d'anthropologie, chaque discipline apporte ses propres outils pour traiter les données quantitatives. Un historien n'interrogera pas une base de données de la même manière qu'un sociologue. L'EHESS, en favorisant cette interdisciplinarité, permet aux étudiants de croiser les regards.
L'admission au sein de ce parcours exige une grande maturité intellectuelle et une capacité à se remettre en question. Les candidats doivent démontrer non seulement une maîtrise des concepts, mais aussi une curiosité pour les méthodes innovantes. Le passage vers le parcours unique dès 2025 marque une étape supplémentaire dans la professionnalisation de la recherche en sciences sociales, en préparant les étudiants aux défis du monde contemporain, qu'il s'agisse de l'analyse des violences de genre ou des mutations des sexualités dans un monde globalisé.
La rigueur méthodologique, couplée à une réflexion éthique sur les outils de collecte, fait des diplômés de l'EHESS des chercheurs capables d'opérer dans des environnements complexes. L'accompagnement par le tuteur de mémoire, tout au long du parcours, garantit que cette technicité reste toujours au service d'une compréhension fine et nuancée des enjeux sociaux du présent. Chaque étape du master est ainsi conçue comme une mise en situation réelle, où l'épistémologie n'est jamais séparée de la pratique.