Que l'on soit un fervent admirateur des chats ou non, la découverte de déjections félines odorantes et inesthétiques dans son jardin est une expérience universellement désagréable. Ces nuisances ne se limitent pas à une simple question d'odeur ; elles dégradent l'environnement personnel et peuvent même présenter des risques sanitaires significatifs. Comprendre les raisons profondes de ce comportement félin est la première étape cruciale avant d'envisager toute solution pour dissuader ces visiteurs indésirables.
Pourquoi votre jardin est-il une cible privilégiée pour les chats ?
Les chats, bien que souvent perçus comme des animaux domestiques, conservent de nombreux instincts sauvages qui les poussent à explorer et à marquer leur territoire. La limite officielle de votre propriété n'a, en réalité, que peu de signification pour le chat de votre voisin. Ce dernier y voit simplement une opportunité supplémentaire d'agrandir son terrain de chasse et de reproduction.

Plusieurs facteurs peuvent rendre votre jardin particulièrement attrayant pour un félin :
- L'agrandissement du territoire : Les chats sont des animaux territoriaux. Votre jardin représente un espace potentiel à annexer, que ce soit pour la chasse ou la reproduction. Un chat qui s'introduit dans votre jardin utilise le marquage urinaire pour signifier à ses congénères que cet espace lui appartient, tant pour la chasse que pour la reproduction.
- La présence d'animaux sauvages : Si votre jardin abrite des oiseaux, des insectes ou de petits rongeurs, il devient un terrain de chasse idéal pour un chat en quête de proies.
- Les chats non stérilisés : Un grand nombre de ces cas d'intrusion non désirée concerne en effet les chats non stérilisés. La stérilisation, en plus de limiter le risque de survenue de certaines affections, permet ainsi de réduire le vagabondage et le marquage territorial chez le chat.
- La défi à un autre félin : Si vous possédez vous-même un félin, il est possible que le chat de votre voisin s'introduise chez vous dans la perspective de le défier.
- La texture du sol : Les chats aiment gratter la terre et enterrer leurs besoins. C'est un comportement naturel chez eux. Ils privilégient les endroits secs, doux et à la surface lisse pour le confort de leurs pattes. La terre du jardin, fine et aérée, peut être plus confortable pour ses pattes que la litière présente dans son bac.
- L'intimité et la sécurité : Beaucoup de chats apprécient l’herbe aussi parce qu’elle offre intimité et sécurité. La végétation dense ou l’herbe haute couvrent le chat pendant ce moment vulnérable, rendant ainsi le gazon attrayant, en particulier pour les chats plus méfiants ou craintifs.
- Un bac à litière inadéquat : Il se peut également que le bac à litière de l'animal soit sale ou pas adapté à sa morphologie, ce qui le pousse à préférer faire ses besoins dehors. Le maître doit s'assurer que l'animal ait à sa disposition au moins deux maisons de toilette avec le choix d'une litière douce pour ses pattes et non poussiéreuse, nettoyée tous les jours ou vidée et remplie le cas échéant. Le lavage du bac en plastique régulièrement est également très important pour limiter la prolifération des bactéries.
Les risques et inconvénients des déjections félines
En plus de leurs odeurs franchement nauséabondes, les déjections d'un chat peuvent introduire des parasites ou des maladies nocives pour vous ou pour votre entourage. La toxoplasmose, par exemple, est particulièrement dangereuse pour les femmes enceintes ou pour les personnes immunodéprimées. Ce risque est accentué si vous cultivez des fruits et légumes dans votre jardin.
Le fait d'uriner sur les plantes ou les semis du potager nuit de plus à leur croissance, ainsi qu'à la propreté et à l'esthétisme de votre jardin. Les excréments ne sont pas non plus utiles pour la fertilisation des cultures ou des jardinières. Travailler un sol jonché de déjections félines est rien moins que désagréable.

Premiers réflexes en cas de découverte de déjections
Si vous découvrez des fèces félines sur votre terrain, il est conseillé de les ramasser et de recouvrir la zone concernée de terre. Vous pouvez ensuite y vaporiser un répulsif naturel ; évitez en revanche l'utilisation d'ammoniaque ou d'eau de javel. Ce geste permettra ainsi d'effacer temporairement l'odeur, mais aussi de neutraliser les phéromones déposées par le chat. Les astuces suggèrent que lorsque vous tombez sur les traces laissées par un chat, il est bon de les ôter ainsi qu’un peu de la terre en-dessous et autour, puis de recouvrir avec de la terre “neuve”. Pour finir, pulvérisez un produit répulsif. Cela effacera, au moins en partie, les phéromones laissées par le chat qui ne retrouvera pas ses marques à la prochaine visite.
Solutions naturelles pour dissuader les chats
De nombreuses solutions respectueuses des animaux s'offrent à vous pour protéger votre espace extérieur et éloigner les chats sans leur causer de tort.
L'utilisation de répulsifs olfactifs naturels
Le nez très développé du chat peut être utilisé pour protéger sa pelouse des crottes de chat. Certaines odeurs sont naturellement désagréables pour eux. Il est possible de disposer des extraits d'agrumes (pelures, zestes ou fruits entiers) sur vos plates-bandes, ou de frotter ces derniers sur les murs, les clôtures de votre jardin ou les pots des plantes. Ce conseil fonctionne également avec le poivre, le vinaigre blanc dilué dans de l'eau ou avec le marc de café, qui créent un arôme inconfortable et difficile à supporter pour les matous. Attention, ne jamais utiliser d'huiles essentielles, car elles sont dangereuses pour les chats.
Vous pouvez ainsi planter certains végétaux dont l'odeur insupporte beaucoup de félins : le géranium, la lavande, la citronnelle, le thym, la sauge, le romarin, l'eucalyptus, le basilic, la Rue officinale, le Coleus canina (aussi célèbre pour son surnom de « plante anti-chat ») ou encore les Oeillets d'Inde sont par exemple connus pour exercer un effet répulsif. Ces propriétés répulsives sont néanmoins très variables, entre la puissance du parfum, plus ou moins intense selon la température et l’exposition au soleil, et selon la sensibilité du chat. L'avantage de ces solutions est qu'elles ne sont pas dangereuses.
Gardez cependant à l'esprit que ces recommandations ne fonctionneront pas forcément pour tous les félins, certains ayant développé une résistance ou une tolérance plus accrue à ces odeurs. Il est recommandé de tester ces différentes solutions l'une après l'autre, afin de déterminer si l'une d'entre elles se montrera plus efficace.
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Modifier la texture du sol et l'environnement
Afin de contrer gentiment toute intrusion dans votre extérieur, vous pouvez également essayer d'appliquer quelques changements mineurs dans cet espace. Les chats ont certaines exigences quant à la texture de leur “litière”. Ils vont préférer un sol doux et lisse, sec de préférence.
- Ajouter des matériaux inconfortables : Il est tout d'abord possible de modifier légèrement la texture du sol, en y ajoutant des copeaux solides, de la roche, des cailloux, des coquilles d’œuf, des graviers, des pommes de pin, un paillis minéral (type pouzzolane) ou un géotextile. Les chats qui grattent et creusent pour enfouir leurs excréments privilégient les endroits secs, doux et à la surface lisse pour le confort de leurs pattes. Des feuilles d'aluminium laissées en vrac aux endroits stratégiques contribueront également à l'instabilité du sol.
- Humidifier le sol : Le fait d'arroser votre jardin le soir permettra le maintien d'un environnement humide, peu accueillant pour une intrusion nocturne. Arroser vos massifs et planches potagères le soir peut être également une bonne idée, mais plus ou moins efficace en fonction de la chaleur.
- Disposer des bols d'eau : Le fait de disposer plusieurs bols d'eau dans le jardin peut aussi aider à repousser un chat étranger, qui déteste normalement faire ses besoins près de ses sources de boisson ou de nourriture.
- Protéger les bacs à sable : N'oubliez pas non plus de recouvrir soigneusement les bacs à sable des enfants avec une bâche ou un couvercle, qui ressemblent bien trop à une litière géante pour les félins de passage.
- Installer des protections physiques : Placez en outre du grillage sur vos semis afin de les protéger physiquement. Il est aussi tout à fait possible de placer une clôture assez haute, grillage ou canisse, tout autour des zones à protéger. La mise en place de mini-serres pour protéger les semis, le chat ne pourra y déterrer les jeunes pousses. Un grillage déposé au-dessus de ces semis aura la même efficacité.
- Ne pas laisser les ordures accessibles : Enfin, il est conseillé de ne pas laisser les sacs à ordures en accès libre et de les conserver dans un contenant fermé.
- Rosiers fraîchement taillés : Une autre astuce assez performante est de placer quelques branches de rosiers juste taillées, votre chat n’aura pas envie de s’y frotter les coussinets.
- Créer un coin d'élimination pour son propre chat : Si le chat est autorisé à sortir, le mieux est de lui créer un coin d’élimination rien qu’à lui où il pourra faire ses besoins en toute tranquillité. Il convient d’ajouter une bonne couche de sable fin (5 à 10 cm) et de planter dans cette zone de l’herbe-aux-chats, de la valériane pour l’attirer. Offrez à votre chat un endroit plus confortable et discret pour faire ses besoins. Une maison de toilette pour chat préservera son intimité. Equipez-vous également d'accessoires d'entretien de litière pour chat pour la renouveler régulièrement : pelle, filtre, tapis…
Les systèmes d'arrosage à détecteur de mouvement
Enfin, un système d'arrosage à détecteur de mouvement peut décourager leur présence en les surprenant avec un jet d'eau qui les fera déguerpir. Le chat déteste ça et il préférera aller voir ailleurs.
Quand le problème persiste : démarches amiables et légales
Si toutes les solutions évoquées précédemment n'ont pas fonctionné, il sera peut-être nécessaire de passer à l'étape suivante. Nous vous recommandons cependant la discussion à l'amiable avant d'engager toute démarche en justice.
Le dialogue avec le voisin
Une conversation calme et posée avec votre voisin vous permettra sûrement de réfléchir ensemble aux différentes options envisageables, notamment le fait pour le propriétaire de l'animal de vous aider à empêcher celui-ci de pénétrer chez vous. Ce dernier n'a par ailleurs peut-être pas conscience des agissements de son chat, ou de l'ampleur des troubles que celui-ci engendre dans votre espace personnel. Le dialogue et les répulsifs naturels sont donc vos meilleurs alliés pour résoudre ce genre de situation. L'objectif sera donc ici de trouver un terrain d'entente avec lui.
Le conciliateur de justice
Si la discussion informelle ne donne rien, vous devez ensuite faire appel à un conciliateur de justice : cette démarche obligatoire et gratuite vous offrira un second tour de discussion à l'amiable, mais cette fois avec un médiateur. Dans le cas d'un échec, la voie judiciaire vous sera alors ouverte.
La voie judiciaire
Le trouble anormal de voisinage est défini sur le site du Service Public comme « une nuisance qui dépasse les inconvénients normaux du voisinage ». En d'autres termes, les odeurs qui se dégagent des urines ou des excréments du chat de votre voisin qui se soulage dans votre jardin, ainsi que la saleté et l'insalubrité que ceux-ci engendrent, peuvent être concernées.

Tout propriétaire est légalement responsable des dégâts causés par son animal, et vous avez le droit de demander réparation (article 1385 du Code Civil). Il s'agira ici d'apporter la preuve du trouble anormal de voisinage causé par la présence du chat de votre voisin dans le jardin : photos, vidéos, attestations de témoins dans le voisinage, ou constatation d'huissier. De la même façon, si le chat de votre voisin occasionne des dégâts dans votre jardin ou dans votre potager à cause de ses déjections, il s'agit d'un préjudice matériel. Le responsable de ces dommages causés par un animal de compagnie demeure son propriétaire, et il vous est possible de vous retourner contre lui pour obtenir réparation au titre de votre garantie en responsabilité civile.
Attention tout de même : une procédure en justice peut avoir de lourdes conséquences pour l’animal.
Les méthodes à proscrire
Certaines méthodes sont à proscrire pour empêcher un félin d'aller et venir dans votre jardin pour s'y soulager.
- Les poisons et répulsifs toxiques : C'est notamment le cas des poisons pour chat, qui peuvent non seulement causer l'empoisonnement ou la mort de l'animal, mais potentiellement aussi celles de vos propres compagnons ou des enfants qui jouent à l'extérieur, et n'ont pas conscience du danger. Il faut également savoir que les répulsifs toxiques à vaporiser présentent les mêmes risques pour les habitués du jardin, y compris les plantes.
- La violence : Il n'est pas conseillé de tenter de faire peur au chat en tapant dans des casseroles ou en projetant de l'eau sur lui : il s'agit d'actes cruels et inutiles, qui n'auront probablement pas d'effets sur le long terme. La violence n'est jamais une bonne solution. La maltraitance animale est sévèrement punie en France : tout acte de cruauté est passible de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende.
Les turricules : à ne pas confondre avec les déjections félines
Les turricules sont des déjections de vers de terre (lombrics) qui remontent des galeries creusées dans le sol. Souvent maudits par les amateurs de belle pelouse verte et uniforme, et jugés inesthétiques par certains jardiniers, ces petits monticules de terre sont en réalité particulièrement utiles pour le jardin !

En plus de rendre le sol un peu bosselé et inégal, ces turricules deviennent visibles si l’on tond le gazon très court, un sacrilège pour les propriétaires les plus méticuleux. Certains iraient même jusqu’à chercher à tuer les vers de terre de leur jardin avec des produits, ce qui a pour conséquence de fortement réduire la qualité du sol.
Comment limiter l'apparition des turricules dans une pelouse ?
Pour en avoir moins, et de plus petite taille, une solution est de rendre son sol plus léger par le terreautage, ce qui vient par ailleurs améliorer sa texture et sa qualité. Il faut par ailleurs éviter d'arroser le gazon trop souvent. Les turricules se développent en effet davantage en surface dans un environnement humide car les lombrics sont alors contraints de remonter à la surface pour respirer. Et si vraiment vous ne supportez plus ces monticules, vous pouvez toujours utiliser un balai à gazon pour les briser et les étendre ou simplement les ramasser.
Comment utiliser les turricules comme engrais naturel ?
S'ils ne sont pas des plus esthétiques, les turricules contiennent deux à onze fois plus de minéraux (azote, phosphore, calcium, potassium, magnésium…) que le sol des alentours, ce qui en fait un merveilleux engrais naturel. En même temps que le ver de terre se nourrit, il contribue à enrichir les sols avec des nutriments essentiels présents dans ses déjections, les turricules. En plus de travailler la terre, le ver de terre l'enrichit naturellement pour contribuer à la croissance des plantes. Vous n'avez donc rien à faire ! En effet, cette matière organique est aussi riche en bactéries qui viennent améliorer le drainage du sol. Enfin, il est à noter que le lombricompost, compost fabriqué à partir de ces déjections de vers de terre, est considéré comme l'un des meilleurs engrais verts.