Le motif du jardinier, loin d'être anodin, traverse une multitude de récits, de la spiritualité aux drames humains les plus complexes. Il incarne souvent la figure de celui qui cultive, qui prend soin, mais aussi celui qui est témoin silencieux de transformations profondes, qu'elles soient intérieures ou sociétales. De la quête désespérée de Marie de Magdala à la rédemption d'un ancien tueur à gages, en passant par les subversions érotiques et les dénonciations des injustices, le jardinier se révèle être bien plus qu'un simple travailleur de la terre.
Le Jardinier dans la Spiritualité : Une Figure de la Résurrection et du Renouveau
Dans l'Évangile selon Jean (Jean 20.1-18), l'image du jardinier prend une dimension profondément spirituelle. Tôt le dimanche matin, alors qu'il faisait encore nuit, Marie de Magdala se rend au tombeau. Elle voit que la pierre a été retirée de l’entrée du tombeau. Son chagrin est immense ; elle court trouver Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Marie se tient près du tombeau, dehors, et elle pleure. Tout en pleurant, elle se penche pour regarder dans le tombeau ; elle voit deux anges vêtus de blanc assis à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus, l’un à la place de la tête et l’autre à la place des pieds. Les anges lui demandent : « Pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis. »
Ayant dit cela, elle se retourne et voit Jésus qui se tenait là, mais sans se rendre compte que c’était lui. Jésus lui demande : « Pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Marie, embrumée par sa tristesse, ne le reconnaît pas. Pensant que c’était le jardinier, elle lui dit : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis, et j’irai le reprendre. » Le jardinier, c'est celui qui entretient le jardin. Jusque-là, c’est évident. Cela devait donc être un endroit ravissant, pour y être enseveli.
Le moment charnière, c’est quand Jésus rappelle à Marie son identité. « Marie ! » lui dit-il. Elle se retourne vers lui et lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », ce qui signifie “maître !”. Marie est instantanément appelée à tellement plus que de chercher la consolation auprès d’une dépouille dans un bel endroit. Son désir de retrouver le corps du Christ la pousse à s'adresser à celui qu'elle prend pour le jardinier, espérant simplement pouvoir honorer la dépouille de son Rabbouni.

Aujourd’hui, nous n’avons plus l’excuse de ne pas savoir. Pourtant, il reste certaines personnes qui s’obstinent à vouloir enterrer Jésus. Comme si les enseignements qu’il a donnés lors de sa vie étaient suffisants, comme si les Écritures et la tradition étaient notre seul nécessaire, comme si le Christ avait fait sa part, et que c’était à nous de prendre le relais. Dans cette métaphore, c’est le jardinier qui représente cette manière de penser, cet homme qui pourrait nous emmener vers le corps du Messie pour l’honorer, en prendre soin. Évidemment, Marie avait sûrement les meilleures intentions quand elle espérait le jardinier ! Ça lui aurait suffi de savoir où était son corps. Elle voulait simplement s’occuper de sa dépouille, elle n’en demandait pas plus, et n’aurait certainement jamais imaginé le voir vivant !
Aujourd’hui encore, il est commun de voir des personnes se contenter de ce que le jardinier propose. De notre côté, n’avons-nous jamais espéré ce jardinier, sous une forme ou une autre, qui nous aurait guidé vers l’inerte, ne portant plus la vie ? Si, car Jésus Christ est vivant, ce premier dimanche de Pâques tout comme aujourd’hui. Que ce soit dans le jardin d’un tombeau ouvert ou dans notre société, le Messie appelle des hommes et des femmes par leur prénom et les invitent à continuer sa mission. Les petites tâches, oui ! Mais avec une grande mission, et surtout un grand Dieu derrière. Oui, Marie de Magdala espérait le jardinier, elle reçut le Ressuscité.
Le Jardinier comme Reflet des Conflits Intérieurs et de la Rédemption
Dans un autre registre, le film dont le titre n'a pas été traduit en français par les « flemmards du snobisme français de Canal+ », contrairement aux Canadiens et aux Belges, nous plonge dans l'univers de Narvel Roth, un horticulteur en chef dont le passé est lourd. Ce titre, qui aurait pu être "La constance du jardinier", tiré d’un roman de l’anglais John Le Carré, illustre parfaitement la persévérance nécessaire pour faire face à ses démons. Narvel Roth (Joel Edgerton) est un repenti. Mrs Haverhill (Sigourney Weaver) lui a donné une seconde chance après son passé de tueur à gage au nom de la suprématie blanche.
Mrs Haverhill demande à son horticulteur en chef Narvel Roth de dormir avec elle. It was only a matter of time. En façade, il semble tout content de tailler des haies avec une discipline de fer, mais le soir l’expert ne rigole pas beaucoup dans l’intimité de sa chambre. Il doit se donner des coups de fouet moraux. Dans la vision des choses de Narvel, on marche constamment sur un fil avec la mâchoire aussi serrée que les fesses. Il faut faire attention tout le temps car la possibilité de se tromper est permanente. You walk a line.
Narvel a fait de grosses bêtises dans le passé pour lesquelles il n’a cependant pas été puni par la justice, puisqu’il a collaboré avec les forces de police. En réalité, sa culpabilité le rend complètement prisonnier. Il s’est enfermé lui-même dans cette drôle de relation avec Mrs Haverhill.Mrs Haverhill a également une nièce, Maya, pour laquelle il faut trouver une occupation, pour ne pas qu’elle plonge dans la drogue - entraînée en cela par son petit ami RG (Jared Bankens). Elle peut s’occuper des plantes et des fleurs. Il obéit à nouveau aux ordres de la