Elia Viviani : Le Sprinteur Polyvalent Face aux Défis de la Montagne

Le monde du cyclisme est souvent divisé entre les spécialistes de la vitesse sur le plat et les rois des ascensions, les grimpeurs. Cependant, certains athlètes comme Elia Viviani, champion olympique et multiple champion du monde sur piste, prouvent qu'une polyvalence remarquable est possible, même si la montagne reste un terrain où le sprinteur italien doit gérer les défis inhérents aux dénivelés. Sa capacité à enchaîner les victoires en sprint tout en participant à des courses exigeantes comme le Giro ou le Tour de France témoigne de sa résilience et de son adaptabilité.

Elia Viviani en action lors d'un sprint

Le Contraste Entre Sprint et Montagne : La Réalité du Cyclisme Professionnel

Le Giro, l'une des trois grandes courses par étapes du calendrier cycliste, offre un terrain de jeu varié, alternant étapes de plaine favorables aux sprinteurs et étapes de montagne où les grimpeurs s'expriment. Le parcours du Giro a inclus des moments marquants, comme la cinquième étape remportée par l’Italien Enrico Battaglin. Cette victoire est survenue dans la deuxième journée sicilienne de l’épreuve, à Santa Ninfa, une localité marquée par un séisme meurtrier survenu cinquante ans auparavant. Battaglin, déjà vainqueur en 2013 en Calabre et en 2014 dans le nord de la péninsule, a privé le Sicilien Giovanni Visconti du succès, ce dernier ayant tenté en vain de le surprendre sur le replat final, aux 300 mètres.

Profil d'étape du Giro avec le mont Etna

Ces étapes de plaine ou vallonnées contrastent fortement avec les arrivées au sommet, à l'image de la première arrivée en altitude de ce Giro, à l’Etna, le célèbre volcan abordé par une montée inédite. Au bout des quinze kilomètres d’une montée en paliers (à 6,5 % de pente moyenne), la ligne est située à l’Observatoire astrophysique, à l’altitude de 1 736 mètres. C'est dans ce type d'épreuve que les grimpeurs comme le Britannique Chris Froome ou l'Australien Rohan Dennis sont particulièrement attendus, leur cote ne cessant de grimper depuis le départ de Jérusalem. Le grimpeur colombien Miguel Angel Lopez, candidat au podium final, a quant à lui encore reculé dans la hiérarchie par la faute d’une nouvelle chute, concédant une quarantaine de secondes à ses adversaires du classement général et le repoussant à près de deux minutes du Néerlandais Tom Dumoulin, le premier des favoris.

Les Victoires de Viviani : L'Art du Sprint et la Force Collective

Elia Viviani, né le 7 février 1989 à Isola della Scala, en Italie, est un cycliste italien spécialiste de la route et de la piste. Il est champion olympique de l'omnium (2016) et triple champion du monde de l'élimination (2021, 2022, 2025) sur piste. Sa carrière professionnelle a débuté en 2010 au sein de l'équipe Liquigas-Doimo, et sa première victoire majeure remonte à la 7e étape du Tour de Turquie en 2010. Âgé de 36 ans, Viviani totalise 84 victoires professionnelles sur route, a participé 3 fois au Tour de France, 8 fois au Giro et 3 fois à la Vuelta.

Malgré les exigences des courses par étapes, Viviani a prouvé sa capacité à remporter des sprints de manière impressionnante. Lors de ce même Giro, il a déjà décroché deux victoires d'étape en Israël, portant à trois le nombre de victoires italiennes en cinq journées. Plus récemment, en Suisse, après son succès à Arlesheim, le champion d’Italie l’a emporté à Einsiedeln. Grâce à un gros travail de son équipe Deceuninck-Quick Step dans les deux derniers kilomètres, Viviani a pu prendre le dernier virage, à 120 mètres, en première position, et a ensuite réussi à résister à Peter Sagan (Bora-hansgrohe) jusqu’à la ligne. Le train de l’équipe belge n’est aucunement débordé, et la bagarre est en réalité pour prendre la roue d’Elia Viviani. Toutefois, les équipiers du champion d’Italie restent très solides dans les derniers hectomètres et Richeze lâche d’ailleurs son leader en tête lors du dernier virage, à 120 mètres du but. Viviani sort premier, devant Sagan, et plusieurs mètres devant le reste, fournissant son effort final et parvenant à résister à l’ancien champion du monde pour s’offrir son deuxième succès de la semaine. Jasper Stuyven (Trek-Segafredo) prend la troisième place derrière les deux hommes.

Ces victoires illustrent la montée en puissance constante d’Elia Viviani. Passé proche de la victoire à l’UAE Tour (une 2e place et trois ‘top 5’), le sprinteur italien s’offre ainsi sa 98e victoire chez les professionnels. Cette victoire symbolise tous ses efforts, lui qui s’est toujours évertué à travailler dur et ne s’est jamais relâché. Le fait d’y avoir toujours cru et de s’entraîner sans relâche, notamment cet hiver, lui a permis de retrouver le chemin de la victoire.

Elia Viviani takes on Mark Cavendish in the elimination final | Cycle Archive | Eurosport

La Gestion des Échappées et du Terrain Accidenté

Les courses cyclistes ne sont pas seulement une succession de sprints et d'ascensions. Elles sont aussi le théâtre de batailles intenses pour les échappées. Lors d'une étape susceptible de sourire aux échappés, une grosse bataille était attendue au départ de Münchenstein. Ce ne fut pas vraiment le cas puisque c’est avec une relative facilité que Matej Mohoric (Bahrain-Merida), Fabien Grellier (Total Direct Energie), Stefan Küng (Groupama-FDJ) et Bert-jan Lindeman (Jumbo-Visma) s’enfuient dès les tous premiers instants. Le peloton laisse faire, l’écart grandit à une minute avant que certaines équipes ne se réveillent et tentent d’aller rejoindre les hommes de tête. Une lutte assez brève se met alors en place entre le quatuor de tête et quelques poursuivants. Bien que brève, cette lutte a raison de Lindeman, qui doit abandonner sa place en tête de course. Il est repris par Lennard Kamna (Sunweb), Nathan Brown (EF Education First), Gino Mader (Dimension Data), François Bidard (AG2R-La Mondiale) et Hector Carretero (Movistar), mais ces derniers ne parviennent pas à faire une vraie différence sur le peloton, qui remet de l’ordre à douze bornes de la ligne.

Le trio d’échappés peut dès lors prendre le large et le peloton s’assagit. Doucement mais sûrement, l’écart grandit. Il grimpe jusqu’à trois minutes après quarante kilomètres de course mais la Bora-hansgrohe de Peter Sagan veille au grain et ne laisse pas plus de champ aux hommes de tête. Sur un parcours relativement accidenté, Küng, Mohoric et Grellier sont véritablement muselés et n’ont d’ailleurs que 2’20 d’avance lorsqu’ils atteignent la mi-course. Les choses ne s’arrangent pas par la suite puisque la Sunweb et la Trek-Segafredo viennent également rouler auprès de la Bora, et l’écart se réduit à 1’30 au pied de la longue mais roulante montée vers Sattel, à 55 kilomètres de l’arrivée. Pendant la première partie de l’ascension, le trio reste groupé, mais Mohoric décide finalement d’augmenter le tempo à cinq bornes du sommet. Grellier est le premier à céder mais Küng rend lui aussi les armes peu après. Le Slovène de la Bahrain-Merida s’en va donc tenter de conclure seul les 38 derniers kilomètres. Néanmoins, le peloton n’est pas loin, à 1’30, et il se rapproche même à moins d’une minute après le dernier grand prix de la montagne du jour, à 25 kilomètres de la ligne. Le peloton met alors les bouchées doubles pour aller chercher Mohoric, qui perd seconde après seconde dans une partie lui étant bien moins favorable. L’ancien champion du monde juniors et espoirs tente bien de résister mais voit le peloton, emmené par Bora, Trek et Sunweb l’avaler à l’entrée dans les 15 ultimes kilomètres du jour. L’emballage massif se prépare activement, et la Sunweb tient les rênes jusqu’aux cinq bornes.

Les Grimpeurs Face au Temps Fort des Rouleurs

Le Tour de Romandie, avec ses deux arrivées en altitude et quatorze cols répertoriés, est un autre exemple de course où le défi de la montagne est central. Cependant, il n’est pas certain que la montagne seule désigne le vainqueur. Le terrain, lui, est parfois moins ragoûtant pour les purs grimpeurs. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’ils puissent exploiter l’étape reine de Leysin pour refroidir les rouleurs avant le contre-la-montre. Certes, il y a 2 855 mètres de dénivelé et quatre côtes - le Jaunpass et le Pillon notamment - concentrées dans les septante derniers kilomètres. Mais la « grande » bagarre risque bien de se limiter aux six derniers kilomètres, à partir du Sépey, où les écarts pourraient bien se réduire à quelques secondes « volées » à leurs adversaires.

Le général devrait se jouer à Lausanne, lors du contre-la-montre, une épreuve où les rouleurs, dotés d'une grande puissance sur le plat, peuvent faire la différence. Cela souligne la complexité du cyclisme moderne, où la capacité à exceller dans différentes disciplines est souvent la clé du succès global.

Cohésion d'Équipe et Succès : La Force de Cofidis

La récente victoire d'Elia Viviani à Cholet est une illustration parfaite de la synergie au sein d'une équipe. En progression constante depuis le début de saison, le sprinteur italien s’est imposé, concluant une solide prestation collective. Le début de course a été assez mouvementé, mais l'équipe a fait preuve d’une sacrée abnégation pour contrer les attaques et s’assurer de mettre leur sprinteur dans les meilleures dispositions possibles. Jean-Luc Jonrond, le directeur sportif, raconte que l'équipe s'est mise à contrôler derrière l’échappée et que chaque coureur s'est employé. Anthony Pérez, Pierre-Luc Périchon et Simon Geschke se sont bien mobilisés tout au long de la journée. Et dans le final, Emmanuel Morin a fait un travail excellent dans les 2 derniers kilomètres avant que Fabio Sabatini propulse Elia vers la victoire.

Cette victoire fait du bien à tout le monde et démontre la montée en puissance constante d’Elia Viviani. Elle symbolise tous ses efforts, lui qui s’est toujours évertué à travailler dur et ne s’est jamais relâché. Malgré une saison précédente difficile liée à la crise sanitaire, qui l’a empêché de travailler avec sérénité, notamment sur ses automatismes avec ses coéquipiers, le fait d’y avoir toujours cru et de s’entraîner sans relâche, notamment cet hiver, lui a permis de retrouver le chemin de la victoire. Cette journée illustre également la belle cohésion et l’esprit d’équipe qui règne chez Cofidis cette saison. Tous, staff comme coureurs, espèrent continuer sur cette belle dynamique. Il s’agit de la 2e victoire de la saison après celle de Christophe Laporte à l’Étoile de Bessèges.

Célébration de victoire d'équipe cycliste

Elia Viviani lui-même exprime sa satisfaction : « La victoire arrive enfin ! Je suis vraiment très content de ça. Un jour comme aujourd’hui devrait être un jour normal pour moi et pour l’équipe. Je veux continuer à retrouver mon niveau et me battre pour remporter d’autres courses. L’équipe a fait un très bon travail pour m’emmener de façon parfaite jusqu’au sprint. Emmanuel (Morin) et ‘Saba’ (Sabatini) se sont très bien impliqués à la fin. Et je suis content d’avoir fait un bon sprint après. Désormais, j’espère conserver cette confiance pour les prochaines échéances et continuer avec la même motivation. Je remercie toute l’équipe : comme moi, tous l’ont attendu longtemps. » Le directeur sportif ajoute : « Je suis très heureux pour Elia et pour toute l’équipe Cofidis. Tous nos coureurs ont eu un comportement exemplaire. Nous n’avions qu’un seul objectif : gagner à Cholet avec Elia Viviani. Et tout le monde a répondu présent. On a vu un travail fantastique tout au long de l’épreuve et l’équipe a bien maîtrisé la situation. Emmanuel Morin puis Fabio Sabatini ont servi de rampe de lancement à Elia et sur la ligne, il n’y avait pas photo. On a retrouvé Elia Viviani victorieux après un bon début de saison. »

Ces performances soulignent l'importance de la préparation hivernale, des automatismes d'équipe et de la motivation individuelle pour surmonter les obstacles et retrouver le chemin du succès. Même si la montagne représente un défi particulier pour un sprinteur comme Viviani, sa capacité à s'illustrer sur d'autres terrains et sa résilience sont des atouts majeurs dans le cyclisme professionnel.

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