La question de l'emploi en Afrique constitue l'un des défis majeurs du XXIe siècle, à une époque où le continent fait face à une dynamique démographique sans précédent. Alors que la transformation structurelle est largement considérée comme essentielle pour parvenir à une croissance durable et inclusive, la réalité du marché du travail africain reste marquée par une dépendance persistante au secteur agricole de subsistance. Cette manifestation d'intérêt vise à constituer un vivier de candidats pour des postes qui pourraient se libérer au cours des prochains mois et ne correspond pas à un poste vacant immédiat. Les candidats qualifiés pourront être considérés pour des postes axés sur la maintenance, le diagnostic, la réparation et le support technique des machines et équipements agricoles. Veuillez visiter www.camining.com pour des opportunités plus intéressantes. CA Mining répondra uniquement aux candidats présélectionnés. Si vous n'avez pas reçu de réponse dans les deux semaines, veuillez considérer que votre candidature n'a pas été retenue.

Les paradoxes du secteur agricole africain
Selon l’économie dominante, la transformation structurelle implique un passage progressif de l’agriculture vers des secteurs industriels puis tertiaires plus productifs, ce qui entraîne une productivité globale plus élevée, de meilleurs emplois, des revenus accrus et une amélioration des niveaux de vie. Cependant, cette réalité reste lointaine pour la plupart des économies africaines, où la main-d’œuvre et les autres ressources sont principalement réallouées du secteur agricole de subsistance, peu productif, vers des secteurs tertiaires à faible valeur ajoutée. Cela signifie que la majorité des pays africains restent piégés dans des activités à faible productivité et à faible revenu, comme en témoignent leur dépendance écrasante aux matières premières, l’omniprésence de l’informalité et les opportunités limitées de création d’emplois productifs et de croissance inclusive durable.
En moyenne, l’agriculture emploie plus de la moitié de la population africaine, avec des parts d’emploi comprises entre 60 % et 85 % dans plusieurs pays, notamment le Burundi, la République centrafricaine, le Tchad, l’Angola, le Malawi, le Mozambique et Madagascar. Ce secteur est encore plus crucial pour le développement rural de l’Afrique. Au moins 52 % de la population africaine vit en zone rurale, et jusqu’à 70 % à 85 % dans certains pays. Notamment, plus de 80 % de cette population rurale dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Cependant, la plupart de ces emplois sont informels et présentent d’importants déficits en matière de travail décent. Le paradoxe de l’agriculture est frappant : en raison de problèmes structurels tels que des infrastructures économiques insuffisantes et des faiblesses institutionnelles et politiques, la productivité globale du secteur reste très faible dans la plupart des pays de la région.
L’Afrique abrite 60 % des terres arables non cultivées du monde, mais la part de ses terres agricoles effectivement consacrées à la production de cultures demeure faible, autour de 26 %. Malgré sa capacité à produire sa propre nourriture et à approvisionner le marché mondial, l’Afrique est importatrice nette de produits alimentaires, avec une facture moyenne d’importations alimentaires de 15 milliards de dollars. De plus, 64 % des terres africaines sont couvertes de plans d’eau douce, ce qui en fait l’un des continents au plus grand potentiel d’irrigation, pourtant seulement environ 6 % de ses terres cultivables sont irriguées.
Dynamique démographique et marché du travail rural
Il est toujours délicat d’appréhender l’Afrique subsaharienne comme un seul et même bloc, car les situations vont varier d’un pays à l’autre. Ceci dit, la classe d’âge des 15-30 ans y représente 27% de la population. Concrètement, si l’on se base sur les dernières données statistiques établies par les Nations Unies, on estime que 15 millions de jeunes ruraux arrivent sur le marché du travail chaque année. En Afrique subsaharienne, l’accroissement de la population des quarante prochaines années est estimé à plus de 1,3 milliard de personnes, alors qu’il était de 730 millions entre 1980 et 2020.

La transition démographique et l’exode rural qui ont eu lieu en Europe ces dernières décennies ne peuvent se reproduire avec la même ampleur en Afrique. Selon Hubert Cochet, professeur à AgroParisTech, l’Afrique ne pourra pas suivre le modèle européen : « Il faudrait pour cela que les villes africaines absorbent un milliard de personnes d’ici 2050, ce qui n’est ni souhaitable ni réaliste. » Actuellement, la région n’ayant pas terminé sa transition urbaine, on observe une mobilité des populations des zones rurales vers les petites et moyennes villes de 10 000 à 100 000 habitants. Autrement dit, nous assistons à une forme d’urbanisation par le bas.
Vers une transformation des systèmes agroalimentaires
Les estimations montrent que l’Afrique dépend le plus des systèmes agroalimentaires (SAF) pour les moyens de subsistance, représentant 65,4 % de sa population active. Cependant, l’emploi dans les SAF en Afrique est très informel et la plupart des travaux sont réalisés dans un but de subsistance. Les résultats de l’enquête JobAgri montrent que les segments supérieurs des chaînes de valeur agroalimentaires offrent des rendements économiques plus élevés et créent des emplois plus productifs et décents. Ainsi, exploiter avec succès l’agroalimentaire pour créer des emplois productifs nécessitera sa transformation, passant de la subsistance à un moteur efficace de croissance des agro-industries et des entreprises.
L’agriculture reste au cœur du développement socio-économique de l’Afrique, représentant plus de 50 % de l’emploi et 17 % du PIB. Pour que l’agriculture puisse effectivement stimuler la transformation structurelle souhaitée et une croissance riche en emplois, elle doit évoluer d’une stratégie de survie à un moteur de croissance inclusive. Cela signifie conserver sa pertinence non seulement pour la sécurité alimentaire, mais aussi en tant que secteur dynamique capable de créer des emplois de qualité et de soutenir un progrès économique plus large. Pour y parvenir, il est nécessaire d’intégrer les politiques agricoles et les politiques de l’emploi afin d’améliorer la productivité du travail, tout en maintenant un équilibre entre l’offre et la demande sur le marché du travail.
Défis de la modernisation et stratégies de réussite
Plusieurs intervenants ont souligné que la dégradation des terres se pose de manière particulièrement aiguë en Afrique, due en grande partie à la perte de biodiversité et au changement climatique. Les agriculteurs doivent impérativement se professionnaliser et se moderniser pour améliorer leurs revenus, dans un contexte où 650 millions d’Africains sont encore privés d’électricité. Pour réussir cette modernisation agricole, plusieurs leviers doivent être actionnés : améliorer l’accès à la terre alors que les droits coutumiers compliquent souvent l’accès au foncier, et assurer la stabilité des revenus agricoles pour une activité soumise aux aléas climatiques.
Khady Légumes : De 20 000 FCFA à la Révolution Agricole Numérique au Sénégal
Le programme JobAgri, mené au Ghana avec la FAO, le Bureau International du Travail (BIT), l’Union Africaine et l’ISSER, vise à combler le manque de données actuelles relatives à l’emploi agricole et à favoriser le dialogue politique. Il s'agit d'inverser le regard : non pas l’emploi créé par un individu-entrepreneur mais les emplois générés par les systèmes agricoles. Des exemples comme celui de la filière avicole au Sénégal démontrent que la protection des marchés locaux et le regroupement des producteurs en coopératives peuvent multiplier les emplois de manière significative. En effet, de 2005 à 2012, la production avicole locale au Sénégal a été multipliée par 5 et le nombre d’emplois est passé de 7 000 à 30 000. Le regroupement en coopératives, comme la Coopérative agro-industrielle de Saint-Louis qui rassemble 3000 femmes, permet également de négocier des prix plus favorables.
L’idée que les jeunes se désintéressent de l’agriculture est un présupposé qui mérite d’être nuancé. Le ressenti dépend beaucoup des origines sociales, de la rémunération dégagée par l’exploitation et du type d’agriculture pratiqué. Il est crucial de dépasser les discours sur l'entrepreneuriat individuel et l'innovation technologique pour se concentrer sur le caractère systémique des structures de production. En somme, l'avenir de l'emploi en Afrique repose sur une approche intégrée, valorisant l'agroécologie autant que l'agro-industrie, afin de transformer le potentiel agricole du continent en une réalité économique porteuse de dignité et de prospérité pour sa jeunesse.
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