Encyclopédie des maladies des plantes maraîchères

Illustration d'une plante maraîchère saine et d'une plante malade

L'agriculture maraîchère, qu'elle soit conventionnelle ou biologique, est constamment confrontée à la problématique des maladies et des ravageurs. Ces agents biotiques représentent une cause significative de baisse de rendement ou de qualité des récoltes de légumes. Pour les maraîchers, la compréhension approfondie de la biologie des pathogènes et des ravageurs est essentielle afin de mettre en œuvre des interventions judicieuses et efficaces. Cette nouvelle édition des "Maladies des plantes maraîchères", succédant à celle de Messiaen et Lafon de 1970, a été entièrement remise à jour pour intégrer les évolutions majeures observées au cours des vingt dernières années. Ces avancées concernent l'apparition de nouvelles maladies, une meilleure connaissance de certaines d'entre elles, le développement de méthodes modernes de diagnostic, l'émergence ou l'échec de divers pesticides, ainsi que les progrès significatifs en matière de résistances variétales.

Dominique Blancard, ingénieur de recherche à l'INRA, s'est spécialisé dans le diagnostic et l'étiologie des maladies des plantes, ainsi que dans les stratégies de protection. Son expertise est cruciale pour aborder les défis actuels et futurs liés à la phytosanitaire des cultures légumières. L'objectif principal est de fournir aux professionnels et aux passionnés des outils et des connaissances actualisées pour une meilleure gestion des problèmes sanitaires des plantes.

Le diagnostic des maladies et ravageurs

Le diagnostic précis est la première étape indispensable pour une intervention efficace contre les maladies et les ravageurs. Il s'agit de bien comprendre la biologie du pathogène, qu'il soit un champignon, une bactérie ou un virus, ou du ravageur, tel un insecte, un acarien, un gastéropode ou un nématode. Sans une identification correcte, toute mesure de protection pourrait s'avérer inadaptée, voire contre-productive. En cas de difficulté à identifier une maladie ou un ravageur, il est possible de recourir au laboratoire de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ, qui offre une expertise précieuse pour confirmer la nature du problème.

Les méthodes modernes de diagnostic ont considérablement évolué, permettant une identification plus rapide et plus précise des agents pathogènes. Ces avancées technologiques sont cruciales pour une réaction rapide et ciblée, minimisant ainsi les pertes de récolte.

Les fondements d'une plante saine et résiliente

Les travaux d'Olivier Husson soulignent l'importance de l'état de santé de la plante, mesurable par son pH et son potentiel d'oxydo-réduction (Eh), sur le développement des ravageurs. Une plante en bonne santé présente un équilibre qui la rend moins vulnérable aux attaques. La figure ci-dessous illustre la zone de pH-Eh propice au développement des pathogènes et celle de l'équilibre optimal de la plante.

Diagramme pH-Eh montrant les zones de développement des pathogènes et d'équilibre de la plante

Une "plante en déséquilibre" est souvent plus fragile. Des "conditions séchantes" ou des "aspersion uniquement si temps séchant" peuvent influencer cet équilibre. Au contraire, un "écosystème riche" tend à favoriser la santé des plantes.

John Kempf, quant à lui, met en évidence que les mécanismes de défense naturels des végétaux sont intimement liés à leur nutrition. Il explique que la plante fabrique d'abord des sucres simples. Si elle est bien nourrie et qu'elle a besoin de se défendre, elle produit ensuite des chaînes carbonées de plus en plus complexes :

  • Étage 2 : Protéines - Les protéines sont difficilement digestibles par les larves et les insectes suceurs, offrant ainsi une première ligne de défense.
  • Étage 3 : Lipides - Les lipides protègent la plante contre les bactéries et les oomycètes, tels que le mildiou.
  • Étage 4 : Métabolites secondaires - Il s'agit des huiles essentielles et des tanins, qui confèrent une résistance accrue contre les nématodes, les virus, les coléoptères et les champignons.

Ainsi, Olivier Husson et John Kempf nous expliquent, à travers des approches différentes, qu'il est possible, via une bonne nutrition de la plante, d'empêcher le développement des ravageurs. La mauvaise santé d'une plante peut se mesurer par son pH, son potentiel redox Eh, et ses carences en minéraux, ces dernières pouvant être détectées par des mesures foliaires. Un travail conséquent reste à faire pour établir les références de bonne santé (pH, Eh, minéraux) pour chaque légume, afin d'optimiser les stratégies de nutrition et de protection.

Gestion durable des résistances aux maladies chez la plante : quelle stratégie choisir ?

Stratégies de gestion et de protection

La gestion des maladies et des ravageurs repose sur une combinaison de pratiques culturales préventives et d'interventions directes. Une rotation des cultures assez longue, un travail du sol adéquat, le choix de cultivars résistants et la sélection de la date de semis sont des pratiques qui aident à prévenir l'apparition de certains problèmes. Cependant, ces pratiques ne suffisent souvent pas à diminuer les niveaux de dommages sans une intervention plus directe pour protéger plusieurs cultures légumières.

Moyens de gestion basés sur la biodiversité

La biodiversité sur la ferme est un facteur clé dans l'autorégulation des populations de ravageurs et de leurs prédateurs. Le maraîchage sur petite surface, souvent caractérisé par la polyculture (qui offre une diversité de ressources et d'abris) et pratiqué sur un sol vivant (riche en ressources alimentaires et stimulant l'activité biologique), avec une utilisation limitée de pesticides (notamment ceux qui ont une action non ciblée), favorise déjà la biodiversité. Cependant, les cultures elles-mêmes ne favorisent pas un établissement durable de populations de prédateurs, car elles ont une durée de végétation définie dans le temps. Il est donc nécessaire de conserver des milieux naturels autour des cultures pour que les prédateurs y trouvent les ressources nécessaires à leur survie. Cela leur permettra notamment d'être présents et actifs dès le commencement du printemps, à l'apparition des premiers nuisibles.

Pour améliorer la biodiversité, plusieurs aménagements peuvent être mis en place :

  • Des bandes fleuries : Composées de fleurs vivaces ou annuelles, elles doivent offrir une diversité de structures et de feuillages et garantir une disponibilité constante de nectar et de pollen en choisissant les fleurs en fonction de leur période de floraison afin de créer une succession.
  • Des haies : Pour qu'elles soient encore plus attractives, il est recommandé de sélectionner des espèces d'arbres et d'arbustes florifères, ainsi que quelques fruitiers pour les oiseaux. Il est important de présenter une diversité d'espèces (environ 10-15) aux ports et feuillages différents.
  • Des abris : Des nichoirs à oiseaux ou des dortoirs à chauve-souris peuvent être construits ou achetés. De même, des amoncellements de feuilles mortes, de branches ou de roches feront d'excellents hôtels pour la biodiversité, offrant de nouveaux sites de refuge à la faune.
  • Des mares : Elles fournissent de l'eau à la faune locale et accueillent les amphibiens. Les mares peuvent être temporaires ou pérennes, selon la volonté du maraîcher.

Exemples de ravageurs et de maladies et leurs gestions spécifiques

Campagnol terrestre (ou rat taupier)

Image d'un campagnol terrestre

  • Présentation : Un rongeur trapu, à queue courte et velue, avec de très petites oreilles.
  • Alimentation : Il est végétarien et consomme quotidiennement l'équivalent de son poids en racines de légumes ou d'arbres fruitiers, causant des dégâts importants.
  • Moyen de gestion : Les méthodes de gestion incluent la pose de pièges, la protection des racines par des grilles, ou la favorisation de prédateurs naturels comme les rapaces.

Altise

Gros plan d'une altise sur une feuille

  • Alimentation : Les larves consomment de manière négligeable les racines, puis les adultes s'attaquent aux feuilles. L'altise s'attaque à de nombreuses cultures, surtout des brassicacées comme les navets ou les choux. Certaines espèces d'altises attaquent les pommes de terre.
  • Moyen de gestion : Des techniques comme le paillage, l'utilisation de filets anti-insectes, la rotation des cultures et la présence de bandes fleuries favorisant les auxiliaires sont efficaces.

Mouche de la carotte

Mouche de la carotte sur une fleur

  • Présentation : Diptère dont l'adulte mesure 4,5 à 6 mm, avec la tête principalement jaunâtre et le corps noir.
  • Moyen de gestion : Les filets spécifiques pour la mouche de la carotte sont la meilleure protection. Ils doivent être posés dès le semis et maintenus jusqu'à la fin des vols, généralement vers septembre-octobre.

Mouche du poireau

Mouche du poireau en train de piquer une feuille

  • Présentation : L'adulte est une petite mouche grisâtre d'environ 3 mm, avec un front et un dessous de l'abdomen jaunes.
  • Alimentation : La femelle se nourrit en pompant la sève, occasionnant des piqûres blanches sur le feuillage.
  • Caractéristiques : Pour le poireau, le premier vol a lieu entre avril et juin.
  • Moyen de gestion : Placer des filets en évitant le contact avec le feuillage en période de vol, c'est-à-dire en fin d'hiver et à l'automne. Il n'est pas nécessaire de laisser les filets durant la période de récolte hivernale.

Limace

Limace sur une feuille de légume

  • Présentation : Gastéropode pulmoné terrestre sans coquille externe. Les espèces les plus communes sont la loche, la limace horticole, la grosse limace rouge.
  • Alimentation : Très variée, principalement des tissus végétaux (surtout ceux des plantes endommagées) mais aussi des champignons ou des déchets animaux. Elle ingurgite 30 à 40 fois son propre poids en 24 heures.
  • Caractéristiques et chiffres clés : Dans des conditions idéales, une limace peut vivre jusqu'à 18 mois.
  • Moyen de gestion : L'usage de molluscicides autorisés en agriculture biologique, comme le Sluxx et le Ferramol dont le composé actif est le phosphate ferrique, est un bon compromis entre efficacité et temps de travail. D'autres méthodes incluent des barrières physiques, des pièges à bière, ou l'utilisation de prédateurs naturels comme les crapauds et les hérissons.

Doryphore

Doryphore adulte sur une feuille de pomme de terre

  • Habitat : Pouvant voler sur des centaines de kilomètres, il couvre des espaces importants.
  • Alimentation : Il est phytophage et consomme surtout des solanacées. Aussi nommé chrysomèle de la pomme de terre, il s'attaque de préférence à cette culture, dévorant feuilles, tiges et tubercules.
  • Prédateurs : Les carabes et les staphylins pour les larves.
  • Caractéristiques et chiffres clés : Le doryphore se reproduit très vite, une femelle peut pondre jusqu'à 2500 œufs qui donnent naissance au bout de 10 jours à des larves très voraces.
  • Moyen de gestion : La lutte biologique avec des insectes auxiliaires, la rotation des cultures, le ramassage manuel des adultes et des larves, et l'utilisation de variétés résistantes sont des stratégies efficaces.

Puceron

Pucerons sur une tige de plante

  • Présentation : Petit insecte ailé ou non, de 1 à 3 mm.
  • Habitat : Il vit sur les plantes. Certaines espèces de pucerons évoluent sur une seule plante hôte, d'autres sont migratrices.
  • Alimentation : Il suce la sève des plantes pour en extraire les éléments nutritifs dont il a besoin. Il apprécie particulièrement la sève riche en substances solubles présente dans les jeunes plants ainsi que les légumes ayant une nutrition déséquilibrée.
  • Caractéristiques et chiffres clés : Un puceron vit un ou deux mois.
  • Moyen de gestion : Une biodiversité bien installée à proximité est un bon moyen de gestion, favorisant les coccinelles, chrysopes et syrphes qui sont des prédateurs naturels des pucerons. Les pulvérisations de savon noir peuvent également aider.

Mildiou

Feuilles de tomate atteintes de mildiou

  • Présentation : Il s'agit de maladies cryptogamiques causées par différentes espèces d'oomycètes pathogènes selon les espèces hôtes.
  • Moyen de gestion : L'année 2021 a été particulièrement difficile pour de nombreux maraîchers face au mildiou sur la tomate. Cependant, certains, grâce à des mesures adaptées, ont pu assurer une récolte suffisante. Ces mesures incluent :
    • Respecter des rotations pour les cultures sensibles.
    • Sélectionner des variétés résistantes.
    • Favoriser une bonne aération des cultures (abris, arrosage au sol, circulation de l'air entre les plantes).
    • Réduire les arrosages en période pluvieuse.
    • Effectuer l'entretien des plants (taille, récolte, effeuillage) dans de bonnes conditions météo avec destruction des débris de culture et des plants atteints.
    • En préventif, l'utilisation de purin (petit lait de chèvre dilué, purin de prêle), de décoction et d'huiles essentielles (romarin à cinéole) peut donner des résultats.
    • Si la maladie se développe de manière inquiétante, l'utilisation de fongicides comme la bouillie bordelaise peut l'endiguer (attention, effets secondaires non négligeables).

Taupin

Larve de taupin dans le sol

  • Présentation : Coléoptère dont il existe plus de 8000 espèces.
  • Habitat : Les adultes sont attirés par les légumineuses et les graminées. Les prairies constituent un site de ponte idéal. Les œufs sont déposés dans le sol, surtout s'il est riche en matière organique, où les futures larves vivent et se déplacent verticalement.
  • Alimentation : C'est sous la forme de larves que le taupin cause le plus de dégâts, s'attaquant aux racines et tubercules.
  • Caractéristiques et chiffres clés : Le taupin se développe surtout en été.
  • Moyen de gestion : La présence de poules peut résoudre le problème à court terme en consommant les larves. D'autres méthodes incluent la rotation des cultures pour éviter les prairies avant les légumes, et l'utilisation de pièges.

Tipule

Tipule adulte posée sur une plante

  • Caractéristiques et chiffres clés : Le tipule se développe surtout en été. L'humidité et la matière organique mal aérée favorisent l'apparition des larves, qui peuvent causer des dégâts aux racines.
  • Moyen de gestion : Un drainage adéquat du sol et une bonne aération de la matière organique peuvent réduire les populations de tipules.

Piéride

Chenille de piéride sur une feuille de chou

  • Habitat : Présente partout, même en ville, la piéride apprécie surtout les crucifères pour en faire ses plantes hôtes, mais aussi les capucines. Ses œufs sont déposés au revers des feuilles nourricières, par lots de 20 à 50 unités.
  • Alimentation : La chenille se contente des feuilles périphériques, mais peut causer des dégâts esthétiques et de rendement.
  • Moyen de gestion : On privilégie les filets anti-insectes. En cas de pullulation, l'écrasement manuel des chenilles est une méthode simple et efficace.

Noctuelle

Papillon nocturne sur une plante

  • Présentation : Papillon nocturne. Les 750 espèces en France sont réparties en deux principales familles : les terricoles et les défoliatrices.
  • Habitat : Pour les terricoles, les larves vivent sur et dans le sol, les papillons sont sédentaires.
  • Alimentation : Les noctuelles sont en majorité polyphages, s'attaquant à diverses cultures.
  • Caractéristiques et chiffres clés : Les chenilles hivernent et se développent en mars-avril. Les larves apparaissent de juin à juillet.
  • Moyen de gestion : Dès l'observation des premiers dégâts, il est recommandé de rechercher les larves dans la terre dans un périmètre de 20 cm autour de la plante à l'aide d'un couteau et de les détruire.

Acariens

Acariens visibles sur une face inférieure de feuille

  • Alimentation : Les acariens piquent les feuilles à la face inférieure, provoquant des dessèchements du feuillage et de la plante entière.
  • Moyen de gestion : La lutte biologique est complexe car le développement des auxiliaires en milieu sec et chaud est ardu. Néanmoins, favoriser des prédateurs naturels comme certains acariens prédateurs ou des insectes spécifiques peut aider. Une bonne humidité ambiante peut également limiter leur prolifération.

L'importance des ouvrages de référence

L'ouvrage "Maladies et ravageurs des cultures légumières au Canada" (Howard et al.) est une ressource précieuse pour identifier et comprendre les problématiques spécifiques à ce contexte géographique. Il offre des informations détaillées sur la biologie des pathogènes et des ravageurs, ainsi que des stratégies de gestion adaptées.

Cette nouvelle édition des "Maladies des plantes maraîchères" est structurée pour faciliter l'accès à l'information et le diagnostic. Elle inclut des chapitres dédiés à des groupes de cultures spécifiques, ce qui permet aux maraîchers de trouver rapidement les informations pertinentes pour leurs productions.

  • CHAPITRE I. Le diagnostic
  • CHAPITRE II. Les méthodes de lutte
  • CHAPITRE III. Maladies de la Tomate, de l'Aubergine et du Poivron
  • CHAPITRE IV. Maladies des Cucurbitacées
  • CHAPITRE V. Maladies du Haricot (Phaseolus vulgaris) et d'autres Phaséolinées
  • CHAPITRE VI. Maladies du Pois et de la Fève
  • CHAPITRE VII. Maladies du Céleri et du Persil
  • CHAPITRE VIII. Maladies de la Carotte et du Fenouil de Florence
  • CHAPITRE IX. Maladies des Allium
  • CHAPITRE X. Maladies de l'Asperge
  • CHAPITRE XI. Maladies des Crucifères
  • CHAPITRE XII. Maladies de la Betterave rouge, de la côte de Blette et des Épinards
  • CHAPITRE XIII. Maladies de la Laitue, des Chicorées et de la Mâche
  • CHAPITRE XIV. Maladies de l'Artichaut et du Cardon
  • CHAPITRE XV. Maladies du Salsifis et de la Scorsonère

Cet ouvrage est un outil indispensable pour les professionnels et les amateurs désireux d'améliorer la santé de leurs cultures et de réduire l'impact des maladies et ravageurs.

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