La filière endivière face à l’impasse des traitements phytosanitaires : enjeux, réalités et perspectives

La production d'endives, légume emblématique des Hauts-de-France, traverse une période d'incertitude majeure. La filière, qui regroupe 300 agriculteurs français, dont 90% sont concentrés dans cette région, se trouve confrontée à une réglementation européenne stricte imposant le retrait de trois molécules essentielles d'ici 2025 : la Benfluraline, le Triflusulfuron-méthyle et le Spirotétramate. Cette décision place les producteurs dans une situation critique, où la pérennité économique de la filière, qui soutient 5 000 emplois directs et indirects, semble menacée.

Champs d'endives dans les Hauts-de-France

Les pressions réglementaires et le défi technique

Pour les professionnels, l'équation semble impossible à résoudre à court terme. Pierre Varlet, directeur de l'association des producteurs d'endives, souligne que si l'objectif du plan Ecophyto de réduction des pesticides est louable, les modalités imposées risquent de supprimer des productions entières. « On profite du mouvement de grogne de l'agriculture pour interpeller le ministère », explique-t-il, rappelant que le nombre d'endiviers a chuté de 1 000 à 300 en vingt ans.

La préoccupation principale réside dans l'absence de solutions de substitution viables. Gauthier Lefèvre, producteur d'endives à Douchy, dans l'Aisne, est catégorique : « Il est impossible de cultiver l'endive sans ces produits et il n'existe pas d'alternative pour éviter, notamment, la prolifération des pucerons. » Cette dépendance aux produits phytosanitaires - herbicides, insecticides et fongicides - est d'autant plus marquée durant le forçage, étape cruciale du développement de la plante, où le recours aux traitements est systématique pour garantir le rendement.

Le débat sur les alternatives biologiques et mécaniques

Face aux critiques, la filière oppose un constat pragmatique sur les méthodes alternatives. Bien que le désherbage thermique ou mécanique soit parfois évoqué, Pierre Varlet précise que ces techniques ne peuvent être utilisées que sur des surfaces limitées. « Sur le papier, il y a des solutions, mais elles ne sont pas techniquement et économiquement viables », soutient-il.

À l'opposé, certains producteurs indépendants défendent une approche différente. En pratiquant une culture sans engrais ni pesticides, ces structures expliquent que le surcoût de production est lié au temps investi dans la prévention des maladies. Ces méthodes, bien que plus onéreuses, permettent d'obtenir une endive considérée comme plus douce, sans résidus chimiques, ce qui constitue un argument de vente fort auprès d'une clientèle soucieuse de sa santé et de la qualité gustative des aliments.

Zoom sur la culture de l'endive à la maison. Ce n’est pas la taille qui compte, c’est le goût !

Analyse des résidus dans la consommation courante

La question de la présence de pesticides dans les endives s'inscrit dans un cadre plus vaste, révélé par les rapports de l'ONG Générations Futures. Entre 2017 et 2021, les études montrent que 67,7 % des endives étudiées contenaient au moins un résidu de pesticides. Ce taux place l'endive parmi les légumes les plus marqués, aux côtés du céleri-rave et du melon.

Il est toutefois essentiel de distinguer la présence de résidus, souvent détectables en quantités infimes (au-delà de 0,01 mg/kg), du dépassement des Limites Maximales en Résidus (LMR). La majorité des productions conventionnelles respecte les normes françaises et européennes. Cependant, le rapport pointe une réalité persistante : près de la moitié des légumes non bio consommés en France présentent des traces de traitements chimiques, soulignant ainsi la complexité du passage vers une agriculture dénuée de tout apport phytopharmaceutique.

La quête d'une transition durable : labels et labels de garantie

Pour le consommateur, s'y retrouver dans la jungle des appellations est un défi permanent. Les labels comme « AB » ou le logo bio européen garantissent une culture avec une utilisation de pesticides quasi nulle, tandis que « Cohérence Bio » exige une approche écologique totale de l'exploitation. À l'inverse, les mentions « agriculture raisonnée » ne bénéficient d'aucun organisme certificateur tiers, rendant leur promesse de limitation des intrants difficilement vérifiable.

Schéma comparatif des labels alimentaires bio et conventionnels

Le gouvernement, dans sa volonté de réduire l'usage des pesticides de 50 % d'ici 2030, tente d'ajuster ses indicateurs, notamment en remplaçant le « Nodu » par un outil de mesure plus précis. En parallèle, des initiatives comme le label « zéro résidu de pesticides » émergent. Ce label vise à garantir que les produits ne dépassent jamais le seuil de 0,01 mg de pesticide par kilo, offrant une voie intermédiaire entre le conventionnel et le biologique strict.

La filière endivière attend désormais une réponse du ministère. La demande de sursis exprimée par Philippe Bréhon, président de l'Association des producteurs d'endives de France, ne vise pas à ignorer les enjeux de santé publique, mais à obtenir un délai nécessaire pour adapter les outils de production. Sauver ce légume emblématique implique de trouver un point d'équilibre entre l'exigence environnementale européenne et la réalité économique de 300 exploitations qui craignent, chaque année davantage, pour leur survie.

tags: #endives #tres #traitees #pesticides #engrais #etc