L’agriculture moderne repose largement sur l’utilisation d’engrais pour améliorer les rendements des cultures, un progrès ayant permis de soutenir l’alimentation mondiale. Toutefois, l'utilisation intensive et prolongée de ces substances, qu'elles soient minérales ou organiques, présente des risques significatifs pour l’environnement et la santé humaine. Le progrès de l’humanité repose en grande partie sur les découvertes de la science, devenue possible lorsque deux chimistes allemands ont mis au point une méthode de fabrication de l’ammoniac liquide, ingrédient essentiel des engrais synthétiques. Personne ne pouvait alors prévoir qu’un élément essentiel à la vie, l’azote, dosé en excès, se convertirait en composés nuisibles.

La chimie des engrais et le fonctionnement des sols
Les engrais agricoles complètent le développement végétatif des cultures en apportant des éléments nutritifs essentiels : l’azote, le phosphore et le potassium, auxquels s'ajoutent des micronutriments comme le zinc, le fer ou le cuivre. On distingue deux grandes familles :
- Engrais chimiques (inorganiques) : Basés sur des réactions industrielles dégradant des éléments comme les sels et les roches, ils facilitent une disponibilité rapide des nutriments pour la plante.
- Engrais organiques : Issus de déjections animales (fumier, lisier), de restes de plantes ou de boues d'épuration, ils sont dégradés par les micro-organismes du sol. Leur apport aide à prévenir la perte de fertilité en améliorant la porosité et la perméabilité, facteurs physiques essentiels pour une rétention d’eau adéquate.
Si l’industrie des engrais est essentielle à l’agriculture moderne qui assure l’approvisionnement alimentaire mondial, l’utilisation excessive d’engrais synthétiques a de graves répercussions sur l’environnement. En effet, la plante n’utilise que 30 à 50 % de l’engrais synthétique épandu. Le reste s'infiltre dans le sol ou se volatilise.
Impact sur la biodiversité et les insectes pollinisateurs
L'utilisation intensive d'engrais chimiques entraîne un impact négatif sur la diversité des pollinisateurs. Si les effets sur la chimie du sol et de l’eau sont documentés, l'impact de l'engrais artificiel sur les insectes pollinisateurs reste mal compris. Une équipe britannique s’est penchée sur ce sujet, notant qu'à mesure que l’utilisation d’engrais augmente, la diversité de pollinisateurs diminue.
L'expérience "Park Grass" a mis en lumière des résultats spectaculaires sur la composition des sols en espèces végétales. L'excès d'engrais favorise la croissance de certaines espèces au détriment d'autres, entraînant un déséquilibre écologique. Les chercheurs expliquent que l'azote modifie la productivité et la biodiversité, impactant la disponibilité en pollen. Alors que les légumineuses, comme les trèfles, sont des pollinisateurs clés, elles ont été supplantées dans certains milieux enrichis. La présence de composés azotés dans l’air et dans le sol modifie ainsi le maintien des écosystèmes locaux, dont les mécanismes précis restent flous.

Contamination des eaux et zones mortes marines
Par le ruissellement et le lessivage des sols agricoles, l’azote est incorporé, sous forme de nitrites et de nitrates, dans les eaux souterraines, les lacs, les étangs et les océans. Il entre ainsi dans le cycle de l’eau, contaminant les sources destinées aux usages humains. Lorsque ces nutriments atteignent les milieux aquatiques, ils causent la prolifération des algues, ce que l'on appelle des "efflorescences algales". À leur mort, ces algues consomment l’oxygène dissous, provoquant des zones hypoxiques ou "zones mortes" où la faune marine ne peut plus survivre.
Qualité de l'air et santé atmosphérique
Parmi les gaz polluants présents dans l’atmosphère, les oxydes d’azote provenant de l’utilisation d’engrais inorganiques représentent une part importante. Au contact de l’atmosphère, l’engrais se volatilise et s’oxyde pour former les oxydes d’azote (NOx), essentiellement du monoxyde d’azote et du dioxyde d’azote. Ces gaz sont extrêmement nocifs pour la couche d’ozone.
La fabrication et l’épandage libèrent également des particules de suie, de poussière, de l’oxyde de soufre (SOx) et de l’ammoniac (NH3). Dans l’État indien du Pendjab, la détérioration de la santé des agriculteurs est directement liée à cette pollution atmosphérique. Une détection précoce des émissions est essentielle pour permettre une alerte au cas où les valeurs préétablies seraient dépassées, afin d'aider les gestionnaires à prendre des décisions efficaces.
Risques professionnels en milieu agricole
L'utilisation massive d'engrais présente des risques chimiques et biologiques pour la santé des agriculteurs exposés lors de la préparation ou de l'épandage :
- Inhalation : La poussière et les gaz peuvent causer une irritation oculaire, rhino-pharyngée et trachéale. En milieu confiné, la décomposition thermique du nitrate d'ammonium peut libérer des oxydes d'azote très toxiques.
- Contact cutané : Les produits fertilisants peuvent causer des lésions (rougeurs, irritations) par effet irritant, phénomène accéléré par la chaleur et la transpiration.
- Ingestion accidentelle : L'ingestion de nitrates peut entraîner des troubles digestifs, de l'hypertension et, dans des cas extrêmes, des troubles respiratoires (méthémoglobinémie).
- Risques infectieux : L'usage d'engrais organiques expose à des agents pathogènes comme les salmonelles, la listeria ou des œufs d'helminthes, pouvant provoquer des infections cutanées ou digestives.
Par ailleurs, les travaux de fertilisation comportent des risques mécaniques liés aux engins (renversements de tracteurs, coincements, happements). Le respect des bonnes pratiques, comme l'arrimage sûr du matériel et le port de vêtements ajustés, est crucial.
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Vers des pratiques agricoles durables
Pour une transition vers des pratiques plus respectueuses de la santé de la planète, l’utilisation d’engrais organiques ou écologiques devrait être encouragée. L'agroécologie propose des solutions concrètes :
- Rotation des cultures et polycultures : Encourager différentes plantes à partager le même espace favorise la biodiversité et prévient les maladies.
- Technologie N-Fix : Une technologie révolutionnaire à l'étude permet aux plantes d'absorber directement l'azote de l'air en stimulant des bactéries fixatrices dans les racines.
- Gestion raisonnée : Appliquer la juste dose d'engrais, adaptée aux besoins spécifiques de chaque culture, permet de réduire les résidus comme les nitrates.
- Agriculture biologique : Elle exclut totalement les engrais azotés de synthèse, privilégiant les résidus de récolte et les déjections animales.
Il est impératif de reconnaître les défis posés par la dépendance aux engrais chimiques. La mise en place de réformes écologiques des politiques agricoles est nécessaire pour préserver la qualité du sol, de l’eau et de l’air, garantissant ainsi la durabilité de notre système alimentaire tout en protégeant la biodiversité.
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