
Les engrais de fond, également appelés fumure de fond ou fertilisation basale, constituent une technique fertilisante fondamentale en agriculture et en jardinage. Leur rôle principal est d'enrichir le sol en éléments nutritifs essentiels pour assurer la croissance et le développement optimaux des plantes sur le long terme. Contrairement aux engrais dits « coup de fouet » à action rapide, les engrais de fond se caractérisent par une action lente et progressive, restituant graduellement au sol ce dont il a besoin. Ils sont indispensables pour reconstituer les réserves du sol, qui sont naturellement appauvries par les prélèvements des cultures précédentes.
Comprendre la Nature et l'Action des Engrais de Fond
Les engrais de fond permettent d’enrichir le sol en éléments nutritifs pour nourrir les plantes. Ils ont une action lente et restituent progressivement au sol ce dont il a besoin. Il est primordial de rendre à la terre ce que fruits et légumes lui ont pris pendant la saison. Ces fertilisants sont généralement composés de macronutriments essentiels comme l'azote (N), le phosphore (P) et le potassium (K), mais peuvent également inclure des oligo-éléments comme le zinc, le fer, le bore, le cuivre, le molybdène et le manganèse, en fonction des besoins spécifiques des cultures et des caractéristiques du sol. L'apport adéquat d'éléments nutritifs tout au long du cycle de croissance permet aux plantes de développer leur plein potentiel à chaque stade.
Les engrais de fond sont à opposer aux engrais dits « coup de fouet », dont l'action est plus immédiate mais moins durable. L'objectif de la fumure de fond est de s'assurer que les nutriments sont présents dans le sol dès le début du cycle de croissance des cultures, leur permettant ainsi d'en bénéficier tout au long de leur développement. Cette approche préventive et durable réduit significativement les risques de carences nutritionnelles qui pourraient entraver la croissance des plantes, fragiliser les sols et les plantes, et compromettre la qualité des récoltes.
Quand et Comment Appliquer les Engrais de Fond ?
L'application des engrais de fond est un facteur crucial pour leur efficacité. Ils se jettent généralement entre septembre et février directement à la volée à la surface du sol et au pied des plantes plus exigeantes. Il est ensuite recommandé de griffer la terre pour enfouir l’engrais. Durant la période hivernale, l’application des engrais de fond va permettre aux nutriments de se dissoudre lentement dans le sol pour fournir une source constante de nutrition au printemps. Il va contribuer à compenser l’appauvrissement de la terre des cultures précédentes et de préparer les cultures futures. On peut donc apporter les engrais de fond dans les périodes d’automne et d’hiver selon les régions. Cette période permet une dissolution progressive des nutriments dans le sol, les rendant disponibles dès le printemps, au moment où la croissance des plantes redémarre activement.
Il est important d’identifier le moment opportun pour appliquer les engrais, en tenant compte des particularités régionales et des conditions climatiques. Une observation rigoureuse des conditions météorologiques facilite le choix du moment idéal pour intervenir. La fonction fenêtre de traitement d’applications mobiles spécialisées, par exemple, peut aider à déterminer le moment opportun pour traiter, en tenant compte des prévisions météo.

Selon le type d’engrais utilisé, différentes méthodes peuvent être adoptées pour enrichir votre sol.
- Les engrais solides (granulaires) : ces engrais sont généralement appliqués à l’aide d’épandeurs spécialisés. L’épandage d’engrais granulaires est l’une des méthodes les plus couramment utilisées pour la fumure de fond. Cette méthode permet une application précise des nutriments et offre une bonne précision en termes de dosage et d’épandage.
- L’épandage d’engrais liquides : ils sont pulvérisés de manière précise grâce à des dispositifs équipés pour des options comme la coupure de tronçon, la coupure buse-à-buse ou encore la variation de débit.
- La fertilisation localisée au niveau racinaire : elle consiste à déposer les engrais directement près de la racine des plantes. Cette technique place les nutriments précisément dans des rainures situées à côté des semis ou des lignes de plantation. La fertilisation localisée permet une utilisation plus efficace des nutriments en les concentrant là où les racines en ont le plus besoin.
- La fumure organique (lisier, fumier, paille, tourbe, tourteau…) : les matières organiques telles que le fumier, les pailles ou les résidus de culture peuvent être incorporées dans le sol avant le semis ou la plantation ou pendant le cycle de culture.
Il est également recommandé de fractionner la fumure de fond en plusieurs applications si nécessaire, en tenant compte des besoins spécifiques des cultures à chaque stade de croissance.
Types d'Engrais de Fond : Organiques, Minéraux et Organo-Minéraux
Il existe trois catégories d’engrais : les engrais organiques, les engrais minéraux, et les engrais organo-minéraux.
Les Engrais Organiques
Les engrais organiques doivent d’abord passer par une phase de décomposition/minéralisation avant d’être assimilables par les plantes. Ces apports en éléments nutritifs sont donc mis à disposition de la plante progressivement, évitant ainsi les risques de lessivage. Certains d’entre eux, d’origine végétale, contribuent à enrichir le sol en matières organiques, agissant comme un amendement (engrais vert, compost, fumiers…).
Les principaux engrais organiques sont la corne broyée, le sang desséché, le tourteau de ricin, et la potasse organique.
- La corne torréfiée ou broyée : Elle a une action progressive et durable car elle se diffuse lentement dans la terre. Elle stimule la croissance des végétaux en respectant l’évolution de leurs besoins. Pour les plantes vertes, les feuillus, les graminés, les arbustes et les haies, les gazons, mais aussi les arbustes et les rosiers qui sont régulièrement taillés, préférer la corne torréfiée. Cet engrais organique azoté simple, à libération lente et progressive, présente les mêmes caractéristiques que la corne torréfiée, avec une fertilisation plus durable dans le temps. Il suffit de répandre la corne broyée au pied des végétaux et de l’enfouir légèrement par un simple griffage. Comme avec le sang séché, il n’y a pas de risque de brûlure des racines. La corne, avec son action lente et progressive, s’utilise au moment de la plantation, au printemps ou à l’automne. Pour les arbres et les arbustes, vous pourrez utiliser 100 à 150 grammes de corne par pied, et jusqu’à 500g par sujet pour les arbres fruitiers. Pour les plantes de bruyère ou les plantes de rocaille, 50 grammes par mètre carré sont suffisants.
- Le sang séché : Le sang séché est une source naturelle d’azote d’origine 100% animale qui stimule l’activité microbienne du sol. Son action est rapide et dure dans le temps. L’azote (N) contenue dans le sang favorise la croissance des plantes, agit sur la couleur du feuillage et améliore les floraisons. Il ne présente pas de risques de brûlure des racines et convient très bien aux rosiers, aux vivaces ou aux plantes à massif. Du fait de son action rapide, il s’utilise plutôt au printemps, avant le redémarrage de la croissance des végétaux. Le dosage à observer dépend du type de culture et d’utilisation qu’on prévoit d’en faire : 1.25kg pour 10m² pour les arbres fruitiers et les arbustes d’ornement, 0.75kg pour 10m² pour les massifs ou le potager, 1.5kg par mètre cube pour enrichir le compost.
- Le guano : Cet engrais naturel permet de stimuler rapidement la croissance des plantes et il améliore l’équilibre minéral du sol. Tous les végétaux peuvent en tirer des bénéfices. Le guano est issu de l’accumulation et du vieillissement des fientes d’oiseaux. Il existe différents types de guanos, en fonction des oiseaux qui en sont à l’origine, mais la plupart du temps, on trouve du guano d’oiseaux marins. Les guanos sont riches en azote et en phosphore, et ils apportent de nombreux oligo-éléments dans les cultures. Il s’agit donc de l’engrais naturel le plus efficace pour une action rapide, avec un effet ‘coup de fouet’. Ainsi, vous pouvez l’utiliser sur toutes vos plantes à la sortie de l’hiver ou au printemps (préparation du sol avant les semis, plantations…). Il vous faudra épandre le guano marin puis l’incorporer au sol lors du bêchage ou du rempotage avant d’arroser abondamment. Le guano peut également être appliqué en cours de saison, il sera alors enfoui par simple griffage avant un arrosage. Pour toutes les plantes, le guano s’utilise à raison de 50 grammes pour un mètre carré.
- La potasse organique : La potasse organique est un engrais riche et un engrais de fond pour un bon développement des fruits et des légumes à la saison suivante. Il contient du calcium, du phosphore et certains oligo-éléments. Il est parfait pour obtenir de beaux fruits et légumes.
- Les engrais verts : On appelle engrais vert une culture qui n’est pas destinée à être récoltée, mais enfouie dans le sol pour l’enrichir en matières organiques. Les espèces les plus utilisées sont les suivantes : phacélie, moutarde, vesce…. Les plantes sont semées, puis détruites mécaniquement ou par le gel, avant d’être incorporées au sol. Cette technique s’intègre dans le principe de rotation des cultures. Elle convient notamment aux grands potagers.
Entretenir la fertilité du sol : les engrais verts | Entretenir la fertilité des sols
Les Engrais Minéraux
Les engrais minéraux sont des substances d’origine minérale, produites soit par l’industrie chimique, soit par l’exploitation de gisements naturels (phosphate, potasse). Ils apportent à la plante des éléments minéraux directement assimilables. Ils ont donc une action rapide. Les engrais minéraux simples apportent un seul élément : engrais azotés, phosphatés ou potassiques. La plupart des engrais minéraux de synthèse à destination du jardin sont des formules composées (N-P-K-Mg) adaptées aux différents besoins des cultures.
Pour les arbres fruitiers, la carence se situe souvent au niveau du phosphore. Apporter du phosphate naturel (qui contient du phosphore) aux plantes permet un bon enracinement, une bonne floraison et une chute de fruits moins importantes.
Avant d’utiliser un engrais minéral chimique, il est crucial de s’assurer sur l’étiquette qu’il est homologué (Norme française NFU 42001 à 42004, ou norme CE) et de vérifier les teneurs garanties pour chaque élément fertilisant, exprimées en % du poids ou du volume de produit. Il est également impératif de respecter scrupuleusement les doses recommandées pour éviter la fragilisation et les brûlures sur les plantes et, bien sûr, la pollution des milieux. Sur une étiquette, une formule telle que 6-4-8 signifie que l’engrais contient 6% d’Azote, 4% de phosphore et 8% de potasse.
Il existe aujourd’hui des engrais minéraux chimiques « retard » dont l’enrobage permet une libération progressive de leurs éléments nutritifs. Ils contribuent à limiter les risques de lessivage, alors qu’un surdosage d’engrais organique liquide, comme par exemple le lisier, pourra conduire à une pollution des eaux.
Les Engrais Organo-Minéraux
Ces engrais combinent les avantages des deux catégories précédentes, offrant à la fois une action rapide et une libération progressive des nutriments, tout en contribuant à l'amélioration de la structure du sol grâce à leur composante organique.
Le Trio Essentiel : Azote, Phosphore, Potassium (N-P-K)
La fumure de fond est une technique fertilisante qui permet d’apporter aux cultures une combinaison de macronutriments nécessaires à leurs croissances et à leurs développements. On parle d’un apport de Phosphore (P), de Potassium (K) et d’Azote (N).
- L'Azote (N) : L’azote (N) contenue dans le sang favorise la croissance des plantes, agit sur la couleur du feuillage et améliore les floraisons. Cependant, une minéralisation d’un apport excessif d’azote organique rend les plantes plus sensibles aux maladies. L’excès d’azote est également contraire à la qualité organoleptique (goût) des fruits et légumes.
- Le Phosphore (P) : Le phosphore (P) est essentiel à la croissance des racines, à la floraison et à la fructification des plantes. Il a un rôle qui est conjugué avec celui de l’azote. Les engrais à base de phosphore sont utilisés au stade initial de la croissance des plantes. On détecte un manque de phosphore lorsque la croissance des plantes est ralentie avec peu de racines, des tiges s’affaiblissent, peu de floraison et une maturation en retard. C'est un élément indispensable à la plante mais en quantité moindre que le potassium. Son rôle dans les transferts d’énergie, dans la respiration, la photosynthèse et en tant que constituant de l’ADN et ARN donne à cet élément une importance capitale dès les premiers stades de développement des plantes. Contrairement à la potasse, sa très faible mobilité dans le sol le rend plus difficilement accessible par les racines. Une bonne croissance racinaire est indispensable pour une bonne alimentation en phosphore et inversement. C’est pour cette raison que sur les cultures à démarrage difficile, son utilisation en localisé au semis donne de bons résultats et s’est autant développée. Sur céréales d’hiver le phosphore apporté par les binaires ou ternaires de printemps permet également de stimuler la croissance racinaire avant la montaison.
- Sols calcaires et disponibilité du phosphore : la rétrogradation : La recombinaison des ions phosphoriques en sols calcaires est appelée « rétrogradation » et on nomme « pouvoir fixateur » l’intensité de ce phénomène dans le sol. Le pouvoir fixateur représente la rapidité avec laquelle le sol va fixer les ions phosphate au détriment de l’absorption par les racines. Plus on réduira la réserve en phosphore d’un sol, plus on va augmenter son pouvoir fixateur et donc augmenter le risque de rétrogradation de l’engrais apporté. L’apport d’engrais permet donc en partie d’alimenter la culture et pour le reste de réalimenter la réserve du sol pour les cultures suivantes.
- Le Potassium (K) : Le potassium (K) est vital pour la régulation des plantes. C’est peut-être même l’un des nutriments les plus efficaces pour la résistance aux maladies d’une plante. Il participe à augmenter la croissance des cellules d’une culture et la photosynthèse en activant les systèmes enzymatiques. Il va permettre de maintenir la pression osmotique, qui a pour objectif de favoriser la diffusion des substances vitales à travers la membrane de la plante. Le potassium va être nécessaire pour réguler le cycle de l’eau dans la plante et le transfert des assimilats (sucres et acides aminés) des racines jusqu’aux organes de réserve. Le potassium est assez facilement disponible dans la plupart des sols. Élément sous forme positive (cation) il est bien retenu par le complexe argilo-humique et non soumis à la rétrogradation mais peut subir un peu de lessivage s’il est mal retenu (sols légers ou sableux à faible CEC). Les besoins en potassium sont surtout importants lorsque la plante connaît un développement végétatif important. Les quantités absorbées journellement en période de forte croissance peuvent atteindre 6 kg de K2O pour un blé, de 8 à 10 kg pour colza, maïs, pomme de terre et jusqu’à 14 kg pour une betterave sucrière. Néanmoins sa mobilité permet des échanges importants entre le complexe argilo-humique (K échangeable) et la solution du sol dans laquelle s’approvisionnent les racines. Le potassium est surtout contenu dans les organes végétatifs, feuillage, tiges, racines. Les récoltes de grains sont peu exportatrices à l’inverse des récoltes de racines ou tubercules (betteraves, pomme de terre, légumes de plein champ) ou des récoltes plantes entières (luzerne, fourrages, ensilages, CIVE). L’exportation par les pailles de céréales n’est pas à négliger puisque celle-ci représente autant de potasse que celle contenue dans les grains. Les quantités de potasse qui entrent en jeu pour certaines cultures peuvent être très importantes et nécessitent d’être vigilant sur le bilan Apports/Exportations. L’humidité du sol est favorable à sa biodisponibilité et la sécheresse peut perturber son absorption. Les apports de potasse peuvent se faire après récolte ou avant implantation et le mode d’apport a assez peu d’importance sur l’efficacité. Compte tenu des faibles besoins en phase d’implantation c’est un élément qui ne présente pas d’intérêt en localisation.
L'engrais PK se réfère à un type d'engrais contenant principalement du phosphore (P) et du potassium (K). Cette combinaison fonctionne en synergie pour favoriser une croissance équilibrée des plantes.
L'Importance de l'Analyse de Sol
Une analyse du sol est fondamentale pour déterminer la présence et la disponibilité des nutriments essentiels pour les plantes dès les premiers stades de leurs développements. Cette analyse permet d’évaluer les niveaux de nutriments disponibles et de détecter d’éventuelles carences ou excès. Gardez à l’esprit que ces besoins varient d’une culture à l’autre et d’une année à l’autre. Grâce à toutes ces informations, vous pourriez connaître la capacité de votre sol à stocker les nutriments et quelles quantités de nutriments (N, P et K) sont déjà disponibles.
Les teneurs du sol en P et K, données par l’analyse de terre, constituent des indicateurs de leur niveau de disponibilité dans le sol. Ces teneurs s’interprètent différemment selon le niveau d’exigences des cultures. Plusieurs valeurs seuils sont proposées dans la grille PK de la méthode du Comifer (Comité français d’étude et de développement de la fertilisation raisonnée) :
- T impasse : teneur au-dessus de laquelle il est possible de réaliser une impasse de fumure de fond.
- T renforcé : teneur au-dessous de laquelle il faut renforcer la fumure de fond adéquate au-delà de la stricte compensation des exportations.
Retrouvez le détail de ces valeurs seuils par région, type de sol, et niveau d'exigence des cultures en PK en accédant à la grille PK du Comifer.
Optimisation de la Fumure de Fond
Fournir les bons éléments nutritifs aux cultures est important pour les rendements, mais également pour la qualité des récoltes. Réalisée avant le semis ou la plantation des cultures, elle est un élément important pour vos parcelles. La fumure de fond, également appelée fertilisation basale, est une technique fertilisante qui permet d’apporter aux cultures une combinaison de macronutriments nécessaires à leurs croissances et à leurs développements.
Le premier facteur à considérer est le type de sols (argile, sable et limon). En fonction du type de sols, la capacité de rétention des nutriments va varier, ce qui influence la disponibilité des éléments nutritifs pour les cultures. Les sols argileux, par exemple, ont une plus grande capacité de rétention des nutriments que les sols sableux.

Outre ces facteurs, il est recommandé de consulter les recommandations agronomiques spécifiques à votre région (Chambres d’agriculture par exemple).
Les apports d’éléments P et K se raisonnent avec 2 objectifs :
- L’un à court terme, annuel : permettre à la plante de trouver ces éléments en quantité suffisante afin d’assurer sa croissance en vue d’une production optimale. Ce premier objectif répond surtout au besoin de complémentation de l’offre du sol par rapport aux besoins de la culture. Dans ce cas, on raisonne selon l’exigence de la culture prévue vis-à-vis de l’élément P ou K et de ce que le sol pourra mettre à disposition à partir de son stock.
- L’autre à moyen-long terme, pluriannuel : visant à compenser les exportations par les cultures de manière à maîtriser dans le temps l’évolution des teneurs du sol. Ce deuxième objectif consiste en une gestion de la réserve en éléments dans le sol (aspect trésorerie, patrimonial, stratégie à long terme …). Dans cette approche, on compare sur une période de plusieurs années (1 ou 2 rotations) la somme des apports en P et K (minéraux et organiques) à la somme des exportations par les récoltes et les résidus, s’ils sont enlevés. Pour maintenir les teneurs, on vise au minimum un bilan équilibré, voire légèrement excédentaire. Dans le cas de teneurs élevées, on peut avoir un bilan déficitaire si on accepte une baisse de la richesse en éléments (déstockage du sol). Dans le cas de teneurs faibles, un bilan déficitaire ne fera qu’accentuer la faiblesse des taux de P et K et rendre les cultures plus vulnérables aux aléas. Les apports sont d’autant plus impératifs que les teneurs sont faibles.
Les sols cultivés contiennent des réserves de phosphore et de potassium souvent importantes. Mais tout n’est pas immédiatement disponible pour les plantes. Ces éléments sont présents dans le sol sous des formes très diverses. La fraction présente dans la solution du sol à un instant donné est très faible, à la différence de l’azote par exemple. Dans le volume de terre dans lequel les racines puisent phosphore (P) et potassium (K), la solution du sol est cependant en permanence réalimentée par diffusion à partir de la phase solide. Lorsque le sol ne peut réalimenter suffisamment vite la solution en raison d’une trop faible disponibilité de ces éléments, l’apport d’engrais est nécessaire pour satisfaire les besoins spécifiques et la nutrition des plantes. Elles sont plus sensibles à la carence pendant leur phase juvénile.
Avantages d'une Fumure de Fond Optimisée
Une fumure de fond optimisée offre de nombreux avantages pour vos cultures en grandes cultures que vous ne le pensez. En fournissant les éléments nutritifs essentiels et en évitant les carences, vous pouvez augmenter vos rendements et améliorer la qualité de vos récoltes (taux de protéines) mais il y a aussi d’autres avantages.
- Rendements accrus : L’apport adéquat d’éléments nutritifs tout au long du cycle de croissance permet aux plantes de développer leur plein potentiel à chaque stade.
- Meilleure qualité des récoltes : Une fumure de fond optimisée contribue à améliorer la qualité des récoltes.
- Développement sain des racines : Une fumure de fond adéquate favorise le développement des racines dès le semis, permettant aux plantes de mieux absorber l’eau et les nutriments du sol rapidement. Grâce à cela, la levée de vos cultures sera optimale.
- Croissance foliaire optimale : Les nutriments fournis par une fumure de fond optimisée permettent la croissance foliaire des plantes (grâce à un bon développement racinaire notamment).
- Résistance aux maladies et aux stress : Une fumure de fond optimisée renforce la résistance des plantes aux maladies et aux stress environnementaux tels que la sécheresse ou les températures extrêmes.
Bonnes Pratiques pour une Fumure de Fond Efficace
Pour une fumure de fond efficace et optimale dans les grandes cultures, il est essentiel de suivre certaines bonnes pratiques.
- Analysez le sol régulièrement : Effectuez des analyses de sol régulièrement pour évaluer les niveaux de nutriments disponibles et détecter d’éventuelles carences ou excès. Ces analyses vous aideront à ajuster les doses d’engrais en fonction des besoins spécifiques de vos cultures.
- Adaptez vos doses d’engrais aux besoins des cultures : Chaque culture a des exigences nutritionnelles spécifiques. Consultez les recommandations agronomiques pour déterminer les doses appropriées d’engrais en fonction du type de culture, du rendement visé et des caractéristiques du sol. Évitez les surdosages qui peuvent entraîner des pertes d’engrais et des impacts environnementaux.
- Privilégiez les engrais à libération contrôlée : Les engrais à libération contrôlée ou à libération lente fournissent les nutriments de manière progressive et régulière aux cultures sur une période prolongée.
- Appliquez la fumure de fond avant le semis ou la plantation : Pour assurer une disponibilité précoce des nutriments pour les jeunes plants, il est recommandé d’appliquer la fumure de fond avant le semis ou la plantation.
- Évitez la fumure de fond en période de forte pluviométrie : Lorsque le sol est détrempé ou qu’il y a de fortes précipitations, il y a un risque accru de lessivage des nutriments.
- Intégrez la fumure de fond dans une approche globale de nutrition des cultures : La fumure de fond fait partie d’une stratégie plus large de nutrition des cultures.
Gérer les Résidus de Récolte
Lorsqu’une espèce est cultivée pour ses graines (blé, maïs, colza, tournesol…), l’essentiel du phosphore prélevé par la culture est présent dans le grain et donc exporté. En revanche, la majorité du potassium (80 à 90 %) est présent dans les tiges et les feuilles, sous une forme très soluble. Au cours des premières phases de décomposition des résidus, ce potassium est libéré sous une forme identique à celle d’un engrais potassique. La restitution des résidus de récolte du précédent équivaut donc à un apport important de K2O. Un blé de 80 q restitue plus de 100 unités K2O/ha par les pailles et chaumes. Le potassium nécessaire pour une culture est le complément de ce qu’ont restitué les résidus de la culture précédente.
Engrais 100% Naturels et Biologiques
En général, il est préférable d’utiliser des engrais 100% naturels et utilisables en agriculture biologique. Les fruits et légumes que nous cultivons sont destinés à être mangés par nous-même ! Il faut donc ce qu’il y a de mieux ! Les engrais chimiques sont plus solubles et sont donc plus vite absorbés, mais ils fragilisent les sols et les plantes. Les engrais utilisables en agriculture biologique et 100% naturels sont souvent approuvés par des associations telles que Nature et Progrès. Créée en 1964, cette association a participé à toutes les évolutions du bio et a des réglementations les plus strictes, des exigences et des contrôles plus pointus que les autres labels.

Exemples d'Engrais de Fond Spécifiques
- GSSP 19% + 31% Cao + 28% So3 : Le Super 19 est un engrais riche en phosphore. Ce dernier est essentiel à la croissance et au bon développement des plantes. La plante absorbe le phosphore pendant la phase végétative.
- PK 0-14-15 + 23% Cao + 21% So3 : Cet engrais de fond permet à la fois une fertilisation phosphorique et potassique.
- PK 0-23-30 + 12% Cao + 2% So3 : Raisonner son apport PK peut être un investissement rentable.
- PK 0-28-24 + 15% Cao + 3% So3 : Les engrais binaires ne sont pas complets et ne sont constitués, comme leur nom l’indique, que de deux éléments essentiels sur trois.
- PK 0-31-20 + 17% Cao + 3% So3 : Cet engrais de fond permet à la fois une fertilisation phosphorique et potassique. Dans l’ensemble, il favorise une croissance vigoureuse, uniforme et augmente les rendements. Il contient des éléments facilement solubles dans l’eau. Ainsi le potassium et le soufre sont immédiatement disponibles.
- TSP 47 protégé (Superphosphate Triple) : Le Super 47 protégé est un engrais riche en phosphore qui aide à stimuler la croissance de la racine, il est utilisé pour les cultures de céréales, maïs, pomme de terre.
Rentabilité des Apports de Phosphore
Le tableau ci-dessous nous montre en exemple, pour le cas du phosphore et dans la situation d’un essai à Villiers sur Seine présenté plus haut, que dans les conditions actuelles, l’augmentation du prix des engrais ne remet pas en cause la rentabilité d’un apport lorsqu’il est nécessaire et raisonné.
| Scénario | Gain de rendement moyen sur 4 années de blé (q/ha) | Gains nets 2019 (€/ha) (2) | Gains nets 2022 (€/ha) (3) |
|---|---|---|---|
| Témoin sans apport de phosphore | 0 | 0 | 0 |
| Dose d'entretien | 8 - 10 | 120 - 150 | 220 - 280 |
| Demi dose d'entretien | 4 - 5 | 60 - 75 | 110 - 140 |
(1) Gain de rendement moyen sur 4 années de blé par rapport au témoin sans apport de phosphore depuis l’origine.(2) 2019 - Blé = 150 €/t - P2O5 = 0,75 €/u - coût passage = 11 €/ha.(3) 2022 - Blé = 300 €/t - P2O5 = 2,20 €/u - coût passage = 14 €/ha.
On peut remarquer qu’un entretien régulier et raisonné est facilement rentabilisé et permet de maintenir la teneur en éléments.
Détection des Carences et Surveillance des Cultures
La meilleure solution pour détecter un problème d’engrais est de vérifier l’hétérogénéité d’une parcelle grâce à des cartes de biomasse pour trouver des zones qui décrochent. Sur une parcelle, on peut voir des zones rouges, oranges et jaunes qui contrastent avec le reste de la parcelle qui est verte. Les zones rouges sont les zones avec le moins de biomasse. Grâce à des outils comme Spotifarm, on peut voir facilement les zones qui décrochent ce qui n’est pas le cas lors du tour de plaine. L’utilisation des outils comme les images satellitaires permettent de détecter de potentielles carences. Mais vous pouvez tout à fait optimiser vos apports d’engrais grâce à des cartes de modulation basées sur le potentiel de sol. La fumure de fond a une influence directe sur le succès des cultures. Grâce à l’analyse du sol et aux résultats obtenus, vous évaluez les besoins spécifiques de vos cultures.