La fertilisation, l’engraissage, l’application d’engrais, ou encore la culture… autant de termes pour signifier la même chose. C’est LE sujet le moins compris, le plus vaste, et le moins renseigné dans le domaine du bonsaï. Après tout, n’est-il pas censé être banalisé ? Une routine, un réflexe pareil à un clignement de paupière. Non ! L’utilisation des engrais, fertilisant, quel que soit le nom qu’on lui donne se doit d’être réfléchi. Pour un Bonsaï, être nourri régulièrement pendant la saison de croissance est crucial pour survivre.

Les fondements physiologiques de la nutrition végétale
Premièrement, l’engrais c’est quoi ? Non, ça ne sert pas à “forcer la pousse” ou “doper les plantes”. Ce sont des idées reçues. L’engrais, c’est le produit, organique ou chimique, contenant les nutriments et oligo-éléments nécessaires à la vie d’un être végétal. Beaucoup de mots pour dire plus simplement : un bon repas pour un arbre bien rassasié. Les trois éléments de base de tout engrais sont l’Azote (N), le Phosphore (P) et le Potassium (K), chaque élément remplissant un rôle différent.
L’Azote stimule la croissance des feuilles et des tiges. Le Phosphore favorise la croissance des racines. Le Potassium soutient la croissance des fruits et des fleurs. Nul n’est besoin de préciser que notre protégé étant dans un pot, la tâche nous incombe de lui apporter tout le nécessaire qu’il aurait trouvé dans la nature, et qu’il ne peut, en aucun cas, trouver dans un pot ou un substrat drainant, quasiment stérile.
La pensée populaire sur le monde végétal veut qu’une plante ait besoin de lumière et d’eau pour vivre. C’est vrai, mais incomplet. Cette idée est valable dans le cas où le substrat est composé de matière organique, de type terreau, tourbe blonde de sphaigne, sable de rivière et d'humus (ou terre végétale). On parle alors de sol fertilisé. Or, dans nos pots drainants, composés principalement de roches ou sols volcaniques, nous devons apporter, doser et choisir nous-mêmes les nutriments.
Au-delà des macronutriments : Le rôle des oligo-éléments et la symbiose
Vos arbres ont besoin d’encore beaucoup de choses, des nutriments en plus petite quantité, mais tout aussi importants : les oligo-éléments.
- Le magnésium (Mg) : primordial, même en faible quantité, pour une raison simple : c’est un des constituants de la chlorophylle. Sans lui, pas de feuilles, et donc pas de photosynthèse, autrement dit, la mort.
- Le calcium (Ca) : il travaille sur la structure de l’arbre, mais aussi sur la teneur en acidité du sol.
- Le fer (Fe) : il contribue à éviter la chlorose et joue ainsi la balance avec le calcium.
- Le soufre (S) : constituant important des acides aminés et des protéines, il joue également un rôle important dans l’assimilation des vitamines par les végétaux.
Ces éléments sont consommés par le système racinaire de l’arbre. Ce rôle est souvent facilité par des bactéries ou des champignons : on appelle ce principe la symbiose mycorhizienne. C’est une relation à double sens où l’arbre et le champignon échangent des ressources. Prenons pour exemple les Kuro Matsu (Pinus Thunbergii - Pin Noir du Japon) qui vivent en symbiose avec une mycorhize tellement importante que sans elle, l’arbre est perdu.
Mycorhize: La symbiose plante-champignon
Comparatif : Engrais chimiques versus engrais organiques
Comme son nom l’indique, l’engrais chimique est un produit inorganique, de synthèse, créé à partir de minéraux naturels.
- Avantages : Plusieurs types de diffusions (rapide à lente), tarif bon marché, inodore, disponible en liquide ou solide.
- Inconvénients : Risques de brûlures racinaires en cas de dosage non respecté ou d'oubli d'application.
Vient alors l’engrais organique. De la plus haute simplicité, généralement composé de produits plus naturels, que ce soit de sous-produits provenant de l’alimentaire ou du monde animal.
- Avantages : Aspect biologique, effet doux même à forte concentration, améliore la vie microbienne du sol. Le surdosage ne risque pas d’affecter le racinaire.
- Inconvénients : Plus onéreux, odeur parfois incommodante, apparition possible de moisissures ou de moucherons.
Stratégies d'application selon les besoins et les saisons
Il faut mettre de l’engrais pendant toute la saison de croissance de l’arbre, du début du printemps jusqu’à la mi-automne. Afin de savoir comment l’utiliser, nous devons tout d’abord nous demander : “pour quelle raison vais-je engraisser ?”
- Printemps (Croissance) : On utilise un engrais avec un taux élevé d’Azote (comme un NPK 12:6:6) pour stimuler la croissance. On engraisse surtout pour soutenir le réveil de nos arbres.
- Été (Équilibre) : Passer à un engrais plus équilibré (p.ex. NPK 10:10:10).
- Automne (Renforcement) : Utiliser un engrais qui renforce l’arbre en prévision de l’hiver. L’apport de nutriments concerne surtout le stockage de réserves. C’est, j’insiste, le plus important.

Utilisation spécifique de l'engrais organique Tamahi
Le Tamahi est une forme d'engrais organique très appréciée pour sa structure. Pour l'utilisation d'engrais solide, les paniers à engrais sont utiles pour s’assurer que l’engrais reste en place.
Conseils d'utilisation pour le Tamahi :
- Déposez 1 à 2 gros grains (environ 30 mm) sur le sol pour chaque longueur de pot de 50 mm.
- Les granulés peuvent être légèrement enfoncés dans le sol.
- Le Tamahi fonctionne mieux lorsqu'il est humide.
- Les granulés peuvent également être mis dans une coupelle à fumier avec un peu de sphaigne.
- Le fumier Tamahi fonctionne 6 à 7 semaines. Remplacez ensuite les pastilles.
Bien qu’un « Engrais Bonsaï » soit un engrais comme n’importe quel autre, en acheter dans un magasin aide à trouver le bon dosage NPK. Tout engrais avec le bon dosage NPK est parfaitement adapté. On peut choisir de réduire légèrement le dosage pour des arbres qui ne sont plus en culture, pour équilibrer leur croissance plutôt que de la stimuler. Rappelez-vous : il faut mettre de l’engrais en respectant les fréquences et dosages indiqués sur l’emballage. La fertilisation est une routine, mais une routine qui demande de l'observation et de l'adaptation constante.