La gestion de la fertilisation est un pilier fondamental de l'agronomie moderne et de la viabilité économique des exploitations. Au cœur de cette gestion se trouve le Plan Prévisionnel de Fumure (PPF), un outil technique et réglementaire indispensable. Ce guide permet aux agriculteurs de réaliser leur Plan Prévisionnel de Fumure Azote (PPF) en autonomie. Les conseillers peuvent également y retrouver toutes les informations utiles. Depuis la précédente édition de 2019, un nouvel arrêté GREN a été publié en 2023. Ces évolutions règlementaires doivent être appliquées dans les Plans Prévisionnels de Fumure Azote dès cette campagne culturale. Ce guide intègre également plusieurs informations issues du 7ᵉ Programme d'Actions Régional Directive Nitrates (PAR 7). Ce guide contient les différentes étapes et références utiles à la réalisation d’un Plan Prévisionnel de fumure (PPF) pour les grandes cultures, prairies et légumes industrie.

Comprendre l’importance du Plan de Fumure
Les agriculteurs doivent élaborer un Plan de Prévisionnel de Fumure (PPF), en particulier si leurs exploitations se trouvent dans des zones vulnérables. Le PPF est important pour les agriculteurs, c'est une étape essentielle pour gérer les ressources agricoles de manière responsable. En effet, le PPF joue un rôle central dans la préservation de la qualité de nos sols et de nos eaux souterraines. Le Plan de Prévisionnel de Fumure est essentiel pour déterminer les besoins en azote, phosphore et potassium de chaque culture sur votre exploitation. Il doit être rempli avant le premier apport d’azote en sortie d’hiver, ou avant le deuxième apport en sortie d’hiver si divisé. Cette étape est cruciale pour déterminer les besoins de la culture à venir.
Votre exploitation est en zone vulnérable ? Vérifiez si votre exploitation est dans une zone vulnérable en consultant la carte des zones vulnérables de l'OFB. Le Plan de Fumure va au-delà de sa simple obligation légale. En calculant les besoins en azote de chaque parcelle, vous pouvez économiser sur les engrais. Cela permet de réduire les coûts et d’éviter les excès d’azote. Une utilisation inefficace de l’azote peut entraîner une augmentation des coûts, car ils gaspillent des intrants coûteux. Elle vous permet d’éviter les excès d’azote, ce qui est bénéfique pour votre production. Dans la campagne, il porte tous les noms : plan prévisionnel de fumure, plan de fumure, plan de fertilisation, etc. Mais surtout il est souvent le mal aimé des agriculteurs car depuis son existence, il est perçu comme un document administratif pouvant déclencher des pénalités financières dans les exploitations agricoles. Souvent appelé » ppf « , le plan de fumure présente de nombreux intérêts techniques, souvent oubliés et inexploités.
Cadre réglementaire et enjeux environnementaux
Le plan de fumure est obligatoire pour toutes les exploitations agricoles ayant plus de 3 hectares, et dont la zone géographique est située en zone vulnérable. La réalisation d’un plan prévisionnel de fumure est une obligation règlementaire de la Directive Nitrates pour les agriculteurs exploitant au moins une parcelle en zone vulnérable nitrates. Qu’est-ce que la directive nitrate ? C’est une obligation règlementaire qui a pour but de réduire la pollution des eaux provoquées par les nitrates agricoles. Les zones vulnérables se situent principalement sur la partie Nord et Sud-Ouest du territoire français. Elles couvrent 68% de la surface agricole et concernent 62% des exploitations agricoles. Les rejets directs ou indirects de nitrates agricoles ou d’autres composés azotés sont donc particulièrement susceptibles d’être transformés en nitrates et de provoquer une pollution des eaux sur ces régions fragilisées. Les eaux estuariennes qui se jettent dans la mer sont elles aussi fragiles.
La notion de plan prévisionnel de fumure azote apparaît dans l’arrêté du 22 novembre 1993, relatif au code des bonnes pratiques agricoles. Les eaux des estuaires présentent un risque d’eutrophisation, ou suraccumulation de nutriments qui favorise le développement d’algues. En calculant la bonne dose au bon endroit, le plan de fumure permet d’éviter toute carence en apports d’azote nécessaire aux besoins de la plante.
Méthodologie : Établir son Plan Prévisionnel de Fumure
Pour réaliser le plan de fumure de son exploitation agricole, il faut : planifier son assolement cultural parcelle par parcelle (cultures récoltées et couverts végétaux) ; dimensionner ses volumes d’effluents d’élevage, de méthanisation ou les effluents à recevoir ; calculer les besoins en éléments nutritifs des cultures, parcelle par parcelle ; planifier les types et apports d’engrais selon la période optimale de la culture ; au printemps, ajuster les besoins des cultures avec des outils d’aide à la décision (OAD).
Qu’est-ce que le plan prévisionnel de fumure ? Le plan prévisionnel de fumure est « la ration alimentaire à apporter aux plantes ». Il a pour but d’éviter des carences et les excès en azote. Le principe de base du plan de fumure est d’estimer les besoins nutritifs nécessaires à la plante (éléments azote, phosphore, potassium). D’un côté, on va calculer le besoin en éléments de fertilisation de la plante selon son potentiel de rendement et la qualité du produit (exemple : la protéine du blé). Puis de l’autre côté, les fournitures du sol selon le type de sol, les précédents culturaux et les éléments fertilisant stockés dans le sol. Ces calculs sont émis selon des règles de calcul provenant de la Directive Nitrate, ainsi que des arrêtés GREN de chaque région.
Création de variables et saisie de données dans SPSS
Optimisation technique et outils de pilotage
Il est clair que si l’on fait un calcul de besoin des cultures en utilisant des données théoriques, les calculs obtenus seront des calculs normés ! En prenant en compte les données de ses sols (analyse de sol, type de sol) et ses données des cultures précédentes (biomasse du couvert), la dose de fertilisant à apporter à la plante n’en sera que plus fiable. Et c’est dans ce sens que le plan de fumure devient un outil technique. En zone d’élevage, l’intérêt du plan de fumure porte sur la gestion des engrais organiques. Valoriser ses effluents en tenant compte de leur valeur nutritive a tout son sens agronomiquement et économiquement.
Pour le calcul de la dose prévisionnelle, il faut s’appuyer sur la méthode du bilan d’azote définie par le Comifer (sauf pour certaines cultures qui ont un plafond d’azote à ne pas dépasser ; cas des prairies ou certains légumes, par exemple). La méthode du bilan vise à équilibrer les besoins en azote de la culture avec les fournitures du sol. Au-delà de l’aspect réglementaire, ce calcul de dose d’azote à apporter à la sortie de l’hiver est la base du raisonnement agronomique de la fertilisation et vous permet d’ajuster vos apports.
Gestion des reliquats et suivi des cultures
Un reliquat d’azote en sortie hiver est obligatoire dès que la surface cultivée en zones vulnérables est supérieure à 3 ha. Il doit être positionné sur l’une des trois principales cultures de l’exploitation et le résultat doit être pris en compte dans le plan de fumure de la parcelle analysée. Il est possible de remplacer cette analyse par une mesure du taux de matière organique ou une analyse d’herbe dans les situations où ce reliquat ne se justifie pas (ex : exploitation 100 % herbe).
Attention, les agriculteurs exploitants dans les aires d’alimentation de captage classées en ZAR (zones d’actions renforcées) du fait de leur teneur en nitrate supérieure à 50 mg/l, doivent réaliser au maximum deux reliquats supplémentaires (en complément du reliquat azoté déjà obligatoire). Pour la Somme, il s’agit des aires de captages de Brie, Caix, Ercheu, Gruny, Sailly Flibeaucourt et Voyennes. Si vous exploitez dans ces zones plus de 3 ha, vous devez réaliser un reliquat d’azote supplémentaire pour chaque culture présente de plus de 3 ha (avec un maximum de deux reliquats supplémentaires en ZAR).
Enregistrement des pratiques et conformité
Le cahier d’épandage doit être tenu à jour régulièrement et permet d’enregistrer tous les apports azotés minéraux et organiques sur chaque ilot cultural. Il est également à conserver cinq ans. On doit y retrouver notamment l’identification de l’ilot (sa surface et type de sol) ; les modalités de gestion de l’interculture (gestion des résidus de culture, gestion des Cipan, repousses ou cultures dérobées…) ; la culture pratiquée sur l’ilot (avec la date d’implantation, de récolte et rendement réalisé) ; et tous les apports d’azote (dates, types et quantités d’apport d’azote…).
D’autres mesures sont également à respecter en zones vulnérables comme le calendrier d’épandage, la couverture des sols en période hivernales (avec quelques cas dérogatoires) ; les conditions d’épandage sur sols gelés ou en pente et les capacités et conditions de stockage des effluents d’élevage. Ainsi, sur sols gelés (dès lors qu’il est pris en masse par le gel ou gelé en surface), il est interdit d’y épandre des fertilisants organiques à C/N <8 (ex : lisiers, fientes) et de l’azote minéral. Il est en revanche possible d’épandre des fumiers compacts pailleux et tout autre produit organique solide visant à la lutte contre l’érosion des sols.

Le plan prévisionnel de fumure comme levier de performance
Le plan prévisionnel de fumure azotée, aussi appelé plan de fumure, plan de fertilisation ou encore PPF, est un document obligatoire pour les agriculteurs. C’est aussi un outil très intéressant dont la conception participe à mieux contrôler les charges et à protéger l’environnement. Il s’inscrit dans une démarche de fertilisation raisonnée, en intégrant un bilan d’azote précis et une réflexion globale sur les coûts, les rendements et les économies d’engrais.
Pour les agriculteurs réalisant également leur déclaration PAC avec la Chambre d’agriculture, le plan prévisionnel de fumure permet d’anticiper la déclaration PAC en amont des semis. C’est l’occasion de vérifier le respect des BCAE et des écorégimes à l’aide des calculatrices de l’outil Mes Parcelles et d’anticiper d’éventuels ajustements si nécessaire. En pratique, le PPF permet de calculer précisément les doses de fumure azotée, organique et minérale, nécessaires à chaque parcelle de l’exploitation. Notez qu’avec la présence d’outils de traçabilité sur l’exploitation, l’agriculteur gagne également du temps dans la collecte des données qui servent à créer ce PPF.
Détermination des objectifs et calculs agronomiques
L’objectif de rendement est défini réglementairement comme étant la moyenne des rendements obtenus les cinq dernières années en retirant le mini et maxi (possibilité de remonter si besoin à la sixième année s’il manque des références). Pour ces objectifs de rendements, il est recommandé de raisonner par type de sols en fonction de leur potentiel.
Il est toujours possible d’ajuster la dose prévisionnelle en cours de campagne en fonction de l’état de nutrition azotée mesurée par un outil de pilotage. Tout apport supérieur à la dose prévisionnelle devra néanmoins être justifié. Dans ce cadre, la Chambre d’agriculture de la Somme propose ses services «Mes Dron’images» et «Mes Sat’images» afin de mesurer l’état nutritionnel azoté sur blé, orge et colza et apporter un conseil de fumure adapté.
La méthode du bilan d’azote minéral du sol est celle détaillée dans la publication la plus récente du Comité français d’études et de développement de la fertilisation raisonnée (Comifer). Le contrôle réglementaire des doses calculées passe ainsi par la vérification de la conformité des équations utilisées par les outils de calcul à la norme Comifer. Un label volontaire existe pour valider cette conformité : Prev’N.
L'intégration des cultures intermédiaires (CIPAN)
Les CIPAN sont des cultures implantées entre deux cultures principales, dont le but premier est de capturer les nitrates résiduels. Les six fonctions agronomiques reconnues sont les suivantes : piège à nitrates, protection du sol contre l’érosion, restitution de matière organique, fixation symbiotique de l’azote (légumineuses), stimulation de la vie biologique, et limitation des adventices. Dans le PPF, le calcul de la dose prévisionnelle est obligatoire pour chaque parcelle, pour tout apport de fertilisant azoté, que ce soit avec des matières organiques ou minérales.
La création de votre plan va requérir de mesurer la fertilisation azotée nécessaire en prenant en compte la présence des CIPAN, les intercultures et couverts évoqués dans le cadre de la Directive Nitrate. Le calcul prend principalement en compte les besoins en azote de la culture par rapport à un objectif de rendement et les fournitures en azote (sol, effluents organiques, fertilisants minéraux, fixation symbiotique).
Outils numériques et services d'accompagnement
Étant donné la complexité du calcul et le nombre d’informations à réunir pour réaliser votre PPF, l’usage d’outils de traçabilité au niveau des parcelles représente un vrai gain de temps. Un outil de suivi connecté comme Spotifarm, avec sa liaison Geofolia, permet de mieux appréhender les besoins de chaque culture en fonction de leurs besoins et de l’hétérogénéité des sols. Les deux outils sont complémentaires. Spotifarm est un outil de pilotage de la fertilisation azotée qui vous aide à apporter la bonne dose, au bon endroit, en fonction des besoins réels de la plante et du sol. Geofolia est quant à lui un outil qui permet de réaliser le calcul et l’élaboration du PPF.
Par ailleurs, les coopératives, chambres d’agriculture, entreprises de conseil proposent des prestations de service pour accompagner les exploitants dans la réalisation du plan de fumure chaque année. Le plan prévisionnel de fumure peut également être obligatoire hors zone vulnérable, lorsque l’exploitation agricole est engagée dans certains contrats ou certifications (MAEC, HVE…), ou quand elle est soumise à une ICPE (installation classée pour la protection de l'environnement).

Justification des dépassements et gestion des accidents
En cas de dépassement de la dose totale prévisionnelle d'azote, l’arrêté du 30 janvier 2023, modifiant l'arrêté du 19 décembre 2011 relatif au programme d'actions national à mettre en œuvre dans les zones vulnérables, stipule que cet excès doit être justifié par des moyens appropriés. Plus précisément, il est nécessaire d'utiliser un outil de raisonnement dynamique ou un outil de pilotage de la fertilisation pour prouver que la quantité d'azote absorbée par la culture est supérieure à celle qui était initialement prévue.
Aussi, si un accident cultural survient après le calcul de la dose, une description détaillée des événements (incluant la nature et la date) doit être consignée dans le cahier d'enregistrement. Les exploitants doivent également conserver tous les justificatifs (attestant de l’utilisation d’un outil de pilotage) en cas de contrôle. Le plan de fumure concerne les fertilisations prévues avant la campagne. Le cas échéant, vous devrez également produire des documents annexes, notamment pour justifier des épandages chez vous par des tiers et inversement, ou pour le stockage.
Pérennité et conservation des documents
Le plan de fumure doit être conservé au moins pendant cinq ans. Dans le cas de certification (HVE…) ou de contractualisation (MAEC…), il peut être demandé chaque année. En cas de contrôle conditionnalité PAC ou de la Police de l’eau, il est à fournir lors de la visite du contrôleur ou au préalable. Le cahier d’enregistrement des pratiques (CEP) consigne les apports de fertilisants réalisés sur chaque parcelle. Il mentionne tous les apports de fertilisants réalisés avec pour chacun, le nom, la date d’épandage et la dose par hectare. En cas de dépassement de la dose préconisée, un justificatif doit être présenté. Le CEP doit être actualisé après chaque épandage de fertilisant azoté.
La liste des zones est réalisée par les DREAL (Directions Régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). Vous trouverez de nombreuses données concernant les concentrations en nitrates des territoires en France sur la page suivante. Notez cependant qu’au-delà de l’obligation réglementaire, le PPF est avant tout un outil pour piloter la fertilisation sur votre exploitation. Il aide à optimiser le premier poste de charge d’une exploitation : la fertilisation. Un PPF doit être établi pour chaque îlot cultural exploité en zone vulnérable, que vous ayez ou non prévu une fertilisation azotée. Le PPF doit être établi pour toutes les surfaces de l’exploitation, en incluant les parcelles non fertilisées, à une date définie par votre GREN régional (ex : 31 mars en Bretagne, 15 avril dans les Hauts-de-France…).

Vers une approche agronomique intégrée
Au-delà de l’aspect réglementaire, le PPF est un véritable levier de performance. En intégrant les données pédologiques, les analyses de reliquats et les outils d'aide à la décision, l'agriculteur transforme une contrainte administrative en une opportunité d'optimisation des coûts de production. La précision des apports, en phase avec les besoins réels de la plante, limite le lessivage des nitrates et favorise la résilience des cultures face aux aléas climatiques.
L'évolution constante des arrêtés GREN et des programmes d'actions régionaux souligne la nécessité d'une veille permanente. La transition vers des outils numériques facilite la gestion de ces données complexes, permettant une traçabilité rigoureuse et une réactivité accrue en cas d'imprévus. Le PPF n'est donc pas une fin en soi, mais un élément dynamique du système de culture, participant activement à la durabilité des exploitations agricoles sur le long terme.
La compréhension des interactions entre le sol, la plante et les apports extérieurs reste la clé d'une fertilisation réussie. En adoptant une démarche méthodique - de la planification de l'assolement à l'enregistrement précis des apports en passant par le fractionnement stratégique - l'agriculteur assure non seulement sa conformité réglementaire, mais renforce également l'efficience de ses pratiques culturales. Cette vision globale, combinant respect des normes et bon sens agronomique, constitue le fondement d'une agriculture responsable et productive.
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