
La valorisation des biodéchets, une démarche cruciale pour l'environnement et l'économie circulaire, prend de plus en plus d'ampleur en France, portée par des réglementations nationales et européennes. Depuis le 1er janvier, conformément à la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire (AGEC) et au droit européen, le tri à la source des biodéchets est devenu obligatoire pour tous les particuliers et professionnels. Cette généralisation, bien que nécessaire, rencontre des dynamiques hétérogènes sur le territoire, comme en témoignent les efforts et les résultats observés en Nouvelle-Aquitaine.
La Nouvelle-Aquitaine, un territoire moteur dans le compostage
La Nouvelle-Aquitaine apparaît comme une "bonne élève" en matière de couverture des solutions de tri des biodéchets, avec 65 % de la population ayant accès à ces dispositifs. Un million de Néo-Aquitains ont déjà réduit drastiquement leur production de déchets, ce qui souligne un engagement significatif de la part des habitants et des collectivités. L’Agence de la transition écologique (Ademe) souligne néanmoins une certaine disparité selon les secteurs.
Certains territoires, comme les syndicats du bassin d’Arcachon ou la métropole bordelaise, n’ont pas attendu la loi pour se lancer. Ces structures distribuent depuis longtemps des composteurs individuels, anticipant les obligations légales et sensibilisant leurs populations. Le SmicVal, une collectivité territoriale du sud-ouest de la France, chargé de la collecte et de la valorisation des déchets du nord de la Gironde et d’une partie de la Dordogne, fut en 2002 un des pionniers de la valorisation des déchets organiques. Pour Nicolas Sénéchau, directeur général de la collectivité, la stratégie est claire : « Ils viennent de la terre, il faut qu’ils y retournent. » Le SmicVal a mis à disposition des usagers des sacs biodégradables à base d’amidon de maïs ou de fécule de pomme de terre, ce qui a permis d'observer une forte implication des usagers, avec des erreurs de tri n’excédant pas 1 % à 2 %. Pour l'heure, 50 000 habitants sont associés à la démarche sur un bassin de population de 200 000 personnes, avec un objectif de doubler ce chiffre d'ici peu.

La diversité des motivations et des dispositifs, clés de la réussite
Les recherches en sciences sociales sur la gestion de proximité tendent à montrer que la diversité des motivations à composter, loin d’être un frein à la pérennité des dispositifs, en est au contraire une condition. Cette diversité des motivations, associée à la variété des dispositifs (échelle, modes de gestion plus ou moins collectifs), expliquent la diversité des effets du compostage de proximité sur les sociabilités pré-existantes.
Compostage individuel : le geste qui a du sens
La gestion dite « de proximité » des biodéchets est privilégiée dans 60 % des territoires néo-aquitains, notamment en zone rurale. Cette solution de traitement est souvent la plus efficace au cœur des foyers, entre la cuisine et le jardin : le composteur. Mouloud Medjkoune, du groupe Sulo, assure que pour une collectivité, « financer en partie ou totalement l’équipement de ses usagers en composteurs individuels ou collectifs, sera toujours moins coûteux que d’assurer une collecte. » Sandrine Wenisch, chargée de mission déchets à l’Ademe Nouvelle-Aquitaine, constate que « ce geste est d’autant mieux intégré qu’il a du sens pour l’usager, quand ses déchets nourrissent un compost qui va ensuite amender la terre de son potager. »
Bordeaux Métropole, par exemple, met à la disposition des habitants des 28 communes de la métropole, possédant un jardin d’au moins 30 m², des composteurs individuels. L’inscription est gratuite mais obligatoire, avec des options de retrait en point relais (distributions organisées tout au long de l'année) ou de livraison à domicile.
Compostage collectif et bornes d'apport volontaire : des solutions pour tous
Dans les secteurs semi-urbains ou dans les villes, le compostage individuel est complété par la collecte des biodéchets et des solutions collectives. Bordeaux Métropole compte des centaines de sites de composteurs collectifs. Certains sont situés dans des résidences, d’autres dans des parcs et jardins, d’autres encore sur le domaine public. Ces sites sont entretenus par les maîtres composteurs de Bordeaux Métropole et sont gratuits. Lors de l’inauguration de chaque site, les habitants bénéficient d’une formation gratuite pour adopter les bons gestes de tri des déchets alimentaires.
Pour valoriser les déchets alimentaires, il est également possible de les déposer en vrac ou dans des sacs kraft dans une borne à déchets alimentaires. Ces bornes sont installées sur l’espace public, comme les bornes à verre. Pour les utiliser, aucune démarche administrative n’est nécessaire : c’est gratuit et sans inscription.
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Les défis persistants et les pistes d'amélioration
Malgré les progrès, la généralisation des solutions de tri des biodéchets accuse un certain retard au niveau national. Selon une enquête menée par OpinionWay pour le groupe Sulo, 40 % de la population française reste encore sans solution pour se débarrasser « proprement » des biodéchets.
La sensibilisation : un levier indispensable
Muriel Bruschet, ingénieure biodéchets pour l’Ademe, remarque que « la sensibilisation est indispensable car les familles n’ont pas du tout le même a priori avec ce type de déchets. » Le biodéchet n’est pas forcément perçu comme une source possible de pollution, mais les familles surestiment son aspect nuisible (odeur, écoulement, point d’attrait pour des espèces nuisibles comme les rats) et souhaitent l’évacuer le plus rapidement possible de leur domicile.
La vigilance doit être accrue lorsque la collecte s’éloigne du retour au sol. En pied d’immeuble, en apport volontaire, la qualité de l’apport reste intéressante, mais la qualité du compost produit peut varier si les consignes de tri ne sont pas strictement respectées.
La filière professionnelle : un enjeu majeur
Le tri est obligatoire depuis 2012 pour les entreprises d’espaces verts, la restauration collective et l’agroalimentaire. Cependant, il ne s’est généralisé aux restaurants, boulangeries et commerces de bouche qu’en 2024. Et l’adoption du geste pour cette catégorie semble encore moins évidente que dans les familles.
Tandis que certaines collectivités comme le Sictom Sud des Landes, le Sictom du Périgord ou la Communauté de communes de l’île de Ré organisent la collecte de ces biodéchets, de nombreuses entreprises doivent trouver leurs propres solutions. Elles s’organisent parfois, comme à Rochefort, en regroupement pour optimiser cette gestion. La plupart du temps, elles se tournent vers des entreprises privées qui transforment ces déchets en compost ou en énergie (méthanisation).
Une filière régionale des biodéchets en structuration
Dans le cadre des programmes de travail 2024-2025 de l’Observatoire Régional des Déchets et de l’Économie Circulaire (ORDEC), l’AREC Nouvelle-Aquitaine a mené une étude approfondie sur la filière régionale des biodéchets. L’étude menée par l’AREC vise à mieux comprendre la filière des biodéchets, en particulier les déchets alimentaires et les déchets verts. Le gisement brut régional de biodéchets est estimé à 3 millions de tonnes en 2022, selon la méthodologie du Schéma Régional Biomasse. Ces résultats offrent une vision consolidée de la filière régionale et permettront d'orienter les actions futures.

Les avantages du compostage : écologiques et économiques
Le compostage offre de multiples avantages, tant écologiques qu'économiques.
Bénéfices écologiques
Les biodéchets sont transformés en ressources au lieu d’être incinérés avec les ordures ménagères. Le compostage réduit le poids de la poubelle noire d’environ un tiers. Cela limite donc les émissions de CO₂ liées à la collecte des déchets et à leur incinération ou à leur stockage. En détournant les biodéchets des décharges, le compostage permet également de réduire la production de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂. De plus, le compost enrichit les sols en matière organique, améliorant leur structure, leur fertilité et leur capacité de rétention d'eau, ce qui contribue à la santé des écosystèmes et à la biodiversité.
Bénéfices économiques
Le compost obtenu évite ou réduit l’achat d’engrais pour le jardin. Pour les collectivités, comme l'assure Mouloud Medjkoune du groupe Sulo, financer en partie ou totalement l’équipement des usagers en composteurs individuels ou collectifs est toujours moins coûteux que d’assurer une collecte. La réduction du volume des ordures ménagères à traiter entraîne également des économies significatives sur les coûts de collecte, de transport et de traitement (incinération ou enfouissement). Le développement de filières locales de compostage peut aussi créer des emplois non délocalisables et renforcer l'économie circulaire régionale.
Les bonnes pratiques du compostage
Vos déchets alimentaires et vos déchets verts peuvent devenir une ressource précieuse grâce au compostage. Un compost de qualité nécessite un équilibre entre :
- les matières vertes : ce sont les matières humides et molles comme les épluchures, les restes de repas (sans viande ni produits laitiers en grande quantité pour le compostage domestique), le marc de café, les sachets de thé, les tontes de gazon fraîches.
- les matières brunes : ce sont les matières sèches obtenues par le broyage, comme les feuilles mortes, la paille, le broyat de branches, le carton (sans encre), les essuie-tout.
Attention : selon le type de composteur (individuel ou collectif), certaines matières peuvent être interdites. Il est généralement déconseillé de mettre dans un composteur domestique des restes de viande, de poisson, de produits laitiers, d'huiles et de graisses en grande quantité, ainsi que des plantes malades ou traitées chimiquement, pour éviter les nuisibles et les problèmes d'odeurs. Pour les composteurs collectifs ou les plateformes industrielles, la liste des matières acceptées peut être plus large grâce à des processus de traitement plus intensifs.
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Formation et accompagnement : des outils essentiels
Le Réseau Compost Citoyen organise chaque année son événement incontournable : la deuxième édition de l’Université d’Automne. Ces formations encadrées et structurantes sont conçues pour faire grandir les pratiques du compostage de proximité. Elles abordent des thèmes variés autour de la gestion des restes alimentaires, des déchets végétaux ou encore de la lutte contre le gaspillage alimentaire.
Des webinaires explicatifs, comme celui dédié aux parcours de formation en prévention et gestion des biodéchets, ont pour objectif de mieux appréhender ce que signifie l'expression "Prévention et gestion de proximité des biodéchets" : contours, enjeux, solutions, réglementation, exemples de mise en œuvre sur le terrain. Ces initiatives sont cruciales pour former des professionnels et des citoyens éclairés, capables de mettre en œuvre des solutions de gestion des biodéchets efficaces et durables. Elisabeth Lehec, enseignante chercheuse à l’Université de Tours en urbanisme-aménagement et anthropologie des techniques appliquée à l'urbanisme-aménagement, met en lumière l'importance de ces recherches pour mieux comprendre l'impact social et technique de ces dispositifs.
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