Les pratiques funéraires humaines, qui concernent le traitement final des personnes décédées, ont été établies au fil des millénaires et s’appuient sur des normes traditionnelles, culturelles ou religieuses pour traiter les défunts avec dignité. Elles visent aussi à disposer du défunt de façon sécuritaire pour protéger les êtres vivants contre les risques en matière de santé environnementale, y compris l’exposition à des agents nocifs ou à un autre type de pollution. Au Canada, les dépouilles humaines sont généralement incinérées ou enterrées dans les cimetières, la crémation étant la méthode la plus populaire depuis les années 1950. Cependant, les consommateurs se tournent de plus en plus vers d’autres options de fin de vie plus viables sur le plan environnemental, motivés par une conscience écologique accrue et le désir de réduire l’empreinte carbone associée aux rites funéraires classiques.

Les enjeux environnementaux des méthodes traditionnelles
Les deux types dominants de funérailles aux États-Unis, comme en France, ont des impacts environnementaux négatifs. Chaque année, les enterrements traditionnels utilisent des millions de litres de liquide d’embaumement (y compris des produits chimiques comme le formaldéhyde), des millions de pieds de bois, plus d’un million de tonnes de béton et des milliers de tonnes de cuivre, de bronze et d’acier. L’inhumation pollue les nappes phréatiques en raison des produits utilisés lors de la mise en bière, et elle mobilise des terres qui pourraient être cultivées. Selon une étude réalisée par la fondation des services funéraires de la ville de Paris, l’inhumation pourrait entraîner jusqu’à environ 1252 kg de CO2, ce qui représente 11 % des émissions d’un Français moyen sur un an.
La majorité des citoyens optent désormais pour la crémation. Bien qu’elle n’occupe pas des terres de la même manière qu’un enterrement traditionnel, elle produit des émissions de CO2 considérables chaque année. En plus, elle rejette certains métaux lourds, dont le mercure des amalgames dentaires, dans l’atmosphère. La crémation d’un corps implique une consommation d’énergie fossile importante, rendant ces méthodes de plus en plus contestées face à l’urgence climatique.
L'enterrement naturel : un retour aux sources
L’enterrement naturel, aussi appelé enterrement vert ou écologique, consiste à enterrer le corps ou les cendres dans un sol qui devrait rester ou devenir « naturel ». L’enterrement peut avoir lieu dans une zone boisée, une prairie, un terrain à vocation de parc ou une réserve faunique qui préserve ou améliore les habitats existants. Pour qu’un site devienne plus naturel au fil du temps, il faut arrêter la coupe du gazon et l’aménagement paysager réguliers, mettre fin à l’utilisation de pesticides et interdire l’utilisation de pierres tombales conventionnelles.
Les sites d’enterrement naturel peuvent être des emplacements indépendants ou faire partie de cimetières municipaux ou privés. De nombreux sites certifiés interdisent couramment les corps embaumés, les cercueils en bois dur ou en métal, et les articles commémoratifs. Le corps doit être enterré dans un linceul en tissu ou un cercueil biodégradable (en carton, en osier ou en bois d’œuvre de source durable).
L'hydrolyse alcaline : l'aquamation comme alternative
Aussi appelée aquamation, résomation ou biocrémation, l’hydrolyse alcaline consiste à placer le corps dans une cuve en acier inoxydable qui est d’abord remplie d’un mélange d’eau et d’une solution alcaline concentrée contenant généralement de l’hydroxyde de potassium (KOH), puis chauffée. La solution alcaline concentrée, la chaleur et la pression aident à dissoudre le corps. Le liquide restant, l’hydrolysat, est neutralisé ou dilué pour en abaisser le pH, après quoi on peut le déverser dans les drains sanitaires.
Les fragments d’os restent dans la cuve, puis sont récupérés, broyés et retournés au plus proche parent, comme avec les restes de crémation conventionnelle. Les implants en métal et le mercure des amalgames dentaires peuvent aussi être récupérés et recyclés. Cette méthode consomme beaucoup moins d’énergie que la crémation et n’émet aucune particule, fumée ou dioxine.
Le compostage humain : la réduction organique naturelle
Aussi appelé réduction organique naturelle, humusation ou terramation, le compostage du corps humain est une méthode qui imite les processus de compostage aérobie conventionnels favorisant la dégradation microbienne des matières organiques. Le processus consiste à placer le corps dans un récipient adapté contenant des matières organiques (copeaux de bois, paille, luzerne, feuilles mortes), qui est tourné et aéré.
Le compost humain pourrait bientôt être légalisé dans l'État de Washington
Ce procédé génère de la chaleur, permettant d’atteindre les températures de pasteurisation (par exemple, 55 °C pendant 72 heures) pour réduire le nombre de bactéries. Au bout d’un mois à un an, selon les variantes, le corps est transformé en un terreau fertile. Cette méthode est perçue comme un moyen de réintégrer le cycle du vivant, transformant la mort en une source de nutrition pour la terre et la plantation d’arbres.
Enjeux sanitaires et réglementaires
Les personnes consultées se sont notamment demandé si le potentiel d’exposition à des maladies infectieuses associé aux services funéraires non conventionnels différait de celui lié aux modes de disposition traditionnels. Certains agents infectieux, comme les prions associés à la maladie de Creutzfeldt-Jakob, sont extrêmement résistants. Toutefois, l’application des précautions standard pour n’importe quel mode de disposition peut réduire l’exposition aux agents pathogènes.
Au Canada, la surveillance de la disposition des dépouilles humaines relève généralement des provinces ou des territoires. À l’échelle locale, on demande souvent aux organismes de surveillance et aux bureaux de santé publique de fournir des conseils et un soutien aux exploitants ou aux municipalités. En France, le cadre juridique est plus strict, limitant les modes de sépulture à l’inhumation et à la crémation. L’article 16-1-1 du Code civil stipule que les restes des personnes décédées doivent être traités avec respect, dignité et décence, ce qui a longtemps freiné les débats sur l’humusation.
Vers une évolution des mentalités et de la loi
L’intérêt suscité par ces méthodes découle des motivations commerciales des fournisseurs et de celles liées aux consommateurs, comme un plus grand choix et des coûts moins élevés. La recherche documentaire a montré que les services non conventionnels ne nécessitant ni thanatopraxie ni cercueil permettent d’éviter les processus les plus polluants. La plupart des avantages proviennent du fait que l’on évite l’utilisation de matériaux ou la libération d’émissions, plutôt que du simple recyclage.

Des initiatives législatives voient le jour pour expérimenter ces pratiques. En France, des députés ont déposé des propositions de loi pour ouvrir la voie à l’expérimentation du compostage humain. Le projet F-COMPOST, soutenu par l’Agence nationale de la recherche, vise à tester la méthode, à la documenter scientifiquement et à mesurer son impact sanitaire et environnemental. La réflexion nationale progresse, portée par une demande sociétale croissante de préservation de l’environnement, avec près de 46 % des Français se disant prêts à choisir l’humusation si elle était légalisée.
Le passage d’une vision purement funéraire à une vision régénérative marque une étape importante dans la manière dont les sociétés occidentales appréhendent la fin de vie. En transformant le corps en humus sain et fertile, l’humusation offre une perspective où le défunt continue de participer à la vie du sol et à la croissance de la biodiversité, transformant les cimetières en véritables forêts de mémoire.
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