L'optimisation des prairies naturelles par l'introduction d'espèces fourragères sélectionnées est un levier majeur pour répondre aux besoins alimentaires de son troupeau dans un contexte limitant de réchauffement climatique. Les semis de prairies prévus en fin d’été approchent… c’est le moment de se pencher sur les espèces fourragères à implanter : un choix stratégique pour répondre aux besoins alimentaires de son troupeau dans un contexte limitant de réchauffement climatique. L'été 2022 a été marqué par des pics de chaleur et une absence de précipitations, entraînant des stress hydriques et thermiques dans les cultures. Les prairies n'ont pas été épargnées, et de nombreuses parcelles ont souffert, obligeant les éleveurs à ouvrir leurs stocks de fourrage plus tôt que prévu pour nourrir leurs animaux. Même si l'année 2023 semble globalement plus clémente, les prévisions concordent sur un point : les aléas climatiques s'intensifieront dans les années à venir. Le choix des espèces fourragères à implanter dans vos prairies reste le point clé à considérer.

Typologie des espèces : Graminées et Légumineuses
Lorsque vient le moment de semer une prairie, le choix des espèces fourragères est crucial pour assurer une alimentation de qualité à votre troupeau. Les prairies peuvent être composées de deux grandes familles : les graminées et les légumineuses. Chacune de ces familles offre une variété d'espèces parmi lesquelles vous pouvez choisir en fonction de vos besoins spécifiques.
Les graminées : robustes et polyvalentes
Parmi les graminées, vous avez plusieurs options à considérer. Le ray-grass, par exemple, est un choix populaire. Il est adaptable et peut résister à différentes conditions climatiques. Le dactyle est une autre option à envisager, connu pour sa résistance à l'usure causée par le pâturage. Le brome, la fléole, le festulolium, et le pâturin des prés sont d'autres graminées à explorer. Chacune de ces espèces a ses caractéristiques uniques en termes de croissance, de résistance et de valeur nutritionnelle.
Les légumineuses : sources de protéines et d'azote
Les légumineuses sont une autre composante essentielle des prairies. Le trèfle est une option populaire parmi les légumineuses. Il est riche en protéines et peut améliorer la qualité nutritionnelle de votre fourrage. Le sainfoin, la luzerne, la minette et le lotier sont d'autres légumineuses à considérer. Chacune de ces espèces apporte sa propre valeur nutritionnelle à la prairie, ce qui peut être bénéfique pour la santé de votre troupeau.
Facteurs décisionnels pour une implantation durable
Le choix des espèces fourragères ne doit pas être pris à la légère. Il dépend de trois facteurs clés : la durée d'installation de la prairie, les conditions pédoclimatiques et l'utilisation prévue.
La durée de vie de la prairie
Lorsque vous envisagez de semer une nouvelle prairie, la première question à considérer est la durée pour laquelle vous prévoyez de la maintenir. Cette décision influence directement le choix des espèces fourragères les plus appropriées pour votre projet.
- Prairies de courte durée (moins de trois ans) : Si votre intention est de maintenir votre prairie en place pendant moins de trois ans, vous devrez opter pour des espèces fourragères adaptées à cette courte période. Parmi les choix possibles, le ray-grass d'Italie se démarque. Cette espèce est robuste et peut prospérer pendant 6 à 18 mois, voire jusqu'à deux ans dans certaines variétés spécifiques. L'hybride de ray-grass est une autre option à considérer, capable de tenir bon pendant trois ans.
- Prairies de longue durée (plus de trois ans) : Si vous prévoyez de maintenir votre prairie en place pendant plus de trois ans, alors vous avez la possibilité d'explorer des espèces fourragères adaptées à une plus grande longévité. Le ray-grass anglais, par exemple, peut rester en place de 4 à 5 ans, voire plus dans des conditions favorables. C'est une option solide pour les prairies de longue durée. L'Anglais est réputé pour sa résistance et sa capacité à fournir un fourrage de qualité sur une période prolongée.

Le contexte pédoclimatique
Le type de sol et le climat de votre région auront un impact significatif sur le choix des espèces fourragères.
- Fétuque Élevée : cette espèce est polyvalente et convient à une variété de sols.
- Dactyle, Brome, Luzerne et Lotier : ces espèces se marient bien avec des sols superficiels et secs.
- Fétuque des Prés, Fléole et Trèfle Hybride : ces espèces sont mieux adaptées à des sols humides ou hydromorphes.
- pH du Sol : n'oubliez pas de tenir compte du pH de votre sol. Par exemple, la luzerne est à éviter dans des sols très acides et hydromorphes. Cependant, elle convient aux sols calcaires bien drainés ou aux sols relativement acides, mais chaulés, à condition que les semences aient été inoculées.
Le climat de votre région est tout aussi important que le type de sol. Certaines espèces fourragères sont plus résistantes aux variations climatiques que d'autres. Par exemple, des régions sujettes à des étés chauds et secs peuvent bénéficier de l'introduction de variétés résistantes à la sécheresse comme le ray-grass tétraploïde.
Optimisation par les mélanges prairiaux
Misez sur les mélanges prairiaux pour une productivité durable. Les mélanges prairiaux associent deux espèces (avec une graminée et une légumineuse), ou plus (prairies multi-espèces simples - 3 à 4 - ou complexes - 5 à 10). Dans tous les cas, la présence de légumineuses apporte de nombreux avantages : économie pour la fertilisation azotée, augmentation de la production estivale, stabilisation et amélioration de la valeur alimentaire du fourrage avec des teneurs en protéines et en énergie plus élevées, compensation de l’appétence plus faible de certaines espèces de graminées (comme la fétuque), meilleure ingestion.
Si l’impasse pour l’azote se justifie, attention toutefois au phosphore et au potassium. Face aux besoins élevés des légumineuses, il est souvent nécessaire d’y répondre par des apports d’engrais permettant de préserver les rendements.
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En termes d’espèces, les systèmes les plus classiques associent ray-grass anglais + trèfle blanc, ou dactyle + trèfle blanc, en raison de leur bonne complémentarité (allongement de la période de pâturage, couverture des besoins des ruminants, azote…). Toutefois, ces mélanges de deux espèces montrent certaines limites en cas de déficit hydrique. Une des solutions : s’orienter vers une prairie multi-espèces, en raisonnant ce choix dans sa stratégie fourragère. Il faut y intégrer un pourcentage élevé de légumineuses pour profiter au mieux de leurs atouts.
Garanties de qualité et techniques de semis
Lorsque vous préparez vos semis de prairies, il est judicieux de considérer l'utilisation de semences certifiées et de mélanges portant le prestigieux label France Prairie. Ces choix peuvent faire la différence en termes de rendement, de qualité et de stabilité de votre prairie.
Les semences certifiées sont le gage d'excellence en termes de performances fourragères. Elles sont soumises à des tests rigoureux qui évaluent leur comportement dans différentes conditions pédoclimatiques. Vous pouvez les reconnaître facilement grâce à leur étiquette bleue apposée sur les sacs.
La méthode d'implantation
L’implantation comprend 2 parties : le nombre de jours entre le semis et la levée, puis le nombre de jours entre la levée et le fait qu’une talle soit entièrement constituée. Après ce stade, la plante devient plus résistante aux à-coups climatiques (gel, chaleur, sécheresse, excès d’eau).
- Semis de printemps : La plupart des graminées sont non alternatives, c’est-à-dire que les plantes ne produisent que des feuilles (et pas d’épis). On a donc une végétation de très bonne qualité, valeur et digestibilité.
- Semis de fin d‘été : La terre est chaude, ce qui favorise la levée, la concurrence des levées d’adventices est beaucoup moins forte qu’au printemps.
Concernant la densité, l’objectif est de semer 1000 graines par m². Semer davantage est non seulement inutile mais préjudiciable car chaque plante a besoin d’un espace vital. Semer trop dense est au détriment de la pérennité. À l’inverse, semer moins dense amène le risque de salissement par les adventices et le risque d’avoir une végétation en touffes.

Gestion de la pérennité et rénovation
La durée de vie d’une prairie dépend essentiellement de l’espèce mais aussi de la variété, de l’adaptation au sol et au climat, de la région, du succès de son installation, de l’entretien et de l’exploitation de la prairie qui sont réalisés par l’éleveur. La pérennité réelle d’une espèce n’est pas toujours facile à estimer. Les trous laissés par les plantes mortes sont rapidement comblés par des mauvaises herbes et aussi par d’autres espèces prairiales de moindre qualité qui masquent la dégradation de la valeur réelle de la prairie.
En cas de rénovation totale, il convient de détruire toute la flore initiale. Un broyage de la végétation et de son feutrage racinaire, suivi d’un labour. Attention à la compatibilité avec la réglementation. Mais en général, le labour présente davantage d’inconvénients : remontée d’indésirables tel des graines d’adventices, de cailloux, de sols différents, dilution de la matière organique, diminution de la portance du sol. La méthode est aussi coûteuse en temps et énergie.
Le scalpage, qui consiste à utiliser un outil rotatif travaillant 2 ou 3 cm en dessous du plateau de tallage, est une méthode utilisable en bio comme en conventionnel, mais coûteuse en énergie, qui risque aussi de favoriser la levée d’adventices, à moins de faire 1 ou 2 faux semis. Le désherbage chimique systémique reste une méthode économe en temps et énergie.
Équilibrage des usages : Pâturage et Fauche
L’adaptation à la pâture des différentes graminées fourragères est fortement liée à la montée à épi. Il faut donc tenir compte de leur souplesse d’exploitation pour le 1er cycle, de leur alternativité la première année et de leur remontaison pour les pousses suivantes. Surtout pour les espèces qui montent vite à épi (dactyle, fétuque élevée…), il est conseillé de faucher la première pousse entre le stade « épi à 10 cm » et avant l’épiaison, afin d’avoir des repousses feuillues.
L’adaptation à l’ensilage dépend surtout de la facilité de la fauche et de la composition chimique des plantes. Pour réussir l’ensilage des espèces riches en matières azotées, comme les légumineuses, il est conseillé d’ajouter un conservateur. En effet, moins les plantes sont riches en sucre, moins le pH du silo diminuera rapidement. Pour être bien adaptée à la fauche, une espèce doit être bonne à récolter à une période où les conditions climatiques sont favorables.
Le choix de l’espèce sera donc à mettre en relation avec le niveau de besoin des animaux. Les graminées sont plutôt riches en énergie (UF) et les légumineuses en protéines (PDI). Le classement des valeurs alimentaires est à mettre en perspective avec le stade de récolte, car c'est le facteur prédominant de la qualité finale obtenue.

En conclusion, la réussite d'une prairie repose sur une planification minutieuse intégrant les objectifs d'exploitation, la connaissance précise des conditions pédoclimatiques et le choix rigoureux des semences. La mise en place de mélanges adaptés, le respect des densités de semis et une gestion réfléchie de l'exploitation (alternance pâture/fauche) sont les piliers d'une production fourragère stable et résiliente face aux changements climatiques.