Les Adventices à Tubercules Envahissantes : Comprendre et Maîtriser leur Prolifération

Les adventices, souvent appelées "mauvaises herbes", sont des plantes spontanées qui poussent sans être sollicitées dans nos jardins, pelouses et potagers. Parmi elles, certaines espèces se distinguent par leur capacité à se propager de manière particulièrement tenace grâce à des organes souterrains : les tubercules et les rhizomes. Ces plantes envahissantes représentent un défi constant pour les jardiniers, car elles concurrencent les cultures, altèrent l'esthétique des espaces verts et peuvent même endommager les infrastructures. Comprendre leur biologie et leurs mécanismes de propagation est essentiel pour mettre en œuvre des stratégies d'élimination efficaces et respectueuses de l'environnement.

Illustration d'un jardin envahi par diverses mauvaises herbes

Le Rhizome, Moteur Souterrain des Adventices Rampantes

Un rhizome est une tige souterraine horizontale, différenciée d'une racine classique. Il a la capacité de stocker des réserves nutritives, mais surtout, de produire de nouvelles racines et bourgeons à chaque nœud. Cette particularité en fait un organe de multiplication végétative extrêmement efficace. Chaque fragment de rhizome, même de petite taille, coupé lors d'un bêchage ou d'un travail du sol, est capable de donner naissance à un nouveau plant autonome. Ce phénomène explique pourquoi les mauvaises herbes rampantes résistent aux méthodes de désherbage ordinaires, qui, au lieu de les éliminer, peuvent paradoxalement favoriser leur dissémination.

Schéma détaillé d'un rhizome avec ses nœuds, racines et bourgeons

Le chiendent rampant (Elytrigia repens) est un exemple frappant de cette capacité de propagation. Un seul pied peut générer environ 150 rhizomes en une saison, selon les données de l'INRAE. Ces tiges souterraines peuvent progresser de 2 à 2,5 cm par jour au printemps et coloniser jusqu’à 1,5 mètre de terrain par an. Un morceau de 2 cm oublié dans le sol suffit à relancer l'infestation, ce qui rend l'arrachage superficiel inefficace et même contre-productif.

Les Principales Adventices à Rhizomes et Tubercules Envahissantes

Les jardins français abritent plusieurs espèces de plantes rampantes envahissantes particulièrement coriaces. Leur propagation souterraine les rend résistantes au désherbage superficiel. L'identification précise de chaque espèce est cruciale pour choisir les méthodes de lutte appropriées.

Le Chiendent Rampant (Elytrigia repens)

Le chiendent rampant figure parmi les mauvaises herbes les plus tenaces. Ses rhizomes blancs et cassants s'étendent dans les 20 premiers centimètres du sol, avec une croissance pouvant atteindre 2,5 cm par jour au printemps. Sa présence se manifeste par des touffes de feuilles étroites et rigides qui percent la pelouse. En été, des épis dressés de 10 à 15 cm permettent de l'identifier. Chaque nœud du rhizome produit un nouveau brin et de nouvelles racines, ce qui en fait une herbe particulièrement prolifique. Sa présence peut également signifier un sol fatigué. Le chiendent est une plante médicinale et comestible, mais aussi un excellent fourrage pour les moutons.

Photographie macroscopique des rhizomes du chiendent rampant

Le Liseron des Champs (Convolvulus arvensis)

Le liseron est une adventice vivace qui combine des rhizomes profonds et des tiges volubiles. Ses racines peuvent plonger jusqu'à 5 mètres dans les sols meubles, et une seule plante peut coloniser une zone de 6 mètres de diamètre en une saison. Ses fleurs blanches ou rosées en forme d'entonnoir sont caractéristiques de juin à septembre. Même deux années de défoliation continue ne suffisent pas toujours à épuiser ses réserves racinaires. Le liseron des champs témoigne souvent d'un sous-sol tassé, d'une richesse en azote et d'une carence en silice. Par ses racines profondes, il contribue à décompacter le sous-sol et à libérer de la silice. Ses fleurs attirent les abeilles et les syrphes, et il peut être utilisé, une fois séché, comme apport au compost.

L'Égopode Podagraire (Aegopodium podagraria)

L'égopode podagraire est une adventice vivace qui étouffe les plantes et se propage rapidement, ce qui la rend difficile à éradiquer. Il envahit surtout les zones ombragées, les sous-bois et les bordures de massifs. Ses rhizomes traçants progressent de 30 à 50 cm par an dans un sol riche en humus. Un pied installé depuis trois ans peut couvrir 2 à 3 m² de surface. Ses feuilles composées de trois folioles dentées et ses ombelles blanches la distinguent des autres adventices. Ses rhizomes se cassent au moindre contact, et chaque fragment abandonné en terre repousse en quelques semaines.

La Prêle des Champs (Equisetum arvense)

La prêle, également appelée queue-de-cheval, est une mauvaise herbe annuelle qui s'enracine profondément. Ses rhizomes atteignent 50 cm à 2 mètres sous la surface dans les sols argileux et humides, rendant l'arrachage mécanique quasi impossible sans bouleverser le terrain. Reconnaissable à ses tiges articulées et creuses qui évoquent un sapin miniature, elle signale un sol compacté et au pH acide. La prêle se reproduit aussi par spores, ce qui complique son contrôle. Il existe de multiples variétés de prêles.

Photographie de la prêle des champs avec ses tiges articulées

La Renouée du Japon (Reynoutria japonica)

La renouée du Japon est l'une des plantes envahissantes à rhizome les plus destructrices. Ses tiges souterraines atteignent 3 mètres de profondeur et s'étalent sur 10 mètres de diamètre. Un fragment de rhizome d'un centimètre pesant 7 grammes suffit à régénérer un plant complet. Sa partie aérienne pousse de 1 à 8 cm par jour au printemps et peut atteindre 3 à 4 mètres de hauteur en deux mois. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) la classe parmi les 100 espèces les plus envahissantes au monde.

Le Pissenlit (Taraxacum officinale)

Le pissenlit est une adventice vivace qui se propage à toute allure dans le gazon. Pour l'éliminer, il est nécessaire de déterrer sa racine pivotante, longue et robuste. Des outils spécialisés, comme l'arrache-racines en spirale, sont particulièrement adaptés à cette tâche. Le pissenlit est reconnaissable à sa grande rosette basale avec de longues feuilles dentelées et ses fleurs composées de couleur jaune vif au bout de tiges vides. Il fleurit d'avril à juin, puis en automne. Les tiges, fleurs et racines produisent un jus laiteux en cas de compression. Sa reproduction se fait principalement par les graines volantes, et parfois par les racines.

Arrêtez d'arracher Les Pissenlits | Faites plutôt ceci

La Patience à Feuilles Obtuses (Rumex obtusifolius)

La patience à feuilles obtuses est une adventice vivace qui se propage très rapidement car la plante produit beaucoup de graines. Ces plantes sont tenaces en raison de leur racine pivotante particulièrement robuste. Le rumex témoigne d'un sol compacté, saturé en matières organiques et en eau, avec un blocage des oligo-éléments et du phosphore. Dans un potager où le rumex domine, un apport supplémentaire de matières organiques risque de provoquer des dégâts irréversibles pour le sol. Les feuilles sont comestibles, mais déconseillées aux personnes souffrant de troubles rénaux.

L'Ortie (Urtica dioica)

L'ortie est une adventice vivace qui pousse en grands bouquets au jardin, envahissant les plantations et autres parterres de fleurs. Il est nécessaire d'éliminer toute la racine pour s'en débarrasser efficacement. Les jeunes pousses d'ortie dioïque sont comestibles.

L'Oxalis (Oxalis spp.)

L'oxalis est un genre regroupant environ 400 espèces vivaces de plantes herbacées. Elles se caractérisent par des feuilles trifoliées (parfois quadrifoliées), en forme de cœur, et des fleurs à cinq pétales. La floraison apparaît généralement en avril-mai, et leurs couleurs varient selon l'espèce et la saison. Les fruits sont des capsules contenant un nombre considérable de graines, ce qui est la cause de proliférations incontrôlables.

Parmi les espèces spontanées ou devenues adventices, on trouve :

  • Oxalis petite oseille ou pain de coucou (Oxalis acetosella) : pousse dans les bois, à l'ombre, avec des fleurs blanches veinées de mauve.
  • Oxalis corniculée (Oxalis corniculata) : caractérisée par des feuilles rougeâtres et de petites fleurs jaunes. Se développe dans les zones perturbées.
  • Oxalis raide (Oxalis stricta) : commune dans les zones cultivées et les lisières de bois, de plus en plus dans les pelouses sur sols acides, avec des fleurs jaunes.
  • Oxalis articulée (Oxalis articulata) : d'abord cultivée, cette oxalis aux fleurs roses est devenue une fleur sauvage.
  • Oxalis pied-de-chèvre ou des Bermudes (Oxalis pes-caprae) : cultivée puis répandue dans les jardins méditerranéens.
  • Osa du Pérou (Oxalis tuberosa) : cultivé pour son tubercule comestible.
  • Oxalis pourpre (Oxalis triangularis) : ses feuilles pourpres en font une plante ornementale qui se répand facilement.

L'oxalis est souvent confondu avec le trèfle. Cependant, la forme des feuilles permet de les distinguer facilement : le trèfle a des folioles arrondies, tandis que celles de l'oxalis sont en forme de cœur. La floraison lève tout doute, l'oxalis ayant des fleurs à cinq pétales et le trèfle des fleurs papilionacées.

La présence marquée d'oxalis sur une terre est un signe d'érosion, dû à un manque de matières organiques dans le sol, souvent observé sur des sols laissés nus en hiver ou en été. Cette plante vient "réparer" le sol en l'aérant et en favorisant la vie microbienne aérobie.

Comparaison visuelle entre les feuilles de l'oxalis et du trèfle

Autres Adventices Courantes

D'autres adventices, bien que n'étant pas toujours classées comme "à tubercules" au sens strict, possèdent des systèmes racinaires ou des modes de propagation qui les rendent particulièrement envahissantes :

  • Pâquerette (Bellis perennis) : Mauvaise herbe annuelle. Avec leurs petites fleurs blanches caractéristiques, les pâquerettes envahissent rapidement les pelouses.
  • Mouron des oiseaux (Stellaria media) : Mauvaise herbe annuelle reconnaissable à ses petites fleurs blanches. Facile à arracher avec la racine.
  • Matricaire odorante ou fausse camomille (Matricaria discoidea) : Mauvaise herbe annuelle. Se propage loin lorsque ses fleurs se désagrègent, répandant leurs semences. Facile à arracher.
  • Plantain majeur (Plantago major) : Mauvaise herbe annuelle envahissant les pelouses. Éliminer la plante entière, y compris le rhizome charnu. Pour ce faire, utilisez un désherbeur associé à des désherbants.
  • Chardons : Adventice vivace. Il en existe différentes espèces, comme le chardon crépu et le chardon penché. Cette plante bisannuelle épineuse gâche les jardins.
  • Gaillet gratteron (Galium aparine) : Mauvaise herbe annuelle. S'accroche partout grâce aux crochets de ses tiges et se propage aisément. Éliminer avec sa racine avant qu'il ne fleurisse et produise des graines.
  • Digitaire filiforme et sanguine (Digitaria filiformis, Digitaria sanguinalis) : Annuelles d'été, se reproduisent par graines (et enracinement au niveau des nœuds pour la sanguine).
  • Panic pied-de-coq (Echinochloa crus-galli) : Annuelle d'été, se reproduit par graines. Généralement dans les sols humides et riches.
  • Eleusine pied-de-poule (Eleusine indica) : Annuelle d'été, se reproduit par graines. Germination avec des températures du sol supérieures à 18°C. Présente dans les zones sèches, sols compactés et gazons tondus ras.
  • Euphorbe maculée (Euphorbia maculata) : Annuelle d'été, se reproduit par graines. Présente dans les sols secs et sablonneux, ainsi que les sols déformés et compactés.
  • Luzerne lupuline (Medicago lupulina) : Annuelle d'été avec croissance rampante, se reproduit par graines. Présente dans les zones pauvres en nutriments, sèches et en friche.
  • Renouée des oiseaux (Polygonum aviculare) : Annuelle d'été, se reproduit par graines. Se développe dans les sols compactés, particulièrement dans les zones piétinées.
  • Céraiste commune (Cerastium vulgatum) : Vivace, se reproduit par graines. Présente dans les pelouses tondues rases et à l'ombre.
  • Lierre terrestre (Glechoma hederacea) : Plante vivace et rampante, se reproduit principalement par les tiges qui s'étendent et prennent racine à partir des nœuds. Présente dans les pelouses, champs, bords de routes, jardins, forêts, vergers et friches.
  • Plantain lancéolé (Plantago lanceolata) : Vivace, se reproduit principalement par les graines et les nouvelles tiges de la base. Présent dans les pelouses, champs, vergers, bords de routes, prairies et friches.
  • Petite oseille (Rumex acetosella) : Plante vivace avec des feuilles formant une rosette basale et des racines et rhizomes très développés. Se reproduit par graines. Souvent dans les pelouses avec un pH bas, un mauvais drainage et une faible fertilité.
  • Trèfle blanc ou rampant (Trifolium repens) : Vivace, se reproduit par graines et stolons. Présent dans les zones pauvres en azote, dominant dans les zones sèches et tolérant les tontes rases.
  • Véronique filiforme (Veronica filiformis) : Pérenne et couchée à croissance latérale, se reproduit végétativement. Les morceaux de tige des déchets de tonte qui ont des nœuds produisent des racines et se reproduisent. Présente dans les pelouses, terrains de golf, parcs, préférant les zones d'ombre, humides et fraîches.
  • Souchet comestible (Cyperus esculentus) : Ressemble à une graminée. Se reproduit principalement par les tubercules formés à la pointe des rhizomes, produit également des graines viables. Présent dans les pelouses, champs, bords de routes, jardins et friches, de préférence dans les sols sablonneux et les zones humides.
  • Lamier embrassant (Lamium amplexicaule) : Annuelle et vivace sous certaines conditions. Se reproduit par graines. Présent dans les pelouses, champs, vergers, pépinières, jardins, pâturages, prairies, bords de routes et friches. Préfère les sols fertiles, riches et frais du début du printemps à l'automne.
  • Pâturin annuel (Poa annua) : Cycle annuel d'hiver ou vie pérenne à cycle court. Peut s'élever jusqu'à 30 cm, formant une touffe dense. Se reproduit par graines. Système racinaire superficiel et fibreux.

Mauvaises Herbes Spécifiques à Différents Environnements

Les types de mauvaises herbes varient en fonction de l'environnement où elles s'installent.

Mauvaises Herbes dans le Gazon

Les mauvaises herbes adorent s'installer dans le gazon. Apprendre à reconnaître les mauvaises herbes et les graminées indésirables est crucial pour éviter qu'elles ne colonisent toute la pelouse et n'étouffent l'herbe. Identifier le type de mauvaises herbes permet également de sélectionner les moyens de lutte appropriés. Les adventices les plus courantes dans les pelouses et prairies sont le trèfle, le pissenlit, la renoncule rampante, les pâquerettes et le pâturin annuel. Maintenir une hauteur de tonte à 6-7 cm prive les adventices rampantes de lumière, et un gazon dense et haut limite la germination des nouvelles pousses. Un sursemis de 30 g/m² sur les zones clairsemées peut également aider à refermer le couvert végétal.

Vue aérienne d'une pelouse avec des zones envahies par des mauvaises herbes

Mauvaises Herbes dans le Potager

Certaines espèces de mauvaises herbes affectent les cultures en les étouffant, ce qui est particulièrement contrariant pour les légumes. Les variétés de mauvaises herbes que l'on rencontre souvent dans le potager sont le cirse des champs, la bourse-à-pasteur, la renoncule rampante, le pissenlit, la patience à feuilles obtuses, le pâturin annuel et l'égopode podagraire. Un bon paillage (une bonne dizaine de centimètres d'épaisseur) en maintenant une certaine humidité dans le sol et en l'ameublissant rendra plus aisée l'extraction de la plante avec ses racines.

Mauvaises Herbes entre les Dalles

La verdure qui pousse dans les joints des dalles des terrasses ou des allées du jardin peut défigurer l'extérieur. Les mauvaises herbes les plus fréquentes entre les dalles sont les chardons, le plantain, le pissenlit, la prêle des champs et le pâturin annuel. Sur les allées, un géotextile sous le paillage peut bloquer la remontée des rhizomes profonds.

Méthodes d'Élimination Adaptées aux Mauvaises Herbes à Rhizomes

L'arrachage mécanique reste la technique la plus efficace contre les mauvaises herbes rampantes à rhizome. L'objectif est d'extraire la totalité du réseau souterrain sans laisser de fragment en terre.

L'Extraction à la Fourche-Bêche

Cette méthode convient au chiendent et à l'égopode. Il s'agit d'enfoncer l'outil à 20-30 cm de profondeur, de soulever la motte et de retirer chaque rhizome à la main. L'opération doit être répétée toutes les 3 semaines pendant 2 à 3 passages entre mars et mai, lorsque le sol reste meuble. Pour les autres espèces, la profondeur d'extraction doit être adaptée au type de racine.

Le Bâchage par Occultation

Le bâchage par occultation prive les adventices de lumière sur une durée prolongée. Poser une bâche opaque noire sur la zone infestée pendant 6 à 12 mois épuise progressivement les réserves des rhizomes. Cette méthode convient aux parcelles entières ou aux zones très colonisées.

Le Faux Semis

Le faux semis est une technique de prévention pour les nouvelles plantations. Il consiste à préparer le sol, attendre la levée des adventices pendant 2 à 3 semaines, puis détruire les plantules par un léger griffage de surface. Recommencer deux fois avant de semer ou planter réduit le stock de rhizomes superficiels.

Outils à Éviter

Certains outils sont à éviter absolument sur un sol infesté de rhizomes :

  • Le motoculteur et le rotavator, qui fractionnent les rhizomes et dispersent les fragments.
  • La binette superficielle, qui coupe les tiges aériennes sans toucher au réseau souterrain.
  • Le désherbant de contact, qui brûle les feuilles mais laisse les rhizomes intacts sous terre.

Pour l'oxalis, l'action de ces engins aura pour effet de multiplier les racines et d'éparpiller les bulbilles dans le sol. Il est préférable d'utiliser une Campagnole ou une Grelinette pour soulever les systèmes racinaires et évacuer les bulbilles.

Représentation schématique des différentes méthodes de désherbage manuel

Prévention : Freiner le Retour des Adventices Rampantes

Éliminer les rhizomes ne suffit pas si le terrain reste nu. Sans mesures préventives, les mauvaises herbes rampantes peuvent recoloniser le sol en quelques mois.

Le Paillage Organique

Un paillage organique de 7 cm d'épaisseur minimum réduit la levée des adventices de 70 à 90 %. Broyat de bois, paille ou feuilles mortes peuvent être utilisés. La couche doit être renouvelée tous les 6 mois sur les massifs et potagers. Sur les allées, un géotextile sous le paillage bloque la remontée des rhizomes profonds. Pour l'oxalis, un paillis épais permet d'affaiblir les rhizomes et de favoriser leur disparition.

La Surveillance Régulière

La surveillance régulière est le meilleur réflexe. Arracher les jeunes pousses dès leur apparition, avant que le réseau de rhizomes ne s'installe, permet d'éviter des heures de travail. Un passage d'inspection toutes les 2 semaines entre mars et octobre suffit à détecter une plante envahissante avant qu'elle ne s'étende.

Couvrir le Sol et Créer des Conditions Non-Propices

La présence d'oxalis indique souvent un sol érodé et non couvert. Il est donc crucial de ne jamais laisser le sol à nu (ou le moins longtemps possible). Le paillage est une solution efficace pour maintenir une certaine humidité, ameublir le sol et rendre l'extraction des plantes plus aisée. En sols lourds, la culture d'engrais verts pendant la période hivernale permet également de limiter la propagation des adventices, comme le liseron (mélange seigle/vesce) ou le chiendent (sarrasin en été, seigle/vesce en hiver).

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Valorisation des Mauvaises Herbes après Arrachage

Les adventices arrachées ne finissent pas toutes au même endroit. Le tri dépend de la présence ou non de rhizomes vivants.

Compostage des Parties Aériennes

Les parties aériennes (feuilles, tiges, fleurs) peuvent rejoindre le composteur classique sans risque. Elles apportent de l'azote au mélange et se décomposent en 4 à 6 mois, se transformant en un amendement fertile.

Traitement Spécifique des Rhizomes Vivants

Les rhizomes vivants exigent un traitement spécifique avant toute mise au compost pour éviter la recontamination :

  • Séchage complet au soleil : Pendant 2 à 3 semaines sur une surface dure (béton, bâche plastique), la dessiccation tue les bourgeons.
  • Immersion dans un seau d'eau : Pendant 4 semaines, la fermentation anaérobie détruit la capacité de régénération et produit un purin riche en azote.
  • Mise en sac poubelle fermé : Pendant 8 semaines en plein soleil, la chaleur accumulée neutralise les fragments.

Jeter des rhizomes frais de chiendent ou de liseron directement dans le composteur revient à les planter dans le futur terreau, avec un risque réel de recontamination si le compost n'atteint pas 60 °C au cœur du tas. Il est préférable de traiter les rhizomes séparément avant de les intégrer au cycle de compostage.

La Philosophie des Adventices : Indicateurs de la Santé du Sol

Plutôt que de les considérer uniquement comme des "mauvaises herbes" à éradiquer à tout prix, il est important de comprendre le rôle des adventices. Chaque plante spontanée, chaque herbe, outre l'abri qu'elle constitue pour une faune utile, joue un rôle essentiel au jardin. Elle n'est jamais là par hasard, mais répond à un besoin : un manque, un excès, un déséquilibre, un blocage, un tassement du sol.

Les Adventices comme Bio-Indicateurs

L'observation des plantes qui poussent spontanément peut constituer un excellent moyen de mieux connaître son sol. Certaines plantes sont des indicateurs fiables de carences ou d'excès en certains éléments (azote, calcium…), de pH, de compaction, etc. Elles sont appelées bio-indicatrices. La présence importante d'une espèce indicatrice dans le jardin ou son environnement est significative, et il est nécessaire de prendre en compte l'ensemble des espèces présentes.

  • Liseron des champs : Sous-sol tassé, richesse en azote, carence en silice.
  • Chiendent : Sol fatigué.
  • Datura commune : Sols pauvres en matières organiques, fraîchement retournés. Peut indiquer un sol pollué (capacité à fixer des métaux lourds).
  • Renoncule rampante : Sol lourd, humide, souvent argileux et tassé. Une forte colonie incite à drainer le terrain.
  • Rumex : Sol compacté, saturé en matières organiques et en eau, avec blocage des oligo-éléments et du phosphore.
  • Bourse à pasteur : Peut indiquer un excès ou un manque de potasse et/ou d'azote.
  • Chénopode blanc et Amarante : Sol riche en humus.
  • Petite oseille : Sol avec un pH bas, un mauvais drainage et une faible fertilité.

Le Rôle Écologique des Adventices

La présence de ces plantes spontanées a des effets bénéfiques :

  • Abri pour la faune utile : Insectes, auxiliaires.
  • Protection du sol : Contre l'érosion par le vent et les précipitations, et contre le soleil (couvert végétal).
  • Enrichissement du sol : En humus.
  • Aération du sol : Grâce à son système racinaire.
  • Intérêt esthétique : Pour certaines espèces.

Tolérer les plantes spontanées est un moyen d'augmenter la diversité dans son jardin, permettant l'établissement d'équilibres écologiques qui contribuent à la régulation naturelle des ravageurs et des maladies. Avant d'éliminer toute plante spontanée par réflexe, il faut se demander si les nuisances occasionnées sont acceptables ou non.

La Nature des Adventices : Pourquoi Reviennent-elles Toujours ?

La plupart des adventices sont des plantes indigènes naturellement présentes, contrairement à une partie des plantes installées au jardin, elles sont donc souvent mieux adaptées au milieu. Il s'agit de plantes pionnières avec une forte capacité de colonisation et de reproduction (production de graines en grand nombre, adaptées à la dispersion par le vent et les animaux, ou multiplication rapide par fragmentation des organes souterrains). Elles font souvent plusieurs générations dans l'année.

Comprendre ces mécanismes permet d'adopter une approche plus éclairée : plutôt que de lutter vainement contre les conséquences, il s'agit de s'intéresser aux causes de leur présence. Les adventices nous offrent de précieuses indications pour mieux connaître le sol de notre jardin : un sol tassé appelle des engrais verts ; un sol trop riche invite à calmer les apports ; un sol pauvre nécessite des matières organiques diverses et variées ; et un sol riche en humus nous indique une bonne santé générale.

Infographie sur les plantes bio-indicatrices et leur signification pour le sol

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