L’escalade, bien plus qu’une simple activité physique, représente un vaste projet éducatif que nous tentons à travers ce dossier de proposer, notamment à travers plusieurs ressources, à la fois sécuritaires, mais aussi didactiques. Plusieurs propositions sont formulées, concernant les différents niveaux de pratiques, les types de publics (handicap), et les différentes visées éducatives. Vers la construction d’un nouveau rapport, à soi, à son corps, à l’autre, à son environnement… telle est l’image que nous avons à la lecture des différentes ressources présentes dans ce dossier. L’escalade est aussi synonyme, pour l’élève, de rencontres, notamment celle avec l’ensemble de ses possibilités motrices, en interaction avec sa maîtrise émotionnelle, de recherches de solutions pour atteindre le sommet de la voie, et de connaissances pour une sécurité en acte. Rencontre aussi avec l’autre, pour le maintien de son intégrité physique, pour progresser, jouer, essayer, réussir. Enfin, pour l’enseignant, l’escalade rime aussi avec une multitude de possibilités, de modes d’entrée, de modes de pratique, de types de terrain d’expression. Autant d’outils, de pistes, lui permettant de répondre individuellement et collectivement aux besoins moteurs, méthodologiques et sociaux des élèves.

Évolution Historique et Socioculturelle de la Grimpe
Comment introduire un dossier sur l’enseignement de l’escalade en EPS sans faire référence à son essence même, son histoire, et ceci dans le cadre même de son évolution dans le champ socioculturel, socio-économique et son environnement technologique. Ce sont, en effet, plusieurs révolutions qui se sont déroulées dans un temps très court, marquant le passage d’une activité d’alpiniste, dans un milieu isolé, à de nos jours, des compétiteurs professionnels disputant des championnats du monde dans des arènes de plus en plus grande comme les derniers à Paris Bercy.
Commençons par le commencement. Dans le « monde » de la grimpe, 1492 ne rime pas avec Christophe Colomb ou même bien avec la découverte des Amériques, mais plutôt avec la première ascension du Mont Aiguille (anciennement mont inaccessible) par Antoine de Ville le 26 juin, consignée par un huissier du parlement de Grenoble. Etape marquante, même s’il faut attendre 1786 pour voir l’ascension du Mont Blanc (4810m) par Gabriel-Michel Paccard et Jacques Balmat. Au cours du 19ème siècle un grand nombre de sommets européens seront gravis, dans un but de conquête (conquête de l’inutile). Dès lors, la course aux sommets amènent un grand nombre d’alpinistes à s’entraîner en plaine sur des petites falaises, l’escalade est née. Si la dimension athlétique est présente, soulignons, surtout, que la révolution s’opère aussi sur la recherche des meilleurs moyens techniques de l’époque pour réussir. Ceci amenant les falaises à l’origine d’entraînements à devenir des champs de pitons, et l’escalade, à s’appauvrir de toute motricité et se réduisant à l’utilisation du matériel pour la progression.
Des critiques en faveur du « dépitonnage » des falaises (incarné par JC Droyer) apparaissent et de nouvelles « règles » progressivement s’installent. A travers une progression, sans l’utilisation de toutes aides matérielles ou autres, du grimper en tête, du fait de franchir un passage sans se reposer sur la corde, de réussir la voie au premier essai, et ceci sans avoir vu la moindre personne dans la voie. Si un grand nombre d’auteurs évoquent la rupture qu’incarne l’escalade libre, dans le sens où il s’agit désormais d’utiliser uniquement les moyens naturels dans une composante plus sportive pour atteindre le sommet, y’a-t-il une grande différence entre le grimpeur d’aujourd’hui et les alpinistes du 19ème siècle ? N’est-il pas question de faire le choix d’un itinéraire ? D’avoir le meilleur matériel et de respecter un protocole dans son utilisation afin d’assurer sa sécurité et, de ce fait, sa réussite ? De maîtriser ses émotions à travers un challenge de l’inutile qui correspond désormais au sommet de la voie mais, qu’il y a peu, était encore la cime d’une montagne ?
Les 30 dernières années ont en effet vu une révolution des formes de pratiques de l’escalade, notamment à travers l’émancipation de l’escalade bloc, mais aussi la persistance de l’escalade de vitesse. De nouvelles modalités, comme l’après travail, se sont affirmées mais, également, des pratiques plus externes (pour reprendre les propos de Pierre Parlebas sur la logique externe d’une activité) comme le solo (Alain Robert, l’homme araignée), le retour vers le big wall (c’est à dire l’escalade de grande paroi), également des pratiques de « danse escalade » ou bien même encore l’escalade urbaine. De la montagne vers les falaises (hautes ou écoles), du milieu naturel à la ville, en passant par les salles, jusqu’aux salles de spectacle louées à l’occasion de championnat. Enfin, d’espaces réglementés (Surface Artificiel d’Escalade SAE) à des espaces anarchiques urbains où le grimpeur décide du défi qu’il souhaite réaliser.

Sécurité et Responsabilité : Les Piliers de l'Enseignement
Les programmes et les contraintes matérielles représentent souvent un frein tant le potentiel de l’activité escalade est grand. Entre la diversité des terrains de pratiques, des formes de pratiques, il serait dangereux de trop simplifier la nature même de l’activité en l’aseptisant au nom du maintien de l’intégrité physique de nos élèves. Nous le verrons, les compétences attendues pour la maîtrise de l’escalade en tête, absente des compétences attendues au collège, ne sont-elles pas garantes d’une maîtrise de ses émotions et d’une véritable éducation à la sécurité… ?
Vaste chantier et thématique que celle de la sécurité en EPS. Voici quelques ressources d’une extrême qualité, concernant la réglementation, mais aussi des vidéos à destination des élèves, jusqu’aux réflexions sur l’éducation à la sécurité. Voici une ressource vraiment remarquable de l’académie de Grenoble, qui aborde la question de la sécurité en EPS. Passage obligatoire et incontournable avant de commencer son cycle, un rappel sur la responsabilité de l’enseignant est faite! Encore une fois, une vidéo remarquable, première d’une série de trois que propose l’académie de Grenoble. On y apprend que la plupart des accidents sont dus à un manque de vigilance, et ne se résume pas à la question des EPI (équipements de protection individuelle). A travers une illustration en bloc ou salle de pan, les auteurs nous montrent que beaucoup d’accidents peuvent être évités si certains principes, précautions, automatismes sont maitrisés, chez les élèves mais aussi par les enseignants.
Optimiser la sécurité commençant par la vérification des normes en vigueur et l’existence d’affichage (obligatoire), se continuant dans la pratique, dès l’échauffement, mais aussi à travers le balisage pour les élèves de zones de passage, de zones interdite. De plus les auteurs insistent sur l’apprentissage de la parade et de l’aide pour savoir comment, quand et ou intervenir. Législation concernant l’encadrement, organisation et pratique de certaines activités physiques dans les centres de vacances et les centres de loisirs sans hébergement. Avant d’aborder la question de la législation propre à l’escalade, l’académie de Lyon nous présente ici un dossier sur les APPN et leurs enseignements.
EPI ! Vous avez dit EPI ? Définition : Qu’est ce qu’un EPI ? D’où provient la réglementation liée aux EPI ? L’académie de Poitiers a mis en ligne plusieurs vidéos utilisables en classe par les élèves, autour des manipulation de sécurité en escalade. L’encordement, l’assurage, le contre assurage, la montée en moulinette, en tête, la descente, le placement des dégaines et le mousquetonnage, et même les manœuvres de relais. Tout est là ! On connaît toute la difficulté pour le grimpeur et pour l’élève, du mousquetonnage dans le grimper en tête.
Escalade : Comment assurer en 5 temps (tutoriel)
Éduquer à la Sécurité : Le Défi du "Grimper en Tête"
Eduquer à la sécurité !? Une entrée nouvelle dans les cycles d’Escalade ou pourquoi le en tête au collège ? Les derniers programmes de collège tirent un trait sur l’escalade en tête au collège, et pourtant n’y a-t-il pas un avantage pour l’élève de se confronter réellement au sens que peut avoir l’assurage en tête dans l’apprentissage de sa sécurité ? Arnaud Mahey, de l’académie de Nantes, va dans ce sens, il nous propose une réflexion et une démarche précise et d’une grande justesse qui vise la progression des élèves d’un point de vue moteur, méthodologique et social, en pointant les limites de la grimpe en moulinette.
Le CRDP de l’académie de Grenoble édite un DVD développé par des enseignants et guides de haute montagne. Petite présentation : « Vous encadrez un groupe de grimpeurs débutants ? Vous voulez planifier vos connaissances en matière de sécurité ? Vous êtes initié à l’escalade et désirez plus d’autonomie ? Vous souhaitez améliorer votre gestuelle ? Ce DVD vous fournit deux heures de mises en situations qui vous aideront à progresser ou à faire progresser ! Conçu par des professionnels de l’escalade et de l’enseignement, ce DVD vous apporte point par point les éléments de sécurité indispensables tant pour une pratique personnelle qu’en vue de l’encadrement d’un groupe. Chaque compétence technique est abordée en situation. - Manipulations en salle d’escalade. - Manipulations en site sportif naturel. - Maîtriser la gestuelle du 6e degré. - Gérer un groupe en escalade. - Sécurité en Via ferrata. » Hervé Qualizza, guide de Haute Montagne vous présente les manipulations de sécurité de la mise du harnais à l’installation d’un rappel, en passant par l’assurage d’un vol ou les manipulations de relais en site sportif.
Didactique et Pédagogie : Des Outils pour l'Enseignant
Toujours pratique, voici quelques connaissances importante pour bien aborder un cycle d’escalade. Plusieurs connaissances à la fois mécanique et physique sont ici regroupées autour de la motricité du grimpeur. Un véritable coup de cœur, il serait prétentieux de vouloir résumer la ressource d’Olivier Vincent en quelques lignes. Mais voici une ressource incontournable et d’une grande richesse, à lire au plus vite ! Encore une fois, on ne peut que constater de la grande diversité et qualité des propositions faites pour un grand nombre d’auteurs.
Voici une étude de cas en Escalade pour une classe de terminale Bac Pro Secrétariat. Cette production provient du groupe escalade de l’académie de Lyon. A partir d’un état des lieux de la classe, un projet de classe est proposé pour l’ensemble des élèves de la classe. Une séance est également présentée et suivi de propositions didactiques et pédagogiques. Laurent Garnaud de l’académie de Poitiers nous propose un traitement didactique en Escalade dans un LP du Bâtiment autour de la problématique : Comment, prendre en compte l’interface -vie scolaire/vie professionnelle- pour proposer une « EPS utile » en termes de sécurité et de respect des règles de vie qu’implique le monde du travail vers lequel se dirige l’élève ? Un traitement d’une grande qualité à lire absolument.
Nous vous avions parlé à la période de noël de l’ouvrage de la FSGT destiné aux enseignants du premier degré, véritable recueil de situations d’une grande qualité en voici une : Les crocodiles en escalade ou comment associer plaisir de s’amuser et contenus d’apprentissage ! Le Jeu demande à l’élève de traverser la rivière sans se faire manger… Pour cela, plusieurs îlots sont représentés par des tapis, et l’élève, pour réussir, doit donc utiliser principalement ses appuis pied et, de ce fait, résoudre le problème principal du débutant qui grimpe principalement par l’action des bras.
Bruno Martin de l’académie de Limoges nous propose plusieurs documents autour de l’enseignement de l’escalade pour un niveau 1 et un niveau 2. L’académie de Rouen nous propose un document d’une grande qualité, proposant un contenu de base, synthétique et complet. Ainsi, par étape, les priorités sont fléchées pour ensuite être traitées, on aime énormément le caractère synthétique des propositions qui rendent le document clair et pertinent. Claire Floret de l’académie de Bordeaux nous propose une ressource du niveau 1 au niveau 3 en escalade. Et ceci à travers trois étapes, pour le premier niveau, le fait de dépasser la phase affective pour parvenir à une utilisation des pieds et à un élargissement de la prise d’informations, pour ensuite enrichir son répertoire gestuel et favoriser la lecture prédictive dans l’optique d’une escalade en tête, avant de devenir au niveau 3 plus efficient en dévers par une adaptation de la gestuelle à ce type de support et une gestion des phases d’effort et de repos.

Approches Thématiques et Différenciation
Enseigner l’escalade pour un niveau 3, 4 et 5. Voici ce que propose Bruno Martin de l’académie de Limoges dans le cadre d’un stage FPC. L’accent est mis dans le document, sur le travail par thèmes, en lien avec les différentes ressources, proposant ainsi pour l’enseignant, un cadre d’intervention et d’enseignement pertinent et clair. Est-il encore nécessaire de présenter Bernard Lefort, tant son site est devenu une référence au sein duquel un grand nombre d’enseignants, d’étudiants vont y puiser des informations afin de construire leur enseignement. Une fois encore, les propositions sont riches, complètes et d’une grande pertinence. Nous ne pouvons que vous conseiller d’aller jeter un coup d’œil sur le livret escalade.
Voici un document très précis autour de l’échauffement en escalade. Le document proposé par l’académie d’Orléans Tours organise le savoir autour de l’échauffement en précisant les attentes d’une approche générale puis spécifique pour le bloc, la grimpe en moulinette ou encore en tête. L’académie de Poitiers présente plusieurs proposition en faveur d’une éducation à la citoyenneté via l’escalade. A travers la perception de la dangerosité de l’activité (objective et subjective) les élèves ont l’obligation de respecter les règles de sécurité, de vigilance de concentration, et l’obligation de faire confiance en l’autre.
Dans le cadre de la revue E-Nov n°3 de l’académie de Nantes, Didier Rigottard, IA-IPR EPS dans l’académie de Mayotte nous propose une réflexion intitulée : la différenciation… une histoire de regard sur la motricité des élèves. L’auteur insiste sur le fait que la différenciation réside, avant toute chose, dans la capacité pour l’enseignant de détecter les obstacles que rencontre chaque élève pour élaborer des projets individuels au sein d’un projet commun. Dès lors, l’outil d’évaluation devient un moyen pour personnaliser le travail dans la classe. D’où la nécessité pour l’enseignant de construire des indicateurs susceptibles d’en rendre compte. Ainsi des propositions sont faites en escalade. Dans la continuité de l’article précédent, Didier Rigottard évoque l’évaluation en direct, comme un outil, pour l’élève de construction des compétences. En effet, l’auteur au sein de la revue e-nov n°4 de l’académie de Nantes, dresse un constat sur une évaluation qui reste trop souvent différée, et qui par conséquent perd de son intérêt dans le…
Apprendre Ensemble : Coopération et Risque Assumé
Apprendre ensemble et Escalade, belle évidence ! Presque aveuglante ! Mais la nécessité d’assurer la sécurité dans cette activité suffit-elle à atteindre la coopération convoitée ? En escalade comme dans d’autres APSA, entre le besoin manifeste et les conduites espérées doivent s’organiser des situations adaptées. Grimper, ce n’est pas jouer à prendre des risques inconsidérés mais considérer les risques pour les déjouer sans s’y laisser prendre ! On dit que le risque ne vaut que si on l’assume soi-même, tout en le partageant avec son partenaire de « cordée ».
Dans cette volonté de partage de la sécurité en escalade nous parlerons de risque ASSUMÉ, plus révélateur des ambitions et des enjeux de formation. On parle de risque assumé car il ne s’agit pas de l’extraire de la pratique au point de la dénaturer, mais au contraire de le reconnaître comme une dimension incontournable et systématique de l’activité. Que le grimpeur évolue en « moulinette » ou « en tête », assumer le risque avec son partenaire, c’est prendre en compte la notion d’imprévisibilité de la situation et en réduire les incertitudes au maximum. La prise en compte du risque et la nécessité de l’assumer est un des traits pertinents des activités de pleine nature, comme le souligne Serge Testevuide. L’on valorisera l’ambition « d’apprendre ensemble » lorsque, dans cette complicité avec son partenaire, la notion « d‘engagement réciproque » prendra toute sa valeur. En escalade, s’engager c’est accepter d’aller (symboliquement) dans « l’au-delà » : au-delà de ce que l’on s’accorderait, au-delà du point d’ancrage mousquetonné, au-delà de sa peur, au-delà de la confiance éventuellement fragile en soi ou en son partenaire, en en revenant vivant et régénéré.
La notion d’incertitude représente l’un des autres « traits pertinents » des activités de pleine nature. Elle réside dans la nécessaire adaptation du pratiquant à la variabilité du milieu dans lequel il évolue : déplacement dans des directions variées, sur un relief plus ou moins vertical, le long d’un itinéraire plus ou moins connu. Pour apprendre ensemble, il convient également d’en cerner les contours. Il ne s’agit pas simplement d’une mobilisation de ses compétences, dans une forme de « division du travail » (dans notre activité : un grimpeur et un assureur par exemple). Il convient de se soucier du caractère mobilisateur de cette expérience en permettant à l’élève d’être collectivement impliqué au profit de la réussite du groupe ou du binôme (« la cordée ») en devenant personnellement plus autonome ensuite.

Situations Pédagogiques et Organisationnelles
La démarche pédagogique doit ouvrir chacun à de nouveaux horizons, susciter en lui de nouveaux désirs et l’engager vers de nouveaux savoir. En escalade, la « cordée par affinité » est importante à ce niveau. Coopérer, c’est faire à plusieurs ce que l’on ne pourrait pas faire seul. L’escalade en voie, dans la nécessité de l’utilisation de la corde pour assurer la sécurité, s’inscrira dans un tel projet si le partage et l’attention sont réellement mis en valeur. En escalade, l’aventure démarre dès le projet d’ascension, dans une connivence sincère avec l’autre.
Validation des compétences « en moulinette » (ou ensuite « en tête ») : Je suis validé lorsque je suis reconnu fiable dans la maîtrise des nécessités de l’assurage en moulinette. Une chasuble accrochée au cuissard (au niveau du « porte-matériel » par exemple) symbolisera la validation de ces compétences. Partage de la voie : dans des voies (éventuellement proche de son niveau maximum), il s’agit de grimper le plus haut possible à deux grimpeurs, en se partageant la voie. L’un démarre (G1) jusqu’à mi-parcours (au plus) et assure son partenaire depuis l’endroit où il s’est arrêté, puis G2 complète. G2 a le droit de se reposer « sur la corde » à la moitié de la voie, pour tenter de finir celle-ci. Dans la voie suivante ils changent les rôles. Le monitorat (ou tutorat) : « Qu’as-tu appris de l’autre ? Comment l’autre m’a permis de progresser ?». Ici, l’élève rationalise et réorganise ce qu’il a appris. Le grimpeur aveugle : l’escalade se fait avec un bandeau sur les yeux. But pour les deux partenaires : le grimpeur réussit la voie. « Trop Top » : dans cette situation, l’assureur donne des « ordres » à son grimpeur. Le grimpeur doit réaliser immédiatement les demandes de son partenaire-assureur.
L'Épreuve de Brevet et l'Everest Scolaire
La création d’une épreuve d’escalade comptant dans la note d’EPS du brevet instaure un sens fort à l’enseignement de cette activité. Elle s’effectue en extérieur sur un site naturel d’escalade : symboliquement notre mont Pagnote (point culminant de l’Oise à 226m d’altitude) ou notre « pas en avant » pour atteindre des sommets ? La notion de compétence est elle un changement de paradigme ou une nouvelle mode passagère ? Quelle évolution engage-t-elle ? Quelles transformations suppose-t-elle en EPS ? Convaincu que l’enseignement par compétence (prise dans son acception la plus prometteuse), peut favoriser l’apprentissage de mes élèves, j’ai cherché à formaliser ma démarche à propos de l’activité escalade.
Je présenterai dans une première partie, le contexte d’enseignement de l’escalade au collège des Bourgognes de Chantilly, dans l’Oise : la création d’une épreuve EPS comptant dans la note d’EPS du brevet national instaure un sens fort à l’enseignement de cette activité. En effet elle s’effectue en extérieur sur un site naturel d’escalade. C’est l’Everest pour nos élèves ! Dans une deuxième partie j’exposerai ce qui me semble essentiel de construire avec nos élèves, dans le cadre d’apprendre par compétence : ce sera le « mont des merveilles ». Je terminerai par une présentation des solutions testées par l’équipe EPS : symboliquement, le « mont Pagnote » (sommet de l’Oise = 226m) ou notre « pas en avant » pour atteindre des sommets ?
Envisager l’Everest pour créer du sens : Notre réflexion a débuté avec la volonté de permettre aux élèves de trouver plus de sens dans leurs apprentissages. En effet l’équipe d’EPS de l’établissement a décidé de finaliser l’essentiel de nos activités physiques sportives et artistiques (APSA) par un temps fort, symboliquement et culturellement. Ainsi en escalade, les deux cycles, l’un en cinquième et l’autre en troisième, se termine par une sortie en structure naturelle d’escalade, dans d’anciennes carrières équipées pour l’activité à 5 km du collège : le site naturel de Saint Maximin dans l’Oise regroupe 160 voies de 12 mètres maximum. Il a été conçu comme un site à vocation scolaire et a été équipé par une équipe d’enseignants d’EPS de l’Oise dans les années 1990. Cette journée sert d’épreuve du diplôme national du brevet au choix parmi l’escalade, le badminton ou la danse. Notre Everest est alors ce site naturel équipé, paraissant au premier abord inaccessible pour les élèves. Nous voulons garantir des acquisitions significatives, culturelles, avec différents objectifs :
- S’adapter au site naturel : les élèves tentent le plus de voies possibles parmi toutes celles qui sont équipées en moulinette (28 voies du 3C au 6A), par équipes mixtes de quatre élèves hétérogènes. Le passage du gymnase au site naturel demande un temps d’adaptation pour vérifier si le niveau acquis en SAE est le même en milieu naturel. L’environnement extérieur, la nature des voies qui ne sont plus tracées avec des prises de couleur exigent un effort de lecture dont les élèves n’ont pas l’habitude (chercher les solutions dans la roche).
- Assurer collectivement leur sécurité : La constitution des groupes de 4 élèves hétérogènes, comportant un élève qui connait le site (élève de l’AS, de la section sportive ou du club d’escalade), a une fonction rassurante, de conseil, de garantie de la sécurité. La sécurité est gérée collectivement et chaque membre de l’équipe perd des points à chaque erreur commise par un seul (une fiche est réalisée à ce sujet).
- Construire un projet de 3 voies à leur meilleur niveau et le réaliser en corde molle (avec le nœud magique). Le topo du site avec sa cotation permet aux élèves qui connaissent leur niveau sur SAE de préparer leur projet. Tester le plus de voies possibles (de mon niveau) afin de définir lesquelles me correspondent le mieux. Toute aide est encouragée (d’autant plus qu’elle a été travaillée en cours).
- Constitution de la note du DNB EPS escalade : Ainsi, la pertinence du projet de chacun constitue une partie de la note collective. La sécurité est l’affaire de tous. La vigilance collective est instituée comme nécessaire à la pratique. La part de la note collective peut alors être supérieure à celle individuelle, afin de créer une communauté d’intérêts. Enfin, une dernière modification de note est réalisée par l’écart entre la performance réalisée en intérieur lors du cycle et en extérieur, lors du DNB. Celle-ci n’entre en jeu que si l’écart est très important (plus d’un niveau).

Ressources pour la Réussite : Connaissances, Capacités et Attitudes
Un certain nombre de ressources sont nécessaires pour réussir l’épreuve. Nous les exprimons ici en termes de connaissances, capacités et attitudes. Celles-ci supposent pour une acquisition durable, un exercice régulier et suffisant afin de permettre la réussite des compétences.
Connaissances : Savoir lire un topo. Savoir reconnaitre sur le terrain les critères qui me permettent de lire une voie : forme générale de la voie, passages difficiles, longueur, inclinaison et profil, tailles et orientation des prises, possibilités de repos. Sélectionner les voies dans lesquelles je serais le plus à l’aise. Repérer les trajets de voies afin d’éviter une mise en danger (pendulaire si l’on s’écarte trop de l’axe d’assurage). Repérer une fois essayées, les trois voies qui me correspondent le mieux (technique, force, profil…). Anticiper les formes motrices de progression, d’équilibration en fonction de la lecture de la voie réalisée. Reconnaître une situation dangereuse, délicate. Connaître les critères d’avant chute (fatigue, tremblements de jambes, mots et message du grimpeur, immobilisation longue, recherche de trajet…). Réaliser un projet réaliste (ni trop dur, ni trop facile, mais réalisable sans perte des moyens). Se connaitre.
Capacités : Coordonner l’utilisation de la traction des bras et de la poussée des jambes. Privilégier l’utilisation des jambes pour se propulser vers le haut et économiser ses bras. Savoir se reposer : poser ses pieds efficacement, jambes écartées, carres externes, savoir utiliser des dièdres, des dalles inclinées… (de cordes tendu à Position de Moindre Effort = PME). Savoir effectuer un déplacement latéral supposant croisés, carres externes, oppositions… Suivre le chemin, trajet, trajectoire perçues, lues comme propice à la réalisation de la voies, sans mettre sa sécurité en jeu (éviter les pendulaires). Adapter sa motricité au terrain et prises possibles. S’adapter à un imprévu (erreur de trajet, de pose de main (droite ou gauche…), insecte et autres). Accepter certains placements inconfortables : équilibre instable, pour franchir un pas délicat.
Attitudes : Vigilance sécuritaire. Climat de grimpe facilitant la communication entre assureur et grimpeur (sérieux, rigueur, écoute, confiance). Apprécier le site. Respecter le site (propreté, calme, respecter les autres utilisateurs). Conseils, écoute des camarades de l’équipe. Garder son sang-froid, et s’engager sans se laisser envahir par la peur, le doute… Ne choisir que des voies que l’on a tentées le matin pour éviter les tensions et être sûr de pouvoir les réussir. Rester humble face à l’activité et ses capacités.
Vers un Enseignement par Compétences : Le "Mont des Merveilles"
Certes la finalisation des cycles en site naturel d’escalade est essentielle, mais elle est loin de tout résoudre. Même si la motivation lors de nos cycles d’escalade est souvent au rendez-vous, du fait, notamment, de cette sortie en site naturel, nous constatons un certain nombre de problèmes, que nous avons essayé de dépasser par un enseignement par compétences, en travaillant dans quatre domaines développés : la sécurité et la prise de risque ; des problèmes identifiés sur le mur pour progresser ; la construction de fils rouges pour soi ; le choix de critères d’évaluations clairs pour les élèves. Avec des modalités de travail différentes : faire acquérir certaines ressources essentielles et spécifiques à chaque niveau repéré ; exercer les élèves à la mobilisation de ces ressources ; un positionnement cognitif : des étapes à franchir.
Le premier problème rencontré est celui de la nécessaire conciliation entre les apprentissages sécuritaires (vers une attitude sécuritaire la plus autonome possible) et les apprentissages moteurs visés, en fonction de temps de pratique. Préoccupés par la sécurité, bon nombre d’enseignants, surtout s’ils ne sont pas spécialistes de l’activité escalade, en oublient les apprentissages moteurs. Ne pas aseptiser les pratiques, pour garantir la construction progressive d’une autonomie, tout en permettant de réelles acquisitions motrices nous semble indispensable. La recherche, voir le besoin d’une prise de risque est une caractéristique de l’adolescence. Agir sur le risque subjectif de nos situations, tout en conservant un risque objectif le plus bas garantit un engagement de qualité de la part de nos élèves.
L’incertitude de l’activité est une composante culturelle à conserver dans chacune de nos séances. Même si les compétences attendues de collège exigent de grimper en moulinette, il faut préparer la grimpe en tête en recréant de l’incertitude pour nos élèves. Nous jouons alors sur trois facteurs : la loi de la pesanteur toujours présente, le risque subjectif, et la variabilité du milieu. La loi de la pesanteur mobilise tous les motifs d’action : les règles sécuritaires instaurées doivent empêcher les chutes fatales, mais ne doivent pas garantir la réussite de toute tentative. Échouer dans une voie et subir une chute de 50 cm à 1 mètre fait partie des apprentissages à construire (la position de chute doit être travaillée, afin d’éviter les blessures). Si le risque objectif doit être nul, le risque subjectif perçu doit être bien réel : l’utilisation du nœud magique en est une illustration (celui-ci disparait si l’assureur aide trop le grimpeur en tirant sur la corde, il est placé au dessus du nœud d’encordement). L’acceptation du nœud magique est une étape à franchir elle suppose un travail de la chute en moulinette et une confiance suffisante.
Explorer des profils où l’on ne sent pas très rassuré (grimper en joue, en dalle inclinée, en dièdre ou en dévers) en est une autre. Plus le cycle avance et plus les élèves doivent prendre en compte à leur charge cette sécurité, qui devient progressivement plus active. Enfin la variabilité du milieu permet d’éviter la routine des voies connues par cœur. Les contraintes dans les trajets est un axe de travail, la collaboration en équipe hétérogène afin d’atteindre des sommets en est une autre : les élèves au spectre moteur féminin (ou « pousseurs économiques ») vont amener les garçons ou grimpeurs(ses) en puissance (« les tireurs athlétiques ») à explorer des voies de dalles, plus techniques ; inversement, les deuxièmes créeront l’émulation des premiers pour l’exploration des voies de dévers (avec des solutions autres : enroulé de l’épaule, utilisation des carres externes, lolotte). Les bonus attribués pour des sommets atteints collectivement prennent alors, ici, tous leur sens.

De l'Évaluation Formative à la Maîtrise des Acquis
Une deuxième difficulté réside dans la comparaison des élèves entre eux, souvent inhibantes. Certains, et souvent certaines, perdent leurs moyens du fait d’être regardées par tous. Pour la plupart des garçons, la partie du mur en dévers constitue un véritable attracteur sur lequel ils se doivent de montrer leur virilité par des démonstrations de force, de puissance. Pour d’autres élèves encore, la peur de l’échec les renvoie directement à une difficulté à s’accepter physiquement. Souvent liés à un rapport poids-puissance défavorable (et parfois une surcharge pondérale), ces échecs sont exacerbés en escalade, surtout pour des débutants. Une approche des compétences par niveau permet de passer de la comparaison à l’auto-référence et met au deuxième plan la hiérarchisation des élèves. Au lieu de valider ou non une compétence, décrire 4 à 5 niveaux repérables de tous constitue une évaluation formative qui guide les apprentissages.
Notre collège a systématisé l’utilisation de ceinture de couleur comme en judo pour que les élèves se repèrent dans leurs progrès. La compétence est acquise par palier et non une fois pour toutes. Un dernier problème : l’évaluation. Souvent compliquée, celle-ci nécessite une organisation lourde et déroutante pour l’enseignant et les élèves. Les objets d’enseignement sont souvent trop nombreux et l’évaluation n’est pas dévolue aux élèves. Il nous semble indispensable de clarifier et rendre signifiant les critères permettant aux élèves de se repérer dans leurs progrès et résultats. Pour la compétence de niveau 2, nous avons choisi quatre critères simples, manipulables par les élèves :
- La cotation de la voie, qui est révélatrice de l’optimisation des prises de mains et de pieds demandée dans la compétence de niveau 2 de collège.
- Le choix de deux profils différents de voie, critère dépassant ce qui est attendu dans les programmes (les programmes demandent enchainer deux voies différentes. Rien n’est précisé sur la nature de ces deux voies). Adaptation de ceux-ci à mon profil de grimpe.
- L’engagement lié au nœud magique gardé.
