
Souvent déconsidéré et victime de nombreuses idées fausses, le lierre à feuilles persistantes (Hedera helix), également connu sous le nom de lierre grimpant ou lierre commun, est en réalité un véritable trésor de la nature. Cette plante rampante à croissance rapide, appartenant à la famille des Araliacées - la même famille que le Ginseng - se distingue par sa robustesse et sa capacité d'adaptation, défiant le gel et la neige même en plein hiver. Sa présence, loin d'être un simple ornement, est essentielle à l'équilibre de nombreux écosystèmes, offrant des services écologiques inestimables tout au long de l'année.
Une Plante à l'Adaptation Remarquable et à la Longévité Impressionnante
Le lierre commun est une liane arbustive capable de s'adapter à de nombreux milieux. Il se plaît aussi bien à l'ombre qu'au soleil et dans n'importe quel type de sol, ce qui en fait une plante peu exigeante quant à la nature du terrain. On le trouve très couramment en sous-bois, mais également dans les jardins, en façade sur des bâtiments, en clôture ou en couvre-sol. Cette capacité d'adaptation est d'autant plus remarquable que, contrairement à de nombreuses plantes de la famille des Araliacées qui sont tropicales, le lierre est présent dans les climats tempérés.
Plante vivace, le lierre fait preuve d'une longévité impressionnante, puisqu'il peut vivre plusieurs siècles. Cette durabilité exceptionnelle témoigne de sa vigueur et de sa résilience face aux contraintes environnementales. Qu'il soit rampant ou grimpant, il s'agit en réalité de la même plante qui se développe différemment en fonction de son support. Le lierre se fixe à l'aide de petits crampons et a des tiges ligneuses rampantes ou grimpantes avec une croissance annuelle de 50 cm à 1 m, pouvant atteindre près de 30 m de hauteur. Ses petites racines faisant office de crampons trouvent une accroche et s'y fixent, puis se lignifient et gonflent légèrement pour affermir leur prise.
Les feuilles du lierre sont alternes, un peu cireuses, vert foncé et persistantes. Elles restent en place tout au long de l'année, offrant ainsi une touche de couleur au jardin, même au cœur de l'hiver. Les jeunes feuilles sont en forme d'étoile, tandis que les feuilles adultes présentent deux formes différentes selon leur fonction : les feuilles présentes le long de la tige ont 5 lobes plus ou moins profonds (parfois 3), et les feuilles sur les tiges à fleurs ou en pleine lumière sont ovales.
Un Rôle Écologique Crucial pour la Biodiversité
Le lierre est bien plus qu'une simple plante grimpante ; il joue un rôle écologique important et présente plusieurs intérêts majeurs pour la biodiversité, particulièrement dans un contexte de changement climatique. La forêt, en hiver, est silencieuse et dénudée - à l’exception du lierre à feuilles persistantes (Hedera helix) qui défie la neige et le gel. Cette plante ne se contente pas de survivre à la saison froide, elle remplit en effet, tout au long de l’année, d’importantes fonctions écologiques.
Source de Nourriture Vitale
L’une des contributions les plus significatives du lierre à la biodiversité réside dans sa floraison tardive. Le lierre fleurit en automne (septembre à novembre), une période où peu de plantes sont en fleurs. Cela en fait une ressource cruciale de nectar et de pollen pour les insectes pollinisateurs tels que les abeilles (notamment les abeilles domestiques qui font leurs stocks pour l'hiver), les guêpes, les syrphes (y compris des insectes migrateurs), et les papillons. C’est une plante-hôte importante pour le Vulcain (Vanessa atalanta), l’Azuré des nerpruns, l’Argus et le Paon du jour (Aglais io) qui y pondent leurs œufs. Le Citron (Gonepteryx rhamni) y réalise même tout son cycle de vie. Une espèce d’abeille sauvage lui est même inféodée, la Collète du lierre (Colletes hederae), qui dépend du pollen de lierre pour nourrir ses larves et pour survivre. Il suffit d’observer un lierre en fleurs par une journée ensoleillée d’automne pour s’apercevoir du ballet incessant de centaines d'espèces d'insectes profitant de cette ressource. Julien Hoffmann souligne que le lierre, étant une des plantes à fleurir le plus tard dans la saison, est essentiel pour bon nombre de pollinisateurs qui préparent tardivement leur hiver.

De plus, les fruits noirs du lierre mûrissent en hiver, à une saison où la nourriture est rare. Ces baies abondantes parviennent à maturité au cours de l'hiver, à un moment où les passereaux ont déjà consommé la plupart des baies d'aubépines, troènes, cotonéasters et autres églantiers. Vous pourrez y observer le ballet incessant des merles, grives, pigeons ramiers et rouges-gorges durant le mois de février. Bien plus efficaces et naturelles que des boules de graisse pour aider les oiseaux, ces baies sont une source de nourriture précieuse. Il est important de noter que si les fruits du lierre grimpant sont passablement toxiques et que seules les graines ne se décomposent pas entièrement dans le système digestif des passereaux, la pulpe des fruits est quant à elle digérée, et elle est riche en lipides (32%) et en protéines (5%). Ce phénomène représente un bel exemple de coévolution entre la plante et la faune.
Habitat et Refuge pour la Faune
Au printemps et en été, son feuillage dense offre un abri aux oiseaux et aux insectes. Le feuillage dense du lierre, persistant en hiver, est un abri pour la faune. Il sert de refuge ou de lieu de nidification à divers animaux : oiseaux, petits mammifères, insectes, chauves-souris. Les hérissons, quant à eux, y trouvent un refuge hivernal, et particulièrement dans les jardins où les cachettes naturelles manquent. Son écorce et son feuillage sont l'habitat d'une grande diversité d’insectes. Même les chauves-souris y trouvent leur compte, alors que l’on pensait pendant longtemps que le lierre obstruait pour elles les cavités qu’elles affectionnent. Si la chose est vraie durant la belle saison, le lierre n’arrête pas sa mission de maintien de la biodiversité à l’automne. D'après une étude parisienne, confirmée par une étude lilloise réalisée il y a 2 ans, de toutes les espèces de grimpantes qui sont plantées dans le cadre de "Verdissons nos murs", le lierre est l’espèce qui accueille la biodiversité la plus riche. Le nombre d’espèces présentes est donc, de fait, plus élevé avec tous les échanges qui en résultent entre espèces, et notamment la prédation.

Un Allié Précieux Contre les Chaleurs et les Pollutions
Le lierre n’est pas seulement un atout pour la biodiversité, il est aussi un allié efficace dans la lutte contre les effets du changement climatique et la pollution en milieu urbain. Les solutions face aux problématiques telles que le réchauffement climatique sont inévitablement multiples, et le lierre en est une.
Régulateur Thermique Naturel
Le lierre est un véritable climatiseur naturel ! Utilisé en végétalisation de façade, il est particulièrement intéressant pour sa capacité à réguler la température de manière constante, indépendamment de la saison ou des conditions extérieures. Il oriente ses feuilles vers le soleil tout en laissant passer de l’air entre elles et le bâtiment, ce qui permet d’améliorer le confort thermique et phonique à l’intérieur des bâtiments. Faire pousser du lierre sur les murs de sa maison est donc une solution naturelle et économique pour compléter son isolation thermique. Il protège des fortes chaleurs de l'été ou du froid de l'hiver.
Julien Hoffmann souligne que le lierre permet de végétaliser des façades entières sans aménagement onéreux, ni à l’installation ni à l’entretien. Le lierre protège l’arbre des variations de températures, notamment hivernales, lorsqu'il s'y développe. Le couplage de plantes poussant verticalement comme le lierre avec des arbres à croissance plus horizontale est une évidence et a de nombreuses ramifications, allant jusqu’à une plus-value économique étonnante, la modification des couloirs de vents, la protection contre les UV, et la limitation de l’impact des fortes précipitations.
Lutte Contre l'Érosion et la Pollution
Le lierre limite l’érosion des sols grâce à son système racinaire dense, en particulier sur les pentes ou les berges. Au-delà de ce rôle stabilisateur, le lierre est également un allié anti-pollution. Il a une capacité d’absorption des particules qui équivaut à 6 grammes par an et par mètre carré (Dunnett et Kingsbury 2004). Afin que le lierre puisse absorber autant de particules qu’un arbre adulte, il ne suffit alors que de 23 mètres carrés de façade. Il est connu notamment pour absorber le benzène dans l’atmosphère, causé par les réactions de combustions : tabac, moteurs, industries. Il semblerait également, et ce n’est pas là chose anodine en milieu urbain, que les feuilles de lierre soient plus chargées en plomb et en cadmium que ne l'est le reste de la plante. Tout comme les renouées du Japon absorbent les métaux lourds, le lierre aurait donc aussi cette propriété intéressante à son arc. D’après une étude sur le sujet, il faudrait 150 mètres carrés de surface foliaire pour couvrir les besoins annuels en oxygène d’une personne moyenne.
Lierre, liane médicinale et non parasite
Démystification des Idées Reçues : Le Lierre n'est pas un Parasite
Malgré ses nombreux avantages, le lierre est souvent considéré, à tort, comme un parasite. De nombreuses idées fausses circulent à son sujet, il est donc essentiel de les démystifier.
Le Lierre et les Arbres
Contrairement à une idée reçue, le lierre ne parasite pas les arbres car il s’y accroche sans puiser dans leur sève. Pour se nourrir, il utilise ses propres racines bien ancrées au sol. Ses crampons lui servent de point d’ancrage et non à se nourrir du support sur lequel il se fixe. Ce n’est donc pas une plante parasite car elle se nourrit bien, à travers ses feuilles, grâce à la photosynthèse.
Sur un tronc d’arbre où l’on voit le plus souvent le lierre évoluer, ce dernier ne cause en effet aucun dégât. Il est d’ailleurs à souligner que le lierre reste toujours à l’intérieur du houppier, n’empêchant jamais son arbre hôte de réaliser sa propre photosynthèse. Si l’arbre sert de support de croissance au lierre pour qu’il puisse croître et trouver assez de lumière pour fleurir et se reproduire, le lierre protège quant à lui l’arbre des variations de températures, notamment hivernales. Arbre dont le lierre a colonisé le tronc sans, pour autant, atteindre sa canopée, il n’y a donc pas de problème de concurrence pour la lumière et les deux plantes tirent profit l’une de l’autre !

Le seul moment où il faut prêter attention à son développement est s’il pousse sur un jeune arbre ou sur un vieux fruitier. Si un lierre installé sur un arbre réussit à atteindre la canopée, il accède alors à la lumière totale et va déployer ses ramures et son feuillage. Clairement, il va entrer en compétition pour la lumière avec l’arbre et prendre le dessus en couvrant le feuillage de son hôte. Un autre effet collatéral du lierre installé vers la cime concerne le risque de faire casser l’arbre lors d’épisodes de vent fort ou de gel intense. En effet, la boule volumineuse d’un lierre installée dans la cime avec son feuillage présent même en hiver offre une prise au vent accrue et devient très lourde en cas de formation de glace sur les feuilles. Cependant, seuls les arbres affaiblis, sénescents ou malades peuvent se briser ou tomber au sol du fait du poids du lierre ou de sa prise au vent trop grande.
Le Lierre et les Murs
Autre idée reçue : le lierre abîmerait les murs d’habitation. C’est peut-être vrai s’il pousse sur un mur déjà endommagé. Le lierre n’abîme pas la maçonnerie si celle-ci est de bonne qualité. A noter que dans le cadre d’un usage en végétalisation de façade, le lierre peut poser des problèmes de colonisation de fenêtres ou de façade d’un tiers. Il faut dès lors le contenir régulièrement par la taille ou apposer une cornière munie d’un angle à 75 °. La Ville de Lille tient d’ailleurs compte de l’intérêt du lierre en essayant de le maintenir quand cela est possible sur ses murailles, arbres et haies, voire de le développer grâce à l’opération « Verdissons nos murs ». Un cultivar particulier, Hedera helix ‘Arborecens’, qui est un lierre arbustif, est même planté régulièrement dans différents jardins, parcs et squares.
Toxicité et Usages Historiques
Malgré ses nombreux bienfaits, il est impératif de souligner que toutes les parties de la plante du lierre sont toxiques pour l’homme ! Déjà l’ingestion de petites quantités de baies entraîne des maux de tête, des nausées et des crampes. Des quantités plus importantes peuvent même provoquer un arrêt respiratoire. Le lierre est également un allergisant de contact pour les personnes sensibles et peut provoquer des lésions eczématiformes, des irritations ou des érythèmes. Le lierre grimpant est toxique aussi pour les animaux, comme de nombreuses autres plantes d'ailleurs.
Cependant, la toxicité du lierre est en grande partie due aux saponosides qu’il contient en grande quantité, et qui sont de puissants dégraissants. Il est possible de fabriquer sa lessive à partir de feuilles de lierre. Pour ce faire, il suffit de faire bouillir deux litres d’eau, d'y jeter cent grammes de feuilles fraîches avant de laisser bouillir dix minutes. Sortir ensuite du feu et laisser reposer jusqu’à 24 heures avant de mixer le tout à l’aide d’un mixeur à légumes. 100 g de feuilles bouillies 15 minutes dans 1 L d’eau et macérées toute une nuit, vous donneront de quoi laver votre linge. La lessive au lierre est ultra simple, disponible gratuitement presque partout, efficace et écologique ! Eh oui, le lierre a plus d’un tour dans son sac et nous surprend encore une fois.
Bien que toxique pour l'homme, le lierre était jadis utilisé en tant que plante médicinale pour soigner les problèmes de toux ou les douleurs. Mais attention, il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers.
Entretien et Associations
Avec un entretien approprié, le lierre, allié de nos jardins, peut devenir un véritable atout écologique. De croissance rapide, il peut être nécessaire de le contenir. Le lierre pousse vite. En tant que plante rampante, il est capable de recouvrir une grande surface en très peu de temps. On aime aussi l’utiliser dans les cours sombres des villes. Si vous trouvez qu’une haie de lierre grimpant sur un grillage est trop monotone, n’hésitez pas à jouer avec ses différentes variétés. Vous pouvez également l’associer à d’autres plantes grimpantes à croissance rapide comme la clématite grimpante qui réveillera cet écran végétal de ses jolies fleurs printanières ou estivales. La vigne, la passiflore, le houblon ou encore la glycine se marieront également à merveille avec le lierre. On peut l'acheter en pot en pépinière.
Il est important de ne pas confondre le lierre commun (Hedera helix) avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea). Ces deux plantes ont beau avoir un nom semblable, elles ne se ressemblent pas du tout. Le lierre terrestre ou Gléchome lierre-terrestre de son vrai nom, est une plante de la famille des lamiacées, comme la menthe, le basilic, la sauge. Elle n'a de commun avec le Lierre que sa capacité à couvrir le sol !