
L'Éthiopie se positionne à l'avant-garde des initiatives écologiques mondiales, en particulier grâce à son ambitieuse initiative « Héritage vert ». Ce programme national vise à planter des milliards d'arbres à travers le pays, marquant une volonté forte de combattre le changement climatique, de restaurer les écosystèmes et de soutenir la biodiversité locale. L'approche éthiopienne est considérée comme un exemple à suivre, non seulement en termes d'ampleur des plantations, mais aussi par la pertinence du choix des espèces et la restauration des populations d'arbres indigènes. Tous ces aspects techniques doivent également être pris en compte par d'autres nations soucieuses de l'environnement.
Genèse d'une Mobilisation Nationale pour la Reforestation
L'initiative de plantation d'arbres a été lancée par le gouvernement actuel, sous l'impulsion du Premier ministre Abiy Ahmed. Dès le 29 juillet 2019, une journée de mobilisation nationale a été organisée, durant laquelle un record officiel de trois cent cinquante-trois millions d’arbres aurait été planté. Bien que ce chiffre ait suscité la polémique et qu'il ne soit pas possible de vérifier le nombre exact d'arbres plantés - le chiffre annoncé donnerait droit à une inscription au Guinness Book des records qui n’a pas été demandée - il est impératif de saluer le geste et l’ambition du gouvernement éthiopien. Cette initiative a d'ores et déjà dépassé les 40 milliards de plants mis en terre à travers le pays. Ces efforts contribuent significativement à atténuer le changement climatique et à soutenir la biodiversité locale.
Contre la déforestation, l'Éthiopie plante 700 millions d’arbres en une journée
L'objectif initial était de planter quatre milliards d’arbres en six mois, d'ici le mois d'octobre de la même année, dans le but explicite de combattre le réchauffement climatique et de protéger les ressources naturelles. Selon les autorités éthiopiennes, plus de trois milliards d’arbres auraient déjà été plantés à ce moment-là. Quoi qu'il en soit, l'État éthiopien manifeste une ferme intention de se donner les moyens de ses ambitions. Preuve en est, le lundi 29 juillet, les fonctionnaires du pays ont été exemptés de travail afin de participer activement à la plantation d'arbres. Le Premier ministre Abiy Ahmed s'emploie sans relâche à convaincre le reste de la population de l'urgence et de la vitalité de cette entreprise de reboisement.
L'Urgence d'un Reboisement Face à une Déforestation Massive
L'Éthiopie a traversé une période de déforestation massive au cours du vingtième siècle, dont les effets délétères se font sentir depuis plusieurs années. Il y a une cinquantaine d’années, les forêts couvraient environ 40% du territoire éthiopien. Aujourd’hui, cette superficie est tombée à peine 15%. L’Organisation des Nations Unies (ONU) estime même que la couverture forestière du pays était inférieure à 5% du territoire au début des années 2000. Une telle régression a gravement accentué l’érosion des sols et les sécheresses, des phénomènes qui touchent très durement le deuxième pays le plus peuplé du continent africain. Il y a donc une urgence manifeste en la matière. Les récents efforts de plantation ciblent ainsi des régions d’où les arbres avaient progressivement disparu. Diverses espèces d’arbres sont depuis plantées, adaptées aux spécificités de chaque région à reboiser.

La reforestation va bien au-delà de la simple absorption du dioxyde de carbone (CO²) de l’air. Comme l'a expliqué Tim Christophersen, président du Partenariat mondial sur la restauration des forêts et des paysages, elle permet également de purifier l’eau, de produire de l’oxygène et de renforcer le revenu des agriculteurs. Les arbres fournissent des services essentiels, tels que la capture du carbone, la rétention d'eau et la restauration des habitats. La plantation d'espèces diversifiées est cruciale, comme l'a souligné Dereje, un expert impliqué dans l'initiative. Cette diversité est primordiale pour la résilience et la richesse des écosystèmes restaurés.
Œuvrer à une Reforestation Pérenne et les Défis de la Survie des Jeunes Plants

Il ne suffit pas de planter des arbres pour que la situation s'améliore durablement. Un suivi rigoureux de leur croissance est indispensable. Il est également nécessaire de les protéger durant les premières années de leur vie et de les entretenir avec soin. L'un des reproches fréquemment adressés au gouvernement éthiopien concerne justement le manque chronique d’entretien des forêts. Selon Le Monde, une part alarmante de 70 à 80 % des arbres plantés en Éthiopie entre 2000 et 2015 n’ont pas subsisté. Ce constat représente un problème majeur qui souligne l'importance d'une stratégie d'entretien post-plantation robuste.
Le facteur le plus important de cette mortalité élevée, comme l'expliquait encore Tim Christophersen à l’AFP, est la pression du pâturage. Si un arbre est planté et que des chèvres arrivent un jour plus tard, il est fort probable qu'elles mangeront l’arbre en premier, avant de se tourner vers l’herbe sèche aux alentours. Ce problème met en lumière la nécessité d'intégrer des stratégies de gestion du bétail et de sensibilisation des communautés locales dans les programmes de reboisement. Pour assurer la pérennité de l'« Héritage vert », il est donc impératif d'adopter des approches holistiques qui prennent en compte non seulement la plantation, mais aussi la protection, l'entretien et la gestion des écosystèmes restaurés à long terme. C'est en conciliant l'ambition des objectifs de plantation avec des mesures de suivi et de protection efficaces que l'Éthiopie pourra véritablement concrétiser sa vision d'un avenir plus vert et plus résilient.
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