L'Éthiopie, nation située au cœur de la Corne de l'Afrique, a récemment marqué l'histoire environnementale mondiale par une mobilisation sans précédent. Le 29 juillet, le pays a pulvérisé le record mondial de plantation d’arbres en une seule journée, une performance qui dépasse l'entendement par son ampleur logistique et son symbolisme écologique. Cette opération, saluée pour sa contribution potentielle à la lutte contre le changement climatique, place le pays sous le feu des projecteurs internationaux tout en soulevant des questions cruciales sur la gestion durable des écosystèmes.

Une performance chiffrée hors normes
363 633 660 arbres : c’est le nombre exact d’arbres plantés en Éthiopie en l’espace de douze heures le 29 juillet. Ce chiffre, rapporté par l’Agence de presse éthiopienne (ENA), a littéralement balayé le précédent record mondial détenu par l’Inde. En 2017, l’Inde avait réussi l’exploit de planter 66 millions d’arbres dans l’État du Madhya Pradesh, un record qui semblait alors indétrônable. En Éthiopie, le 29 juillet, 23 millions de personnes de toutes les franges de la société ont pris part à l’opération, qui visait à l’origine à dépasser le cap des 200 millions d’arbres.
L'enthousiasme populaire a été si massif que l’objectif initial a été presque doublé. Ces 353 millions de jeunes arbres font partie d’un projet de plantation d’arbres actuellement en cours en Éthiopie. Plus de 2,9 milliards d’arbres ont déjà été plantés depuis le début de l’initiative en mai. Les services de l'administration publique de la capitale, Addis-Abeba, étaient même fermés pour permettre aux fonctionnaires de participer à la campagne, illustrant une volonté politique qui imprègne toutes les strates de la société.
L'initiative « Green Legacy » : au-delà du record
L'événement fait partie de l’initiative « Green Legacy » ou « Héritage vert » du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. L'objectif était de planter 200 millions d'arbres en une seule journée sur 1 000 sites à travers le pays. Cette opération géante s’inscrit dans un plan plus large de reboisement de l’Éthiopie pour lutter contre le changement climatique. Selon le ministère de l’Agriculture, 2,6 milliards d’arbres ont déjà été replantés en Éthiopie ces dernières années.
Le chef du gouvernement a lui-même montré l'exemple, en plantant quelques arbres à Arba Minch, dans le sud du pays. La campagne nationale de plantation vise les 4 milliards d'arbres plantés pendant la saison des pluies, soit entre mai et octobre. Un effort nécessaire alors que moins de 4% des terres du pays sont boisées, contre 30% à la fin du XIXe siècle selon l’ONU. Le pays souffre également des effets de la crise climatique : érosion des sols, déforestation, sécheresses récurrentes et inondations exacerbées par l’agriculture.
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Les justifications écologiques et climatiques
« L’Afrique a ce qu’il faut pour mener cette campagne mondiale et, en tant que continent le plus touché et le plus vulnérable, l’atténuation du changement climatique doit être la priorité absolue dans les prochains jours. » Les arbres fournissent de nombreux services écosystémiques et avantages environnementaux pour l’ensemble de la planète. À mesure qu’ils grandissent, ils absorbent et stockent le dioxyde de carbone, l’un des principaux moteurs du réchauffement mondial.
ONU-Environnement collabore avec les pays du continent pour reproduire de telles initiatives visant à mettre un terme à la déforestation et à accroître le couvert forestier. Le sommet des Nations unies Action Climat, tenu à New York, visait à renforcer les ambitions, accélérer l'action sur l'urgence climatique mondiale et soutenir la mise en œuvre rapide de l'Accord de Paris sur les changements climatiques. La reforestation de l’Éthiopie est une mesure essentielle face au changement climatique, un moteur de plus en plus important de mobilité dans cette région.
Migrations et résilience des écosystèmes
L'initiative « Green Legacy » est également liée au Programme de migration, environnement et changement climatique (MECC) de l’OIM, car le changement climatique est connu pour être l’un des principaux facteurs de la migration forcée en Éthiopie, où les gens sont contraints de se déplacer car leur ancien lieu de résidence devient inhospitalier en raison des changements dans le climat et l’environnement. Si l’Éthiopie recèle des écosystèmes et une biodiversité très riches, elle a perdu une grande partie de sa végétation.
On estime qu'au XXe siècle, la couverture forestière représentait environ 35% de la surface du pays. Alors que la couverture forestière s'est réduite, les terres se sont également asséchées et sont devenues moins fertiles, exposant les 105 millions d'Éthiopiens à de potentielles famines. C'est pour combattre la dégradation des écosystèmes que le gouvernement éthiopien a lancé sa vaste initiative de reforestation qui doit avoir lieu avant la saison des pluies.
Défis techniques : choisir le bon arbre au bon endroit
Comme l'a souligné un scientifique, le défi ne consiste toutefois pas seulement à planter des arbres. Il s'agit de choisir « le bon arbre au bon endroit » tout en considérant les besoins à court et long terme des arbres et de la population. En plus de revégétaliser le pays avec des espèces indigènes, les autorités prévoient de remplacer certaines espèces étrangères telles que l’eucalyptus, importé depuis l’Australie dans les années 1890.

Établi il y a huit ans, et avec plus de 705 hectares de terrain, le jardin botanique de Gullele est utilisé pour la recherche, l’enseignement, l’écotourisme et la conservation. Le jardin botanique accueille donc plusieurs centaines des quelque 6 000 espèces de plantes présentes en Éthiopie. Cette institution joue un rôle clé dans la sélection des variétés adaptées aux sols locaux, évitant ainsi les erreurs de monoculture qui pourraient fragiliser les sols à long terme.
Une portée politique et sociale
Cette journée de reboisement massif avait aussi un objectif politique. L'opération a été saluée pour sa contribution à la lutte contre le changement climatique, mais elle laisse certains journaux éthiopiens sceptiques sur sa réelle efficacité. La mobilisation de millions de citoyens autour d'un projet commun répond à une nécessité de cohésion nationale tout en adressant des préoccupations environnementales tangibles.
L’engagement du Premier ministre Abiy Ahmed, à travers son appel à « planter son empreinte » (#PlantYourPrint), transforme une urgence climatique en un mouvement populaire. Cette stratégie permet non seulement de restaurer les terres dégradées, mais aussi de sensibiliser les générations les plus jeunes à la fragilité des ressources naturelles du pays. La pérennité de ces plantations dépendra désormais du suivi rigoureux de la croissance de ces 350 millions de spécimens, un travail de longue haleine qui succédera à l'effervescence de cette journée record.
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