L'agriculture, et plus spécifiquement le maraîchage biologique, attire de plus en plus de personnes en quête de sens et de reconversion professionnelle. Face à la nécessité de renouveler les actifs agricoles, les formations continues comme le Brevet Professionnel Responsable d'Entreprise Agricole (BPREA) en maraîchage émergent comme des dispositifs essentiels. Ce diplôme, équivalent au baccalauréat, offre non seulement les compétences techniques et managériales nécessaires, mais ouvre également l'accès à la capacité professionnelle et aux aides publiques à l'installation, des ressources financières cruciales pour compenser l'absence d'héritage productif. L'article explore les multiples facettes de cette formation, des profils variés de ses stagiaires à l'impact sur leurs trajectoires post-diplôme, en passant par les avantages et les défis d'un tel engagement.

La Diversité des Parcours : Qui sont les Futurs Maraîchers ?
Les promotions de futurs maraîchers bio se distinguent par la grande diversité des profils et des parcours de reconversion professionnelle. Le début d’un nouveau cycle de formation est marqué par la découverte des « nouvelles têtes », et la cohésion s’installe rapidement, la diversité des profils donnant au groupe son caractère particulier. On observe ainsi une richesse d'expériences antérieures, allant de professionnels du marketing à des informaticiens, des éducateurs, des artistes, ou encore des ouvriers maraîchers ayant déjà une première expérience du terrain.
Par exemple, après 10 ans de marketing, certains en ont eu assez, tandis que d'autres, venant de la communication, de la vente de matériel agricole, ou des arts appliqués, cherchent une nouvelle voie. Une informaticienne puis enseignante, ayant fait du wwoofing et du travail saisonnier, s'installe actuellement sur un terrain et souhaite acquérir l’autonomie à petite échelle, et à plus long terme, créer une ferme pédagogique. D'autres ont été travailleurs sociaux pendant 10 ans, ont dirigé une chorale, ou ont passé six mois comme ouvrier maraîcher après dix ans de vie religieuse. Des comédiennes ayant géré des compagnies de théâtre se réorientent également. Ces parcours témoignent d'une aspiration commune à un métier plus concret et en phase avec des valeurs environnementales. Certains stagiaires ont des parents agriculteurs, ce qui peut influencer leur projet, comme l'idée d'associer le maraîchage à de l’élevage de poules pondeuses et peut-être de l’arboriculture en association avec leur compagnon et leur sœur.
L'analyse des promotions passées révèle que les stagiaires peuvent être répartis en trois groupes principaux : les « déclassés », les « désenchantés » et les « détachés ». Les déclassés sont généralement de jeunes hommes issus de familles qui accordaient beaucoup d’importance à la scolarité, mais qui n’ont pas pu convertir leur investissement scolaire en statut professionnel. Ils détiennent tous un baccalauréat mais ont abandonné leurs études supérieures pour occuper des positions subalternes. Leur aspiration à l’agriculture se fait moins en rupture qu’en continuité avec leur parcours, certains cultivant déjà des légumes dans des jardins associatifs ou familiaux. Ils ont parfois acquis des connaissances en commercialisation et gestion de la qualité des produits alimentaires par des emplois dans la distribution.
Les désenchantés partagent un investissement familial important dans le domaine scolaire, concrétisé par l’obtention d’un diplôme de l’enseignement supérieur, allant parfois jusqu’au doctorat. Ils ont eu accès à des emplois stables d’encadrement et de direction, leur permettant d’avoir des situations financières avantageuses, mais ont vécu des crises qui les ont conduits à un « désenchantement professionnel ». L’accès au statut d’indépendant est alors perçu comme un moyen de mieux conjuguer leurs vies professionnelle et familiale, tout en valorisant leurs compétences. Leur connaissance des pratiques agricoles était souvent superficielle avant la formation, même s'ils pouvaient être proches du monde agricole par leur filiation.
Enfin, les détachés, généralement âgés de plus de 40 ans, ne peuvent plus prétendre au dispositif public d’aide à l’installation. Leurs parcours scolaire et professionnel ont été moins favorables, avec un titre scolaire de moindre valeur et de multiples changements de secteurs d’activité dans des emplois peu qualifiés. Ils sont relativement détachés des enjeux professionnels et peuvent s’appuyer sur des conjoints ayant des emplois plus stables.

Le BPREA : Une Formation Adaptée aux Projets de Reconversion
Le BPREA, en tant que Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole, est spécifiquement conçu pour les adultes en reconversion qui n’ont pas baigné dans le milieu agricole. L’objectif de cette formation est d’aller au-delà des compétences agricoles techniques, en préparant les stagiaires à gérer une exploitation agricole. La formation continue agricole constitue une étape importante, en donnant accès à un diplôme qui est un gage de sérieux face aux banques au moment de demander un emprunt.
Le programme du BPREA est structuré autour de sept blocs de compétences :
- Agronomie et raison d’être : Ce bloc est optionnel pour les titulaires du baccalauréat ou d'un diplôme supérieur. Il permet de comprendre les équilibres du sol, les calculs de fertilisation et d’amendement.
- Organisation du travail et du système de production : Crucial pour une bonne planification des activités diverses que l'on retrouve dans le maraîchage.
- Bloc technique lié à la spécialité : En maraîchage biologique, cela inclut l'agronomie spécifique, les itinéraires techniques de cultures, les gestes techniques et le machinisme adapté. C'est dans ce bloc que des stagiaires peuvent explorer des techniques comme le maraîchage sur sol vivant, qui les intrigue.
- Comptabilité et gestion : Essentielle à la bonne santé d'une ferme, cette matière est plus facile à apprendre en cours et en stage que "sur le tas". Elle permet de comprendre l'avantage de tel ou tel choix agricole sur l'EBE (Excédent Brut d'Exploitation) et, par conséquent, sur la capacité d'emprunt ou la capacité à se verser un salaire décent.
- Commercialisation et étude de marché : Ce bloc aide à cerner le marché et à comprendre comment travailler en complémentarité avec d’autres maraîchers, un point soulevé par des stagiaires ayant des surfaces limitées. Il permet de développer des stratégies de vente directe, de diversification, ou de projets collectifs.
- UCARE 1 : Ces blocs varient selon les établissements et peuvent être suivis dans des centres de formation différents.
- UCARE 2 : Similaire à l'UCARE 1.
Les 4 étapes pour chiffrer son projet agricole
Les formateurs jouent un rôle crucial en confrontant les stagiaires à la réalité du métier de maraîcher, marqué par une certaine marginalité économique et professionnelle. Cette marginalité, nouvelle pour une grande partie des stagiaires, doit s’intégrer dans un cadre économiquement rentable au sein du projet, principal support d’évaluation de fin d’année. Cela renforce le sentiment d’un long trajet à accomplir.
L'Importance de l'Expérience de Stage et la Capacité Agricole
Au-delà des cours théoriques, l'expérience de stage est une composante fondamentale de la formation. Des stages d'une durée de 8 à 12 semaines sont requis, avec un rythme qui dépend de chaque formation. Il est conseillé de faire un stage long dans une structure pour acquérir une expérience approfondie, complété par un ou deux stages plus courts dans d'autres fermes pour découvrir différents modèles. Le stage est un moyen efficace de renforcer son expérience terrain, surtout pour ceux qui visent un modèle agricole bio, diversifié et sur petites et moyennes surfaces, où les opportunités de salariat sont rares.
« J’ai bénéficié d’une bonne expérience terrain grâce aux infrastructures et à beaucoup de visites organisées de fermes locales et les stages. La durée de stages est beaucoup trop courte (6 semaines seulement) mais j’ai été embauchée en tant qu’ouvrière agricole suite à mon stage et c’était parfait pour se former sur une saison complète avant de se lancer, » témoigne Valentine. Cette période de stage permet de confronter son rêve à la réalité et de voir plusieurs modèles en pratique dans le quotidien, aidant ainsi à affiner des projets comme la culture de fraises et de légumes d’hiver.
L'obtention du BPREA confère la capacité agricole, un statut indispensable pour s'installer. C'est la première raison pour laquelle beaucoup choisissent de suivre cette formation. Une fois le diplôme obtenu, il est possible d'effectuer le parcours à l'installation, le parcours 3P, auprès du Point d’Accueil Installation du département. Ce statut confère des avantages non négligeables, comme un accès privilégié aux terres agricoles et aux aides à l’installation, notamment la Dotation Jeune Agriculteur (DJA). « Je vais être honnête, je n’aurai jamais fait de BPREA si je n’avais pas eu besoin de la capacité agricole. Surtout que je m’installe en floriculture et il n'existe pas de formations publiques dans ce domaine donc j’ai dû le faire en maraîchage, » explique Marguerite, soulignant l'importance administrative du diplôme.
Cependant, le BPREA seul ne suffit pas pour acquérir toutes les compétences agricoles nécessaires à l'installation, il constitue une première base. Il est souvent nécessaire de compléter cette formation par du salariat agricole ou des dispositifs comme l'année de stage Paysan Créatif, permettant de vivre une saison entière en immersion.

Modalités de Formation : En Présentiel ou à Distance ?
Le choix entre un BPREA en présentiel et un BPREA à distance (Formation Ouverte et À Distance - FOAD) est une considération importante pour les futurs stagiaires, compte tenu de leurs situations professionnelles et personnelles.
Avantages et inconvénients de la formation en ligne :
Le BPREA à distance offre une grande modularité de travail, un atout majeur pour ceux qui travaillent en parallèle. Les cours sont généralement disponibles sur une plateforme numérique, permettant aux stagiaires de gérer leur emploi du temps. « J’avais un emploi de floricultrice trois jours par semaine, c’était top pour moi de pouvoir choisir de travailler mon diplôme les deux jours restants que ce soit en bossant les cours ou en faisant des stages, » partage Marguerite. La flexibilité est également présente pour les stages, avec la possibilité de les effectuer à tout moment et même de les répartir sur un ou deux jours par semaine tout au long de la formation, ce qui permet de suivre l'évolution d'une ferme sur une saison complète.
Cependant, le BPREA en ligne peut être moins interactif. Le suivi des formateurs est moins fréquent et les échanges avec les camarades de promotion sont limités, ce qui peut freiner l'évolution des projets. « J’étais parfois un peu frustrée que l’on passe toutes nos journées de regroupement en salle de classe alors que le campus avait une ferme avec de l’élevage et du maraîchage, » confie une stagiaire, regrettant le manque d'activités pratiques. Les temps de regroupement, bien que précieux pour les visites de ferme et le travail sur des concepts agronomiques, sont souvent limités en activités pratiques. De plus, la dépendance aux plateformes numériques, parfois peu intuitives, peut engendrer des frustrations.
Avantages de la formation en présentiel :
La formation en présentiel, bien que plus contraignante en termes d'emploi du temps, offre une immersion plus complète. Elle permet des échanges quotidiens avec les formateurs et les autres stagiaires, favorisant un apprentissage collaboratif et des discussions enrichissantes sur les projets. L'accès direct aux infrastructures agricoles du centre de formation et la possibilité de réaliser des activités pratiques régulières sur des parcelles tests sont des atouts majeurs. Cela permet une confrontation plus directe et continue avec la réalité du terrain et des techniques, comme le maraîchage sur sol vivant qui intrigue certains.
Les Défis Post-Formation et les Trajectoires d'Installation
Malgré un taux d'échec très faible au BPREA, l’accès au métier d’agriculteur reste difficile pour les anciens stagiaires. Rares sont celles et ceux qui deviennent agriculteurs immédiatement après la formation. L’installation rapide concerne surtout les « désenchantés » qui disposent de ressources économiques importantes. La détention d’un BPREA n’est pas une condition suffisante pour devenir agriculteur, car ce diplôme ne peut compenser entièrement l’absence de terres, dont la disponibilité passe principalement par les circuits familiaux et professionnels.
Beaucoup de stagiaires sont issus directement ou indirectement du monde agricole, et la mise en avant de cette filiation peut constituer une stratégie pour faire valoir une proximité avec l'agriculture. Cependant, des désaccords ou des tensions peuvent apparaître avec leurs parents ou grands-parents, notamment sur le type d’agriculture défendue, le retour à l’agriculture ne signifiant pas toujours une reproduction à l’identique des modèles familiaux d’exploitation.
Une fois la formation terminée, les stagiaires sont confrontés aux organisations professionnelles agricoles, particulièrement ceux qui n’ont pas d’attaches avec le milieu et sont à la recherche d’opportunités foncières. Contrairement à ce que beaucoup espéraient, le diplôme ne suffit pas toujours à assurer une légitimité auprès des acteurs agricoles traditionnels. Le passage par la formation peut même modifier les convictions initiales, en transmettant des connaissances productives qui peuvent aller à l’encontre des initiatives militantes auxquelles ils avaient adhéré, comme la permaculture.
Face à ces difficultés, certains anciens stagiaires deviennent ouvriers agricoles, avec des revenus inférieurs à ceux de leur ancien emploi, et souvent précaires en raison de la saisonnalité du travail. Pour d’autres, notamment les « déclassés » qui avaient déjà connu l'instabilité professionnelle, la discontinuité du travail agricole paraît moins contraignante.
Un troisième type de parcours est l'abandon du projet agricole initial, parfois momentané, avec un retour à l'ancien emploi ou de nouvelles tentatives de reconversion. Même dans ces cas, le BPREA n'est pas sans incidence. Le retour dans l’emploi d’origine peut s’apparenter à une véritable épreuve, surtout si la volonté de se reconvertir était motivée par des difficultés liées aux conditions de travail d’origine. Cependant, les connaissances acquises permettent d’envisager autrement leur rapport au travail, même en revenant à des activités salariées. L'obtention du BPREA procure une « nouvelle autorité » et une compétence statutaire, même si l'installation en tant qu'agriculteur ne se concrétise pas immédiatement.

Financer sa Formation et Obtenir le Diplôme
Le financement de la formation BPREA peut se faire par différentes voies, en fonction du statut d'emploi du candidat. Pour les salariés en CDI, le Congé Individuel de Formation (CIF) permet de suivre une formation de longue durée. Les demandeurs d'emploi peuvent bénéficier de financements par les Conseils régionaux, via des marchés publics. Pour les agents de la fonction publique et les indépendants, le financement est souvent personnel, bien que Pôle Emploi puisse parfois prendre en charge le coût de la formation pour les indépendants, sans les indemnités, ce qui rend la démarche onéreuse.
L’évaluation du BPREA se fait en sept temps, un par bloc d’enseignement, sous forme d’oraux d'environ 30 minutes, répartis sur la deuxième moitié du cursus. Ces présentations sont liées au bloc évalué et au lieu de stage ou au futur projet. Par exemple, pour le bloc comptabilité, il peut être demandé de présenter un investissement fictif et ses conséquences sur la comptabilité de la ferme de stage, ou un plan d'entreprise projeté sur cinq ans. Pour le bloc commercialisation, il s'agira de décrire le lancement d’une nouvelle gamme de produits ou l'étude de marché de la future ferme.
Le BPREA est un diplôme de niveau BAC. Les titulaires du baccalauréat sont dispensés du bloc 1. Les jurys sont généralement bienveillants, cherchant à comprendre le raisonnement des stagiaires et à s'assurer de leur compréhension des enjeux fondamentaux, plutôt qu'à les piéger. L'objectif est d'évaluer la capacité à rechercher des informations sur le lieu de stage et à en tirer des conséquences au niveau agricole.
Il est important de noter que la formation insiste beaucoup sur l’aspect chef d’entreprise et que cela prend une grande place dans la maquette pédagogique. Maîtriser la comptabilité et le prévisionnel économique est indispensable, mais certains stagiaires peuvent ressentir un décalage entre leurs convictions et ce qui est enseigné, surtout si leur projet ne correspond pas au "moule" des grandes exploitations. « Dans la formation on insiste beaucoup sur l’aspect chef·fe d’entreprise et cela prend une grande place dans la maquette pédagogique. Évidemment que maîtriser la compta et son prévisionnel économique c’est indispensable mais on te décourage dès que ton dimensionnement ne rentre pas dans le moule (petit projet avec peu d’endettement), » souligne Valentine. Cependant, les échanges avec les autres élèves et les formateurs sont souvent riches et contribuent à l'évolution du projet de chacun.
Le Rôle des CFPPA et le Renouvellement des Générations Agricoles
Les Centres de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole (CFPPA) jouent un rôle central dans cette dynamique de reconversion. Historiquement créés en 1968 pour assurer la formation et la promotion des travailleurs agricoles, ils sont aujourd'hui 156 répartis sur le territoire, et les formations préparant au BPREA constituent leur cœur d’activité, de plus en plus ouvertes à de nouveaux publics.
Le ministère de l’Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire s'intéresse de près à ces parcours, notamment dans le cadre du Pacte d’orientation pour le renouvellement des générations en agriculture. L'analyse d'une formation BPREA spécialisée en maraîchage biologique dans une région très urbanisée a montré la variété des profils engagés et leur confrontation à la réalité du métier d’agriculteur. Le renouvellement des actifs agricoles est un défi déterminant, et les parcours à l’installation s’ouvrent à des personnes en reconversion professionnelle venant d’horizons divers.
Pour ceux qui souhaitent devenir agriculteurs aujourd’hui, il ne s'agit plus uniquement des enfants de paysans. Ce sont des personnes en reconversion, aux parcours professionnels variés, d’âges différents, avec des projets qui sortent des habitudes du territoire et du secteur agricole (maraîchage diversifié, petites fermes en vente directe, projets collectifs, fermes pédagogiques). Il est essentiel de puiser dans ces nouvelles volontés pour relever le défi du renouvellement des agriculteurs partant à la retraite. S’installer, surtout sans être issu du secteur agricole, n’est pas évident : il faut se former, réunir les moyens de production, et s’intégrer dans les réseaux existants. Des dispositifs d’accompagnement collectif comme celui proposé par l'ADDEAR 18, « Créer ou reprendre une activité agricole : de l’idée au projet », offrent un cadre bienveillant pour ces apprentissages, à partir d’apports théoriques, d’exercices d’application et d’échanges avec des pairs et des paysans. Quel que soit le projet, cela représente un vrai changement de vie et un engagement sur le long terme.