Tout savoir sur le compostage : transformer l'école par le cycle du vivant

La nourriture est le pilier fondamental de notre survie. Peu importe qui nous sommes, où nous habitons ou ce que nous faisons, elle demeure essentielle. Pourtant, à l’école, les habitudes alimentaires révèlent souvent une gestion non durable et incohérente. La cloche de l’école, qui contraint les élèves à consommer rapidement et à jeter les restants, transforme ce moment crucial en une perte significative d’énergie. L’heure du repas constitue toutefois le meilleur moyen de comprendre notre dépendance aux plantes, aux animaux, aux champignons et aux bactéries. Grâce au processus de décomposition, nous nous rapprochons de la terre, là d’où provient justement notre nourriture.

Comprendre le cycle alimentaire et la durabilité

Le concept de durabilité peut être à la fois abstrait et source d’émotion. Sans un contact direct avec la nature, il est facile de se sentir dépassé par l’ampleur de cette idée. Le système alimentaire permet de se familiariser avec les concepts complexes entourant la notion de durabilité. Le terme « cycle alimentaire » décrit un système circulaire comprenant la production (culture et récolte), l’approvisionnement, la préparation, le partage et la gestion des déchets alimentaires.

À partir du moment où la nourriture pousse près de la maison, le compost devient essentiel pour fermer la boucle du cycle alimentaire et pour le rendre durable et renouvelable. Dans la revue Research in Science Education, Ero-Tolliver et ses collaborateurs soutiennent que « l’enseignement du cycle biologique se termine souvent à la mort d’un organisme, et ce, même si le processus de décomposition demeure un aspect au moins aussi important pour la santé et l’équilibre de notre environnement ».

Schéma illustrant le cycle du compostage : de la plante à l'assiette, retour à la terre par la décomposition

L'urgence de transformer nos déchets

Le manque d’enseignement approprié et de valorisation du processus de décomposition a donné lieu à l’idée que les déchets et la mort sont à craindre et à repousser autant que possible. À l’échelle mondiale, 1,3 milliard de tonnes de denrées alimentaires, d’une valeur de 1000 milliards de dollars américains, sont gaspillées chaque année. Dans la région métropolitaine de Vancouver, 450 000 tonnes de résidus alimentaires sont ensevelies dans les sites d’enfouissement chaque année, une quantité suffisante pour remplir 280 piscines olympiques.

La Vancouver School Board considère que 38 % des ordures de ses sites d’enfouissement sont composées de résidus alimentaires, un pourcentage semblable à celui de plusieurs autres secteurs scolaires d’Amérique du Nord. Ces déchets constituent une perte significative d’énergie et le résultat néfaste d’un système alimentaire non viable. Il convient de s’interroger sur les effets pédagogiques des systèmes efficaces de récupération qui transforment les déchets organiques en sols exploitables.

La décomposition : un processus source de vie

La décomposition n’est pas effrayante. Pendant des générations, la culture occidentale a cherché à « cacher » les matières organiques en décomposition et nous en sommes venus à dévaloriser la pourriture. Notre sentiment naturel de dégoût a été amplifié par la même occasion. Nous avons oublié que lorsque les êtres meurent, ils entament un étonnant et complexe processus de décomposition. Il y a de bonnes raisons d’être rebutés par un site de putréfaction des matières organiques - nous ne les mangerions certainement pas -, mais les regarder se décomposer et comprendre ce processus ne nous fera pas mal.

La création de programmes de compostage impliquant les élèves dans le processus de renouvellement approfondit notre compréhension de l’ensemble du cycle alimentaire et d’autres systèmes vivants complexes. La décomposition est source d’une nouvelle vie. Le fait de jeter la nourriture n’est pas une fin en soi et la façon dont le faisons nous en dit beaucoup sur nos comportements et nos valeurs.

C’EST QUOI, LE COMPOSTAGE ?

Mettre en place un système de compostage à l'école

Dans les écoles, des obstacles importants existent, mais ils sont surmontables. Les « groupes verts » d’élèves ont souvent un rôle crucial pour inciter la collectivité scolaire à composter. Dans le modèle proposé, les élèves recueillent et gèrent les résidus alimentaires à partir de bacs situés dans la cafétéria, la salle à manger et les classes. La cafétéria est souvent le meilleur endroit pour commencer, car il est facile de séparer les déchets végétaux des viandes et des huiles.

Au collège, par exemple, on peut installer trois bacs à compost :

  • Le bac de gauche est réservé aux déchets végétaux (broyat de branches, feuilles mortes, déchets bruns).
  • Le bac du milieu est réservé aux déchets de cuisine (pelures, marc de café ou de thé). Il est nécessaire de rajouter un volume de matière brune pour un volume de déchets de cuisine.
  • Le bac de droite est réservé à la maturation : c'est celui que l'on utilise pour le réintroduire dans les espaces verts, pur si le compost a plus de 2 ans ou mixé avec de la terre si c'est un terreau jeune.

Le système de compostage modulaire est à privilégier, car il suffit d’ajouter un bac pour l’agrandir. Le composteur transparent est également un outil pédagogique précieux : il permet de voir l’évolution de la matière première au cours du temps.

L'engagement des élèves : le succès par la responsabilité

Donner la responsabilité de la collecte de compost à un ou à plusieurs groupes d’élèves garantit la longévité du programme. Au collège Claude Cornac, par exemple, des opérations de tri sélectif ont été réalisées lors du service de cantine, sensibilisant tous les élèves. Depuis, un réaménagement de la déserte des plateaux permet aux 600 élèves d’effectuer quotidiennement un triple tri : l’alimentaire compostable, le non compostable et le déchet ménager.

Ces programmes institutionnels présentent de réels avantages. Ils permettent le compostage efficace de tous les déchets organiques, ce que les méthodes industrielles ne font pas toujours avec la même portée pédagogique. Même si les méthodes industrielles permettent de générer des produits utilisables, elles ne permettent pas aux élèves de faire le lien avec le processus de décomposition. Les enseignants ont un rôle crucial pour valoriser et expliquer ce processus vital.

Infographie montrant le triple tri des déchets à la cantine scolaire

L'alternative du lombricompostage en classe

Pour les établissements où l’espace extérieur est limité ou la gestion des bacs trop complexe, le lombricompostage est une solution idéale. C’est un système de compostage pratiqué à l’intérieur qui fait appel aux vers de terre pour la décomposition des déchets. C’est une façon amusante, propre et relativement facile de composter les résidus organiques directement dans la classe.

La terre que les élèves produisent peut être utilisée pour faire pousser de petites plantes sur les rebords lumineux des fenêtres. En voyant comment les cœurs de pommes se décomposent selon l’environnement, les élèves comprennent mieux le rôle que jouent les vers et les autres micro-organismes dans le cycle naturel. À l’aide d’un microscope et d’une loupe, les élèves peuvent examiner les champignons, les bactéries et les invertébrés qui s’activent dans le compost. Répandez le compost sur de grandes feuilles ou des bâches, donnez aux élèves des gants et des bâtons, et laissez-les observer la vie qui grouille sous leurs yeux.

Vers une culture de la durabilité scolaire

Les écoles qui réussissent bien organisent souvent une grande fête de la récolte pour célébrer l’apport de la collectivité à la création d’un cycle alimentaire durable. Les enseignants disent que les élèves savent que la terre produite avec les résidus de nourriture est utilisée pour enrichir de nutriments le sol du jardin où ils cultiveront des aliments pour leur consommation.

Il est important que les responsables soient curieux de connaître ce processus et qu’ils aident les élèves à percevoir la beauté et la complexité du phénomène qui transforme une pelure de banane en terre. Alors que les sites d’enfouissement atteignent leur pleine capacité et que les sociétés exigent des infrastructures de plus en plus écologiques, les écoles deviennent des laboratoires vivants. En institutionnalisant ces pratiques, nous ne faisons pas seulement réduire nos déchets ; nous formons des citoyens capables de comprendre et de respecter les cycles vitaux qui soutiennent notre existence sur Terre.

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