La gestion des déchets verts et l'amélioration de la fertilité du sol sont au cœur des préoccupations du jardinier moderne. Parmi les techniques les plus efficaces, l'utilisation du Bois Raméal Fragmenté (BRF) s'impose comme une méthode naturelle, bien que souvent entourée de questionnements techniques. Cet article propose une vue d'ensemble, allant de la fabrication artisanale à l'application raisonnée au potager.

Qu'est-ce que le BRF et pourquoi l'utiliser ?
L’acronyme BRF désigne le « Bois Raméal Fragmenté ». Il s’agit de bois provenant de rameaux, c’est-à-dire de branches vivantes, fraîchement coupées, de faible diamètre (idéalement inférieur à 7 cm), majoritairement issues de feuillus. La différence fondamentale entre un broyat classique et le BRF réside dans la jeunesse des tissus végétaux : les rameaux sont riches en nutriments, en protéines et en acides aminés, et ils sont encore mal lignifiés.
Le broyat est composé de tout type de bois, vieux ou jeune, feuillus ou résineux, branches mortes ou vivantes… En résumé, le BRF est un broyat, mais tous les broyats ne sont pas du BRF. L'utilisation de ce matériau transforme le sol en créant un humus stable, améliorant sa structure, sa capacité de rétention d'eau et favorisant une biodiversité intense.
Débats sur les essences : Mythes et réalités
Une question qui m’est très souvent posée est de savoir si telle ou telle essence est utilisable sous forme de BRF pour amender le potager. C’est là une des hypothèses favorites du Pr Lemieux. Les espèces dites « climaciques » sont celles qui s’installent à la fin de la succession écologique ; une fois ce stade atteint, la composition spécifique n’évolue plus ou peu. Pour étayer cette hypothèse, Gilles Lemieux s’appuie sur des études telles que celle sur la régénération forestière effectuée dans les années 80 et celle sur la culture du seigle en Ukraine.
Toutefois, il est difficile d’extrapoler des résultats en régénération forestière au potager ou en agriculture. Une autre hypothèse arrive, exactement contraire à la précédente : éviter les bois riches en tanins (chênes, châtaigniers…). L’hypothèse ici est que les tanins contenus dans le bois inhibent le développement des végétaux. Il est vrai que certains effets dépressifs des BRF peuvent être attribués à des blocages liés aux tanins, mais rien ne valide réellement cette hypothèse de façon systématique.
Concernant le noyer, il contient une substance toxique : la juglone. Toxique, oui, mais pour qui ? Pour nous ? Pour les vers de terre ? Les bactéries ? Les plantes ? L’agroforesterie sous les noyers se pratique depuis 2000 ans et l’impact sur les cultures est même plutôt positif. La sensibilité à la juglone semble variable suivant les plantes. Certains utilisateurs de BRF utilisent le noyer avec succès, alors qu’en est-il réellement ?
Le cas des résineux
C’est sans doute là l’affirmation la plus répandue et la moins sujette à débat : les résineux seraient à proscrire. Elle tire son origine de l’observation par le Pr Lemieux que les humus sous forêt de résineux sont de qualité biologique inférieure à ceux des forêts de feuillus. Il s’appuie pour cela sur des observations faites au Québec, mais aussi en milieu tropical.
Pourtant, certains résineux sont des pionniers de nombreuses successions écologiques. L’humus sous certaines formations résineuses est semblable à celui trouvé sous des peuplements feuillus voisins. La formation d’humus acides sous les résineux est souvent due à la conjugaison d’un sol acide à l’origine, d’un climat froid et/ou d’un sol hydromorphe et de l’accumulation d’une litière acidifiante. Notez bien qu’il s’agit surtout d’aiguilles, car les BRF de résineux ne sont pas acidifiants, comme le montrent tous les résultats expérimentaux. En attendant d’en savoir plus, mon invitation est, dans la mesure du possible, de mélanger les essences disponibles.
Fabrication artisanale : Le rôle de la tondeuse
Pour fabriquer soi-même du broyat de bois à utiliser comme paillage, il faut un broyeur ou, à défaut, une tondeuse à gazon pour les petits végétaux.
- La technique à la tondeuse : Il suffit d'étaler les déchets verts sur le sol en couche fine et de passer la tondeuse dessus lentement. Si le tas de branches est assez conséquent, basculer légèrement la tondeuse sur les roues arrières.
- Le broyage des feuilles : Dès la fin de l'été, les feuilles des arbres caducs commencent à tomber. Si vous n'avez pas de broyeur, passer avec la tondeuse sur le tas de feuilles. Le but étant de hacher en petits morceaux les feuilles ramassées.
- Le choix du matériel : Un broyeur électrique conviendra pour un jardin de superficie petite à moyenne (jusqu’à 500 m²). Un broyeur thermique sera adapté pour des jardins plus grands.
Le recyclage des déchets verts au jardin : broyage, paillage, mulching...
La gestion de la "faim d'azote"
Le principal problème rencontré avec l’utilisation de ce broyat est la « faim d’azote ». Il s’agit de la conséquence de la concurrence entre les besoins en azote pour la décomposition des matières organiques et les besoins en azote des plantes cultivées.
- Ne pas enfouir le BRF : L'incorporation du broyat dans le sol est une erreur. En forêt, la matière organique se décompose en surface. En l'enfouissant, on prive les micro-organismes d'oxygène, ce qui stoppe la décomposition et provoque une faim d’azote durable.
- Apport de compost : Si le BRF est frais ou si le sol est pauvre, apportez du compost préalablement à l’épandage. Cela fournit de l’azote rapidement assimilable.
- Culture de légumineuses : Pour éviter cette faim d’azote, il pourra être judicieux de faire une culture de légumineuses (trèfle, pois, luzerne) la saison précédant l’apport.
Application au jardin : Méthodes et dosages
La mise en place du BRF doit être réfléchie selon le type de sol et la période de l'année.
| Type de sol | Épaisseur recommandée | Volume pour 100 m² |
|---|---|---|
| Sol lourd (argileux) | 1-2 cm | 1 à 2 m³ |
| Sol moyen / limoneux | 2-4 cm | 2 à 4 m³ |
| Sol léger / sableux | 4-6 cm | 4 à 6 m³ |
L'épandage doit se faire idéalement entre octobre et février. Le BRF doit être épandu juste après avoir été broyé (dans les 24 h). Si vous laissez le BRF en tas sur le sol, il peut monter rapidement en température et perdre la plupart de ses propriétés.
Cycle d'utilisation sur 4 ans
Une approche évolutive est souvent recommandée :
- Année 1 : Plantation de plants élevés en pépinière.
- Année 2 : Le broyat est en partie « digéré ». Semez les grosses graines et recouvrez d'un compost bien mûr.
- Année 3 : Le substrat est fin. Semez les petites graines et paillez avec des matériaux « verts ».
- Année 4 : Repos ou renouvellement de la couverture.
Les bénéfices pour l'écosystème du jardin
Utiliser du bois broyé, et particulièrement du BRF, permet de recréer les conditions d'un sol forestier. La pédofaune (vers de terre, insectes, champignons) va considérablement modifier le sol, qui sera constamment brassé et aéré. Grâce à tout ce petit monde, se forme un humus stable, riche en nutriments directement assimilables par les plantes.
La présence de mycélium et de champignons mycorhiziens est acquise lors de la décomposition. Ces champignons établissent une relation symbiotique avec les racines, allant chercher loin eau et nutriments en échange de sucres produits par la plante. En plus de ces bénéfices, le paillage limite le lessivage, l'érosion et l'évaporation, tout en protégeant le sol contre les extrêmes thermiques.

Conseils pratiques pour une gestion durable
La gestion des déchets verts ne doit pas devenir une corvée. Le jardin doit rester un plaisir. Pour ceux qui disposent de grandes surfaces, il est possible de diviser le potager en plusieurs parcelles pour gérer les apports de manière rotative.
Il est également utile de rappeler que le brûlage des déchets verts à l’air libre est interdit et passible de sanctions en raison des émanations nocives. Le recyclage au jardin, via le BRF ou le compostage, est donc non seulement une solution agronomique, mais aussi une obligation légale et civique. Enfin, observez votre sol : la présence de vers de terre et l'aspect grumeleux de la terre sont les meilleurs indicateurs de la réussite de votre démarche.