Le Prunier : Guide de culture et secrets de production dans le Sud-Ouest

Le prunier est un arbre fruitier rustique et vigoureux, véritable pilier des vergers du Midi-Pyrénées et de France. Bel arbre fruitier qui offre à la fin de l’été des fruits délicieux et gorgés de soleil, le prunier est un atout précieux dans un jardin. Facile à vivre, ses origines sont incertaines, on sait cependant qu’il est cultivé depuis des siècles et qu’il a beaucoup voyagé. Le prunier est un arbre très courant au jardin fruitier. Il est cultivé pour ses fruits, les prunes, parfois aussi pour l'ornement dans le cas des espèces à feuillage pourpre. Il fait souvent partie du paysage car il s’est facilement naturalisé, mais il reste très varié, notamment dans ses fruits.

Verger de pruniers en fleurs au printemps

Origines et histoire d’un voyageur millénaire

L'histoire des pruniers remonte à des siècles de culture et de sélection par des horticulteurs passionnés. Les prunes étaient déjà cultivées dans l'Antiquité et étaient considérées comme un fruit précieux. Le prunier européen aurait émergé il y a quelques milliers d'années grâce à un croisement spontané entre deux pruniers sauvages, le P. cerasifera et le P. spinosa, dans une région près de la mer Caspienne. Il se serait ensuite propagé dans toute la région du Moyen-Orient et en Europe, probablement lors des invasions du IIe millénaire avant notre ère. Les prunes étaient connues des anciens Égyptiens, qui les incluaient dans les provisions destinées aux défunts pour leur voyage vers l'au-delà.

Les Étrusques et les Romains les appréciaient également, cultivant plusieurs variétés, notamment la prune de Damas. Ce sont les Romains, grâce à leurs conquêtes mondiales, qui ont implanté en Europe un grand nombre des fruits que l’on cultive encore de nos jours, dont les prunes. C’est dans la province “Narbonnaise” que les Romains ont planté différents types de pruniers. Plus tard, les moines bénédictins de l’Abbaye de Clairac firent partie des croisés revenus au pays avec des plants de pruniers de Damas. Il semblerait qu’ils les aient croisés avec des pruniers locaux. C’est à partir du XVe siècle que la culture et le séchage de la prune d’ente se sont développés, pour atteindre à la fin du XXe siècle la quantité de 60 000 tonnes de pruneaux dits d’Agen. Cette ville était en effet le port d’embarquement sur la Garonne des prunes d’ente séchées, qui voyageaient sur des gabarres jusqu’à Bordeaux.

Classification botanique et diversité des espèces

Le prunier fait partie des Rosacées et du genre Prunus qui regroupe des arbres et arbustes souvent cultivés pour leurs fruits mais également pour leur intérêt ornemental. On trouve dans ce genre l’amandier, le pêcher, l’abricotier. Il existe un très grand nombre d’espèces et de cultivars dans le groupe des pruniers.

Le prunier sauvage

Prunus insititia ou Prunus domestica subsp. insititia est un petit prunier, de 2 à 5 m de hauteur, que l’on trouve dans les haies, dans les bois, formant des fourrés denses grâce à son drageonnement important. Il porte des jeunes rameaux pubescents et parfois épineux, au contraire du prunier commun. Le prunier sauvage offre des petits fruits de 2 à 3 cm de diamètre, ovales ou globuleux, bleu foncé ou jaunâtre. La chair est très sucrée avec une saveur acidulée, le noyau est lisse et adhère à la chair. Ces prunes sont souvent utilisées pour les eaux-de-vie locales ou bien séchées.

Le prunier domestique

Prunus domestica est une autre espèce de prunier dont on consomme le fruit depuis l’Antiquité. Le prunier domestique est un arbre de taille moyenne, entre 3 et 7 m de hauteur, aux jeunes rameaux glabres. Sa floraison est précoce, entre mars et avril, mais sa profusion compense généralement les pertes dues aux gelées printanières. Les prunes de cette espèce sont assez grosses, de forme oblongue à sphérique. Elles sont recouvertes d’une mince pellicule de protection que l’on appelle la pruine.

Le prunier du Japon

Parmi les différents types de pruniers, Prunus salicina est une espèce chinoise de prunier poussant spontanément en Corée, au Laos, au Vietnam ainsi qu’au Japon. Le prunier du Japon est un arbre de taille moyenne, pouvant monter jusqu’à 12 mètres de hauteur. Les fleurs, blanches, apparaissent au début du printemps. Viennent ensuite les prunes, des drupes de 4 à 7 centimètres de diamètre. C’est la deuxième espèce la plus cultivée après le prunier domestique. Incompatible avec le prunier domestique, il peut par contre fort bien s’hybrider avec le prunier myrobolan et les espèces américaines.

Schéma comparatif des différentes variétés de prunes

Les variétés emblématiques et leurs spécificités

Il n’y a pas qu’une seule espèce de prunier, et les variétés sont légion. Elles peuvent cependant être regroupées : mirabelles, prunes d'Agen, quetsches et autres reines-claudes sont les descendantes des divers pruniers plus ou moins sauvages.

  • Les Mirabelles : Le mirabellier mesure entre 4 et 10 m de haut. Prune de petite taille, très sucrée, à épiderme jaune orangé taché de rose. Le climat continental lui est le plus favorable. Le mirabellier est autofertile et il peut être multiplié par semis.
  • Les Quetsches : Cette petite prune bleue foncée est très répandue dans l’est de la France, où elle est appelée “quiterie”. Charnu, de forme oblongue, ce fruit a une chair jaune sombre très sucrée et acidulée et mûrit assez tôt, vers la mi-août.
  • Les Reines-Claudes : C’est un sultan ottoman qui a fait cadeau de ce prunier à François 1er. La reine-claude est plutôt un fruit du sud, moins rustique que ses cousines. Ses fruits globuleux ont une peau fine, vert jaune ou jaune pâle à chair sucrée et juteuse, ferme.
  • Le Prunier d’Ente : Ce prunier mesure jusqu’à 6 m de hauteur, affichant un beau port dressé. Il se plaît en sol fertile et profond, plutôt frais mais sans excès de calcaire. Il fleurit abondamment au mois d’avril. La chair est juteuse, très sucrée et parfumée. Le prunier d’ente est autofertile et très bon pollinisateur.

Conseils de plantation et choix du porte-greffe

Le moment optimal pour planter un prunier dépend de votre région et du climat local. En général, il est recommandé de planter les pruniers en racine nue à l'automne ou au début du printemps. Un seul porte-greffe est proposé à la pépinière : le prunier myrobolan, le plus polyvalent des porte-greffes de prunier, capable de s’adapter à de nombreux climats et sols. Comme les autres arbres fruitiers, en particulier ceux à noyaux, le prunier n’aime pas avoir les pieds dans l’eau. Sur sol lourd, travaillez sur butte ou améliorez le drainage avant la plantation.

Le prunier est souvent présenté comme un arbre facile - et il l’est, à condition d’avoir résolu la question de la pollinisation avant la plantation. Le prunier est l’un des fruitiers les plus adaptés aux petits jardins : sa croissance est modérée, il accepte les conduites en gobelet compact ou en demi-tige basse. Le prunier supporte moins bien l’asphyxie racinaire que la plupart des fruitiers à noyau.

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La pollinisation : un enjeu majeur pour la récolte

Remarque importante : plusieurs pruniers sont auto-stériles. Cela signifie qu’ils ne produiront pas de fruits s’ils sont plantés seuls, sans une autre variété dans un rayon de 500m. Contrairement aux pommiers et poiriers où l’auto-incompatibilité est quasi générale, certains pruniers sont effectivement autofertiles. La Reine-Claude de Bavay, la Quetsche d’Alsace ou la Mirabelle de Nancy produisent seules.

La pollinisation du prunier repose sur trois points essentiels : des variétés de la même espèce dont les floraisons se chevauchent, une compatibilité génétique entre elles, et des pollinisateurs actifs au bon moment. Pour une pollinisation efficace, les deux arbres doivent idéalement être plantés à moins de 15 mètres l’un de l’autre.

Quelques points de vigilance :

  • Planter deux pruniers de la même variété ne suffit pas, car deux arbres identiques ne se pollinisent pas entre eux.
  • Associer un prunier européen avec un prunier japonais est inutile, car ces deux groupes botaniques ne se croisent pas.
  • Ne pas se fier à l’autofertilité sans vérifier, car certains pruniers sont présentés comme autofertiles mais fructifient de façon très irrégulière sans pollinisateur.
  • Les insectes pollinisateurs transportent le pollen sur de courtes distances, il faut donc favoriser la biodiversité au jardin.

Entretien et gestion du verger

Le prunier ne demande ni arrosage, ni fertilisation : la plupart du temps, le sol suffit à nourrir l'arbre. Toutefois, si le feuillage de l'arbre est vert clair, voire jaunâtre, faites un apport de compost au début du printemps, éventuellement suivi d'un paillage. Il bénéficiera d’apports en fertilisants organiques en automne, qui favoriseront sa fructification et son développement.

La taille du prunier, comme pour tous les arbres fruitiers, consiste en une taille de formation chez les jeunes arbres, et en une taille de fructification chez les arbres plus âgés, dès qu'ils commencent à donner des fruits. Cela inclut l’élagage du bois mort, l’éclaircissage du centre de l'arbre et le raccourcissement des branches. La période de récolte des prunes dépend de la variété spécifique que vous cultivez, elle a lieu en été, généralement en juillet ou août. Les prunes sont prêtes à être récoltées lorsqu'elles se détachent facilement de l'arbre.

Illustration des outils nécessaires pour la taille des arbres fruitiers

Adaptation aux conditions climatiques du Sud-Ouest

À 850 m d’altitude, les floraisons précoces du prunier sont aussi celles qui prennent le plus de risques face aux gelées de printemps. Certaines variétés commencent à fleurir dès la fin mars - une fenêtre délicate dans les zones froides ou venteuses. Une vague de froid après le débourrement peut anéantir toute la récolte. En zone difficile, misez sur des variétés à floraison de mi-avril à mai comme la Reine-Claude d’Althan ou la Sainte Catherine. Les variétés précoces donnent ici leur pleine mesure. La Prune Abricot et la Reine-Claude Oullins profitent des beaux jours de mars-avril sans risque de gel.

Le prunier est le plus souvent multiplié par greffe (de type écusson à oeil dormant), en juillet. Le porte-greffe (prunier du Japon, prunier myrobalan, prunellier) peut être obtenu par drageonnage ou par semis. Ornemental autant qu’utile, peu exigeant et donc facilement exportable, le prunier a parcouru toutes les régions tempérées du monde et y reste une valeur sûre. Ses fruits se caractérisent par leur chair juteuse et sucrée, ainsi que par leur diversité de couleurs et de saveurs. Les Pruniers proposés par Georges Delbard sont une invitation à découvrir la variété et la saveur des prunes. Leur histoire riche, leurs variétés uniques, leur entretien relativement simple et leur symbolique en font une option de jardinage à ne pas manquer.

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