Faire ses semences soi-même : le guide complet pour un potager autonome

Apprenez comment faire et réussir des semis pour planter vos propres légumes, fleurs et herbes. Créer ses propres semis présente de nombreux avantages, comme des récoltes précoces au potager, des économies sur l’achat de plants et un vaste choix de légumes à cultiver. Produire ses propres semences permet de récolter en abondance car elles sont forcément adaptées au climat et à l’environnement local. D’ailleurs, jadis, c’est de cette façon que l’on nourrissait sa famille en toute autonomie grâce aux bons légumes du jardin issus de graines que l’on produisait soi-même. Cet engouement pour la production de graines selon le principe de permaculture est une excellente solution pour avoir la garantie de belles récoltes. Bien qu’il existe autant de méthodes que de jardiniers, certaines règles doivent toutefois être respectées pour faire des semis.

Les jardiniers le savent bien, semer est tout un art ! Il faut prévoir la bonne quantité de graines et connaître les besoins de chaque plante en matière de chaleur, de lumière, d’arrosage, de terreau, de contenant… Suivre le calendrier de semis est également indispensable pour obtenir des plants robustes et de beaux légumes. Semer trop tard risque de compromettre l’arrivée à maturité et semer trop tôt peut entraîner l’étiolement des plants.

Illustration des outils et matériaux essentiels pour les semis maison

Les différents types de semis : choisir la bonne approche

En intérieur, sous une serre, sous un châssis, en godets, en plaque alvéolée, en poquet… tous ces termes peuvent faire tourner la tête et il est parfois difficile de s’y retrouver. Plus simplement, ils définissent le lieu, le type et la technique de semis. Déterminez tout d’abord quel type de semis faire (en terre, en godets…).

Semis direct ou semis en pleine terre

Cette méthode très facile, aussi appelée semis en place, se réalise uniquement avec des plantes rustiques ou dès lors que le sol du potager est suffisamment réchauffé. Il s’effectue dehors directement dans une terre préparée en amont. C’est la méthode la plus simple, mais elle est limitée aux plantes qui peuvent supporter les conditions extérieures dès le début de leur croissance.

Semis indirect ou semis sous abri

Il s’effectue dans un contenant intermédiaire avant d’être repiqué ou mis en terre au potager. Réalisé plus tôt dans la saison et placé sous un abri, il permet de gagner du temps sur le cycle de culture et offre des légumes plus rapidement. Cette méthode, un peu plus contraignante en raison du repiquage, aide toutefois à mieux maîtriser les besoins des jeunes plants et les protège des aléas climatiques ou de l’appétit des limaces. Le semis sous abri, qu’il soit direct ou indirect, se réalise, comme son nom l’indique, sous un abri.

Les contenants pour semis

Le choix du contenant est crucial pour le bon développement de vos plants :

  • La plaque alvéolée : Elle se compose d’une multitude de cellules individuelles plus ou moins grandes selon les modèles. Peu encombrante, elle permet de réaliser de nombreux semis sur un espace très réduit et se déplace aisément.
  • Les godets ou pots individuels : Plus gros qu’une alvéole de plaque, les godets ou les pots s’emploient pour les plantes dont le besoin en terre est supérieur. On n’imagine même pas combien de boîtes à œufs en carton on jette chaque année alors qu’elles sont idéales pour les semis ! Voilà donc de quoi encourager les éventuels réfractaires à la production maison des graines destinées au potager : c’est ultra économique, ça donne du bonheur et au moment des récoltes, on ressent un grand sentiment de fierté.
  • La caissette : Elle s’utilise pour les semis plus denses et se remplit simplement de terreau.
  • Les mini-mottes : Popularisés par le jardinier-maraîcher Eliot Coleman, les mini-mottes ou blocs de terreau se fabriquent à partir d’un presse-motte. Cet appareil offre de petits blocs de terreau individuels, serrés les uns contre les autres, avec une cavité en leur centre pour accueillir les graines. Ils se déposent simplement dans des caissettes.

Comparaison entre différentes techniques de semis (en ligne, en poquet, à la volée)

Les techniques de semis : maîtriser les gestes fondamentaux

Réussir à faire germer ses semences demande un peu de méthode, beaucoup de patience et énormément d’attention.

Le semis en ligne

Cette méthode permet de créer un écartement régulier entre les rangs de légumes. Elle facilite l’accès aux plantes et le passage des outils. Le semis en ligne se réalise aussi bien en terre, pour la quasi-totalité des légumes : panais, carottes, betteraves, laitues, chicorées, épinards, fèves, courgettes, radis…, qu’en caissette pour les oignons, les poireaux et les céleris.

Le semis en poquet

Il consiste à placer, dans un même trou, plusieurs graines ensemble. Cette méthode se pratique dans plusieurs circonstances :

  • Les graines sont un peu âgées ou ont naturellement une germination aléatoire. Ce semis maximise les chances d’obtenir au moins un plant viable par poquet. Toutefois, si plusieurs graines germent, il faut éclaircir pour conserver seulement le plant le plus vigoureux.
  • Certaines espèces peinent à sortir de terre, notamment dans les terrains argileux, ou se développent mieux lorsqu’elles se tiennent les unes aux autres. Ensemble, elles auront plus de force pour soulever la terre, et ne sont pas éclaircies pour se soutenir entre elles.Semez en poquet, aussi bien en terre qu’en godets, les plantes à grosses graines : cucurbitacées (courges, courgettes, melons, pastèques…), fabacées (haricots, pois, fèves…), tournesols, maïs, capucines, ipomées… En pots, ces semis pourront être démarrés plus tôt et installés sous un abri pour prendre de l’avance sur la saison au potager.

Le semis à la volée

Simple en apparence, cette méthode est toutefois assez technique. Elle consiste à semer à la main, de manière régulière, ni trop dense et ni trop clair, sur une surface définie. Ce geste ancestral, ample et majestueux, demande beaucoup d’entraînement avant de le maîtriser. Il se pratique essentiellement pour les mélanges de fleurs, les mescluns ou encore les engrais verts : phacélie, moutarde, trèfles…Voici comment procéder pour un semis à la volée réussi :

  1. Préparez bien la parcelle destinée à accueillir les semences.
  2. Prenez une petite poignée de graines.
  3. Montez la main semeuse au niveau de la poitrine.
  4. Dispersez les graines, en pluie, depuis l’épaule opposée à la main semeuse, en arc de cercle vers le côté du buste.
  5. Tenez-vous bien droit et marchez très régulièrement, en ligne, en répétant ce geste.

La préparation du sol et le choix du substrat

Au même titre que la température, la lumière, l’emplacement, etc., la terre joue un rôle primordial dans la germination des graines. Pour une bonne levée et une croissance harmonieuse, prenez le temps de bien préparer votre sol avant de semer ou de planter.

Le terreau à semis

Le terreau à semis bio est une base essentielle pour réussir ses cultures. Spécialement conçu pour le démarrage des graines, il favorise leur germination et offre des caractéristiques physiques adaptées : rétention d’eau ; aération et drainage ; densité et granulométrie ; quantité de nutriment. Le terreau à semis se compose de quatre éléments principaux : de la tourbe, de la vermiculite, du compost et de la chaux. Son utilisation est toutefois controversée en raison de la présence de tourbe, extraite de milieux naturels menacés. Le terreau le plus adapté aux semis contient des éléments drainants, comme le sable de rivière ou la perlite. Ce drainage prévient un trop-plein d’humidité, et réduit les risques de maladies ou de moisissures dans le substrat. De plus, chaque graine est ainsi entourée d’un film humide favorable à sa germination.

🦋 #13 Comment faire son TERREAU à semis 🌱grâce aux buttes dans un POTAGER en permaculture.

Préparation du sol du potager

Pour les semis en terre, au jardin potager, préparez correctement votre sol pour accueillir, dans les meilleures conditions, les graines. Une bonne aération de la terre est primordiale, car les graines ne lèveront pas ou mal dans un sol trop compact. Les parcelles protégées durant l’hiver par des paillis ou des engrais verts seront moins pénibles à travailler et bien souvent, un léger coup d’aéro-bêche suffit à les aérer.

  • Sols avec un paillage ou un engrais vert :

    1. Retirez le paillage ou fauchez l’engrais, si le gel ne l’a pas détruit, et laissez-le au sol quelques semaines.
    2. Aérez avec une aéro-bêche.
    3. Émiettez la terre, à l’aide du croc, pour casser les grosses mottes.
    4. Ratissez pour obtenir un lit de semence bien fin.
  • Sols nus :

    1. Désherbez la parcelle à l’aide d’une serfouette ou d’une houe.
    2. Aérez les rangs avec une aéro-bêche.
    3. Émiettez la terre, à l’aide du croc, pour casser les grosses mottes.
    4. Amendez la terre avec du compost ou du fumier bien décomposé pour la recharger en nutriment.
    5. Ratissez pour obtenir un lit de semence bien fin.

Toutes ces étapes s’effectuent plusieurs semaines avant la date prévue de semis. En récupérant ses propres semences, tout au plus doit-on acheter un terreau pour semis. Mais ce n’est pas obligatoire puisque l’on peut le préparer soi-même avec 4 volumes de bonne terre de jardin, autant de déchets verts bien mûrs et 2 volumes de sable.

Les facteurs clés de la réussite des semis

Dès lors que les graines sont en terre, tous les semis doivent être surveillés attentivement. Pour les réussir, température, humidité et luminosité doivent leur convenir.

La température

Les semis ont besoin de suffisamment de chaleur pour germer, et d’une température idéale située entre 18 et 20 °C. Prenez connaissance de la température idéale initiant la germination des graines, souvent indiquée par un thermomètre.

La luminosité

Après avoir planté ses semis, contrôler attentivement le taux de luminosité est indispensable à la survie de vos plants. Pour les cultures réalisées à l’intérieur, placez-les près d’une fenêtre ou d’une baie vitrée orientée au sud.→ Bon à savoir : lorsque vous préparez les semis à être exposés en plein soleil, laissez-les tout d’abord 2 à 3 jours à l’ombre, puis 2 à 3 jours sous une lumière tamisée.

L’humidité et l’arrosage

L’hygrométrie est un autre élément à surveiller de près pour le succès d’une germination, avec un taux d’humidité idéal d’environ 40 à 70 % (Source : Rustica). Humidifier régulièrement la terre des semis est indispensable à leur croissance… À condition toutefois d’adopter une méthode d’arrosage délicate, qui n’abîme pas les jeunes pousses et ne casse pas leurs tiges fragiles. En général, une brumisation à l’aide d’un vaporisateur suffit à maintenir l’humidité du substrat sans le saturer d’eau. Évitez les risques de fonte des semis avec des arrosages par immersion. Cette méthode humidifie la terre, sans déplacer les graines ou sans mouiller les jeunes pousses.

La profondeur de semis

Semez à la profondeur recommandée pour chaque variété. Si la règle générale de semer à une distance de 3 ou 4 fois l’épaisseur de la graine fonctionne souvent, certaines semences nécessitent de la lumière pour germer et doivent simplement se déposer en surface.

Le calendrier de semis

Regardez le calendrier de semis des variétés. Les variétés possèdent un calendrier de semis pour guider les jardiniers. Cependant, ils peuvent considérablement varier selon les régions et les microclimats de chaque jardin potager. En suivant un calendrier de semis, vous saurez quand le temps est venu pour vous de mettre les semences que vous avez entreposées à l’automne en terre.

Infographie sur les conditions optimales (température, lumière, humidité) pour la germination des graines

Les étapes après la germination : repiquage et suivi

Surveillez très régulièrement l’état de vos semis.

Le repiquage

Vos semis ont été plantés trop densément ou en trop grand nombre ? Pensez à les repiquer dans des godets individuels. Cette étape permet aux pousses de continuer leur croissance avant d’être plantées au potager.

Produire ses propres graines : de la sélection à la récolte

Par où commencer quand on souhaite produire des graines et gagner en autonomie ? Quelles sont les semences les plus simples à réaliser ? Comment se déroule leur pollinisation ?

Choisir ses variétés de semences

Privilégiez des variétés de semences locales, plus adaptées au climat et à la biodiversité de votre région : elles donneront des plants plus résistants. Il est également préférable de choisir des semences biologiques, notamment pour créer un potager en permaculture.

Les variétés F1 ont mauvaise presse parmi les jardiniers soucieux de la reproductibilité des graines. Et pour cause ! Une variété F1 est le résultat du croisement de deux variétés dites « pures ». En pratique, vous aurez tout de même très souvent des fruits intéressants. Pour obtenir un résultat tout de même plus satisfaisant, il faudra se diriger vers des variétés dites « paysannes » ou « population ». En effet, une variété paysanne ou population est une variété constituée d’un ensemble d’individus hétérogènes (contrairement aux F1), mais possédant tous une bonne base de gènes en commun. Ces caractéristiques et la variabilité de leurs gènes leur permettent d’évoluer en fonction de facteurs dits « épigénétiques » correspondant aux variations de l’environnement, du climat, ou encore de la nature du sol. Les variétés populations sont faciles à reproduire une fois achetées.

Virginie est au cœur de la mission de Kokopelli depuis six ans, dédiée à la préservation et la valorisation des semences libres ainsi qu’à la biodiversité cultivée. Soutenir un jeune semencier : découvrez Mamahele, un semencier français qui propose des graines pour le potager. Rachel et Pascal Poot sont des passionnés qui, eux aussi, militent pour la biodiversité dans nos assiettes. Dans la vidéo ci-dessous, Pascal Poot explique bien ces mécanismes de sélection. Ce principe de permaculture illustre très bien l’attitude à adopter quand on veut commencer à produire ses propres graines !

La pollinisation et l’autogamie

Les plantes utilisent différentes stratégies de reproduction, mais leur vocation est de brasser au maximum la génétique en se reproduisant entre individus différents pour favoriser l’évolution. Néanmoins, dans la nature, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Les plantes étant immobiles, elles dépendent de leur environnement extérieur pour se reproduire : le vent, les pollinisateurs… Ainsi, pour pallier les aléas environnementaux leur empêchant de se reproduire de manière classique, certaines plantes ont développé comme solution de secours l’autofécondation, ou autogamie. Pour produire les graines qui ont un risque de s’hybrider entre elles, les professionnels utilisent des filets anti-insectes.

Parmi ces variétés reproductibles, paysannes ou population, il est possible de se diriger vers des plantes en partie autogames ou strictement autogames. Ce sont en effet les plus simples à reproduire, car elles se pollinisent elles-mêmes. C’est le cas de la violette qui s’autoféconde par temps froid et humide, défavorable à la présence des insectes pollinisateurs. Ainsi, la plante possède à la fois des organes reproducteurs mâles et femelles très proches. De plus, les organes mâles et femelles arrivent à maturité en même temps, permettant l’autopollinisation des fleurs ! Sur ce schéma de fleur de tomate, on voit qu’étamine et ovaire se touchent. Si vous débutez dans la production de graines, les plantes autogames sont également les plus simples à reproduire. Vous n’aurez pas besoin de conserver un nombre important de porte-graines pour assurer une production de graines.

Je vous conseille de commencer votre production de semences par des graines plus faciles à reproduire, cela augmentera votre satisfaction et au moins, vous serez sûr de ce que vous planterez. Ainsi, si vous souhaitez commencer à produire des graines, dirigez-vous vers ces espèces en premier, ce sont les plus simples à multiplier. Par la suite, en produisant un grand nombre de semences, vous enclencherez des cercles vertueux dans vos pratiques. Par exemple, produire ses semences de chou n’est pas des plus simple. En effet, les fleurs de choux sont auto-incompatibles : le pollen de chacune des plantes est viable, mais il ne peut féconder que les fleurs d’un autre chou. Impossible donc, en théorie, de produire des graines sans avoir un minimum de deux porte-graines. Pour les choux, il en faudra six de la même variété pour obtenir un brassage génétique suffisant, mais idéalement une quinzaine voire une vingtaine de porte-graines pour un brassage génétique optimal. Certains légumes comme les choux (kale ici) ne sont pas autogames. On parle d’une plante « porte-graines » pour désigner une plante que nous allons conserver jusqu’à maturité, ou autrement dit, jusqu’à la production de ses graines, en vue de récolter ces dernières pour la production de ses semences.

La pollinisation manuelle : un art délicat

Si l’on souhaite intervenir avant que la plante forme seule ses graines et éviter les risques d’hybridation, il faut savoir comment se déroule la pollinisation manuelle permettant au jardinier de produire la semence. La patience est de rigueur au moment de faire une sélection car pour récolter le fruit de ses efforts, il est indispensable d’utiliser des plantes saines, très productives, résistantes aux conditions locales, et ne pas planter une autre variété à proximité immédiate si l’on désire préserver la pureté d’une lignée. Au début, mieux vaut commencer avec une petite quantité de semences, histoire de se faire la main, et en optant pour celles qui sont faciles à produire. Dans cette catégorie, les graines de courge sont le meilleur exemple, la pollinisation manuelle étant à la portée de tous. Cela implique bien sûr de commencer par cultiver des courges au potager et d’en réserver quelques pieds pour la reproduction.

Voici comment procéder :

  1. Identifier les fleurs mâles et les fleurs femelles, les deux poussant sur un même plant chez les courges, mais il est préférable de choisir des pieds différents à condition qu’ils appartiennent à la même espèce.
    • Les fleurs femelles possèdent un ovaire visible à la base de leur corolle.
    • Les fleurs mâles sont celles à longue tige et se situent sous les feuilles de courge.
  2. Sélectionner uniquement celles qui sont sur le point de s’ouvrir.
  3. Poser un kraft adhésif à leur extrémité afin de les ligaturer.
  4. Patienter jusqu’au lendemain.
  5. Procéder à la cueillette des fleurs mâles ligaturées et, dans le but de dégager les étamines, ôter très délicatement le ruban adhésif puis les pétales un à un.
  6. Débarrasser une fleur femelle parmi celles sélectionnées la veille de sa ligature adhésive. Ne pas la cueillir. Elle doit s’ouvrir si elle est prête à être fécondée. Si elle reste fermée, il faut en choisir une autre.
  7. Approcher une fleur mâle d’une fleur femelle afin de pouvoir frotter les étamines qui portent le pollen (fleur mâle) contre le pistil (fleur femelle).
  8. Il ne reste plus qu’à poser une nouvelle ligature afin de refermer la fleur femelle dès que la pollinisation manuelle est terminée.

La nature va suivre son cours : après quelque temps, la fleur va faner et un fruit se formera. Il suffira de le récolter à maturité et de récupérer les graines. Voici donc le principe de la fécondation d’une fleur femelle par une fleur mâle et qui permet de produire ses propres graines au potager.

Schéma de la pollinisation manuelle d'une fleur de courge

Récolter les semences de son potager : un guide pratique

Pour récolter le fruit de ses efforts, il est indispensable d’utiliser des plantes saines, très productives, résistantes aux conditions locales. L’automne est déjà à nos portes. Ça tombe bien, vos végétaux ont été fort productifs cet été et il est maintenant temps pour eux de se mettre au repos. Mais avant, un dernier petit effort leur permettra de faire mûrir leurs graines que vous pourrez récolter pour réaliser vos semis « vraiment » maison. En plus de vous permettre de vivre une expérience complète du cycle de vie de vos plantes, vivaces, annuelles, fines herbes, fruits et légumes, la récolte des semences pour sa propre utilisation est vraiment économique et vous permet de cultiver une foule de variétés qu’on retrouve normalement sous forme de jeunes plants en jardineries au printemps.

Avant de s’intéresser à la meilleure façon de produire ses graines, il faut apprendre comment les plantes peuvent se disséminer naturellement. Pour cela, elles doivent avoir le temps de produire leurs graines. Cela implique de laisser la floraison s’épanouir et donc, de ne pas couper les fleurs fanées. Sans fleurs, pas de graines… Or, les graines ne sont autres que les embryons de plantes et, selon les espèces, elles sont portées par les fruits, les akènes ou bien encore par les capsules par exemple qui apparaissent après la floraison. En ce qui concerne la saison qui se prête le mieux à la récolte des semences, il s’agit de l’automne puisque c’est à cette période de l’année que la majorité des plantes « montent en graines » selon l’expression consacrée.

Il faut choisir le meilleur moment pour récolter les semences. Pour les fruits, ils doivent être bien mûrs et avoir changé de couleur. En ce qui concerne les capsules, elles sont devenues brunâtres et ont séché. Ce sont autant de signes indiquant que la période est tout à fait propice à la récolte des graines. Mais attention, en fonction des espèces, les semences sont libérées et disséminées dans la nature par le vent et/ou les animaux. Certaines semences sont munies de soies ou aigrettes, c’est-à-dire de pappus en touffe extrêmement légers, ce qui garantit leur dissémination par le moindre souffle de vent ou par tout autre moyen. C’est entre autres le cas du salsifis des prés surnommé barbe de bouc et du pissenlit.

Récolter les semences en capsules sèches

Les capsules de semences sont prêtes à être récoltées lorsqu’elles ont une couleur brunâtre. Vous devez laisser les fleurs fanées sur le plan pour que les graines puissent maturer parce que c’est à l’endroit où la fleur a poussé que la capsule prendra place. Une fois que la capsule a bruni, coupez-la et placez-la dans un sac de papier pendant quelques semaines, elle ouvrira probablement d’elle-même, sinon vous pourrez la forcer un peu avec les doigts.

Récolter les semences de légumes charnus

C’est le changement de couleur qui annonce la maturité du fruit. Vous devez donc laisser mûrir votre fruit plus longtemps qu’habituellement pour laisser le temps aux graines d’atteindre un certain degré de maturité. Vos concombres par exemple doivent rester sur le plant jusqu’à ce qu’ils virent au jaune ou à l’orangé. Une fois prêt, il suffit d’ouvrir le fruit et de retirer complètement la chair attachée aux graines avec de l’eau, puis de laisser celles-ci sécher à plat sur du papier absorbant pendant quelques jours, 3 ou 4, jusqu’à ce qu’elles craquent entre vos doigts. Vous pouvez les retourner quelques fois pour accélérer le processus.

Récolte spécifique pour la tomate

Cueillir un fruit bien mûr, et extirper les graines contenues dans la pulpe.

  • Méthode n°1 : Rincez les graines au chinois, faites-les sécher sur un linge quelques jours, et stockez-les dans de petits sachets, enveloppes, ou autre à l’abri de la chaleur et de l’humidité.
  • Méthode n°2 : Prenez les graines, rincez-les grossièrement pour enlever le surplus de pulpe. Ensuite, mettez les graines dans un bocal avec de l’eau et laissez fermenter 1 à 2 jours pour détruire leur enveloppe gélatineuse, censée inhiber la germination.

Dans le cas des courges, il est nécessaire de laver les graines afin qu’il ne reste plus de pulpe puis de les laisser sécher sur un torchon jusqu’à ce qu’elles deviennent cassantes. Cela peut prendre une bonne quinzaine de jours.

Récolte spécifique pour la laitue

Il sera difficile de résister à la tentation de les manger, mais commencez par sélectionner les plus beaux plants et laissez ceux-là monter en graines. Les laitues d’hiver seront traitées comme des bisannuelles, elles monteront en graines au printemps, tandis que les autres laitues, comme les laitues de printemps, monteront en graines l’année du semis. Certaines batavias à la pomme très dense pourront être aidées en coupant ou en enlevant les feuilles du haut de la pomme. Cela facilitera l’émergence de la tige porte-graine. En zone venteuse, on peut tuteurer les porte-graines si le vent menace de les coucher. Lorsque la laitue commence à fleurir, la production de graines est lancée ! Le délai entre la floraison et la formation de la graine est de deux à trois semaines. Les fleurs s’épanouissant progressivement, la récolte des graines s’échelonne sur quelques semaines. Vous pouvez donc passer tous les 2/3 jours et secouer le porte-graine pour en récolter les graines qui tomberont. Un grand sac peut être utilisé pour récupérer les graines. Vous pouvez également attendre qu’environ la moitié des graines semblent mûres, et prélever la plante en entier. Vous pourrez ensuite la mettre dans un sac, la secouer et récolter les graines. Dans tous les cas, une fois vos semences récoltées, laissez-les sécher quelques jours dans un endroit sec et ventilé, et stockez-les.

Récolte spécifique pour l’aubergine

Les graines d’aubergines ne sont mûres que lorsque les fruits commencent à flétrir, en prenant une coloration brune, ou un peu jaune. Pour l’extraction des graines, la méthode est quelque peu laborieuse. Il faudra bien déloger les graines manuellement. Certaines personnes découpent les aubergines et les passent au mixeur avec de l’eau, à petite vitesse. Vous pouvez également faire sécher les fruits au soleil si le temps le permet. L’extraction sera plus aisée. Une fois vos graines extraites, rincez-les abondamment et faites-les sécher rapidement : elles peuvent germer très facilement si elles sont humides.

Ces légumes qui ne semblent pas produire de graines

Les légumes-racines comme les carottes, les betteraves, les panais et certains légumes-feuilles comme les laitues et les choux produisent eux aussi des graines. Le problème est qu’on les cueille très jeunes alors qu’ils n’ont pas eu le temps de faire maturer leurs capsules. Si vous souhaitez récolter les graines de ces légumes, laissez quelques plants en terre beaucoup plus longtemps que si vous vouliez les consommer tels quels. Ils monteront alors en graines que vous pourrez récolter.

La conservation des semences

Plusieurs semis se feront au printemps suivant seulement. Il faut donc entreposer les semences pendant les quelques mois d’hiver. Placez vos graines dans une enveloppe de papier qui absorbera le surplus d’humidité, identifiez-la, puis placez-la dans un endroit frais et sec et évitez de trop l’exposer à la lumière. Vos semences y dormiront pendant l’hiver et seront prêtes à mettre en terre au moment venu.

Après avoir acquis une expérience suffisante, le jardinier peut ainsi produire les semences de différentes espèces de plantes du potager. Une fois la récolte des diverses graines terminée, pour éviter la pagaille au moment des semis, il est essentiel de les conserver dans de petits sacs en papier ou des enveloppes pour les grosses graines et dans de petits flacons pour les toutes petites graines. Reste à inscrire sur chaque contenant le nom de la plante, la variété, ainsi que la date de récolte et pourquoi pas la période à laquelle les semis devront être effectués.

Tableau récapitulatif des conditions de conservation des graines

Le processus de stratification

Certaines semences indigènes ont besoin d’être exposées à une période de froid pour germer l’année suivante. On appelle ce processus thermique la stratification. Pour ce faire, vous pouvez semer sans attendre vos graines à l’extérieur où elles passeront l’hiver. Il faut savoir que le taux de germination peut être plus faible comme l’environnement n’est pas contrôlé et que vos semences devront affronter les intempéries et les ravageurs. Il est souvent plus efficace de traiter les semences au froid à l’intérieur. Pour que le processus soit complet et efficace, les semences doivent être placées au froid et à l’humidité pendant plusieurs semaines avant d’être mises en terre. Semez vos graines dans un pot de terreau humide que vous placerez dans un sac de plastique scellé au frigo. Vous pouvez aussi étendre vos semences sur un papier absorbant préalablement mouillé, le sceller dans un sac plastique de type ziploc et le placer au frigo. Les étiquettes des plantes vous permettront de connaître la durée de stratification requise. Si vous ne trouvez pas l’information, sachez qu’il n’y a pas de risque de faire durer le processus plus longtemps que requis - prévoyez donc environ 3 mois, soit la durée d’un hiver normal au Québec.

Au-delà de la production : les bénéfices d’avoir ses propres semences

Posséder beaucoup de semences, c’est aussi s’offrir le plaisir de les échanger avec d’autres jardiniers, vos proches, sans débourser un centime ! Par exemple, les haricots se font souvent grignoter à leur germination par les limaces. Si vous disposez d’une énorme quantité de semences, vous craindrez moins une attaque de limace : il vous suffira de semer beaucoup plus pour nourrir les limaces et avoir suffisamment de plants qui lèvent. Cela permet d’oublier le ferramol et autre mode de gestion interventionniste comme la chasse à la limace le soir venu, causés par le stress de voir tout son semis décimé en quelques heures… Malgré tout, les grosses attaques sont néanmoins possibles.

Enfin, comme nous vous le conseillions déjà dans le dernier numéro, il est aussi possible de ne pas s’embêter avec toutes ces méthodes, et tout simplement laisser la plupart des légumes monter en graines. Vous aurez de belles surprises, et des récoltes plus abondantes ! À défaut de produire ses graines à partir des plantes du jardin, on peut se tourner vers les grainothèques, les semenciers, les bourses aux graines ou en demander aux amis et aux voisins. Cela permet de cultiver d’autres espèces et variétés de légumes au potager sans avoir à gérer soi-même la pollinisation manuelle. C’est un choix. Il faut du temps pour comprendre les cycles naturels de chaque plante. Les 4 DVD très qualitatifs expliquent l’évolution de la plante de la graine à la graine. Si la vidéo est une voie intéressante pour se former à la production de graine ou à la méthodologie de design en permaculture par exemple, vous pouvez aussi vous former par la lecture.

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