
L'entretien de la fertilité des sols est une pierre angulaire de l'agriculture biologique, nécessitant souvent l'apport de matière organique externe comme les fumiers ou les composts. Si l'épandage manuel peut s'avérer fastidieux, la fabrication d'un épandeur adapté au motoculteur offre une solution efficace et économique. Ce guide détaillé explore les différentes approches pour concevoir et construire un tel outil, en s'appuyant sur des expériences concrètes et des prototypes éprouvés.
Pourquoi fabriquer son épandeur ?
L'auto-construction d'un épandeur permet de s'affranchir de l'épandage manuel, un travail souvent laborieux réalisé à la brouette et à la pelle. Cela optimise le temps de travail et réduit la pénibilité de la tâche. De plus, un épandeur auto-construit offre la possibilité d'adapter l'outil précisément aux besoins de l'exploitation, que ce soit pour le maraîchage sur planches permanentes ou l'utilisation sous serre.
Joseph Templier, ancien maraîcher et co-fondateur de l’Atelier Paysan, s’est inspiré de modèles vus dans des fermes pour mettre au point un premier prototype d’épandeur tracté auto-construit dès 2019. Depuis, de nombreuses fermes, telles que Les Jardins de Chérennes pour le tout premier prototype, les jardins de Cocagne de Terra Ferma et du Comminges, Le panier du Glouby, le GAEC Les Mélilots, le GAEC L’Ilot Légumes, et la ferme du May, ont participé à sa conception et son amélioration, garantissant que l'épandeur apporte satisfaction.
[RETOUR D'USAGER·E] L'Épandeur à fumier / compost
L'approche de Christian Creton : Transformer une benne à vendange
Christian Creton, viticulteur dans l’Aude à Cascastel-des-Corbières, a développé une méthode ingénieuse pour fabriquer son épandeur à compost à partir de matériaux de récupération. Son projet consiste à transformer une simple poubelle en un épandeur de compost pratique, idéal pour les jardiniers souhaitant enrichir leur sol de manière efficace. L'épandeur permet une distribution uniforme du compost grâce à un système d'aération et d'épandage intégré, tout en étant facilement transportable grâce à ses poignées et roues.
Choix des matériaux de base
Christian Creton est parti d’une ancienne benne à vendange à vis Simonneau, qu’il a achetée 200 euros. Il a démonté l’essieu, le châssis et le fond de la benne pour ne garder que la caisse. Puisqu’il n’y a pas de porte sur ces modèles, le viticulteur a également découpé la façade arrière.Ensuite, il a acquis d’occasion une désileuse Kuhn Polycrok 1750 pour 500 euros. « C’est un modèle courant et standard, ce qui est pratique pour les pièces, commente le viticulteur. De plus on en trouve beaucoup à la vente. » De cette désileuse, il n’a gardé que le démêleur et son moteur hydraulique, ainsi que le système de distribution.

Assemblage de la benne et du système de désilage
Afin d’assembler ces deux entités, Christian Creton a retourné la caisse. Le système de désilage étant légèrement plus large que la benne, le viticulteur a ouvert cette dernière en deux, à la disqueuse. Puis il a soudé à l’arrière de la benne, de part et d’autre, deux cornières, sur lesquelles est boulonné le système de désilage. « Ainsi je peux le démonter si jamais il faut le réparer ou le changer », explique le viticulteur.
Aménagement du fond de la benne
Une fois ces étapes terminées, le viticulteur a remis la caisse à l’endroit et s’est occupé du fond. Il a soudé dans la longueur deux cornières solides, qui servent de rail où glissent les chaînes du système de distribution. Christian Creton a récupéré au passage le tendeur du tapis de la désileuse, qu’il a repositionné à l’avant du fond de la benne, sous les cornières.
Le système de distribution
Pour le système de distribution, Christian Creton a acheté deux nouvelles chaînes, correspondant à la longueur de la benne. Ces dernières prennent place sur le pignon de la désileuse, comme sur son montage d’origine.
Finitions et fonctionnement
Pour finir, le viticulteur a remonté le châssis et l’essieu d’origine de la benne, et redonné un coup de peinture à la benne. Le débit d’huile doit être géré via le tracteur. Christian Creton arrive à travailler entre 1 et 10 tonnes par hectare. Il convient de noter que « cet engin fonctionne bien pour le compost mais n’irait pas pour du fumier », prévient-il.
L'épandeur pour motoculteur : Un prototype dédié
Solène et son compagnon, installés à l’Essor maraîcher en 2019, cultivent sur 8000 m² de plein champ et 1200 m² de serre. Dans le cadre d’une formation avec l’Atelier Paysan, ils ont auto-construit pendant 4 jours un épandeur à fumier dédié au motoculteur. L’objectif de ce projet était de s’affranchir de l’épandage manuel. Pour cela, ils se sont inspirés de différents modèles existants, notamment des épandeurs à fumier américain. Le prototype réalisé a coûté environ 700 euros de matière. Cette fiche est un récapitulatif des réussites et des échecs de cet épandeur, visant à comprendre les critères de réussite et d’échecs sur un épandeur à fumier.
Principe théorique et mécanisme
Le principe théorique de l’outil est simple : on attèle l’épandeur au motoculteur, on remplit la benne, on débraye le système et on se positionne devant la planche. Ensuite, on ré-enclenche l’embrayage et on avance. Les roues entraineront le tapis qui poussera la matière organique vers l’avant, la faisant tomber de manière régulière. L’objectif de ce système était de glisser entre l’épandeur et le motoculteur un outil de travail du sol afin de faire deux passages en un. Ce système étant composé d’un rouleau moteur (sur lequel est rajouté un pignon), d’un rouleau récepteur et d’un tapis. Le système de transmission est composé de deux pignons, d’une chaine, d’un système de tension. Le premier pignon étant attaché sur une des roues et l’autre sur le rouleau moteur du tapis.
Défis rencontrés et solutions envisagées
Le système d’embrayage s'est avéré peu pratique. Lorsque la benne était entièrement chargée, le frottement généré par la masse de matière organique répartie sur le tapis et le parquet (les fers plats) était trop important. La tension mise sur les rouleaux ne suffisait alors pas à entraîner le tapis. Pour remédier à cela, une solution envisagée est d'utiliser une grille de type béton armé ou des barres transversales. L’objectif est de faire qu’une partie du compost soit portée par la grille et non par le tapis. Le tapis ainsi soulagé serait capable de glisser. Dans les cas où la benne n’était pas entièrement chargée, le convoyeur tournait et entraînait la matière organique vers l’avant. Un bourrage avait alors de temps en temps eu lieu.

L'épandeur à compost et fumier auto-construit pour le maraîchage
L’épandeur à compost & fumier auto-construit permet d’épandre du compost végétal, du fumier "composté" ou du broyat sur les planches maraîchères. Cet outil se distingue par sa robustesse et sa capacité à être chargé directement.
Caractéristiques générales et chargement
L’épandeur à compost et fumier pour le maraîchage est attelé au tracteur par un triangle d’attelage soudé au châssis. Sa benne basculante et sa robustesse permettent de charger directement la matière organique en reculant la benne dans le tas, sans descendre du tracteur. Pour charger la benne, il suffit de la faire basculer puis de reculer dans le tas. Une fois arrivée sur la parcelle, on dépose la benne à terre.
Système d'entraînement et débit d'épandage
L’entraînement du tapis est assuré par des roues d’entraînement de diamètre 900mm, équipées de chaînes ou de petites lames pour une meilleure adhérence. L’entraînement est « direct », c’est-à-dire que l’énergie pour entraîner le tapis d’épandage est prélevée « directement » sur l’axe de rotation de la roue. Le débit, réglé par un système de trappe, permet d’épandre entre 20 et 35t/ha. Le volume de la benne est de 0,8m³, soit à peu près 500 kg de compost de fumier.
Conception pour le maraîchage
L’outil reste compact pour s’adapter au maraîchage sur planches permanentes et permettre une utilisation sous serre. Pour garantir la robustesse essentielle à l’auto-chargement, le poids de l’outil à vide est de 415 kg.
Aspects pratiques et sécurité
L’épandage se fait par l’avant de la benne. La « fenêtre » en fer déployé, côté conducteur.ice, permet de voir le contenu de la benne. Un triangle d’attelage est soudé au châssis. Des béquilles relevables à l’avant et escamotables à l’arrière permettent de poser l’outil en sécurité. Les béquilles escamotables peuvent être rangées directement sur le triangle, grâce aux porte-béquilles.
Mécanisme de basculement et tapis d'épandage
La benne basculante est animée par deux vérins hydrauliques double-effet de 300 mm de course, positionnés sous la caisse. Le mouvement est régulier et l’amplitude est bonne. La puissance des vérins permet le relevage de la benne chargée. Le tapis d’épandage est constitué d’UPN (une barrette de 2 cm de haut, tous les 8 cm).
Gestion des bourrages
La trappe de réglage du débit est montée sur ressorts, ce qui lui permet de s’ouvrir en cas de forte pression, pour évacuer une pierre ou une branche par exemple. Dans la dernière version de l’outil, la taille d’ouverture de la trappe a été augmentée pour éviter les bourrages quand le compost est humide ou quand le matériau à épandre est grossier (broyat par exemple).
Retours d'expérience des utilisateurs
Les retours terrains sont très satisfaisants suite aux dernières modifications apportées aux prototypes.
Témoignage du GAEC des Mélilots
Aux GAEC des Mélilots, les utilisateurs sont contents de cet épandeur. « Nous l’utilisons principalement avec du compost de déchet vert, entre autre pour faire nos semis sur lit de compost. On peut faire seul.e un travail que l’on faisait avant à deux ou trois. Avec l’épandeur, le rendu est assez homogène, plus besoin de ratisser derrière. La commande hydraulique est très réactive. »

Expérience au GAEC l’Ilôt Mille feuilles
Au GAEC l’Ilôt Mille feuilles, l'épandeur est en prêt depuis avril 2024. Ils ont testé avec du broyat de bois grossier (avec des morceaux longs) : « l’épandage est réussi, aucun souci rencontré de bourrage ou de casse, avec la trappe ouverte au max. » Le chargement est plus délicat car le tas oppose une résistance importante : il faut commencer le remplissage sur le haut du tas, plus meuble et moins résistant, et de descendre petit à petit vers la base du tas au fur et à mesure des remplissages. Ils effectuent 5 passages par planche de 50 m pour épandre leur broyat.
Contraintes et puissance requise
L’outil chargé de compost pèse environ 900kg. Cela nécessite donc un tracteur équipé d’un relevage arrière de capacité minimum d’une tonne, et d’utiliser des masses en contrepoids à l’avant. Il n’est pas possible de déplacer l’épandeur en le tirant sans épandre de la matière, il faut pouvoir le porter. La puissance conseillée est de 45CV.
Aspects financiers et assistance à la fabrication
Le prix d’un épandeur auto-construit dépendra des options choisies et de la manière dont vous souhaitez fabriquer l’outil (en formation, ou chez vous à partir d’un kit). Certains pièces ont besoin de précision dans leur assemblage et le montage final.
Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National, par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usage·R·E·s, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2018-2021). L’ensemble de cet article, des explications, des photos et des plans livrés sont accessibles à tous, facilitant ainsi l'auto-construction et le partage des connaissances.
Précautions et avertissements
Il est impératif de prendre des précautions lors de la fabrication de ces outils. Lorsque vous percez des trous dans la poubelle ou d'autres matériaux, portez des lunettes de sécurité pour protéger vos yeux des éclats. Le contenu généré par l’intelligence artificielle (IA) dans ce guide est fourni uniquement à des fins d'information et d'assistance. L'IA peut involontairement produire du contenu susceptible de violer les droits de propriété intellectuelle d'un tiers. L'utilisateur est seul responsable de l'utilisation, de l'interprétation et de la diffusion du contenu généré par l'IA.