La nature, loin d’être le havre de paix idyllique que nous imaginons souvent, est le théâtre d’une compétition féroce. J’aimerais vous parler d’un livre, La Vie sociale des plantes du regretté Pr Jean-Marie PELT. Il y raconte comment les plantes ont conquis le monde, des fonds marins jusqu’au sommet des montagnes. Cela se lit comme un roman de guerre. D’abord, les plantes se livrent une concurrence à couteau tiré pour occuper le terrain en disséminant le plus de graines possible dans le sol. Le petit mouron n’hésite pas à disséminer 10 800 000 graines dans 40 ares de terre arable. Le jonc peut éparpiller 60 millions de graines dans 40 ares de prairie de montagne.

La sélection impitoyable et la lutte pour les ressources
Certaines de ces graines parviennent à germer, à s’enraciner, mais la sélection est impitoyable. Dans une hêtraie non exploitée, il ne subsiste au bout de 120 ans qu’un seul hêtre sur 2 000 lors du peuplement initial. Demandez à un garde forestier : sur 1 million de hêtres âgés de 10 ans répartis sur un hectare, seuls 509 atteindront l’âge de 100 ans. Mais ce n’est encore rien par rapport à la suaeda, une plante grasse caractéristique des vases salées littorales. Une zone marécageuse près de Montpellier s’est retrouvée entièrement colonisée de suaeda, à raison de 2 000 plantes par mètre carré au printemps. À la fin de l’automne, l’effectif était tombé à huit plantes seulement pour toute la surface du terrain. Les statistiques de mortalité infantile, y compris durant les pires famines, font donc pâle figure à côté du déchaînement exterminateur dont sont victimes les plantes.
C’est qu’elles se livrent une concurrence acharnée pour l’accès au soleil, aux nutriments et à l’eau. Dans les plantations d’épicéas, les arbres cherchent tous à pousser le plus vite possible pour étendre leurs rameaux au-dessus de ceux des autres, et être ainsi les premiers à capter les rayons du soleil. Ils font tant et si bien que 99 % de la lumière solaire est captée avant de toucher le sol, ne laissant à leurs pieds que des miettes. Seuls quelques mousses et champignons parviendront à y pousser malgré tout. Le phénomène est le même dans les forêts tropicales, où des arbres plus immenses les uns que les autres forment une voûte végétale que l’on appelle « la canopée ». Tous les moyens et les petits qui abandonnent la compétition en route sont condamnés à végéter dans une quasi-obscurité, même quand le soleil est au zénith.
L'invasion biologique : quand la conquête devient une menace
De nombreuses espèces de plantes méritent d’être qualifiées d’« envahisseuses ». Introduites dans un nouveau milieu, elles sont capables de le coloniser à une grande vitesse en anéantissant toutes les autres espèces sur leur passage. Ainsi une fougère, la Salvinia auriculata, fut-elle introduite par accident en 1959 sur le lac Kariba en Afrique. Un an plus tard, elle recouvrait déjà 199 km² d’eau, réduisant à néant toutes les algues et poissons vivant dans la zone. Mais quatre ans plus tard, elle recouvrait 1002 km² d’eau.
Nous connaissons, en Europe, le problème de l’envahissement par l’élodée du Canada, qui forme de véritables prairies au fond des canaux et des rivières. Observée pour la première fois en Irlande en 1834, elle avait déjà franchi - on ne sait comment - la mer pour atteindre la Grande-Bretagne dès 1836, puis le continent en 1859. Nous avons aussi les célèbres lentilles d’eau, qui recouvrent des surfaces parfois considérables, et l’azola filicoïde, qui apparaît et se développe de façon foudroyante à la surface des étangs. L’azola disparaît d’elle-même au bout de deux ou trois ans quand elle a consommé toutes les ressources minérales nécessaires à sa prolifération.
Ces espèces invasives qui détruisent nos écosystèmes - Documentaire Environnement HD
Sous terre, une cruauté silencieuse
Jean-Marie Pelt nous apprend que ce phénomène de compétition est plus brutal encore sous terre. Lorsqu’on creuse quelques dizaines de mètres carrés dans une forêt, on s’aperçoit que : « Les individus puissants et conquérants couvrent littéralement de leurs racines l’enracinement chétif des individus médiocres et souffreteux. Quant aux individus déjà morts, leurs racines ne sont plus qu’une chevelure diffuse en voie de pourrissement. La compétition s’exprime ici dans toute sa pureté et toute sa cruauté. Elle révèle l’inégalité profonde de la nature, la dure domination des plus forts sur les plus faibles, l’élimination des moins nantis et des moins chanceux. »
La guerre chimique et l'allélopathie
Certaines plantes sont capables de polluer le terrain où elles poussent, au point de s’empoisonner elles-mêmes. C’est le cas de la piloselle dans nos jardins. Elle forme d’abord des îlots de population, qui s’accroissent en détruisant les plantes alentour grâce aux poisons qu’elle produit. Mais observez plus attentivement et vous vous apercevrez que les individus au centre de l’îlot se mettent à dépérir. Bientôt la terre est à nu. Tant que la pluie n’aura pas délavé la zone pour en chasser les toxines, aucune plante ne repoussera à cet endroit. Il s’agit d’un authentique herbicide. Les piloselles continuent donc à se développer en cercles concentriques. Il faut de fortes pluies, qui délavent la terre, pour qu’enfin les graines tombées sur le sol au centre parviennent à nouveau à germer.
Cette capacité d’intoxiquer les autres plantes a un nom : l’allélopathie. Les substances allélopathiques sont des corps chimiques libérés par une plante. Ils peuvent être disséminés par ses racines, par l’émission d’essences volatiles, par le lessivage des feuilles par la pluie ou par ses détritus qui empêchent les autres plantes de germer ou de croître.
Les paysans d’autrefois avaient bien remarqué que certaines plantes faisaient le vide autour d’elles : ils savaient que le chardon nuisait à l’avoine, l’euphorbe au lin et l’ivraie au froment. Ils se hâtaient de les arracher dès qu’ils les voyaient apparaître à proximité. C’est que, bien avant l’invention des armes chimiques, les plantes avaient découvert la capacité de certaines molécules à nuire à leur entourage, et elles les exploitaient à fond !
Jean-Marie Pelt raconte pléthore d’anecdotes à ce sujet : « Un curieux décret de Napoléon III dit que, pour chaque noyer planté, l’État s’engageait à construire ce# La Guerre des Plantes : Stratégies de Survie et Coopération dans le Monde Végétal
Le monde végétal, souvent perçu comme statique et paisible, est en réalité le théâtre d'une lutte constante pour la survie, une véritable « guerre des plantes ». Des fonds marins aux sommets des montagnes, les végétaux ont conquis tous les milieux, déployant des stratégies de compétition acharnée mais aussi, étonnamment, de coopération. Le regretté Professeur Jean-Marie Pelt, dans son livre "La Vie sociale des plantes", a brillamment décrit cette dynamique, qui se lit comme un roman de guerre.

La Concurrence Impitoyable pour l'Occupation du Terrain
La première phase de cette guerre se joue sur la dissémination des graines. Les plantes se livrent une concurrence à couteau tiré pour occuper le terrain, cherchant à éparpiller le plus grand nombre possible de propagules dans le sol. Le petit mouron n’hésite pas à disséminer 10 800 000 graines dans 40 ares de terre arable. Le jonc peut éparpiller 60 millions de graines dans 40 ares de prairie de montagne, démontrant une capacité de reproduction massive.
Une fois les graines disséminées, la sélection naturelle est implacable. Certaines de ces graines parviennent à germer, à s’enraciner, mais la mortalité infantile est féroce. Dans une hêtraie non exploitée, il ne subsiste au bout de 120 ans qu’un seul hêtre sur 2 000 du peuplement initial. Un garde forestier peut confirmer que sur 1 million de hêtres âgés de 10 ans répartis sur un hectare, seuls 509 atteindront l’âge de 100 ans.
Ce phénomène est encore plus saisissant avec la suaeda, une plante grasse caractéristique des vases salées littorales. Dans une zone marécageuse près de Montpellier, on a observé une colonisation par la suaeda à raison de 2 000 plantes par mètre carré au printemps. À la fin de l’automne, l’effectif était tombé à seulement huit plantes pour toute la surface du terrain. Les statistiques de mortalité infantile, même durant les pires famines humaines, font donc pâle figure à côté du déchaînement exterminateur dont sont victimes les plantes.
La Bataille pour la Lumière, les Nutriments et l'Eau
Cette concurrence acharnée s'exprime également dans la lutte pour l’accès au soleil, aux nutriments et à l’eau. Dans les plantations d’épicéas, les arbres cherchent tous à pousser le plus vite possible pour étendre leurs rameaux au-dessus de ceux des autres. Ils rivalisent pour être les premiers à capter les rayons du soleil. Cette compétition est si intense que 99 % de la lumière solaire est interceptée avant d'atteindre le sol, ne laissant à leurs pieds que des miettes. Seuls quelques mousses et champignons parviennent à y pousser malgré tout.
Le phénomène est similaire dans les forêts tropicales, où des arbres plus immenses les uns que les autres forment une voûte végétale que l’on appelle « la canopée ». Tous les moyens et les petits qui abandonnent la compétition en route sont condamnés à végéter dans une quasi-obscurité, même quand le soleil est au zénith. La lumière devient alors la ressource la plus précieuse et la plus disputée.
Les Plantes Envahisseuses : Une Menace pour la Biodiversité
De nombreuses espèces de plantes méritent d’être qualifiées d’« envahisseuses ». Introduites dans un nouveau milieu, elles sont capables de le coloniser à une grande vitesse en anéantissant toutes les autres espèces sur leur passage.
Un exemple frappant est celui de la fougère, la Salvinia auriculata, introduite accidentellement en 1959 sur le lac Kariba en Afrique. Un an plus tard, elle recouvrait déjà 199 km² d’eau, réduisant à néant toutes les algues et poissons vivant dans la zone. Quatre ans plus tard, sa superficie avait atteint 1002 km² d’eau, illustrant la rapidité et la dévastation de ces espèces.
En Europe, le problème de l’envahissement par l’élodée du Canada est bien connu. Cette plante forme de véritables prairies au fond des canaux et des rivières. Observée pour la première fois en Irlande en 1834, elle avait déjà franchi - on ne sait comment - la mer pour atteindre la Grande-Bretagne dès 1836, puis le continent en 1859, montrant sa capacité à se propager sur de vastes distances.
Nous avons également les célèbres lentilles d’eau, qui recouvrent des surfaces parfois considérables, et l’azolla filicoïde, qui apparaît et se développe de façon foudroyante à la surface des étangs. L’azolla disparaît d’elle-même au bout de deux ou trois ans quand elle a consommé toutes les ressources minérales nécessaires à sa prolifération, mais laisse derrière elle un écosystème profondément modifié.
Ces espèces invasives qui détruisent nos écosystèmes - Documentaire Environnement HD
Sous Terre, un Enfer de Compétition Radiculaire
Jean-Marie Pelt nous apprend que ce phénomène de compétition est plus brutal encore sous terre. En creusant quelques dizaines de mètres carrés dans une forêt, on s’aperçoit que les racines racontent une histoire de domination.
« Les individus puissants et conquérants couvrent littéralement de leurs racines l’enracinement chétif des individus médiocres et souffreteux. Quant aux individus déjà morts, leurs racines ne sont plus qu’une chevelure diffuse en voie de pourrissement. La compétition s’exprime ici dans toute sa pureté et toute sa cruauté. Elle révèle l’inégalité profonde de la nature, la dure domination des plus forts sur les plus faibles, l’élimination des moins nantis et des moins chanceux. » (page 153). Cette description illustre l'intensité de la lutte souterraine pour l'eau et les nutriments.
La Pollution Végétale : L'Allélopathie
Certaines plantes sont capables de polluer le terrain où elles poussent, au point de s’empoisonner elles-mêmes. C’est le cas de la piloselle dans nos jardins. Elle forme d’abord des îlots de population, qui s’accroissent en détruisant les plantes alentour grâce aux poisons qu’elle produit.
Cependant, en observant plus attentivement, on s’aperçoit que les individus au centre de l’îlot se mettent à dépérir. Bientôt la terre est à nu. Tant que la pluie n’aura pas délavé la zone pour en chasser les toxines, aucune plante ne repoussera à cet endroit. Il s’agit d’un authentique herbicide naturel. Les piloselles continuent donc à se développer en cercles concentriques. Il faut de fortes pluies, qui délavent la terre, pour qu’enfin les graines tombées sur la zone au centre parviennent à nouveau à germer.
Cette capacité d’intoxiquer les autres plantes a un nom : l’allélopathie. Les substances allélopathiques sont des corps chimiques libérés par une plante. Ils peuvent être disséminés par ses racines, par l’émission d’essences volatiles, par le lessivage des feuilles par la pluie ou par ses détritus qui empêchent les autres plantes de germer ou de croître.
La Guerre Chimique : Stratégies de Défense et d'Offense
Bien avant l’invention des armes chimiques par l'homme, les plantes avaient découvert la capacité de certaines molécules à nuire à leur entourage, et elles les exploitaient à fond ! Les paysans d’autrefois avaient bien remarqué que certaines plantes faisaient le vide autour d’elles : ils savaient que le chardon nuisait à l’avoine, l’euphorbe au lin et l’ivraie au froment. Ils se hâtaient de les arracher dès qu’ils les voyaient apparaître à proximité.
Jean-Marie Pelt raconte pléthore d’anecdotes à ce sujet. Il cite un curieux décret de Napoléon III selon lequel, pour chaque noyer planté, l’État s’engageait à construire des tas de pierres d’environ un mètre cinquante de hauteur. Ces "perchoirs" permettaient jadis aux paysans de déposer les sacs qu’ils portaient sur le dos pour se reposer quelques instants. La raison en était que les paysans n’aimaient plus les noyers et n’en plantaient pas, ayant constaté que ces arbres gênaient la croissance de la luzerne, des tomates, des pommes de terre, des graminées, des pommiers, etc.
On connaît aujourd’hui la substance chimique toxique produite par le noyer : la juglone, une molécule présente dans tous ses tissus. Lorsqu’elle tombe sur le sol (via les feuilles, les bogues, les noix…), elle s’oxyde et une dose infime de 10 parties par million suffit à détruire 50 % des semis de tomates. Elle attaque même les bactéries et champignons. « Ainsi, les observations de Pline l’Ancien, qui attribuait au noyer la propriété de tuer les plantes qu’il recouvre de son ombre, étaient-elles parfaitement justifiées », conclut Jean-Marie Pelt.
De même, les aiguilles de pin émettent des leucoanthocyanes qui empêchent la germination des autres plantes, en particulier celle du blé. Les leucoanthocyanes agissent en perturbant le mécanisme d’action des hormones de croissance qui déterminent la division et l’élongation cellulaire des végétaux. Ils empêchent les boutures de peuplier de former des racines. Ce n’est donc pas seulement le manque de lumière qui explique qu’il y ait si peu de végétaux sur le sol dans les forêts de pins, de sapins ou d’épicéas.
Les eucalyptus ont la même propriété. Dans les forêts artificielles d’eucalyptus en Italie, Espagne, Portugal et Afrique du Nord, on se promène sans être arrêté par les ronces ni devoir enjamber le moindre buisson. Il n’y a, en général, même pas d’herbes sur le sol, alors que l’eucalyptus laisse passer beaucoup de lumière, ses feuilles étant disposées à la verticale. Dans leur environnement naturel en Australie, les eucalyptus coexistent avec des espèces adaptées à l’environnement chimique. Transplantés en Afrique ou en Europe sans ce cortège d’espèces compagnes, ils reconstituent des environnements très pauvres en autres végétaux et désertifient le sol. Le châtaignier et le marronnier ont des effets semblables.
La Tomate : Une Forteresse Chimique contre les Insectes
La plante de tomate est un excellent exemple de défense chimique. Ses tissus sont recouverts de poils appelés trichomes glandulaires. Ces trichomes existent sous différentes formes : certains sont longs, d’autres courts, et certains possèdent des sacs à leur sommet contenant un liquide jaune. Ces sacs éclatent rapidement lorsque les pattes des insectes les touchent. Certains de ces sacs contiennent des substances toxiques, comme les terpènes et les phénols, qui repoussent les insectes. D’autres trichomes produisent des substances collantes qui immobilisent les pattes et les organes des insectes au contact.
Cependant, certaines espèces d’insectes parviennent à s’adapter au système défensif de la tomate. On observe qu’un insecte placé sur une branche de tomate se déplace difficilement, comme si c’était sur un terrain miné, essayant d’éviter de marcher sur les trichomes et leurs sacs explosifs.
Les travailleurs agricoles qui pratiquent la taille de la tomate remarquent que leurs doigts se salissent avec une substance à l’odeur forte et difficile à enlever. Cette substance provient des trichomes glandulaires et du contenu des sacs, comprenant les substances collantes et les composés défensifs.
L’être humain essaie souvent d’imiter la nature. Certains agriculteurs pratiquant l’agriculture biologique utilisent les feuilles issues de la taille des plants de tomates pour préparer un extrait de tomate, appelé purin de tomate, qui possède des propriétés similaires à celles du purin d’ortie. Cet extrait est obtenu en faisant fermenter un kilo de feuilles de tomates dans 10 litres d’eau pendant quelques jours. Il est ensuite utilisé pour repousser les insectes sur les cultures.

Stérilisation Massive et Autotoxicité
Le monde végétal et microbien utilise des stratégies de stérilisation massives. Les antibiotiques, produits par des champignons et des bactéries pour se défendre contre les autres bactéries, sont un exemple bien connu, dont nous nous servons nous-mêmes aujourd’hui à tour de bras. Le champignon penicillium qui fabrique la pénicilline et tue les streptocoques est un cas célèbre.
Les polyphénols présents dans nos huiles essentielles et notre vin rouge, utilisés pour lutter contre l’inflammation et les infections, ont le même effet stérilisant sur la flore microbienne du sol qui les entoure. Les plantes qui fabriquent beaucoup de phénols sont capables d’empêcher les graines de germer : les graines des autres, bien sûr, mais certaines plantes comme la busserole fabriquent tant de phénols que leurs propres graines n’arrivent plus à germer non plus !
Il faut le passage d’un incendie pour brûler tous ces phénols qui imbibent le sol et les racines. On s’en est aperçu en Californie, où des zones où poussent la sauge, l’armoise et le chaparal (une espèce locale de busserole) finissent par vieillir et dépérir. Les graines tombent sur le sol et pourrissent sans germer. Mais lorsque le chaparal brûle, on assiste à une brusque flambée de germinations, puis de floraisons d’herbes annuelles.
Le phénomène est semblable pour le guayule, une plante mexicaine qui produit un caoutchouc similaire à l’hévéa. Des firmes mexicaines et américaines ont essayé de le cultiver à grande échelle. Dans leur habitat naturel quasi désertique, les arbrisseaux sont régulièrement espacés, chacun ayant son propre territoire. Mais dans les champs cultivés, un phénomène étrange est apparu : les plantes au centre des cultures restaient chétives, seules celles de la périphérie parvenaient à s’épanouir. En fait, leurs racines émettent d’importantes quantités d’acide transcinnamique, qui agit autant sur les autres plantes que sur les guayules elles-mêmes.
Ce phénomène d’autotoxicité est commun en Europe aussi : il s’observe chez les violettes et les crocus. Les arboriculteurs savent qu’on ne replante jamais un pêcher ni un poirier au même endroit, en ajoutant simplement du fumier. Il faut aussi changer la terre qui est imbibée d’exsudats racinaires toxiques.
La Coopération Végétale : Au-delà de la Compétition
Il serait injuste de nous arrêter à cette vision belliqueuse de la nature. Car, évidemment, les plantes sont, comme les hommes, autant capables de faire l’amour que la guerre, de jouer la coopération que la compétition.
L’ail sécrète une substance chimique qui détruit les jeunes plantules de chicorée. Ail et chicorée ne peuvent donc pousser l’un à côté de l’autre. Mais ajoutez-y des pâquerettes, et tout s’arrange. En effet, la pâquerette émet un contrepoison qui neutralise les poisons sulfurés de l’ail. En présence de pâquerettes, vous pouvez donc cultiver l’ail et la chicorée ensemble !
On sait que le maïs pousse mieux en présence de haricots, à qui il peut servir de tuteur lorsque ceux-ci sont grimpants. Le persil apprécie particulièrement d’être semé le long d’une rangée de carottes. Les pois et les fraisiers se plaisent en présence de pommes de terre. Le géranium herbe-à-Robert aime le thym et le serpolet, avec qui il adore s’entremêler.
La Permaculture : S'inspirer de la Nature
Le principe de base de la permaculture est de s’inspirer de la nature pour les cultures : les espèces sont multiples, indigènes, et peuvent interagir entre elles. Bien sûr, insecticides et engrais sont proscrits, et les surfaces sont optimisées, ainsi que l’utilisation de l’eau et du soleil. Le but étant de ne plus détruire les écosystèmes, vient s’ajouter un autre bénéfice sympathique : les jardins potagers cultivés en permaculture demandent beaucoup moins de soins que les jardins traditionnels.
Il n’y a pas une méthode de permaculture unique ; c’est à chacun de réfléchir et de construire sa propre permaculture, car celle-ci se veut protectrice de la nature et des humains. Il est recommandé de privilégier les plantes qui se ressèment, pour des plantations plus pérennes et un moindre coût financier et temporel.
Les Adventices : Des Alliées Insoupçonnées
Les adventices ne sont plus appelées mauvaises herbes, et pour cause ! Nombre d’entre elles sont utiles, aux auxiliaires, à la terre qu’elles protègent ou nourrissent, et à nous car elles nous donnent beaucoup d’indications sur la nature de notre sol. Et en plus, certaines se mangent ! En occupant tout le temps vos espaces, vous limiterez leur propagation.
Créer un Potager en Permaculture : Un Guide Étape par Étape
Pour ceux qui rêvent de faire un potager pour cultiver leurs propres légumes, voici un guide pas à pas, inspiré des principes de la permaculture et de la compréhension des interactions végétales.
1. Dessinez votre projet
Il est essentiel de planifier votre potager en amont. Définissez quelle sera la « culture principale » de votre contre-plantation. C’est en fonction de celle-ci que vous gérerez la fertilisation et l’arrosage de votre planche, sachant qu’individualiser ces paramètres pour chaque légume de l’association est impossible. Le plus souvent, ce sera celle dont le cycle semis-récolte est le plus long. Par exemple, dans une contre-plantation « tomates-laitues », la tomate représente la culture principale. Dans un petit potager, les pommes de terre sont systématiquement contre-plantées à d’autres légumes, comme des choux brocolis. Les betteraves contre-plantées à ces choux resteront de taille modeste, mais cette production se rajoute à celle des choux !
Pensez à l'optimisation de l'espace. La « contre-plantation » permet d’atteindre des rendements supérieurs à 10 kg/m²/an. L’usage de la 3D offre de nombreux avantages et maximise les rendements sur les petites surfaces. Par exemple, une contre-plantation de poivrons et céleris raves est efficace. Sur une planche de culture de 50 cm de large, on peut envisager une contre-plantation de choux, laitues et blettes.
Réfléchissez également aux éléments structurants : où planter pour protéger des vents dominants, où placer les végétaux les plus utilisés dans la vie de tous les jours (légumes, aromates) pour qu’ils soient le plus accessibles possible, créer des zones plus ou moins proches de l’habitation selon les activités humaines.
2. Choisissez l’emplacement
Avant d’attraper vos outils de jardinage et de mettre la main à la terre, prenez le temps d’évaluer l’emplacement de votre futur potager. Il est important d'éviter les zones trop à l’ombre (par exemple, sous un bouleau ou un conifère). Pour plus de commodité, privilégiez un emplacement pas trop éloigné de la maison et proche d’un point d’eau pour vous faciliter la tâche lors de la récolte et de l’arrosage.
Nous vous conseillons d'adapter le plus possible vos cultures à la nature de votre sol. Si votre sol est acide, il faut lui apporter une matière calcaire, et notamment de la chaux. Les sols sableux sont pauvres en nutriments et doivent donc être enrichis pour nourrir les plantes : humus, terre de bruyère, compost bien mûr, fumier de ferme, algues marines. La terre argileuse est humide et compacte, avec une activité microbienne réduite.
3. Préparez le sol
En permaculture, la terre n’est jamais retournée ni bêchée. L'objectif est de préserver la vie du sol.
- Nettoyage initial : Si votre terrain est habité par une multitude de ronces et de feuillages épais, la première chose à faire est de débroussailler.
- Aération superficielle : Pour un tout premier potager, un décompactage superficiel à l'aide d'une grelinette ou d'une fourche-bêche peut être utile pour décompacter le sol sans le retourner. Pour les saisons suivantes, l’utilisation d’une grelinette ou bioculteur sera suffisante.
- Amélioration de la structure du sol : Pour préparer la terre à recevoir vos futures plantations en pleine santé, si la terre est sèche, vous pouvez étaler des carrés de cartons ondulés sur toute la surface. Ces derniers laisseront passer l’eau en cas de pluie. Vous pouvez également opter pour des feuilles mortes.
- Nourrir le sol : Préparez le lit de semence en nourrissant le sol avec un engrais naturel ou biologique, puis un amendement qui va fertiliser le sol et lui apporter tous les micro-organismes nécessaires. Étalez une bonne couche sur l’ensemble du sentier, directement sur les copeaux de bois ou toute autre matière que vous ayez mis, puis mélangez et enfouissez le tout avec la griffe ou la grelinette. Afin d’éliminer les éventuelles mottes de terres, terminez par ratisser l’ensemble à l’aide d’un râteau.

4. Créez des parcelles
Le principe est généralement de cultiver au-dessus du sol, pour ne pas épuiser ses ressources. Les types de parcelles sont très variés : trou de serrure, lasagne, plate-bande permanente, buttes, bottes de pailles, potager 3P (liste non exhaustive !!).
Si vous faites des bordures végétales, prenez une plante qui a peu de besoins et un système racinaire léger, pour ne pas faire de concurrence aux végétaux plantés à l’intérieur. À moins qu’elle n’ait aussi une utilité ! Vos parcelles doivent être assez larges, mais vous devez pouvoir en atteindre facilement le centre ; 1m20 est raisonnable. Vous ne devez pas avoir à marcher dans vos planches de culture, ça tasse le sol, empêchant les vers de terre de faire correctement leur boulot !
Les parcelles doivent être utilisées tout le temps, donc sélectionnez des plantes qui se succèdent dans le temps pour aller ensemble.
5. Plantez et paillez
Votre terre est maintenant prête pour héberger vos semis ! Creusez un petit trou à l’aide d’une serfouette et pensez à laisser un espace (au moins la longueur de votre main) entre chaque plant. Pour commencer, ne vous compliquez pas la tâche et ne voyez pas trop grand. Cultiver avec la vie des sols s’avère être un procédé en or ! En veillant à la bonne santé de votre sol, vous vous garantissez des récoltes saines. La question ne se pose pas si vous optez pour la culture en bac.
Une fois vos semis repiqués vient l'étape de l’entretien des plantes. Même si la permaculture permet de réduire au maximum l’intervention humaine, un minimum d’attention sera toujours nécessaire. Après avoir planté un plant de légume, arrosez généreusement.
Posez du paillis de chanvre, de la paille ou du compost mi-mûr, au pied de vos fruits et légumes afin de limiter l'évaporation de l'eau. Le paillage systématique entre vos plantations vous permettra d'éviter la pousse des adventices et de limiter l’évaporation de l’eau, le gain est sérieux, d’environ 3 arrosages sur 4. Les micro-organismes et petits insectes peuvent y travailler à décomposer les éléments qui sont disponibles, le taux d’humidité et la température sont plus stables, ce qui réduit le stress des plantes.
Voici quelques astuces pour le paillage :
- Désherbez avant de pailler. Les vivaces indésirables (chiendent, pissenlit, liseron, etc.) doivent être éliminées (racines et rhizomes compris), car le paillis n’empêchera pas leur pousse.
- Faites, si possible, un léger apport de compost avant le paillage.
- Faites de préférence légèrement sécher les paillis riches en eau (gazon, herbe, etc.) avant de les épandre.
- Étendez des couches de paillis de 3 à 5 cm environ (davantage pour les feuilles mortes) aux pieds des plantes, sur un sol ameubli et décompacté.
- N'enfouissez pas le paillis.
- Ne recouvrez pas le collet des plantes.
- Arrosez une fois le paillage mis en place.
- Rajoutez du paillis pour conserver l’épaisseur initiale.
- Ne paillez pas par vent fort, car le paillage risque de s’envoler.
- Ne paillez pas quand le sol est gelé, car le paillis freine le réchauffement.
- Le paillis peut aussi être laissé sur place, sans manutention (tonte laissée sur le gazon, mais il faut que les débris soient très fins et la couche peu épaisse).
Les paillis de courte durée de vie sont composés de feuilles tendres (tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, etc.), de tontes, de brindilles vertes ou encore de fougères. Riches en azote, ils se dégradent en quelques semaines et produisent un humus actif et nutritif. Utilisez-les partout, mais surtout sur les cultures à cycle court, au potager ou pour les plantes annuelles, afin de nourrir le sol.
Les paillis de longue durée de vie sont les paillis de feuilles coriaces (platane, lierre, érables, laurier-sauce…), de copeaux de bois, d’écorces, de tailles d’arbre et de haies, de coques de noix et noisettes. Riches en lignine, ils peuvent mettre un an ou plus à se dégrader. Ils ne sont pas très nourriciers, mais structurent durablement le sol et sont stables. Utilisez-les plutôt pour les plantes pérennes : arbres, arbustes, massifs de vivaces, pour structurer le sol.
Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles tels que :
- L’accumulation de bois, qui se dégrade lentement et est peu nourrissant.
- L’acidification des sols due à l’épandage régulier de résidus de conifères.
- La dégradation trop rapide de résidus riches en eau et fins (tontes de gazon).
- L’entretien ou la propagation de maladies, dus à l’utilisation sur place (ou sur des plantes de la même espèce) de débris de végétaux malades.
6. Améliorez le sol avec des matières organiques
- Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) : Il est issu de rameaux jeunes, de moins de 2 ans, qui ont été broyés. Ce broyage permet aux champignons de pénétrer rapidement dans le bois (ils ne peuvent pas pénétrer dans l’écorce) et de le digérer. Ce BRF étalé à la surface du sol rend le sol fertile et aux bons soins des végétaux, en y développant mycélium et humus.
- Les feuilles mortes : Très semblable au “paillis” qui couvre le sol des forêts, sol idéal s’il en est, vous devez récupérer les feuilles mortes de votre jardin, ou pourquoi pas au bord des routes et les utiliser au pied de vos végétaux. Évitez cependant les feuilles mortes des noyers et des fruitiers.
- Les tontes d’herbe : Riches en azote, elles sont particulièrement adaptées aux haricots, pois, laitues, pommes de terre et autres gourmandes. Faites sécher 2 ou 3 jours votre tonte au soleil avant de l’utiliser en paillis de 10 cm, pour avoir une couverture durable.
- Les engrais verts : Couvrant un sol nu et permettant au sol d’être plus perméable grâce à leurs racines, ils apportent en plus, une fois fauchés ou recouverts par un paillis, des nutriments indispensables aux végétaux.
Ces espèces invasives qui détruisent nos écosystèmes - Documentaire Environnement HD
7. Optimisez chaque élément et recyclez l'eau
Les interactions entre les éléments de votre jardin doivent être maximisées. Les éléments de votre jardin doivent pouvoir interagir entre eux, pour être utiles à plusieurs fonctions : des poules vous nourrissent, se délectent des limaces, fertilisent le sol et se nourrissent de vos déchets ; les engrais verts couvrent le sol, leurs racines nourrissent les organismes du sol, les éléments nutritifs qu’elles contiennent nourriront le sol une fois qu’elles seront décomposées. Les plantes compagnes se protègent ou s’aident les unes les autres.
Récupérer les eaux de pluie dans des contenants ouverts permet non seulement de disposer d’eau pour l’arrosage, mais aussi d’attirer des oiseaux qui viendront y boire et vous débarrasser des insectes indésirables. Des réservoirs placés un peu partout dans le jardin vous feront économiser efforts et déplacements.
Il y a de nombreuses manières de commencer un potager avec l’objectif de cultiver avec la vie des sols. De nombreux permaculteurs, par exemple sont inconditionnels des buttes, d’autres jardiniers du double bêchage, ce type de mise en place est tout à fait envisageable mais perturbe fortement le sol la première année. Ce type de préparation consiste à déposer simplement une couche de matière organique directement sur le sol. Idéalement la couche de MO à déposer doit être d’au moins 20 cm, sans quoi les herbes passeront vite au travers de ce mulch. Si vous ne disposez pas assez de MO, il sera préférable de mettre une sous-couche de carton d’emballage. Ceux-ci s’ils ne sont pas blanchis ou colorés ne présentent pas de danger pour l’environnement. Ensuite, une fois venue la saison des plantations, vous pourrez y effectuer plantation et semis directement dans le sol à travers le mulch ! Dans le sud-ouest, la meilleure saison est l’hiver, car si le mulch est disposé trop tôt il est consommé par la vie dès le début du printemps et on est obligé de remettre des MO pour tenir le sol désherbé jusqu’à la mise en culture.
Des Astuces pour un Potager Économique
Avec le printemps, les jardiniers amateurs se ruent sur les magasins spécialisés et en ressortent parfois avec des caddies remplis et chers. Arpenter les rayons fleuris et trouver les meilleurs prix peut être un défi. Avec l'arrivée des beaux jours, les jardiniers amateurs surveillent de près leur budget, car leur passion peut coûter très cher.
Dans une jardinerie de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, le responsable du magasin a opté pour du vrac, comme pour des herbes aromatiques. Pour les outils, le plus gros du budget, mieux vaut acheter en lot, toujours moins cher que de prendre des outils au détail.
Et plutôt que de faire ses courses en magasin, un couple de Dordogne a d’autres astuces : ils font leur terreau, troquent les graines et font de la récup pour les contenants, avec des rouleaux de papier-toilette pour les boutures et une serre faite en vieilles palettes. De quoi limiter un peu le budget.
Plus simple pour débuter que de faire un potager à même le sol, les potagers sur pied offrent de nombreux avantages ! Faire un petit potager en carré est très simple car vous n'avez pas à préparer le sol en amont. Vous pouvez faire un potager surélevé sur un balcon, une terrasse ou dans n'importe quelle zone de votre jardin pourvu qu'elle soit ensoleillée.
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