La culture de la tomate est une aventure passionnante qui rythme le potager de janvier à décembre. Parmi les nombreuses questions qui animent les discussions entre jardiniers, celle de l'entretien du feuillage occupe une place centrale. Entre le désir de favoriser la récolte et la crainte de nuire à la physiologie naturelle de la plante, le jardinier se retrouve souvent face à des avis contradictoires.
La vie naturelle du plant : comprendre la sénescence
Lorsque nos plants de tomates s’épanouissent en été, il est courant d'observer que les feuilles du bas de la tige jaunissent et s’abîment. S’il s’agit le plus souvent des feuilles du bas de la plante, pas de panique, c’est un phénomène naturel. Les feuilles d’une plante, comme n’importe quel être vivant, vieillissent. On parle alors du phénomène de sénescence. Il correspond au processus de ralentissement de l’activité vitale chez les individus âgés.
Les feuilles les plus anciennes sur les plants de tomates ont tendance à jaunir et à se flétrir au fil du temps, ce qui peut indiquer qu’elles sont en train de mourir. La tomate en grandissant va donc progressivement abandonner les feuilles du bas de sa tige afin de concentrer son énergie sur sa partie aérienne, qui capte mieux le soleil. Comme on enlève (ou enterre) les cotylédons à la plantation, les feuilles du bas de la tomate lorsqu’elle est bien développée sont moins, voire plus alimentées.

Le rôle vital du feuillage : les panneaux solaires de la plante
Il ne faut pas oublier que les feuilles des plants de tomates sont leurs panneaux solaires. La tomate est une plante extraordinaire qui est autotrophe : par l’intermédiaire des stomates, ce sont les feuilles de vos plants de tomates, chargées en chlorophylle, qui captent le CO2 et participent à la photosynthèse. Ce processus permet à la plante de convertir la lumière en énergie.
Les feuilles produisent les matières organiques dont le fruit a besoin pour grossir. Si on enlève les feuilles, où les tomates trouveront-elles les matières organiques qui constituent leur matière sèche ? Sans elles, pas de fructose, pas d’amidon, pas de carotène, pas de lycopène. Une fois adulte, une feuille en bonne santé produit bien plus de matières organiques qu’elle n’en a « coûté » et c’est tout bénéfice pour les fruits. De plus, les feuilles permettent à la sève de circuler dans la plante : l’évaporation de l’eau au niveau des feuilles crée une aspiration depuis les racines.
Pourquoi l'effeuillage excessif est déconseillé
Beaucoup de jardiniers ôtent toutes les feuilles de leurs plants de tomates, étant convaincus que la fructification sera meilleure. Surtout pas ! C’est une mise à nu qui n’est pas sans danger. Couper une feuille sur un plant de tomate n’est pas anodin. La tomate est une plante délicate qui peut vivre cette simple opération de jardinage comme un véritable stress.
En période de canicule, le soleil est responsable de nombreuses brûlures sur les tomates. Si les tomates habituées à un ciel gris se retrouvent tout à coup exposées aux rayons du soleil brûlant, elles attrapent un coup de soleil : les parties atteintes cessent de se développer et on obtient des fruits mal formés. Lorsque la température interne du fruit dépasse 30 degrés, la chlorophylle présente sur le dessus du fruit n’est pas dégradée et la production de lycopène est arrêtée. Le collet du fruit reste vert ou devient jaune et la zone reste dure et amère. Les feuilles apportent un ombrage bienfaisant et rafraîchissent l’atmosphère.
Qu'est-ce que la photosynthèse ?
L'entretien sanitaire : quand faut-il intervenir ?
Si la nature fait bien les choses, le jardinier doit parfois agir pour protéger son potager. Au-delà de l’aspect esthétique, ôter les feuilles en mauvaise santé est un moyen de lutter contre les maladies. En France métropolitaine, le mildiou fait partie des champignons qui ont souvent raison de cette culture lorsque ses conditions de développement sont optimales.
En laissant ces feuilles abîmées et âgées sur la plante, vous risquez de favoriser la propagation de maladies fongiques et bactériennes. Les feuilles abîmées peuvent être une source de nourriture pour les bactéries et les champignons, qui peuvent ensuite se propager à d’autres parties de la plante. Dès l’apparition des premiers symptômes, éliminez les feuilles ou fruits touchés pour éviter la propagation. Si vous observez des taches brunes, jaunes ou noires sur le feuillage, il peut s'agir d’une infection fongique comme le mildiou ou l’alternariose.
Aération et circulation de l'air : des pratiques préventives
La taille ne doit se pratiquer que si vos pieds ont été plantés trop proches et qu’ils ont vraiment besoin d’être aérés pour pouvoir capter un peu de soleil. Pour aérer les plants de tomates, il est recommandé de ne pas les planter trop près les uns des autres et d’éliminer les feuilles inférieures qui touchent le sol. Les maladies fongiques se propagent plus facilement dans des conditions chaudes, humides et confinées.
Retirer les feuilles abîmées et âgées des plants de tomates peut améliorer la santé de la culture en réduisant le risque de maladies, tout en favorisant une meilleure circulation d’air et de lumière. Vous pouvez également tailler les branches qui poussent au milieu du plant, afin de favoriser une meilleure circulation de l’air. Toutefois, n'oubliez pas que les feuilles situées sous les bouquets de fruits sont également susceptibles de les alimenter. La sève nutritive se déplace dans tous les sens vers les organes qui en ont besoin : racines, fleurs et fruits.

Les règles d'or pour une culture saine
Prévenir vaut mieux que guérir. Respecter les conditions de culture de la tomate, pratiquer la rotation des cultures vous aideront déjà à limiter les maladies et attaques de nuisibles. Opter pour des variétés résistantes au mildiou ou aux virus permet de réduire considérablement les risques.
- Gestion de l'arrosage : Évitez d’arroser le feuillage. Un arrosage au pied, idéalement avec un système d’irrigation goutte à goutte, est recommandé pour prévenir les maladies fongiques. Il permet la distribution régulière d'eau en évitant les chocs hydriques.
- Nutrition : Un apport équilibré en nutriments renforce les défenses naturelles des plants. Évitez des terres trop riches en azote, elles diminuent la saveur des fruits et la productivité.
- Surveillance : Surveillez l'état général de chaque pied de tomate, inspectez les feuilles, appliquez les solutions préventives et agissez avant que le mal ait fait trop de dégâts.
- Gourmands : La suppression des gourmands s'impose sur les variétés de tomates à croissance ou port "indéterminé". Pour les variétés à port "déterminé", la taille des gourmands ne sert à rien.
Synthèse des interventions sur le feuillage
En résumé, la question de l'effeuillage est un équilibre subtil. La taille des feuilles ne doit se pratiquer que si vos pieds ont vraiment besoin d’être aérés. Il est conseillé de couper les feuilles qui se touchent et surtout celles qui jaunissent, sèchent ou ont une couleur anormale. Pour le reste, laissez parler la magie du jardinage et faites votre propre expérience en pratiquant la taille sur un plant mais pas sur l’autre.
Si vous êtes plutôt dans une philosophie de non-taille, de non-intervention : laissez-les. Les feuilles participent à la photosynthèse, protègent les fruits des coups de soleil et régulent la température de la serre. En fin de saison, si des tomates nouvellement formées n'auront plus le temps de se développer, il peut être logique d'alléger le plant, mais n'oubliez jamais que chaque feuille est une usine chimique précieuse pour la qualité gustative de votre récolte.