Le Lierre grimpant : Réhabiliter un pilier méconnu de la biodiversité

Le Lierre grimpant (ou Lierre commun - Hedera helix) est une plante de la famille des Araliacées (même famille que le Ginseng) qui se fixe sur un support vertical selon ce qu’elle a à disposition. Selon la croyance populaire (y compris la mienne jusqu’à l’un de mes premiers cours de botanique), le lierre grimpant est considéré comme étant non seulement invasif mais surtout destructeur. Le lierre est perçu comme un ennemi des jardins et des arbres. Pourtant, il joue un rôle écologique essentiel ! Alors, d’où peut bien venir cette mauvaise réputation ? Et comment réhabiliter cette plante qui est, on va le voir, essentielle ?

Illustration botanique du Lierre grimpant montrant ses feuilles lobées et ses ombelles de fleurs

Morphologie et caractéristiques botaniques

Il se fixe à l’aide de petits crampons et a des tiges ligneuses rampantes ou grimpantes avec une croissance annuelle de 50 cm à 1 m et peut atteindre près de 30 m. Le lierre possède également des « racines » aériennes appelées crampons qui n’ont aucun rôle dans la nutrition de la plante. Elles n’ont qu’un rôle de fixation au support. Elles ont la possibilité de se transformer en racine vraie lorsque celui-ci devient humide.

Les feuilles du Lierre sont alternes, un peu cireuses, vertes foncées et persistantes. Les jeunes feuilles sont en forme d'étoile, les feuilles adultes présentent deux formes différentes selon leur fonction : les feuilles présentes le long de la tige ont 5 lobes plus ou moins profonds (parfois 3), les feuilles sur les tiges à fleurs ou en pleine lumière sont ovales. Ces feuilles vivent en général 3 ans et sont ensuite remplacées par d’autres.

Les fleurs du Lierre commun sont jaune verdâtre et ont cinq pétales. Elles sont regroupées en ombelles (comme les fleurs de carottes) elles-mêmes regroupées en grappes. Les fleurs, hermaphrodites, apparaîtront selon les endroits de fin août à fin octobre ce qui place le lierre dans la catégorie des plantes les plus tardives en la matière. Ses fruits sont globuleux, d’un diamètre de 8 mm. Ils arrivent à maturité au début du printemps et sont alors de couleur noire. Ils sont très toxiques pour l’Homme en consommation excessive.

Une biologie singulière héritée du passé

Le lierre a un cycle de développement totalement décalé par rapport aux autres plantes. Cette particularité date de l’ère tertiaire, il y a des millions d’années. En effet le lierre était déjà présent à cette époque. C’est une des rares plantes qui ait survécu aux ères glaciaires et maintenu son rythme de vie jusqu’à nos jours. Ces caractéristiques sont dues au climat qui régnait à cette époque. Les fleurs fleurissaient plutôt en hiver car cette saison offrait de l’humidité et des températures douces alors que l’été était sec avec des températures plus élevées.

Le Lierre commun est une plante capable de s'adapter à de nombreux milieux, peu exigeante quant à la nature du sol. Elle se trouve très couramment en sous-bois mais aussi dans les jardins, en façade sur des bâtiments, en clôture ou en couvre-sol. Il pousse aussi bien à l’ombre qu’au soleil mais il a besoin de beaucoup de lumière pour fleurir. En effet les fleurs ne se développent que sur les rameaux bien exposés au soleil.

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Interactions écologiques : entre protection et compétition

Contrairement à une idée reçue, le lierre ne parasite pas les arbres car il s’y accroche sans puiser dans leur sève. Si un lierre installé sur un arbre réussit à atteindre la canopée, il accède alors à la lumière totale et va déployer ses ramures et son feuillage. Clairement, il va entrer en compétition pour la lumière avec l’arbre et prendre le dessus en couvrant le feuillage de son hôte. Un autre effet collatéral du lierre installé vers la cime concerne le risque de faire casser l’arbre lors d’épisodes de vent fort ou de gel intense. En effet, la boule volumineuse d’un lierre installée dans la cime avec son feuillage présent même en hiver offre une prise au vent accrue et devient très lourde en cas de formation de glace sur les feuilles.

Seuls les arbres affaiblis, sénescents ou malades peuvent se briser ou tomber au sol du fait du poids du lierre ou de sa prise au vent trop grande. Sur un tronc d’arbre où l’on voit le plus souvent le lierre évoluer, ce dernier ne cause en effet aucun dégât. Il est d’ailleurs à souligner que le lierre reste toujours à l’intérieur du houppier, n’empêchant jamais son arbre hôte de réaliser sa propre photosynthèse. Si l’arbre sert de support de croissance au lierre, le lierre protège quant à lui l’arbre des variations de températures, notamment hivernales.

Le Lierre comme pilier de la biodiversité

Le Lierre fleurit tardivement, à l’automne (septembre à novembre), une période où peu de plantes sont en fleurs. Cela en fait une ressource cruciale de nectar et de pollen pour les insectes pollinisateurs (abeilles, guêpes, syrphes, papillons…). Le lierre étant une des plantes à fleurir le plus tard dans la saison, il est essentiel pour bon nombre de pollinisateurs qui préparent tardivement leur hiver. Une espèce d’abeille sauvage lui est même inféodée, c’est la collète du lierre (Colletes hederae) qui a besoin du lierre pour survivre.

Le feuillage dense du lierre, persistant en hiver est un abri pour la faune. Il sert de refuge ou de lieu de nidification à divers animaux : oiseaux, petits mammifères, insectes, chauves-souris. Les hérissons, quant à eux, y trouvent un refuge hivernal. Étant également le premier à produire des fruits dès le mois de mars, il permet aux premiers migrateurs de se repaître de ses baies avant d’installer leur nid entre ses feuilles accueillantes.

Schéma montrant les différentes espèces d'oiseaux et d'insectes nichant ou se nourrissant dans le lierre

Services écosystémiques en milieu urbain et domestique

Le lierre limite l’érosion des sols grâce à son système racinaire dense, en particulier sur les pentes ou les berges. Le Lierre est un véritable climatiseur naturel ! Utilisé en végétalisation de façade, le Lierre est particulièrement intéressant pour sa capacité à réguler la température de manière constante, indépendamment de la saison ou des conditions extérieures. Il permet de végétaliser des façades entières sans aménagement trop coûteux.

Allié anti-pollution, le Lierre a une capacité d’absorption des particules qui équivaut à 6 grammes par an et par mètre carré (Dunnett et Kingsbury 2004). Afin que le lierre puisse absorber autant de particules qu’un arbre adulte, il ne suffit alors que de 23 mètres carrés de façade. Il semblerait également, et ce n’est pas là chose anodine en milieu urbain, que les feuilles de lierre soient plus chargées en plomb et en cadmium que ne l’est le reste de la plante.

Usages et précautions : une plante à double tranchant

La toxicité du lierre est en grande partie due aux saponosides qu’il contient en grande quantité, et qui sont de puissants dégraissants. Il est possible de fabriquer sa lessive à partir de feuilles de lierre. Faire bouillir deux litres d’eau, jetez-y cent grammes de feuilles fraîches avant de laisser bouillir dix minutes. Sortez du feu et laissez reposer jusqu’à 24 heures avant de mixer le tout à l’aide d’un mixeur à légumes.

Cependant, il est crucial de souligner que le lierre ne doit jamais être consommé, car il est toxique. De plus, ses feuilles contiennent des composés irritants pouvant provoquer des réactions cutanées chez certaines personnes. Il est également un allergisant de contact pour les personnes sensibles et peut provoquer des lésions eczématiformes, des irritations ou des érythèmes. Avant toute utilisation, surtout en cas de traitement en cours ou de terrain allergique, il est indispensable de demander conseil à un professionnel de santé.

Gestion et réhabilitation

Avec un entretien approprié, le Lierre, allié de nos jardins, peut devenir un véritable atout écologique. De croissance rapide, il peut être nécessaire de le contenir. Vincent Van Gogh, dans une lettre à son frère Théo du 6 juillet 1875 nous parle du lierre : « J'ai loué une petite chambre à Montmartre où tu te plairais. C'est petit, mais elle donne sur un petit jardin tapissé de lierre et de vignes ».

Plutôt que de l’éradiquer, apprenons à le gérer intelligemment et à en tirer parti. La Nature n’en finit plus de nous le démontrer, les solutions face aux problématiques telles que le réchauffement climatique sont inévitablement multiples. Le lierre poussant de manière verticale, le coupler à des plantes à croissance plus horizontale comme les arbres, semble une évidence. En réalité ce binôme entre plantes grimpantes et arbres a de nombreuses ramifications, allant jusqu’à une plus-value économique étonnante, la modification des couloirs de vents, la protection contre les UV, la limitation de l’impact des fortes précipitations sans compter l’influence esthétique.

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