Fensiter Semis : Optimisation de la Densité et de la Date pour une Semence de Ferme Réussie

L'achat de semences représente une charge non négligeable dans le coût de production des céréales à paille, et la justesse du calcul de la densité de semis conditionne en partie la réussite de la culture. Il est facile de comprendre qu'une trop faible densité de population affecte le rendement, mais une densité excessive n'est pas non plus sans risques. En effet, une plus grande sensibilité à la verse, aux maladies et au gel sont à craindre. Comment alors viser juste ?

Schéma des facteurs influençant la densité de semis

La densité de semis est un paramètre fondamental qui doit être ajusté en fonction de multiples facteurs, tels que la région pédoclimatique, la date de semis, les conditions de l’année, le précédent cultural et le type de semence. Pour chaque région pédoclimatique, il existe un optimum de densité de semis, calculé pour compenser les pertes à la levée, un risque lié aux caractéristiques du secteur comme le type de sol ou les conditions hivernales. Ces préconisations régionales s’appuient sur des essais pluriannuels et permettent d’atteindre le rendement maximal. Elles sont très souvent « sécuritaires », signifiant qu'un petit défaut de densité n’aura qu’un faible impact sur le rendement.

Les Facteurs Clés de la Densité de Semis

La densité de semis n'est pas une valeur fixe et universelle. Elle varie considérablement et doit être adaptée pour chaque situation.

1. Le Type de Sol et les Conditions Pédologiques

Le type de sol est un déterminant majeur de la densité de semis. En conditions idéales de semis, dans un sol limoneux sain ou argilo-calcaire profond, peu pierreux et bien préparé (sans mottes ni battance), la densité de semis sera limitée à 200 grains au mètre carré.

Cependant, des sols moins favorables exigent une augmentation de la densité. Un sol hydromorphe ou, à l'inverse, séchant car manquant de profondeur, requiert d’augmenter la densité de semis de + 35 à + 45 %, pour compenser les pertes à la levée et un tallage moins efficace. Les parcelles trop argileuses ou les calcaires peu profonds sont également moins économes en semences. La structure des argiles lourdes complique l'implantation et l'enracinement des plants. De même, la densité de semis doit être plus élevée dans les sols calcaires, les sables, les sols caillouteux comme tous les sols qui se réchauffent difficilement au printemps. Dans la liste des handicaps liés à la structure, qui nécessitent d’adapter la densité, on trouve les sols pierreux, motteux, compactés, mal travaillés à cause de la sécheresse, ou encore battants. Autant d’écueils qui affectent la levée. Tout handicap marqué, qu'il soit lié au sol ou à la météo, sera compensé par une hausse de densité de 10 %.

Dans des climats océaniques (Bretagne, Normandie, Picardie…), avec des sols de limons assez fertiles, il est possible de baisser la densité, car dans ces milieux, le niveau de tallage est bon avec des régressions de talles relativement faibles. En revanche, dans des situations argilo-calcaires ou de type Craie de Champagne, les sols sont moins favorables à l'établissement du peuplement (plantes/m²), ce qui impose une adaptation de la densité.

2. La Date de Semis

La date de semis joue également un rôle crucial. En cas d’implantation précoce, le blé dispose de plus de temps pour taller et atteindre l’objectif de peuplement (épis/m²). La densité de semis peut alors être abaissée. Réciproquement, plus le semis est tardif, plus la dose doit être importante. La période de tallage est réduite, les talles seront moins développées donc moins résistantes et plus exposées aux risques de pertes de pieds pendant l’hiver. À partir du 20 octobre, pour chaque décade écoulée, le semoir sera chargé de 10 % à 20 % de semences supplémentaires.

La date de semis du blé doit répondre en priorité à un objectif de praticabilité de l’implantation : il faut pouvoir intervenir dans des conditions de ressuyage satisfaisantes pour ne pas pénaliser la levée de la culture. Semer plus tôt que préconisé expose surtout la culture à des accidents de sortie d’hiver (gel, excès d'eau…). Un blé semé trop tôt expose à un risque de gel à montaison des futurs épis, en particulier pour les variétés précoces à montaison. Et un blé semé trop tard fait courir un risque d’échaudage du grain, si un stress survient lors du remplissage.

Les recommandations historiques ont été étayées dans les années 1980 et 1990, mais le changement climatique et l’évolution des problématiques sanitaires ont quelque peu bousculé ces références. Il devient moins pénalisant de semer un peu plus tard. À l’inverse, les semis précoces sont de plus en plus exposés aux catastrophes sanitaires. Si d’un point de vue physiologique, les semis précoces prédisposent à un potentiel élevé, celui-ci devient de plus en plus difficile à atteindre, notamment en raison du contrôle des insectes, de la maîtrise des adventices et des contraintes sur les éléments minéraux.

Un semis précoce favorise le développement des talles, au point d’avoir une vraie "pelouse" en sortie d’hiver. Cet excès de végétation va augmenter fortement le risque de verse physiologique et la sensibilité de la culture à un stress hydrique de fin de cycle. Une culture versée ne peut pas remplir correctement ses grains, et les conditions de récolte sont fortement dégradées, ce qui peut accélérer l’échaudage de fin de cycle et impacter sur les Poids Spécifiques (PS) et les Poids de Mille Grains (PMG).

Il est parfois judicieux d’adapter les chantiers aux problématiques de la parcelle : implanter sans tarder les parcelles indemnes de problématiques sanitaires, mais retarder les semis d’une vingtaine de jours pour les parcelles sales, par exemple début novembre pour un semis initial au 10 octobre. Ce délai, bien que non une garantie de propreté, s’avère toujours efficace quand les populations d'adventices sont importantes, et il permettra de réaliser un faux-semis supplémentaire avant le semis.

Le Cycle Complet du Blé : Du Semis à la Moisson

3. La Qualité de la Semence

La qualité de la semence, quant à elle, doit être contrôlée par un test pour les semences de ferme. Une faculté germinative faible est source de fortes pertes à la levée et doit donc être anticipée par un ajustement de la densité. La même logique doit être appliquée si le semis n'est pas réalisé dans des conditions favorables, par exemple en cas d’humidité excessive.

4. Le Type de Variété et le PMG

La densité conseillée au semis du blé oscille entre 200 et 400 grains par mètres carrés, l’équivalent, après prise en compte du poids de mille grains (PMG), de 120 à 200 kg de semences par hectare. La densité moyenne de semis pour les blés hybrides avoisine 140 grains par unité de surface. Pour ces variétés, la dose de semis est donc bien inférieure à celle des blés conventionnels (268 grains par mètre carré en moyenne). Le PMG en 2022 est faible à moyen. Il est de 39 g en moyenne dans des essais variétés blé tendre Sud-Ouest.

Pour rappel, il n’est pas nécessaire d’essayer de contrebalancer un effet variétal à faire peu d’épis par une densité plus forte : la culture s’autorégulera. On pense souvent qu’il est possible d’abaisser la densité de semis pour les variétés hybrides, alors qu’en fait, toutes les céréales à paille ont cette aptitude à compenser ; chez les hybrides, c’est le coût de la semence qui oblige à raisonner !

Les variétés « tardives » nécessitent de la vernalisation et/ou des journées longues pour faire leur transition florale et s’engager vers la montaison. Quant aux variétés précoces, elles n’ont pas de tels freins et arrivent à épi 1 cm très vite si la température le permet. Dans un contexte pédoclimatique donné, toutes les variétés ont le même optimum de peuplement, même si elles vont, par la suite, élaborer leur rendement différemment.

5. Les Ravageurs et Conditions Climatiques

La présence de ravageurs et le niveau des populations, notamment les limaces, doit également inciter à élever la dose de semis. De même, pour des semis réalisés dans des conditions « limites » (temps peu sûr, longue période pluvieuse avant le semis, …), les densités peuvent être majorées de 10 %.

Optimisation de la Densité pour d'Autres Céréales

La logique d'ajustement de la densité de semis s'applique également à d'autres cultures, comme le maïs, l'orge et le triticale, avec des spécificités propres à chaque espèce.

Maïs

Choisir la bonne densité de semis de maïs permettra d'obtenir plus facilement le meilleur potentiel de rendement de votre parcelle. La densité de semis du maïs est la première composante de la réussite de votre culture puisque, bien maîtrisée, elle peut apporter en moyenne + 5 à + 10 % de rendement. Les variétés sélectionnées en maïs ensilage précoce sont en majorité de type corné-denté. Cette génétique valorise généralement bien les densités de semis supérieures à 100 000 grains/ha. Le peuplement est cependant à adapter en fonction de la disponibilité en eau de la parcelle. Par exemple, avec une variété de maïs fourrage précoce, si la disponibilité en eau est faible, il est recommandé de viser une densité de semis de 95 000 grains/ha.

Dans cette logique d'optimisation, des services de modulation de densité de semis, comme agrility.DENSITY développé par les experts Limagrain, prennent en compte les zones hétérogènes d’une parcelle afin d'en adapter la densité de semis.

Orge

En conditions non stressantes, l’orge est une espèce qui talle bien. Le tallage est souvent excédentaire pour les semis précoces, ce qui augmente la concurrence à la lumière lors de la montaison et rend la culture plus sensible à la verse et aux maladies. Une densité de 180 à 240 grains/m² suffit pour assurer un peuplement épis optimum. Des essais ont permis de tester des densités de semis différentes en 2020/2021 et 2021/2022 avec des orges deux rangs (Idilic) et six rangs (KWS Borrely), confirmant qu'un semis clair est une des conditions de la réussite de la culture.

Triticale

Le triticale est pénalisé pour des densités supérieures à 260 plantes/m², quelle que soit la date de semis.

Conséquences d'une Densité Inappropriée

La densité du semis a une influence sur le développement de la culture et sur le coût de son implantation. Pour exprimer pleinement son potentiel de rendement, il faut que la culture utilise efficacement les ressources mises à sa disposition : lumière, eau, éléments nutritifs (en particulier l'azote). Cette optimisation physiologique au niveau de la plante individuelle exige que la densité de population de la culture soit modérée (400-500 épis/m²).

Une densité de semis trop dense entraîne une dépense supplémentaire en semences et un trop grand nombre de tiges favorisant la sensibilité à la verse et le développement des maladies cryptogamiques. Au-delà de 250 plantes, quels que soient les itinéraires de culture mis en œuvre, les rendements ne s’accroissent plus et peuvent même fléchir. En deçà de 150 plantes, les rendements peuvent encore régulièrement se situer très près de l'optimum. Avec les variétés récentes, l'accroissement du potentiel de rendement provient principalement de l'amélioration de la fertilité des épis.

Ressources pour la Détermination de la Densité

Des outils sont à la disposition des agriculteurs pour faciliter la détermination de la dose à semer. ARVALIS, par exemple, met à disposition un outil gratuit pour aider à cette tâche essentielle. La densité de semis est égale au nombre de grains semés par mètre carré. La densité de semis est fonction de la culture implantée, de la date de semis, du type de variété (lignée ou hybride), des conditions de semis et du type de sol.

Graphique comparatif des rendements en fonction de la densité de semis

En résumé, pour préserver les rendements et les résultats, il vaut mieux abaisser le potentiel et avoir la capacité de l’atteindre que de maintenir un objectif inatteignable. Les densités de semis de blé préconisées sont très sécuritaires, mais les pratiques des agriculteurs vont très souvent au-delà de ces recommandations.

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