Alihuen : Un Phare de Permaculture et de Conservation au Chili

Le nom "Alihuen", signifiant "Grand Arbre" dans la langue Mapudungun des Mapuches, les peuples indigènes du Chili, est une désignation pleine de sens pour une ferme qui a subi une transformation considérable, passant de pâturage à une forêt florissante. Situé dans la province rurale de Chepu, sur la "Magic Island" de Chiloé, au nord de la Patagonie chilienne, Alihuen est bien plus qu'une ferme ; c'est un projet de vie, un modèle de gestion durable des terres qui met l'environnement au centre de ses intérêts.

Carte du Chili mettant en évidence la région de Chiloé

Les Fondateurs et Leur Vision

Grecia, une Chilota de naissance, co-fondatrice d'Alihuen, est une artisane moderne et une mère de deux enfants. Ses créations intègrent des motifs traditionnels de Chiloé ainsi que des designs inspirés de la nature, utilisant des fibres végétales natives et des objets recyclés trouvés dans la forêt et la mer. Son lien profond avec la terre natale de Chiloé imprègne l'esprit d'Alihuen.

Jeroen, originaire de Belgique, est le co-fondateur d'Alihuen, défenseur de la permaculture et du reboisement, guide touristique et père de deux enfants. Son amour pour les grands espaces et le partage de cette passion a commencé avec l'alimentation, et après avoir travaillé et s'être formé dans sept pays, Alihuen s'est imposé comme une étape logique. Pour Jeroen, l'aventure est l'idée de faire une chose différemment de ce que l'on aurait fait auparavant, et il souhaite offrir cette opportunité à tous ceux qui la recherchent.

L'objectif principal d'Alihuen est de reconnecter un jour les forêts du nord de Chiloé avec les grandes zones boisées de la rivière Chepu et du Parc National de Chiloé au sud. Cette vision ambitieuse de restauration écologique est au cœur de leurs activités.

La Permaculture en Action à Alihuen

Alihuen est géré selon les principes de la permaculture, visant une agriculture biologique durable tout en œuvrant à des mesures de conservation à grande échelle pour améliorer la biodiversité et la connectivité paysagère dans la région. Le terme "permaculture" est une contraction de "permanent" et "agriculture", et il représente une philosophie de conception de systèmes agricoles et sociaux durables.

Les efforts de reboisement sur la propriété sont remarquables, avec près de 45 000 arbres plantés. Les effets sont déjà tangibles : le Pudu, le deuxième plus petit cerf du monde et une créature relativement rare et timide, est régulièrement observé sur la propriété. Cela témoigne de l'amélioration évidente de la connectivité paysagère grâce aux projets de reboisement entrepris à Alihuen.

Diagramme illustrant les principes de la permaculture

Agriculture Biologique et Conservation

Alihuen pratique et enseigne la conservation, la permaculture, l'agriculture biologique et l'écotourisme. Grâce à ces approches durables de gestion des terres, les pâturages épuisés sont rendus à leur abondance naturelle, se transformant en une forêt florissante. L'environnement est véritablement au centre de leurs intérêts, fusionnant les concepts d'écologie et de village pour représenter un modèle de communauté.

L'Accessibilité et l'Inclusivité

Le Sentier d'Accessibilité d'Alihuen est un rappel que nous sommes tous capables de chercher quelque chose au-delà de nous-mêmes. Indépendamment de l'âge, de la capacité ou des aptitudes, le sentier offre une opportunité unique. Il combine la beauté rare de Chiloé avec une accessibilité et une inclusivité rarement rencontrées dans de nombreux parcs naturels chiliens. Cela reflète l'engagement d'Alihuen envers un environnement social d'entraide ayant un faible impact sur l'écosystème, basé sur des valeurs écologiques.

Protection Durable de la Terre

En 2023, grâce à la signature d'un accord de "Derecho Real de Conservación", le terrain de 70 hectares d'Alihuen, qui fait partie du Sanctuaire de la Nature des Zones Humides du Bassin de Chepu ("Santuario de la Naturaleza Humedales de la Cuenca de Chepu"), sera protégé pour toujours. Cet engagement à long terme envers la conservation souligne la vision d'Alihuen en tant que terre qui connecte, assurant la préservation de cet écosystème précieux.

La Fondation Tierra Austral, fondée en 2012, est l'un des premiers fonds fonciers du Chili. Elle joue un rôle crucial dans la protection de terres comme Alihuen, contribuant à un mouvement plus large de communautés écologiques.

Les zones humides du Parc naturel régional de la Forêt d'Orient

Opportunités de Volontariat

Chaque printemps, été et automne, Alihuen accueille des bénévoles. Des informations sur les programmes de volontariat sont disponibles pour ceux qui souhaitent participer aux efforts de conservation et de permaculture. Alihuen n'accepte que les volontaires qui font partie des programmes WWOOF Chile ou Workaway, assurant ainsi un engagement de la part de ceux qui partagent leurs valeurs.

Le Concept de la Résilience

Le concept central du mouvement en transition, auquel Alihuen s'inscrit, est la résilience. Il s'agit de la capacité à réagir aux crises et à être autonome. Ce mouvement des communautés en croissance ("growing communities movement") englobe des écovillages, des collectifs et des communautés qui cherchent à créer des environnements sociaux d'entraide avec un faible impact sur l'écosystème.

Inspirations et Parallèles : Gestion de l'Eau en Permaculture

Les défis environnementaux, comme la gestion de l'eau, sont universels. En Tunisie, par exemple, l'eau est à la fois une bénédiction et un défi. Les sécheresses sont de plus en plus fréquentes, et les pluies, lorsqu'elles arrivent, sont souvent brutales et mal gérées. Chaque année, le pays perd environ 25 millions de tonnes de sol fertile à cause de l'érosion hydrique, et près de 80 % des terres agricoles tunisiennes sont dégradées ou menacées.

Cependant, les ancêtres avaient développé des solutions. Dans le Sud, les jessour retenaient l'eau dans les vallons. Dans le Nord et le Centre, les tabia (banquettes mécaniques) ralentissaient le ruissellement et favorisaient l'infiltration. La permaculture propose de s'inspirer de ces pratiques, en les adaptant et en les systématisant.

Un swale est un fossé peu profond, creusé parfaitement en courbe de niveau, perpendiculaire à une pente. Ses bénéfices sont multiples :

  • Recharge des nappes phréatiques : L'eau infiltrée descend lentement en profondeur, là où les plantes et les puits pourront l'utiliser.
  • Hydratation durable du sol : Même en saison sèche, l'humidité reste disponible sous la surface.
  • Lutte contre l'érosion : Au lieu de creuser des ravines, l'eau est calmée et retenue.
  • Création de microclimats : La zone le long du bourrelet de terre peut être plantée en arbres fruitiers, qui bénéficient directement de l'humidité accumulée, ou d'une haie vive, en utilisant la butte comme ligne de division de l'espace.

Des chiffres parlants montrent qu'un swale de 100 m de long, lors d'une pluie de 50 mm, peut retenir environ 50 m³ d'eau. Un swale est un outil simple mais qui obéit à des règles précises :

  • À installer uniquement sur des pentes légères (2 à 15 %).
  • L'espacement entre deux swales doit être suffisant (entre 60 et 100 m selon la pente) pour collecter de l'eau sans recréer d'érosion.
  • Suivre strictement les courbes de niveau. Le tracé doit être précis (avec niveau A, lunette de chantier ou niveau laser).
  • Adapter la taille du fossé à la pluviométrie locale et à la surface contributive en amont.
  • S'inspirer de la nature et ne pas dépasser 10 swales sur la même pente.
  • Toujours combiner avec un couvert végétal (engrais verts, paillage, plantations) pour maximiser l'infiltration et stabiliser les berges.

En climat sec, la butte s'assèche rapidement. Il est conseillé de planter les arbres devant la butte s'ils sont peu sensibles à l'asphyxie temporaire des racines, ou après pour les plus sensibles.

Schéma illustrant la conception et le fonctionnement d'un swale

Les swales ne sont pas une solution isolée, mais une pièce dans un système cohérent. Il est essentiel de les associer aux engrais verts et au paillage pour retenir l'humidité plus longtemps, de planter la zone du bourrelet en arbres fruitiers, fixateurs d'azote ou haies vives qui profiteront de l'eau infiltrée, et de connecter les swales à des mares ou aux routes pour diversifier les usages (abreuvoirs pour animaux, réserve pour l'irrigation ponctuelle, habitats pour la biodiversité).

En Tunisie comme ailleurs, le problème n'est pas tant qu'il pleuve trop peu, mais que l'eau n'est pas gérée correctement. Les swales sont une solution simple, inspirée de la nature et des traditions (comme les jessour et les tabia), qui permet de transformer chaque averse en richesse pour la terre. Cependant, un swale n'est jamais une fin en soi, mais un élément d'un système holistique.

Agriculture Urbaine et Villes

Les principes de la permaculture et de la résilience s'étendent également à l'environnement urbain. La culture de jardins potagers, par exemple, peut être un moyen de traverser une crise économique et contribue à la sécurité alimentaire dans les villes. L'agriculture urbaine fait figure de chef de file dans la promotion de la sécurité alimentaire. On peut utiliser des matériaux recyclés, comme de vieux pneus, pour créer des jardins.

Des initiatives comme la "ferme verticale" ou "eco-tower" (Tour Vivante) représentent des bâtiments passifs à énergie positive qui intègrent l'agriculture dans la structure urbaine. L'isolation des bâtiments et le recyclage de l'eau sont également des pratiques essentielles.

L'Énergie et l'Autonomie

Dans le cadre d'une transition vers des communautés plus résilientes, la question de l'énergie est primordiale. Les termes d'énergie compenseront exactement. L'énergie solaire est déjà utilisée, et à l'avenir, l'énergie éolienne sera également mise à contribution. L'autonomie énergétique est un pilier du mouvement de transition, visant à réduire la dépendance aux sources d'énergie externes.

Le Contexte Géographique du Chili Central

Le lieu du design se situe au centre du Chili (région V), à 85 km au nord de Santiago et à 130 km de Valparaíso, à moins de 15 kilomètres de Los Andes, dans le secteur nord-est de la province de Valparaiso. L'Aconcagua, un sommet d'Argentine s'élevant à 6 962 mètres d'altitude, est situé à treize kilomètres de la frontière chilienne.

Le lieu du design est rattaché à la commune de San Esteban, qui abrite quelque 17 000 habitants (en 2012) sur une superficie d'environ 1 360 km². L'économie de la région est basée essentiellement sur l'agriculture (fruits, maraîchage, viticulture), avec une culture encore rurale et imprégnée de ses racines et de son folklore.

Los Andes, la ville principale de la région, est le premier site du Chili à avoir été habité par les Espagnols. Fondée par Santa Rosa de Los Andes le 31 juillet 1791, la ville a connu une forte croissance ces dernières années en raison de l'activité minière dans la cordillère (mine de cuivre de Rio Blanco). Jusqu'au XVème siècle, les Incas se sont établis sur les flancs de la vallée de la rivière Aconcagua, qui rejoint l'Océan Pacifique juste au nord de Valparaiso, dominant les natifs du site (Pichunches de la culture Aconcagua). Dans cette zone, le développement d'une agriculture fertile a permis d'aider les expéditionnaires qui traversaient la Cordillère.

Cette description du Chili central, bien que distincte de l'emplacement de Chiloé, illustre la richesse agricole et historique du Chili, où les pratiques durables et la permaculture trouvent un terreau fertile. L'ombre du palmier, comme philosophie de vie, incarne ce choix d'habiter à la campagne et d'adopter une vie simple, autour d'une activité agricole qui contribue à la régénération du paysage.

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