Le kiwi et son proche cousin le kiwai sont des lianes fascinantes, capables d'apporter une touche d'exotisme et une production généreuse au sein de votre jardin. Bien que souvent associés à des climats lointains, ces fruits peuvent prospérer sous nos latitudes, à condition de respecter quelques règles fondamentales. Cet article, nourri par l'expérience de terrain de producteurs passionnés comme Denis Genier de la ferme de Vertougit en Corrèze, vous propose une immersion dans l'art de la culture biologique de ces actinidias.

À la rencontre d'une culture de passionnés
Les kiwais sont des petits fruits de la famille du kiwi au goût très exotique pour une plante qui pousse sous nos latitudes. À la ferme de Vertougit, en Corrèze, ces deux fruits sont cultivés depuis plus de 40 ans. Denis Genier, arboriculteur, cultive cassis, myrtille, pomme, pêche, prune, et baies de goji sur 18 hectares, dont près de 1,2 hectares dédiés aux kiwis et kiwais. Ces fruits sont très riches en vitamine C, et ont un goût exceptionnel, en particulier le kiwai. Le kiwi, ou Actinidia, est originaire de Chine, où il est cultivé depuis plus de 2000 ans le long du fleuve Yang Tsé. Il s'est largement diffusé dans le monde, avec des zones de production majeures situées entre les parallèles 30 et 40.
Exigences climatiques et altitude
Le kiwi et le kiwai se cultivent de préférence sous les 400 m d’altitude, car plus on monte, plus il fait froid. Néanmoins, il est possible de produire des kiwis à environ 500 m d’altitude en Corrèze, bien que la récolte dépende alors des conditions climatiques de l’année. Le kiwi débourre mi-mars, ce qui représente la principale difficulté : les jeunes pousses sont sensibles au froid et risquent de geler ou de se casser sous l’effet du vent. En altitude, la récolte n'est pas garantie chaque année. Dans la moitié nord de la France, une installation contre un mur permet d'augmenter les chances de fructification en protégeant les plants du froid en sortie d’hiver.
Préparation du sol et plantation
Les actinidias apprécient des sols bien drainés. Si votre sol contient trop d’argile, pensez peut-être à les planter sur butte, en particulier si le sol de votre jardin est saturé en eau l’hiver. Le kiwi/kiwai supporte assez mal le calcaire. Si c’est le cas de votre sol, le taux de réussite est faible. Une astuce consiste à creuser un très gros trou (au moins 300L) et à le remplir avec des matières qui vont acidifier le sol ou le maintenir neutre : broyat, résineux, terre de bruyère, terre végétale. Patientez un an en laissant la zone bien humide, puis plantez. Gardez à l’esprit que les actinidias ont des systèmes racinaires assez superficiels, concentrés sur les premières dizaines de centimètres, bien qu'ils puissent descendre plus profondément si les sols ne sont pas trop tassés.
La gestion de la fertilisation biologique
En agriculture biologique, contrairement à la conventionnelle, on n’utilise pas d’engrais minéraux. La meilleure source efficace d’azote minéral disponible est la fiente de poules. Elle contient 9 fois plus d’azote rapidement assimilable que du compost de déchets verts. Si vous en avez à disposition, répartissez-en au pied courant février, en incorporant aux 5 premiers centimètres du sol, puis recouvrez avec un paillage (tonte ou foin pour ne pas créer de faim d’azote).
L'apport d'azote est limité à 170 unités d’azote/ha de SAU bio par an. Les amendements servent à redresser les teneurs en matières organiques du sol. Le rapport C/N est un indicateur clé : les produits à C/N faible sont des fertilisants, tandis que ceux à C/N > 25 sont des amendements visant à nourrir le sol et améliorer l'humus.

Un manque d’azote, surtout en sol froid, cause des retards de végétation et des fruits plus petits. Pour les plants matures, on applique 1,12 kg d’azote par plant (168 kg/hectare), avec 50 à 60 % de l'apport en mars-avril, et le reste réparti en mai, juin et juillet. Le potassium est essentiel pour la taille des fruits et leur teneur en sucre, tandis que le calcium assure la fermeté. Les producteurs biologiques peuvent utiliser une approche intégrée avec du compost, du fumier d'animaux élevés biologiquement, ou de la farine d'os comme source de phosphore.
Pollinisation et variétés
Le kiwi et le kiwai sont des espèces dioïques : il faut donc un sujet mâle et un sujet femelle. Il faut oublier les variétés autofertiles qui produisent souvent peu de fruits ou de petits fruits. La distance entre le mâle et la femelle peut aller jusqu’à 50 mètres, ce qui laisse une belle marge. Pour obtenir de bons résultats, il est conseillé de choisir des variétés adaptées à votre climat, comme la variété Hayward pour le kiwi, très répandue pour sa productivité et sa conservation.
Taille et conduite des lianes
La taille est indispensable ; sans elle, la plante part dans tous les sens et la production devient hasardeuse. On pratique une taille en hiver et une taille en vert fin juin. En hiver, enlevez 50 % du bois qui a produit des fruits l’an passé, ainsi que le bois mort. Identifiez les tiges ayant produit et raccourcissez-les en ne gardant que 3 bourgeons. Cela permet aux actinidias de se restreindre et de rester touffus. La taille en vert, fin juin ou juillet, consiste à raccourcir les tiges et à ne garder que quelques grappes par branche afin de ne pas récolter des fruits trop petits. Les cannes doivent être taillées et remplacées après leur troisième année pour maintenir une productivité optimale.
Tailler le kiwi
Tuteurage et palissage
Pour le tuteurage, les professionnels optent souvent pour des gros poteaux enterrés avec des T en métal. On pourra aussi les faire pousser sur des arbres, mais attention à la concurrence. Pensez à prévoir un tuteurage solide, car les pieds pèseront un certain poids, alourdi encore par les fruits. À la ferme de Vertougit, ils ont opté pour une installation au pied d’un vieux châtaignier mort, et les kiwis peuvent aussi être conduits le long d'un grillage.
Gestion des ravageurs
Les kiwis et kiwais sont des cultures assez saines, mais la Drosophila suzukii, apparue en France en 2009, est un véritable fléau. Pour protéger les cultures, les agriculteurs biologiques ont souvent recours aux filets. Les particuliers peuvent parfois passer au travers si leur jardin est petit. Des pièges à base de vinaigre de cidre, vin rouge, eau et liquide vaisselle peuvent être installés. La macération d’ail pulvérisée est une autre piste, bien qu'elle nécessite un renouvellement tous les 5 jours.
Récolte et conservation
Pour le kiwai, la récolte est simple : quand les fruits commencent à se ramollir, on peut cueillir en coupant les rameaux. Pour le kiwi, la récolte peut s’étaler d’octobre jusqu’aux gelées. Le kiwi se conserve très bien dans un local légèrement ventilé et frais ; il est possible de les consommer jusqu’en avril ou mai. Les kiwais, quant à eux, continuent de mûrir après la récolte et sont excellents lorsqu'ils commencent à se friper.

Suivi et analyse du verger
Il est essentiel de réaliser des analyses de sol régulières pour déterminer les niveaux de nutriments et le pH. Une analyse des feuilles pendant la saison de croissance peut également permettre de corriger rapidement une carence. La recherche participative, comme celle menée par Bio Nouvelle-Aquitaine, permet aux arboriculteurs de co-concevoir des itinéraires techniques performants. L'objectif est de maintenir une teneur en matière organique entre 2 et 3 % pour préserver la vie microbienne et garantir un équilibre global du verger. La gestion de l'irrigation est tout aussi cruciale que la fertilisation pour éviter le stress hydrique, particulièrement lors de la phase d'accumulation de matière sèche en été.
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