Le Greffage : Une Technique Horticole Ancestrale et ses Multiples Facettes

Illustration d'un greffage réussi sur un arbre fruitier

La pratique du greffage, bien que parfois perçue comme un acte mystérieux ou mystique par le grand public, est une technique horticole ancienne et fondamentale. Son origine remonte probablement à environ 2500 ans en Chine, et dès le IIe siècle avant J.-C., des descriptions précises de méthodes telles que la greffe en fente, l'écussonnage et la greffe en couronne étaient déjà documentées. Aujourd'hui, le greffage est au cœur des pépinières modernes et de l'arboriculture, permettant de contrôler les caractéristiques productives et la tolérance environnementale des plantes.

Qu'est-ce que le Greffage ? Définition et Terminologie

En horticulture, le greffage est l'insertion des tissus d'une plante verte ligneuse, appelée le greffon, dans une autre, désignée comme le porte-greffe. Cette opération est une forme de multiplication végétative artificielle, majoritairement employée pour les arbres fruitiers, les vignes et les rosiers. Seules les plantes dicotylédones et les Gymnospermes peuvent être greffées. Il ne faut pas confondre le greffage avec le bouturage. Une plante greffée est une chimère, un organisme composé créé à partir de tissus génétiquement différents. Il est crucial de noter que les plants greffés ne sont absolument pas des OGM.

5 TECHNIQUES DE GREFFE (tomate, aubergine et physalis)

Le greffage est une opération qui consiste à effectuer une greffe sur un végétal. Cette greffe botanique est une technique horticole et agricole par laquelle les tissus de l'une des plantes sont insérés dans ceux de l'autre, de telle sorte que les deux séries de tissus vasculaires peuvent se joindre ensemble. Cette jointure vasculaire spécifique est appelée l'inosculation, une forme d'anastomose. La technique est la plus couramment utilisée dans la propagation asexuée des plantes cultivées commercialement pour les métiers de la nature, en horticulture, arboriculture et agriculture, et généralement en agronomie. On peut ainsi considérer le greffage comme une forme de biotechnologie agricole.

Dans la plupart des cas, une plante est sélectionnée pour ses racines et cette plante est appelée le porte-greffe. Le premier fournira les racines et la sève brute. L'autre plante est sélectionnée pour ses tiges, feuilles, fleurs ou fruits et est appelée le greffon. Le greffon est un fragment de rameau de la variété que l'on veut multiplier. Il contient les gènes souhaités à dupliquer dans la production future par la plante greffée, constituant ainsi une forme traditionnelle de clonage. Le greffage se réalise le plus souvent au moyen d'un greffoir, un petit couteau avec une lame très tranchante dont l'extrémité est un peu arrondie du côté tranchant et dont le manche renferme une spatule. Le professionnel qui pratique cette technique est appelé un greffeur. Il est important de souligner que si le terme "greffage" s'applique à l'horticulture, le terme "greffe" convient mieux en médecine pour désigner l'implantation d'un tissu ou d'un organe d'un donneur sur un receveur.

Le tissu particulier qui permet cette soudure est le cambium. Ce tissu se développe pour former sous l'écorce le liber, où circule la sève élaborée, et de l'autre côté l'aubier, où passe la sève brute. Le scion est généralement une petite branche ou un bourgeon contenant du tissu en croissance.

Pourquoi Greffer ? Les Objectifs du Greffage

Les plantes ligneuses qui se développent à partir de graines pour une propagation générative causée par la pollinisation ne produisent que très rarement une descendance avec exactement les mêmes caractéristiques de l'espèce parente. Surtout avec les types mentionnés, les ligneux, la conservation des propriétés par une reproduction sexuée est impossible. La graine des arbres fruitiers est, selon l’espèce, un pépin ou un noyau (son amande plus précisément). On peut planter une de ces graines pour produire un arbre. Un pépin de pommier, par exemple, donnera bien un pommier. En effet, le pépin résulte du développement d’un embryon issu d’une fécondation sexuée rendue possible par un entremetteur, le pollinisateur. Le bourdon qui visite les fleurs au printemps assure le transport du pollen d’une fleur sur le pistil d’une autre. Le pollen va germer et émettre un tube pollinique qui déposera un gamète dans l’ovaire de la fleur. De cette union naîtra un embryon qui aura pour gènes un assemblage aléatoire de ceux de la mère (la fleur) et de ceux du père (le pollen). Donc, quel que soit le pollen qui féconde une fleur, le fruit obtenu sera toujours le même puisque c’est un grossissement du réceptacle. Par contre, chaque graine sera différente puisqu’elle a son propre patrimoine génétique. Pour savoir comment ce patrimoine génétique se traduira dans le nouvel arbre obtenu, il faut semer la graine et attendre 10, 12, voire 15 ans pour que l’arbre produise ses premiers fruits qui seront obligatoirement différents des parents.

La technique de greffage permet d'obtenir la variété initiale en tant que clone. Avec ces méthodes, certains plants peuvent être multipliés (tous les arbres d'une variété sont génétiquement identiques) pour une très longue période, avec une bonne pureté génétique. Par exemple, la variété de pomme Reinette Malus domestica, vieille de 900 ans, est un exemple de premier greffage, ce qui reste strictement impossible avec une multiplication naturelle. Cette méthode très connue permet de propager les variétés horticoles non fixées, donc impossibles à reproduire par semis et qui sont réfractaires au bouturage. C’est le cas, en particulier, de tous les arbres fruitiers.

Schéma illustrant la structure d'une greffe réussie avec le cambium, le liber et l'aubier

Mais il existe également d'autres raisons aux techniques de greffage. Le greffage, contrairement au bouturage, permet de choisir un porte-greffe possédant des caractéristiques particulières. Le porte-greffe, robuste et bien adapté au sol, apporte vigueur, stabilité et résistance. Par exemple, le système racinaire du scion ne correspond pas au sol (sols acides versus sols calcaires basiques), ou le système racinaire du greffon est sensible à la maladie. Le greffage permet une meilleure fourniture de parties de plantes au-dessus du sol si le système racinaire du greffon est "faiblard". De plus, le greffage influence la vigueur (taux et vitesse de croissance) et permet la formation de formes décoratives et ornementales. Cette technique est également utilisée pour produire certaines plantes de jardin (tomates, melons et aubergines) dont les racines sont sensibles aux maladies du sol. Le greffage est une méthode traditionnellement utilisée pour multiplier des variétés de plantes fruitières et ornementales ou pour adapter leur culture à des conditions environnementales spécifiques.

Les Espèces Greffées et leurs Bénéfices

Aux Pépinières Charentaises, comme dans de nombreuses autres pépinières, on greffe aussi bien des arbres fruitiers que des végétaux d’ornement. Parmi les arbres fruitiers couramment greffés figurent les pommiers, poiriers, pruniers, et d’autres encore. Il est également possible de greffer des arbustes d’ornement pour les aider à conserver un type particulier de floraison, une couleur de feuillage, ou encore pour les rendre plus rustiques. La compatibilité est toujours vraie entre mêmes espèces (entre pommiers, entre poiriers, etc.).

Le rôle du porte-greffe est fondamental : il conditionne la vigueur de la plante, sa tolérance aux sols et sa longévité. Cette union de deux plantes complémentaires est la clé des bénéfices apportés tant aux plantes qu’aux jardiniers. Le greffage est l’une des méthodes les plus anciennes et les plus efficaces pour améliorer les performances des plantes fruitières et ornementales, et donne au producteur la possibilité de contrôler les caractéristiques productives et la tolérance environnementale des plantes.

Les Méthodes de Greffage et les Précautions Essentielles

Il existe différentes méthodes de greffage, bien connues des jardiniers. L'une des plus anciennes est la greffe en fente. D'autres méthodes incluent l'écussonnage, réalisée en août sur le bas du tronc, qui consiste à insérer un œil végétatif dans une incision en forme d’écusson sur le porte-greffe, et la greffe en incrustation, réalisée en mars sur la partie haute, qui consiste à insérer le greffon dans une entaille du bois du porte-greffe. La coupe à la scie, surtout lorsqu’il s’agit de grands arbres ou de branches épaisses, fournit une surface propre et adaptée à la plantation du greffon.

Pour réussir le greffage, plusieurs précautions sont essentielles :

  • Utiliser des outils très tranchants, propres et désinfectés.
  • S’entraîner pour être capable d’effectuer une coupe franche rapidement.
  • Travailler vite, en dehors des heures les plus chaudes de la journée et des courants d’air afin d’éviter le dessèchement des tissus.
  • Choisir des porte-greffes et greffons en bon état sanitaire.
  • Bien étanchéifier et ligaturer la greffe.
  • Éviter de greffer juste avant une période de forte bise.
  • Conserver, quand c’est possible, un tire-sève sur le porte-greffe pour favoriser la circulation de sève.
  • Assurer un suivi : couper la ligature si elle risque d’étrangler le greffon, attention aux pucerons, tuteurer la pousse si nécessaire, supprimer le tire-sève et les pousses situées sous le point de greffe, en cas de reprise multiple ne conserver qu’un greffon.

Les greffons (pour la greffe à œil poussant) prélevés en janvier/février doivent être conservés horizontalement, étiquetés dans un lieu sombre, froid et humide (en attendant le greffage en mars/avril). Les greffons roulés dans un torchon humide, stockés dans un sac « poubelle » noir et allongés dans le bac à légumes du réfrigérateur se conservent très bien plusieurs mois.

Les Périodes et Cycles de Greffage

Le greffage suit le rythme naturel des plantes. Les périodes idéales varient selon la technique. Par exemple, la greffe en écusson est souvent réalisée en août, tandis que la greffe en incrustation est préférée en mars. Pour une efficacité maximale, le greffage s’inscrit dans un cycle de culture précis. Ce cycle peut durer de 3 à 7 ans selon la technique utilisée et l’espèce travaillée.

L'Histoire du Greffage et des Variétés Fruitières

L'art du greffage est connu depuis les temps anciens. Son invention exacte n'est pas connue avec précision, mais il est probablement originaire de la Méditerranée et est pratiqué en Europe centrale au moins depuis le Moyen-Âge. La technique la plus ancienne est probablement la greffe en fente, car les plants obtenus peuvent être conservés pendant des siècles.

L'histoire des variétés de pommes est particulièrement riche en exemples de greffage. Quoique de moins en moins cultivée aujourd'hui, la variété de pomme Reine des reinettes est connue de Normandie depuis 1510. Ce cultivar est l'une des plus anciennes variétés de pommes encore cultivées. La Reinette grise française est cultivée en France, originaire de l'abbaye de Morimond (Haute-Marne), depuis 1500. Une grande partie des pommes et poires d'aujourd'hui datent du 19ème siècle et ont été améliorées grâce à cette technique. La variété de reinette Cox's Orange Pippin a été créée vers 1825 par Richard Cox en Angleterre comme un semis découvert par hasard puis pérennisée par des techniques de greffe.

Carte des régions historiques de culture de pommiers greffés en Europe

Le greffage est une méthode de reproduction végétative ancestrale qui continue de jouer un rôle clé dans les pépinières modernes. Il représente un savoir-faire transmis et préservé, où des équipes formées perpétuent une technique ancestrale tout en l’adaptant aux exigences modernes. Grâce à lui, il est possible de proposer une large palette de plants robustes, homogènes et adaptés aux besoins des particuliers comme des professionnels.

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