Réjouissances et Rythmes de Vie au Moyen Âge : Une Plongée au Cœur des Fêtes des Récoltes et Au-Delà

Le Moyen Âge, période s'étendant entre 500 et 1500, est souvent imaginé comme une époque de labeur incessant et de vie rude. Cependant, cette vision est fausse. La vie quotidienne de nos ancêtres médiévaux était bien plus complexe et ponctuée de nombreuses fêtes et réjouissances. La société féodale était cadencée par toute une suite de fêtes populaires et religieuses, et le monde, étant essentiellement rural, exigeait des gens de cette époque de s’adapter aux saisons et aux travaux des champs. Les rites chrétiens se mêlaient alors aux traditions du petit peuple, avec des jeux et ripailles en tout genre, aussi bien dans les villes que dans la France moyenâgeuse profonde.

Scène de vie médiévale avec paysans travaillant et célébrant

Le Temps du Travail et du Repos : Une Cadence Solaire

Les anciens fonctionnaient avec l'heure solaire, ce qui impliquait que les mois et les jours avaient une durée irrégulière en fonction des différentes saisons. Les journées étant plus longues en été, la quantité de travail fournie était plus importante. Les réglementations d'alors fixaient le début du travail au lever du soleil, ou dans l’heure qui suivait. Pour un grand nombre de métiers, la mise en route du labeur était désignée avec le son de la corne annonçant la fin du guet de nuit. Par contre, l’arrêt du travail n’était pas le même pour toutes les corporations. Parfois, il ne se terminait qu’à la tombée de la nuit, donc à une heure variable suivant les saisons. Souvent, il était annoncé par la cloche de l’église du village, qui sonnait « complies ».

En outre, le travail était arrêté lors des jours alloués au repos et aux célébrations des cérémonies religieuses. En tout, environ 27 fêtes, auxquelles il se devait de rajouter une demi-douzaine d’autres, si l’on tenait compte des chômages collectifs ou individuels. Dans les professions où le labeur débutait et se terminait avec le jour, sa durée variait, abstraction faite du temps des repas, de 7 à 8 heures en hiver à environ 14 heures en été. Le patron contrôlait l'activité à sa guise, et la production pouvait varier. Mais l’absence de toute spéculation ou de surenchère, et la régularité de la demande, lui permettaient de planifier son activité, sans toutefois être obligé d’exiger de l’ouvrier plus d’efforts que le nécessaire requis.

Le Village Médiéval : Un Centre de Vie Communautaire

Un village médiéval était le centre de la vie de la plupart des gens, et sa taille allait de quelques maisons à plusieurs centaines. Chaque village disposait souvent d’un moulin, d’une boulangerie pour la farine, de brasseries ou de tavernes, ainsi que de forgerons. Les maisons étaient souvent modestes, d’environ 65 mètres carrés, avec des toits à poutres recouverts de paille. Les fenêtres étaient de simples ouvertures en bois à l’avant et à l’arrière, sans verre pour la plupart, permettant au soleil d’éclairer l’intérieur. Les villageois cultivaient des céréales comme le blé et l’orge, et leur régime alimentaire principal était souvent une soupe ou un ragoût composé de légumes tels que des oignons, des poireaux, des navets et des fèves. La bière et le vin faisaient partie intégrante des repas.

Architecture et organisation d'un village médiéval

Le repos était également rythmé par les saisons. En moyenne, les gens dormaient environ huit heures, mais pas d’un seul tenant. Toute la famille dormait dans la même grande pièce, les enfants dormant à proximité, bien que les nourrissons puissent avoir des berceaux. La vie n’était certes pas facile, et les gens de basse condition travaillaient dur, mais le tiers de l’année était exempt de travail intensif, grâce aux fêtes comme Pâques, la Pentecôte et les jours de saints. Ces périodes de loisirs étaient enviables, permettant aux communautés de se rassembler et de célébrer.

La vie dans un village médiéval

Les Fêtes comme Ciment Social et Rythme du Calendrier

Dès lors qu’un semblant de vie collective s’amorçait, qu’un embryon de société se construisait, l’exigence d’établir des jalons précis dans le temps devenait une nécessité afin de se rassembler pour célébrer. Les fêtes et réjouissances de toutes natures contribuaient à l’unité de la société. Dès le haut Moyen Âge, les autorités religieuses chrétiennes contrôlaient un calendrier des jours de festivités. La plupart de ces manifestations s'inscrivaient dans un calendrier liturgique et agraire. Temps fort de la vie collective, la rue en fête était le domaine du spectacle avec les bateleurs, les montreurs d'ours et danseurs de corde. La fête révélait les mentalités d'une société : ronde des saisons garantissant la fertilité de la terre pour la subsistance, mouvement annuel du soleil, phases de la lune, premières mesures du temps. Le Moyen Âge festif revêtait de multiples formes : assemblée villageoise, ferveur marquant un événement local ou familial, faste princier, danse rituelle, cortège burlesque. La fête se greffait autour de l'édifice religieux, lieu de l'assemblée citadine. De plaisantes cérémonies égayaient les relations entre les seigneurs et leurs vassaux nobles et roturiers.

Les Temps Forts de l'Année Festive

Pour le peuple rural du royaume de France, la nouvelle année débutait à Noël, quand les labours d’automne et les ensemencements de blé d’hiver étaient terminés. C’est alors que commençait une période de regroupement du foyer familial autour de l’âtre, et de festivités paysannes. De toutes les fêtes, Noël était la plus populaire.

Noël et ses Traditions Hivernales

Noël commençait le début janvier et l’Avent débutait avec la fête de Saint Martin, le quatrième dimanche avant la fête. Des restrictions étaient imposées, interdisant la viande et les produits laitiers certains jours de la semaine. Dans les coutumes provençales, au commencement du 13ème siècle, la crèche pastorale consacrée par saint François d’Assise se dressait près de l’âtre.

L’Épiphanie, le Trémédi (le treizième jour), était la fête des rois, honorée avec un faste singulier, commémorant la visite des Mages à Jésus, Marie et Joseph. Les paysans faisaient bonne chère et tiraient la fève (déjà) pour savoir qui serait le roi. Cette fête célébrait aussi le solstice d’hiver et le retour de la lumière et de la vie. Au Bourbonnais, l’on jouait à la « Soule », un genre de rugby aux règles mal définies, voyant les célibataires du pays affronter les hommes mariés dans un combat qui s’apparentait bien souvent à des combats de rue.

Représentation d'une crèche de Noël médiévale

La Chandeleur et le Carême

À la Chandeleur, les paysans rapportaient de l’église le cierge béni, ce qui faisait partie des festivités. La durée des grandes festivités prenait fin avec le Carême, très exécré du pauvre et du petit peuple. Les étudiants de Montpellier pénétraient armés dans les habitations, pour y voler de la viande et jeter de la paille et des pierres sur les occupants. Cette agitation ne prenait fin qu’avec l’entrée dans la quarantaine du Carême. Mis à part le dimanche, les fidèles devaient s’abstenir de consommer de la viande, mais aussi généralement des œufs et du lait. Le jeudi saint, ou le jeudi absolu, les évêques, rois, seigneurs et autres bons chrétiens, accueillaient 12 pauvres (en mémoire des Apôtres), leur lavaient les pieds et les invitaient à festoyer à table. Mais on notait un énorme fossé entre l’intention et la pratique.

Pâques et le Retour des Réjouissances

C’était enfin le retour des réjouissances avec Pâques. L’on entendait partout les cloches carillonner alors que se formaient des cortèges de femmes reproduisant la procession au tombeau. Le jeûne se terminait dans une ambiance qui frôlait parfois les débordements licencieux. Si la paix régnait alors, l’on organisait des tournois où la noblesse locale et certains champions s’affrontaient dans des reproductions de combats. Les paysans participaient aux festivités, de même que les jongleurs, ménestrels, troubadours, acrobates, dompteurs de bêtes sauvages et autres commerçants d’armes et de tissus. Un des divertissements les plus prisés était la « Ronde ». Des jeunes gens plantaient un arbre qu’ils décoraient de guirlandes, puis dansaient autour la « Carole », alors que d’autres s’empressaient de colmater les cheminées des maris trompés. C’était aussi la fin des réjouissances car c’était la saison des grands labeurs agricoles.

La Saint-Jean : Fête du Feu et de l'Été

Malgré leurs noms, les feux de la Saint-Jean le 24 juin sont la transposition d'anciennes coutumes païennes liées au culte solaire. L'église institua les « fouailles », feux de joie, pour célébrer Jean-Baptiste, le précurseur du christianisme. C'est la fête de l'été. À Paris, le roi en personne se rendait place de Grève pour mettre le feu au bûcher qui pouvait atteindre dix toises. Les grands bûchers des villes illuminaient le ciel. On y brûlait les chats en raison du caractère prétendument diabolique de l'animal. La fête de la Saint-Jean, fixée le 24 juin dans le calendrier chrétien, était la fête de Saint Jean-Baptiste. La tradition voulait qu’au moment des récoltes, dans la nuit du 23 au 24 juin, on allume un grand feu de joie à la tombée du jour. Les jeunes couples se tenaient par la main et sautaient par-dessus le feu quand il était plus ou moins consumé.

La Saint-Martin et la Saint-Michel : Entre Récoltes et Taxes

Converti au christianisme, et évêque de Tours vers 370, Saint Martin devient le Saint protecteur des Francs et de leur dynastie. « Tue ton cochon à la Saint-Martin et invite ton voisin », dit le dicton. C’est le 11 novembre que se fêtait la Saint-Martin, au moment où l’on festoyait lors des réjouissances agricoles et des festivités paysannes. Elle correspondait souvent au jour où l’on tuait le cochon et l’oie grasse, en prévision de réserves pour les hivers rigoureux.

Dès l’époque féodale, la Saint-Michel (le 29 septembre) était le jour où les paysans devaient s’acquitter de leurs taxes envers les seigneurs. Elle annonçait une date majeure, en particulier pour les paysans, puisqu’elle marquait la fin d’une année agricole.

La Fête des Récoltes : D'Hier à Aujourd'hui

Les fêtes des récoltes sont célébrées depuis le XVIe siècle. Après la Seconde Guerre mondiale, elles avaient une dimension politique. Dans les années 80, la fête des récoltes a commencé à avoir lieu à Jasna Góra. Les agriculteurs remerciaient le Dieu chrétien et la Mère de Dieu pour les récoltes, tout en demandant que l’année suivante soit encore meilleure.

Aujourd’hui, cette fête est encore célébrée dans les villages polonais, pendant les mois d’été sous des formes différentes mais toujours dans la joie. Il n’y a plus la traditionnelle couronne, mais des créations faites d’épis de céréales, de fruits, de légumes, et avec des fleurs sauvages pour ajouter de la couleur. La cérémonie commence par le discours officiel du « starost » (personne la plus âgée qui est tirée au sort), suivie de la procession jusqu’à l’église où toutes les couronnes sont déposées au pied de l’autel pour être bénites, ainsi que des paniers de légumes et de fruits.

Couronne de récolte traditionnelle et moderne

Les fêtes des récoltes ne sont pas propres à la Pologne. Toutes sortes de fêtes sont organisées, le plus souvent en automne, temps des moissons, pour célébrer les aliments : la Fête des Vignerons, Thanksgiving, Erntedank dans les régions germaniques, Succot (fêtes des cabanes) dans le judaïsme. La Journée mondiale de l’alimentation, qui rappelle que tout le monde ne mange pas à sa faim, n’a pas été agendée par hasard en octobre.

Les anciennes traditions paysannes ne sont pas seulement des éléments du folklore qui éveillent une forme de nostalgie. Elles témoignent des liens qui nous unissent à la création et d’une sagesse qui fait réfléchir. Dire merci pour une récolte, c’est reconnaître que nous ne sommes pas nous-mêmes à l’origine de la vie, quels que soient notre application et le soin apporté à la tâche. La vie est en effet un cadeau. La graine mise en terre pousse, et les fruits produisent des graines. Il en va ainsi, et c’est bien ainsi. Fulbert Steffensky voit dans la reconnaissance une seconde création. « Les choses ne sont pas simplement là - la lumière, la nuit, les arbres et leurs fruits, la nourriture des humains et des corbeaux. Remercier, c’est les percevoir vraiment et célébrer la bonté dont ils proviennent. Qui remercie se défait de l’illusion d’être maître ou maîtresse chez soi. Les choses ne nous sont pas simplement dues, elles ne sont pas à nous. » La conviction qui fait dire aux rédacteurs de la Bible que la terre appartient à Dieu ne leur permet pas simplement d’affirmer que nous sommes « des étrangers et des hôtes » (Lévitique 25,23) sur la terre. Elle a une conséquence très concrète, car le droit foncier et le droit de l’endettement en tiennent compte.

Si le sol, l’eau et l’air nous sont donnés, nous ne pouvons pas les utiliser n’importe comment. Nous restons en permanence des gardiens et gardiennes de la Création. La reconnaissance interdit d’en disposer sans ménagement. Impossible d’être à la fois reconnaissant et violent. Dire merci, c’est s’insérer dans un réseau relationnel, dans une communauté de participation et de partage. Qui ne pense qu’à soi prend ce qu’il ou elle reçoit ; qui prend ce qu’il ou elle reçoit ne pense qu’à soi. À l’origine de la reconnaissance, il n’y a ni la mentalité du « j’y ai droit » de la société de consommation et de performance, ni une obligation créant un devoir de dire merci. Gotthard Fuchs utilise une magnifique formule lorsqu’il écrit que le merci naît « d’une liberté qui s’est sentie touchée » parce qu’elle a perçu qu’un cadeau était offert.

Célébrer la fête des récoltes, ce n’est pas dire naïvement merci, c’est savoir que des menaces pèsent sur la vie. C’est tenir compte des difficultés et des peines rencontrées, de l’inquiétude et de l’attente. La fête est un signe d’espoir. Qu’allons-nous manger demain ? La récolte suffira-t-elle pour nourrir la famille ? Les réjouissances étant liées à la lutte pour la survie de la petite paysannerie, elles ne célèbrent pas les surplus irresponsables, mais témoignent de la foi en la bonté de la création et de la certitude que Dieu veut notre bien. Elles ont un caractère combatif.

L’abondance qui rappelle la générosité de la création joue un rôle important dans la réflexion théologique. Dieu est débordement d’amour ou, pour reprendre la terminologie liée à la fête des récoltes, il est à l’origine de tous les biens. Mais cette question importante se pose à l’heure de la crise écologique et de l’épuisement des ressources naturelles : de quelle abondance parle-t-on ici ? Sans doute pas de celle des rayons des grandes surfaces, qui nous suggèrent d’en vouloir toujours plus parce que nous aurions toujours plus de besoins. « L’abondance dont témoigne une portion XXL de McDonald’s repose paradoxalement sur le mythe du manque. La fête des récoltes exprime le contraire : elle dit que nous ne sommes pas privés ! Nous ne devons pas saccager la terre, qui nous fait chaque année de nouveaux cadeaux. Il y a assez d’eau pour tous si nous ne la gaspillons pas. Et quatre multinationales ne sont pas propriétaires de toutes les semences ! Celles-ci appartiennent aux agriculteurs et agricultrices qui nourrissent le monde.

Les Fêtes Princières : Faste et Politique

Les fêtes princières ne se limitaient pas à de simples divertissements. Les festivités étaient pour les souverains l'occasion de montrer leurs talents d'organisateurs, leur goût du faste et leur sens politique. La splendeur d'une cour était ce qui se remarquait après la renommée guerrière. Le banquet où se profilait la Cène se déroulait selon un strict cérémonial. Élargie de temps en temps à de grandes assemblées solennelles, la cour offrait d'innombrables spectacles destinés à porter haut le nom du prince. Faire étalage de sa largesse et du raffinement de sa maison contribuait à la réussite de telles réceptions. La rivalité politique se traduisait par une compétition pour s'attacher les meilleurs chanteurs de la fine' Amor. Les cours plénières étaient l'occasion d'armer les chevaliers.

Banquet princier médiéval avec musiciens et jongleurs

Les fêtes princières s'ordonnaient souvent autour des tournois qui constituaient l'exercice noble par excellence. Pratiquées de la Pentecôte à la Saint-Jean (ou en grandes circonstances comme les entrées royales et les mariages princiers), ces épreuves sportives commandaient tout un cycle de distractions. Ces fêtes d'armes se déroulaient au XIIe siècle sur un immense champ en rase campagne, à travers les villages, vignes et fossés. Les joutes, combats de deux cavaliers à la lance, étaient le complément de ces jeux sportifs. Dès la veille d'un tournoi, la rue prenait un air de fête avec la bruyante parade des chevaliers dans les rues pavoisées de bannières. Le jour venu, l'entrée dans les lices était solennisée par les trompettes des ménestrels. Le combat s'engageait avec fracas tandis que dames et demoiselles assistaient et leur présence animait l'ardeur de leur champion. Les armes des combattants étaient ornées de faveurs ou d'enseignes attachées par la main des dames (voiles, écharpes ou boucles).

Le Carnaval : Folie et Subversion

L'agitation carnavalesque autorisait les pires extravagances comme lancer des œufs pourris, jeter de l'eau, du son. Confiants dans les récoltes à venir, on festoyait sans modération. Les aliments flatulents comme les pois frits et les fèves ballonnaient les ventres de jeunes gens travestis en femmes dans un fantasme de grossesse et un déchaînement de fous rires. Les fous avaient le vent en poupe dans maintes villes. Métaphore d'une tête folle, la vessie de porc remplie d'air où résonnait une poignée de pois secs était agitée par le bouffon du carnaval. Le travestissement permettait aux acteurs de la fête de jouer avec leur apparence sociale. Les accessoires tels que cloches, sonnailles et autres appareils à bruits étaient destinés à honorer le carnaval. Celui-ci rassemblait des mythes variés et mêlait des données païennes au christianisme qui a toujours condamné les travestissements. Temps de ripailles, le carnaval était aussi un temps de jeux, car les divertissements étaient bannis durant le Carême. Bateleurs et saltimbanques tenaient alors le haut du pavé.

Les Entrées Royales : Spectacle de Pouvoir

La rue était le théâtre d'impressionnants déploiements de faste et d'apparat à l'occasion des entrées qu'effectuaient les rois et princes dans leurs bonnes villes. Simple jusqu'au milieu du XVe siècle, l'entrée d'un roi devenait un événement grandiose, savamment mis en scène et fêté par de pittoresques spectacles. Dès que les crieurs et trompettes avaient annoncé la bonne nouvelle, la ville déployait une intense activité. Il fallait repaver certaines rues et surtout les nettoyer. Les maisons étaient pavoisées de tapisseries, le parcours était orné de feuillages et jonché de fleurs de saison. Derrière les cent vingt archets du roi, des chevaucheurs, trompettes et ménestrels sonnaient en fanfare de leurs hauts instruments pour donner de la solennité au cérémonial. Un grand banquet pour les invités d'honneur était présidé par le roi pour clore sa joyeuse entrée tandis que les badauds s'esbaudissaient par des danses, ripailles et beuveries.

Un Calendrier Complexe et Dépaysant

Un marchand ambulant qui parcourait le royaume de France vers 1250 avait bien du mérite pour ne pas s’égarer dans les détours des dates. Si l’Église faisait débuter la nouvelle année à Noël, il n’en était pas de même pour le calendrier civil qui dévoilait de nombreuses anomalies. En effet, le 25 mars, dans le Midi, ainsi qu’en Champagne et en Lorraine, c’est l’Annonciation qui marquait le Nouvel an. C’était encore différent dans l’Ouest, en Normandie et dans le Dauphiné, où c’était Noël. Les notaires de la Cour de France, eux, changeaient d’année à Pâques. Mais comme cette fête était variable dans le temps, certaines années avaient 13 mois, alors que d’autres en avaient 11. Il convient de constater que notre ancêtre du Moyen Âge, malgré la rudesse de la vie, avait un sens aigu de la fête. Il ne connaissait pas la notion de rentabilité, ni de productivité, et le temps ne lui était pas compté comme pour un ouvrier du 20ème siècle.

Calendrier médiéval illustré des fêtes et travaux des champs

Les Fêtes des Morts et des Ânes

La Toussaint, fête d’origine celte instituée par Louis le Pieux, célébrait tous les Saints, c’est-à-dire la communauté des vivants et des morts. Le culte des morts étant profondément enraciné dans les coutumes populaires, il continuait d’être célébré le 1er novembre. Cette fête des morts, qui a vu le jour en France, n’a jamais été officiellement attestée par l’Église.

La fête de l’Âne était solennisée le jour de Noël, ou le jour de l’An, ou encore de l’Épiphanie. Elle était consacrée dans certaines villes la veille de Noël. En souvenir de la fuite en Égypte, une jeune fille tenant un enfant dans ses bras pénétrait dans une église à dos d’âne. Pendant la messe, toutes les prières se terminaient alors par « hi-han ».

L'Héritage des Fêtes Médiévales

Les manifestations festives, qu'elles fussent saisonnières ou religieuses, populaires ou princières, étaient d'une grande variété. Les jours de marché constituaient de véritables fêtes paysannes. Des aspects sacrés et profanes se mêlaient inextricablement dans certaines festivités. Les tournois et joutes dissimulaient sous les couleurs de la fête le besoin de violence qui caractérisait les nobles.

Il semblerait qu’il y ait de nombreuses similitudes encore aujourd’hui entre notre société et cette époque-là. Mais saurions-nous prendre le temps de nous amuser, comme le faisait un paysan de la période féodale ? La Fête au Moyen Âge de Gérard Lomenec'H nous propose de vivantes évocations d'un Moyen Âge festif, les extravagants « entremets » de la cour de Bourgogne, les « esbatements » multiples de la rue, les folies de carnaval ou les tournois des seigneurs nous parlent de célébrations politiques, de festivités liées aux fêtes religieuses et profanes ou de réjouissances de la vie privée. Ces traditions, même modifiées, continuent de résonner, nous rappelant l'importance de la communauté, de la reconnaissance et de la joie partagée.

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