Lierre : Causes, solutions et prévention face aux feuilles mangées et maladies

Le lierre, qu’il soit en extérieur ou en intérieur, est une plante grimpante ou tapissante très décorative qui contribue à l’esthétique des jardins. Son feuillage persistant, sa grande rusticité et sa capacité à couvrir rapidement murs, clôtures ou sols en font un allié précieux au jardin, à condition de bien le maîtriser. La plupart du temps, le lierre a tendance à s’installer seul, sans qu’on ait besoin de le planter. Cependant, derrière cette apparence robuste, le lierre n'est pas à l'abri des agressions qui peuvent compromettre sa croissance et son esthétique. Feuilles trouées, feuillage abîmé, croissance ralentie : ces signes sont les messagers d’un déséquilibre qui peut être d’origine pathologique ou simplement dû à une erreur de culture.

Lierre grimpant sur un mur de pierre avec des feuilles abîmées

Identifier les causes des dégâts sur le feuillage du lierre

Maintenir la santé du lierre exige une vigilance constante face aux agressions biologiques. Identifier rapidement les symptômes est la première étape cruciale pour mettre en place une stratégie de lutte efficace et ciblée. Derrière ces symptômes, on trouve un large éventail de causes : chenilles, coléoptères ou otiorhynques, mais aussi des maladies fongiques ou bactériennes.

Les attaques d’insectes ravageurs

Dans la majorité des cas, les feuilles trouées sont dues à des insectes qui se nourrissent directement du feuillage. Ces trous dans le feuillage apparaissent au printemps, en été ou après une forte pluie. Ils touchent tous types de végétaux.

Les chenilles

Les chenilles sont parmi les premiers suspects. Elles se nourrissent du limbe des feuilles, souvent en bordure, mais parfois en plein centre. Elles creusent de larges trous ou dévorent entièrement le feuillage. Il est parfois possible de voir la chenille elle-même, verte ou brune, recroquevillée sous une feuille. Les petits excréments noirs qu’elle laisse derrière elle sont aussi un indice de leur présence.

L’otiorhynque : un ennemi discret mais persistant

L’otiorhynque est un petit coléoptère nocturne brun foncé qui attaque le bord des feuilles. Il laisse des encoches en demi-lune sur les bords. Ce charançon, dont le nom est bizarre et que l'on ne voit probablement jamais, fait partie des charançons. Il est préférable de chercher les dégâts caractéristiques le matin. On ne verra pas l’insecte, mais ses morsures sont typiques. Ce symptôme se retrouve surtout sur les plantes à feuillage coriace (arbustes gardant leurs feuilles toute l'année, fleur vivace à feuilles épaisses).

Les plantes poussant en terrain sec et chaud sont plus volontiers attaquées. La larve de l’otiorhynque se développe en terre pendant deux années, durant lesquelles elle ronge les racines des plantes. À l'issue de cette phase souterraine, la larve se transforme en adulte, qui reste tapi dans le sol en journée et ne sort que la nuit, au moment où il va grignoter les feuilles sur les bords. C'est la raison pour laquelle on l'aperçoit rarement.

Pour spectaculaire que puisse être une attaque d'otiorhynque, elle ne met pas la vie de la plante en danger. Cependant, la lutte contre l'otiorhynque est délicate à cause de son long cycle de développement. Lorsque vous observez les feuilles grignotées sur le bord, vous êtes sûr que des larves se trouvent en terre. Il faut donc non seulement lutter contre l'insecte adulte qui provoque ces dégâts, mais également contre les larves qui affaiblissent les plantes auxquelles elles s'attaquent et qui donneront les insectes adultes d'ici un à deux ans.

Feuille de lierre avec des encoches en demi-lune causées par l'otiorhynque

Autres insectes et acariens

  • Pucerons : Ils attaquent préférentiellement les jeunes pousses tendres et les bourgeons en cours de développement, provoquant des déformations et un ralentissement de la croissance. Ils se multiplient à une vitesse fulgurante dès que les conditions de température sont favorables au printemps et au début de l’été. En plus de piquer la plante, ils peuvent également transmettre des virus pathogènes d’un végétal à un autre.
  • Cochenilles farineuses : Elles se présentent sous la forme de petits amas cotonneux blancs nichés à l’aisselle des feuilles ou sur les tiges principales du lierre. Ces insectes se nourrissent de la sève élaborée, affaiblissant la plante et sécrétant un miellat collant qui favorise l’apparition de la fumagine. Elles sont particulièrement difficiles à éliminer car elles se cachent dans les recoins les plus inaccessibles de la plante.
  • Araignées rouges : Ces acariens minuscules, presque invisibles à l’œil nu, causent des dégâts considérables en piquant les cellules des feuilles. Leur présence se signale souvent par une décoloration mouchetée et terne du feuillage, accompagnée de fines toiles soyeuses entre les tiges. Ces ravageurs apprécient particulièrement les atmosphères chaudes et sèches, typiques de nos intérieurs chauffés en hiver.
  • Thrips : Ce sont de petits insectes allongés qui causent des stries argentées ou des taches décolorées sur la surface brillante des feuilles de lierre. Leurs larves se nourrissent des tissus végétaux, laissant derrière elles de petits points noirs qui sont leurs excréments, signes caractéristiques de leur présence.

Les maladies du lierre

Quand les trous apparaissent au centre des feuilles, sans que les bords soient grignotés, il s’agit souvent de maladies. Bien que le lierre soit une plante rustique, il n’est pas totalement à l’abri des infections fongiques ou bactériennes.

Maladies fongiques

  • Anthracnose : C'est l’une des maladies cryptogamiques les plus fréquentes chez le lierre, se manifestant par des taches brunes ou noires irrégulières sur le feuillage. Ces taches sont souvent entourées d’un halo jaune et peuvent finir par provoquer la chute prématurée des feuilles infectées si rien n’est fait. Le champignon responsable prospère dans des conditions d’humidité excessive et de mauvaise circulation de l’air autour de la plante.
  • Oïdium : Également connu sous le nom de « maladie du blanc », il se reconnaît facilement à la fine pellicule poudreuse blanche qui recouvre la surface des feuilles. Ce champignon affaiblit la plante en pompant ses nutriments et en réduisant considérablement sa capacité à effectuer la photosynthèse. Bien qu’il soit rarement mortel pour un spécimen mature, il dégrade fortement l’aspect visuel et peut stopper net la croissance des jeunes pousses.
  • Pourrissement des racines (Phytophthora) : C'est une menace invisible mais redoutable qui se développe dans les sols mal drainés et saturés d’eau. Les symptômes aériens incluent un flétrissement généralisé, un jaunissement soudain des feuilles et une stagnation totale de la croissance malgré un arrosage régulier. Si vous examinez les racines, elles apparaîtront brunes, molles et dégageront parfois une odeur désagréable de décomposition.
  • Rouille et tache noire : Comme sur les rosiers, le lierre peut être sensible à ces maladies fongiques courantes qui se manifestent par des taches colorées ou des pustules sur les feuilles.

Maladie bactérienne

  • Tache foliaire bactérienne : Elle peut parfois être confondue avec des infections fongiques, mais elle se distingue par des taches à l’aspect huileux ou imbibé d’eau. Ces lésions s’étendent rapidement par temps chaud et humide, fusionnant souvent pour détruire de larges portions du limbe foliaire. Contrairement aux champignons, les bactéries pénètrent souvent par les blessures de la plante ou les stomates lors des brumisations excessives.

Feuilles de lierre présentant des taches brunes dues à l'anthracnose

Solutions pour un lierre sain

Une approche professionnelle combine souvent des méthodes de prévention culturale et des traitements curatifs respectueux de l’environnement de la plante.

Mesures préventives générales

Identifier la cause est essentiel, mais prévenir vaut mieux que guérir. Un jardin vivant est un jardin équilibré.

  • Choix des variétés : Certaines espèces ou variétés sont naturellement plus résistantes aux maladies et aux ravageurs.
  • Conditions de culture optimales : La meilleure défense contre les maladies et les ravageurs reste une plante vigoureuse cultivée dans des conditions optimales de lumière et de nutrition. Un lierre qui subit un stress environnemental répété est beaucoup plus vulnérable aux agressions biologiques extérieures. Assurez-vous de respecter les besoins spécifiques de votre variété et d’ajuster vos soins en fonction des changements saisonniers. Arrosage modéré, évitez les excès d’eau, surtout en pot.
  • Taille régulière : Taillez régulièrement pour contrôler sa croissance. La taille, le nettoyage des feuilles mortes et l’arrosage bien dosé sont vos meilleurs alliés.
  • Circulation de l’air : La circulation de l’air est un facteur préventif souvent sous-estimé dans la gestion de la santé des plantes grimpantes denses comme le lierre. Évitez de serrer trop de plantes les unes contre les autres, car cela crée des zones de stagnation d’air propices au développement des champignons. Si votre lierre est cultivé contre un mur, laissez un léger espace pour permettre à l’air de circuler entre le feuillage et le support.
  • Quarantaine des nouvelles plantes : La quarantaine des nouvelles plantes est une pratique professionnelle indispensable pour éviter d’introduire accidentellement des nuisibles dans votre collection. Avant d’installer un nouveau lierre auprès de vos autres végétaux, isolez-le pendant au moins deux à trois semaines pour l’observer attentivement. Inspectez minutieusement le revers des feuilles, les tiges et même la surface du substrat à la recherche d’éventuels clandestins biologiques.
  • Désinfection des outils : La désinfection systématique des outils de jardinage prévient la transmission croisée des agents pathogènes entre les différentes plantes de votre espace. Un simple passage de vos lames de sécateur à l’alcool ou à la flamme après chaque utilisation garantit une hygiène irréprochable. De même, évitez de réutiliser du vieux terreau pour vos rempotages, car il peut contenir des œufs de parasites ou des spores de champignons dormants.

Lutte spécifique contre les ravageurs

Contre l’otiorhynque

La méthode de lutte la plus efficace consiste en un traitement à base de nématodes prédateurs (des vers microscopiques nommés Steinernema ou Heterorhabditis bacteriophora), qui détruisent les larves dans le sol. Il faut impérativement effectuer ce traitement au moins pendant deux années consécutives. Pour être efficace, l'application des nématodes doit suivre un protocole rigoureux (humidité du sol, température extérieure). On trouve ces minuscules vers dans les points de vente de jardinage ou par correspondance sous la forme d'une poudre blanchâtre à conserver au frais dans le bas du réfrigérateur et à diluer avant emploi. Les traitements très onéreux sont effectués en mars et avril ou de septembre à novembre pour une plus grande efficacité sur les larves. Les attaques ont lieu entre 12 et 25 degrés, il est donc conseillé de traiter le matin et le soir.

L'otiorhynque est un insecte d'origine méditerranéenne, qui apprécie les expositions ensoleillées et les terrains secs. C'est la raison pour laquelle on observe ses dégâts près de la maison, dans les endroits où la terre ne reçoit pas beaucoup de pluie, à cause du toit qui déborde. C'est la même chose en pot et sur les terrasses : les conditions y sont très favorables à l'otiorhynque. Vous pouvez donc défavoriser le développement de l'insecte en modifiant les plantations (en ajoutant des couvre-sol par exemple) afin que le sol reçoive moins de soleil. Il est plus facile de lutter contre l'otiorhynque qui se cache dans une plante en pot. Au moment des rempotages, changer le vieux terreau et surtout ramasser et éliminer les larves trouvées. Inspecter régulièrement les plantes présentant des poinçonnages pour y repérer des othiorhynques adultes.

Contre les pucerons et cochenilles

Le savon noir liquide est un allié précieux et polyvalent pour lutter contre une grande variété d’insectes à corps mou comme les pucerons ou les cochenilles. Mélangez une cuillère à soupe de savon noir dans un litre d’eau tiède et pulvérisez directement sur les zones infestées de la plante. Le savon agit par contact en bouchant les pores respiratoires des insectes, entraînant leur élimination rapide de manière mécanique et non chimique.

Contre une large gamme de ravageurs et maladies

L’huile de neem, extraite d’un arbre tropical, est un insecticide et fongicide naturel exceptionnellement efficace pour traiter le lierre grimpant. Elle perturbe le cycle de reproduction des insectes et inhibe la germination des spores de nombreux champignons pathogènes sans nuire aux insectes pollinisateurs. Une application mensuelle en prévention peut aider à maintenir votre plante libre de parasites tout au long de la saison estivale.

Lutte spécifique contre les maladies fongiques

Le bicarbonate de soude est une solution simple et peu coûteuse pour lutter contre l’oïdium et d’autres maladies cryptogamiques de surface. En modifiant le pH à la surface des feuilles, il crée un milieu hostile au développement des filaments du champignon. Mélangez cinq grammes de bicarbonate et un peu de savon liquide dans un litre d’eau pour une application efficace sur le feuillage atteint.

Le Lierre grimpant (Hedera helix)

Renforcer les défenses naturelles du lierre

L’utilisation de préparations à base de plantes, comme le purin d’ortie ou la décoction de prêle, renforce les défenses immunitaires du lierre de manière naturelle. Ces solutions riches en silice et en oligo-éléments durcissent les parois cellulaires des feuilles, les rendant moins accessibles aux insectes piqueurs. En application régulière, elles agissent comme un véritable bouclier biologique tout en nourrissant la plante en douceur.

Surveillance et diagnostic professionnel

Une observation attentive hebdomadaire est le meilleur moyen de détecter les problèmes avant qu’ils ne deviennent incontrôlables et dévastateurs. Prenez le temps d’écarter les feuilles pour inspecter le cœur de la plante, là où l’humidité et l’ombre favorisent souvent les premiers foyers d’infection. Utilisez une loupe de jardinier si nécessaire pour identifier les insectes de très petite taille comme les thrips ou les larves d’acariens.

Notez les changements brusques d’aspect de votre lierre, comme un flétrissement inexpliqué ou une décoloration anormale des nouvelles pousses. Ces signes sont les messagers d’un déséquilibre qui peut être d’origine pathologique ou simplement dû à une erreur de culture. En reliant ces symptômes aux conditions climatiques récentes, vous pourrez plus facilement identifier la cause réelle du problème rencontré.

L’analyse de l’envers des feuilles est primordiale, car c’est là que se cachent la majorité des ravageurs du lierre pour échapper à la lumière. Recherchez des traces de déjection, des mues d’insectes ou des petites excroissances anormales qui pourraient indiquer une attaque en cours. Souvent, le dessus des feuilles reste vert et sain alors que le dessous est déjà colonisé par des centaines d’individus nuisibles.

Enfin, n’hésitez pas à prélever un échantillon de feuillage malade pour demander l’avis d’un professionnel dans une jardinerie spécialisée si le doute persiste. Un diagnostic erroné peut conduire à un traitement inefficace, voire nocif, qui affaiblira inutilement votre lierre déjà stressé par la maladie. Des outils modernes, comme les applications d’identification par image, peuvent également vous aider à mettre un nom sur le pathogène rencontré de manière rapide.

Outils de jardinage avec un échantillon de feuille de lierre malade sur une table

Toxicité du lierre

Bien que le lierre soit un excellent couvre-mur qui peut prendre des proportions impressionnantes, il est important de noter que cette plante grimpante si commune est toxique de la tête au pied. Hedera helix, notre lierre commun, est une herbacée présente sur tout le territoire français. Elle affectionne les sous-bois et endroits laissés à l’abandon. Le lierre peut être rampant au sol, ou grimpant grâce à des crampons. Les lianes qu’il émet peuvent atteindre jusqu’à 30 mètres de long. Les feuilles sont persistantes (elles ne tombent pas).

Le lierre fleurit en automne. Les baies du lierre ne sont pas comestibles ! Si elles ressemblent à des myrtilles, elles n’en ont ni le goût, ni l’innocuité. Le responsable est un ensemble de molécules toxiques appelées saponosides. L’ingestion de 2 ou 3 baies suffit à déclencher des symptômes chez un enfant. Les premiers signes d’intoxication comprennent une sensation de brûlure dans la bouche et une hyper-salivation. En cas d’ingestion plus importante, l’intoxication évolue vers des hallucinations, convulsions, coma, voire décès.

Il est à savoir que les saponosides ne se limitent pas aux baies. Toute la plante (feuilles, tiges, racines) en contient. De ce fait, on déplore également des intoxications chez les animaux herbivores (chevaux, vaches, lapins…) par pâturage ou par le foin. Les tiges sont coriaces et allergisantes, il faut donc les éviter si l’on a un terrain allergique. En cas d’ingestion suspecte, il est primordial de contacter un centre antipoison. Bien connu des vieilles bâtisses, le lierre, surtout s’ils sont anciens, fissurés ou avec des joints friables, peut devenir difficile à enlever en raison de sa croissance rapide. Il est important de profiter des qualités décoratives et écologiques du lierre, mais de lui fixer des limites claires : zone dédiée, taille régulière, surveillance des jeunes pousses.

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