La protection des vergers de pommiers contre les ravageurs, en particulier les pucerons, représente un défi constant pour les arboriculteurs. Parmi les espèces les plus communes, le puceron vert du pommier (Aphis pomi) se distingue comme un ravageur fréquent. Il peut également coloniser le poirier, l’aubépine, le néflier, le cognassier, le sorbier, le rosier et les spirées.
Caractéristiques et cycle biologique du puceron vert du pommier
L’adulte aptère mesure environ 2 mm de long, il est de couleur verdâtre et possède un corps rond. Les cornicules (petites cornes sur l’arrière du dos) et les pattes sont noires. La base des antennes et des pattes est jaunâtre. Les individus ailés présentent les mêmes caractéristiques que les aptères. L’œuf présente une longueur allant de 0,5 à 1 mm, il est brillant, noir et de forme elliptique. La larve mesure également 2 mm de long à maturité, sa couleur va du vert pâle au vert-jaune.
Le puceron vert du pommier produit plusieurs générations par année. La totalité du cycle vital de cette espèce s’effectue sur une même plante hôte, généralement un pommier, un poirier, de l’aubépine ou du sorbier. Les œufs pondus à l’automne survivent à l’hiver à la base des bourgeons, sur les pousses terminales de l’hôte. Les œufs éclosent au printemps quand les bourgeons éclatent et que les premières feuilles se déplient. Les nymphes sont alors entièrement des femelles. La reproduction d’Aphis pomi s’effectue à ce moment par parthénogenèse. Chaque femelle peut produire de 50 à 100 descendants. Le cycle œuf/nymphe/adulte se produit sur une période de deux à trois semaines.
Les pucerons adultes présents dans la colonie sont majoritairement aptères. Il est possible d’apercevoir les colonies dès le mois de juin sur les jeunes pousses et les gourmands. Les populations sont à leur maximum entre la fin juillet et le début août. Quand la population devient trop nombreuse, des individus aillés apparaissent et se dispersent sur d’autres hôtes à proximité pour former de nouvelles colonies. À la fin de l’été, des mâles sont produits.

Dégâts infligés au verger
Aphis pomi ne provoque généralement pas de dégâts importants. Ces pucerons s'attaquent principalement aux jeunes pousses ou jeunes rameaux en piquant ceux-ci pour en extraire la sève. Ils provoquent l’enroulement des jeunes feuilles, un retard de la croissance des pousses et la présence d’un miellat sur les feuilles et les fruits. Ce liquide poisseux et gluant est propice au développement d'une maladie, la fumagine, qui recouvre le végétal d’un feutrage noir. Ce dernier aggrave les dégâts provoqués directement par les pucerons verts. Les pucerons verts peuvent aussi propager des maladies (virus, phytoplasmes) et contribuer à la dissémination du feu bactérien.
Le puceron vert du pommier entretient une relation symbiotique avec les fourmis. Le miellat qu'il produit constitue une excellente nourriture pour les fourmis, en échange de leur protection contre les prédateurs.
Fourmis et pucerons, un intérêt commun
Stratégies de prévention et dépistage
Les observations au verger constituent un préliminaire indispensable à toute intervention. Le dépistage constitue la meilleure façon de connaître la situation exacte de votre verger et permet de prévenir bien des interventions inutiles. En effet, un problème détecté rapidement peut être plus facilement contrôlé. Des observations régulières (1 à 2 fois par semaine) permettent de constater l’état du verger et de déterminer si des interventions sont nécessaires. Le dépistage avec des pièges permet de déceler la présence de nombreux ravageurs (carpocapse, mouche de la pomme, punaise, hoplocampe, mineuse marbrée, etc.) et de déterminer si les seuils d’intervention sont atteints. L’observation du feuillage de pommier permet de détecter les acariens ravageurs et prédateurs ainsi que la cicadelle blanche tandis que l’observation des pousses et des fruits permet de déceler la présence du charançon de la prune.
Pour les pucerons verts, les trois catégories d’infestation sont les suivantes :
- Faible colonie = présence de pucerons sur les feuilles, feuillage non enroulé;
- Colonie modérée = présence de pucerons sur les feuilles, feuillage enroulé et peu ou pas de pucerons sur la tige de la pousse;
- Colonie dense = présence de pucerons sur les feuilles et sur la tige, feuillage enroulé.
Pour plus de renseignements sur le dépistage et les seuils d’intervention, consultez les avertissements de centres pilotes concernés (GAWI, CEPIFRUIT).
Méthodes de lutte biologique et culturale
Différents moyens existent pour limiter le développement des pucerons :
Favoriser le développement des prédateurs de pucerons est essentiel. La coccinelle à 2 points, Adalia bipunctata, est une famille de coléoptère bien connue, les Coccinellidae sont des prédateurs redoutables dont l'efficacité est reconnue contre les pucerons des arbres fruitiers, notamment contre le puceron vert du pommier, Aphis pomi. Les coccinelles adultes consomment une quantité importante de pucerons chaque jour et elles vont pondre de nombreux œufs dans la totalité de l’arbre et à proximité des foyers de pucerons. La coccinelle est active en mai. On peut aussi compter sur la larve d’une cécidomyie : Aphidoletes aphidimyza.
Favoriser au maximum la présence des insectes auxiliaires par des haies variées, des bandes florales diversifiées, un enherbement à fauches espacées, une zone en jachère à proximité directe des pommiers. Ces zones sauvages et fleuries offriront du nectar et d’autres proies aux insectes prédateurs et parasites du puceron vert du pommier. Les vergers biologiques ont souvent une couverture de sol importante composée de graminées ou autres plantes herbacées. La diversité des végétaux composant le couvre-sol fournira des sources alimentaires de remplacement aux prédateurs utiles. Des plantes qui fournissent du pollen et du nectar sont à privilégier : l’achillée millefeuille, la carotte sauvage, l’aneth, la moutarde, le sarrasin, le trèfle, etc. Le sarrasin favorise les populations de larves de syrphes qui jouent un rôle très important dans le contrôle biologique des pucerons.
Il faut éviter une forte fertilisation azotée, car cela entraîne une croissance excessive. Or, les rameaux à forte croissance sont les plus attaqués par le puceron vert. Il est conseillé de reporter la taille d’été (débarrasser l’arbre des branches mortes / couper l'extrémité des branches à la périphérie de la cime) afin d’éviter l’apparition de repousses, car les pucerons sont friands de ces dernières. Il faudra donc attendre que les bourgeons terminaux soient formés. Supprimer les gourmands au début du mois de juin pour éviter qu’ils n’attirent les pucerons.

Moyens de lutte curative et gestion intégrée
Pour lutter contre ce puceron de manière curative, des lâchers d’auxiliaires peuvent être réalisés. Par exemple, la coccinelle à 2 points, Adalia bipunctata, s’attaque à la majorité des espèces de pucerons présentes en vergers. Les coccinelles peuvent être achetées sous forme d’œufs, de larves ou d’adultes, à commander dès que les premiers foyers de pucerons sont repérés, puis à déposer dès réception à proximité des colonies.
Les stratégies d’évitement sont parfois insuffisantes et les populations de pucerons verts s’installent dans le verger. Cette technique consiste à couper les rameaux colonisés par les pucerons verts et à les exporter. Celle-ci doit être pratiquée au début de l’infestation. La pose de bandes de glue, avant le départ des premières branches et sur une largeur de 10 cm, permet de piéger les fourmis. Les fourmis favorisent la présence de pucerons en les élevant afin de profiter de leur miellat. Lorsqu’elles sont absentes, les auxiliaires se développent plus facilement et les pucerons s’installent plus difficilement sur l’arbre.
Le puceron cendré du pommier (Dysaphis plantaginea) prolifère rapidement, abîmant feuilles et fruits. La lutte intégrée combine les auxiliaires, les méthodes physiques et les biosolutions. La phytopharmacie, restreinte, ne s’emploie qu’en dernier recours. Parmi les pucerons ravageurs des vergers de pommiers et de poiriers, le puceron cendré du pommier est non seulement le plus fréquent mais aussi le plus nuisible. En effet, il envahit rapidement les pommiers, pique les jeunes feuilles et rameaux, extrait la sève, provoquant leur déformation. Les adultes aptères sont vert foncé à brun violacé. Les adultes ailés sont noirs et possèdent une tache brillante sur l’abdomen ainsi que de longs cornicules marron foncé. Une femelle vivipare peut engendrer environ 70 larves.
Le puceron lanigère (Eriosoma lanigerum) est une espèce surtout présente sur les pommiers, parfois sur poiriers et cognassiers. Il a comme particularité de s’entourer de sécrétions blanches floconneuses ou laineuses. Le puceron mauve du poirier (Dysaphis pyri) s’attaque, lui, aux pousses. Comme pour le puceron vert, les colonies produisent beaucoup de miellat.
La lutte contre les pucerons est complexe du fait de leurs invasions massives et d’un nombre d’insecticides autorisés très limité. Néanmoins, des prédateurs naturels ou élevés, dont l’emblématique coccinelle, aident à réguler les populations au verger. Au moment de l’installation du verger, le choix peut se porter sur des variétés moins sensibles aux attaques de pucerons comme Goldrush® ou Juliet®. Il est important de limiter les hôtes secondaires des pucerons dans les espaces enherbés du verger et ses abords. L’application d’une couche d’argile blanche sur les feuilles doit coïncider avec la migration de la femelle du puceron cendré vers le pommier pour se reproduire. Perturbés, les pucerons ne reconnaissent pas les feuilles comme une source de nourriture.
Le purin de prêle : propriétés et préparation
Le purin de prêle est fort utile au jardin, alors que la prêle est considérée comme une plante indésirable dans le jardin. Cette plante est en effet composée de minéraux et oligoéléments qui jouent un rôle important dans le développement des végétaux et leur résistance face à certains agents pathogènes, notamment la silice. On trouve même dans la prêle des substances insecticides et insectifuges. Facile à préparer, ce purin peut aussi s’acheter dans le commerce. Il sera utilisé pour protéger et renforcer de nombreuses plantes, autant au potager qu’au verger ou au jardin d’ornement. Finalement, elle n’est pas si indésirable que ça la prêle, n’est-ce pas ?
La prêle est une plante sauvage qui appartient à la famille des Équisétacées et au même groupe que les fougères. Il existe plusieurs espèces de prêle mais la plus facile à trouver est la prêle des marais, qui pousse spontanément au bord des points d’eau, des fossés. C’est pourtant la prêle des champs, Equisetum arvense, qui est la plus utile du fait de sa richesse en silice (jusqu’à 70 %). Elle est également riche en potasse et en calcium, en soufre, cuivre, phosphore, manganèse, ainsi qu’en alcaloïdes dont de l’acide nicotinique. La prêle des champs est communément appelée “Queue de rat” ou “Queue de renard”.
La silice lui donne d’importantes propriétés fongicides car cette substance a un rôle important dans la formation des parois cellulaires :
- Elle permet une meilleure résistance des végétaux face aux attaques des champignons tels que le mildiou, l’oïdium ou la rouille.
- Elle favorise la croissance et le bon maintien des parties aériennes.
- Elle favorise la concentration de la chlorophylle dans les feuilles.
- Elle profite au développement du chevelu racinaire.
Pour préparer 10 litres de purin de prêle, il vous faudra 1 kg de prêle des champs à récolter entre la fin du printemps et le début de l’été, afin que les éléments soient bien concentrés. Vous ne conserverez que les parties aériennes. Utilisez 10 L d’eau de pluie, ou de source par défaut, à température ambiante. Évitez les contenants métalliques qui pourraient s’oxyder sous l’effet de la fermentation. Préférez des récipients en plastique ou en bois. La prêle sera hachée finement, pour faciliter la fermentation et permettre à tous les éléments de se diffuser dans la préparation. La fermentation est longue, une dizaine de jours en moyenne, sachant que plus il fait chaud plus la fermentation est rapide.
La préparation est terminée lorsque plus aucune bulle n’apparaît en surface lors du brassage. Avant de l’utiliser, le mélange doit tout d’abord être filtré. Il pourra ensuite être stocké dans des bidons opaques ou bien à l’abri de la lumière, dans un endroit frais. Remplissez bien vos bidons jusqu’en haut pour qu’il n’y ait pas d’air, et après une utilisation, pressez le bidon pour en expulser l’air. L’oxydation du produit sera ainsi évitée.

Utilisation pratique du purin de prêle dans le verger
Cette décoction s’utilise du printemps jusqu’à la fin de l’été en prévention de l’oïdium et d’autres maladies cryptogamiques. Il est dans ce cas dilué à 2 % (jusqu’à 5 %) et pulvérisé environ 2 fois par mois sur les jeunes plants. La jeunesse du plant est un facteur important de réussite de l’action préventive. La silice étant un élément important dans la résistance des tissus végétaux, la plante aura plus de chance de se construire une bonne défense contre les maladies cryptogamiques si elle est traitée jeune. En curatif, la dilution est de 10 %. Le purin de prêle est toutefois à réserver aux attaques de faible ampleur. Une décoction sera plus efficace en cas d’attaque sévère.
Le purin de prêle comme insecticide/fuge s'utilise à une dilution de 20 %. Contre les pucerons et les acariens, il sera utile d’ajouter du savon noir dilué à 0.3 %. Insecticide, fongicide et répulsif naturel très efficace, le purin de prêle est idéal pour protéger vos plantes, arbres et fleurs de nombreux nuisibles et maladies qui les mettent à mal. La tavelure et les autres maladies cryptogamiques propres au pommier peuvent être traitées grâce au purin de prêle. En prévention, vous pouvez régulièrement appliquer du purin dilué à 20 % (1 litre de purin pour 5 litres d'eau non calcaire) dès le début de la floraison. Cela stimulera vos pommiers.
Il est possible de conserver la plante séchée pour l’utiliser quand bon vous semble. Disposez-la à l’ombre, à l’air libre. Une fois sèche, vous la stockerez au sec. Pour réaliser un purin avec de la prêle séchée, vous utiliserez 5 fois moins de plante que lorsqu’elle est fraîche (par exemple, pour 10 l, 200 g de feuilles sèches au lieu d’1 kg de plante fraîche).
Par ailleurs, il faut noter que l’efficacité de la décoction de prêle est parfois renforcée si on la coupe avec 1/3 de purin d’ortie. Le purin d’ortie est le plus souvent cité pour fertiliser au pied, tandis que la prèle est d'abord préventive. Le purin de prêle est sans danger pour les êtres humains et pour les animaux. Il n’est pas interdit de le fabriquer, et de l’employer. Il fait partie des substances de bases (tout comme l’ortie) homologuées en agriculture conventionnelle et biologique. Il n’a pas besoin d’AMM (autorisation de mise sur le marché) pour être commercialisé.
Considérations écologiques et agronomiques générales
Les pucerons ont plusieurs prédateurs et parasitoïdes qui limitent leurs populations et des traitements insecticides sont rarement nécessaires. Cependant, lorsque les pommiers sont trop vigoureux, ou que des insecticides toxiques aux prédateurs et parasitoïdes ont été utilisés, les pucerons peuvent se multiplier rapidement et atteindre des niveaux dommageables. Il existe actuellement trois aphicides (produits s’attaquant spécialement aux pucerons) homologués en pomiculture, soit le MOVENTO, le BELEAF et le CLOSER. Les insecticides à large spectre les plus efficaces contre ces ravageurs sont des néonicotinoïdes.
L’écologie chimique consiste à interférer dans l’échange sémiochimique (phéromones, allomones et kairomones) entre insectes ainsi qu’entre insectes et plantes. Bien que non nouvelle, l’idée de repousser ou de perturber les insectes est prometteuse. En raison du peu d’options de protection au printemps, les expérimentations en lutte biologique se concentrent sur le retour des pucerons cendrés dans les arbres à l’automne. Le douchage des arbres permet de lessiver les pucerons. Le réensemencement des vergers avec les auxiliaires permet de réguler les populations de pucerons.
La diversité des végétaux composant le couvre-sol fournira des sources alimentaires de remplacement aux prédateurs utiles. Si le nombre de produits insecticides diminue considérablement, un minimum de substances actives autorisées reste indispensable. Par ailleurs, la technique « attract and kill » évite de pulvériser les produits. En effet, elle consiste à attirer les insectes dans un piège contenant un insecticide. Les bandes fleuries hébergent un cortège d’auxiliaires. Ils assurent tout au long de l’année une régulation des ravageurs des pommiers et poiriers. Par exemple, le puceron cendré a comme prédateur naturel la chrysope verte, la coccinelle à deux points, la cécidomyie du puceron et le forficule. Cette technique de lutte biologique est généralement mise en œuvre sur de faibles niveaux de population de bioagresseurs.

Pour les pommiers laissés à l’abandon, il est possible d'offrir des fortifiants. Le purin d’ortie est un excellent complément pour revitaliser les arbres, tout comme le purin de prêle qui renforce les tissus. Il est préférable de faire le mélange de divers purins plutôt que de mélanger les plantes pour faire un purin, en effet les temps de fermentation sont différents. Le respect des cycles de vie des ravageurs et la mise en place d'une biodiversité fonctionnelle restent les piliers d'une arboriculture saine et durable. La surveillance régulière et l'usage judicieux des préparations naturelles comme le purin de prêle permettent de maintenir un équilibre au sein du verger sans recourir systématiquement à la chimie de synthèse.