Fiche Pratique : Maîtrise et Gestion du Désherbage Chimique et Agronomique

Le désherbage, qu'il soit pratiqué dans un cadre professionnel en grandes cultures ou dans un jardin d'agrément, constitue une opération décisive de l'itinéraire technique. Si la lutte chimique demeure une solution prioritaire en agriculture conventionnelle pour maîtriser les adventices, elle s'inscrit désormais dans un contexte réglementaire de plus en plus restrictif et exigeant. Comprendre les mécanismes d'action, les alternatives agronomiques et la précision des interventions est essentiel pour concilier objectifs économiques, productivité et respect de l'environnement.

Schéma illustrant les différents modes d'action des herbicides : systémique vs contact sur une plante adventice

Les fondements de la lutte chimique contre les adventices

La lutte chimique repose sur l'application d'herbicides, produits destinés à inhiber ou arrêter la croissance et le développement des plantes adventices. En grandes cultures, cette méthode présente un avantage économique certain en termes de coût par hectare. L'efficacité du traitement dépend toutefois d'une analyse rigoureuse de la flore présente : si les dicotylédones sont dominantes dans une parcelle de blé, il est plus économique d'appliquer un herbicide antidicotylédones comme le Sekator OD, tandis que si les graminées sont dominantes, l'application d'un antidicotylédones sera sans effet.

L'action des herbicides varie selon leur composition et leur mode de pénétration :

  • Herbicides à pénétration racinaire : S'appliquent en pré-levée, avant la germination des adventices.
  • Herbicides à pénétration foliaire : Interviennent en post-levée, directement sur les parties aériennes.
  • Herbicides de contact : Agissent localement sur les zones touchées.
  • Herbicides systémiques : Migrent dans toute la plante pour une action en profondeur.

D'une règle générale, l'herbicide est toujours plus efficace quand la mauvaise herbe est au stade plantule (2 à 3 feuilles). Il est crucial de noter que beaucoup utilisent un herbicide comme une assurance contre le risque, mais il est plus judicieux d'utiliser les herbicides en dernière étape d'une stratégie de désherbage, après avoir épuisé les leviers agronomiques.

Précision technique et étalonnage du matériel

Le pulvérisateur est l'outil central du désherbage chimique. Les résultats de l'enquête ITGC ont montré que 70% des exploitants recourent à la location du pulvérisateur pour accomplir cette opération. Cependant, l'étalonnage est souvent le dernier souci du propriétaire, avec des conséquences directes sur la réussite de l'opération.

Pour un étalonnage optimal, il s'agit de :

  1. Connaître précisément le débit (litres/ha).
  2. Choisir les buses herbicides adaptées (à fente à 110°).
  3. Adopter une pression constante de 2-3 bars (kg/cm²).
  4. Maintenir une vitesse d'avancement du tracteur comprise entre 8 et 12 km/h.

La préparation de la bouillie influence l'action de l'herbicide de 30 à 50%. Il convient de respecter l'ordre d'ajout des produits, de contrôler le pH de la solution et de maintenir une agitation constante tout au long de l'application.

journée de réglage pulvérisateur agricole

Stratégies agronomiques : au-delà de la chimie

La stratégie de gestion des mauvaises herbes fait intervenir des leviers agronomiques qui précèdent l'implantation de la culture. L'allongement des rotations, mis en œuvre sur une période longue d'au moins quatre ans, constitue une action à moyen terme. Les adventices s'adaptent aux successions culturales et, sans changement ou rupture, un même groupe de mauvaises herbes se maintient dans les parcelles où il n'y a pas d'alternance de dates de semis ou de type d'herbicides.

  • Le labour : Il permet de détruire les adventices et d'enfouir le stock semencier. Sur céréales à paille, le labour a un impact significatif sur l'IFT (Indicateur de Fréquence de Traitement) herbicide, permettant de réduire l'usage des produits de 1,5 dose en moyenne à moins d'une dose. La recommandation est de labourer tous les 3 ou 4 ans.
  • Le faux semis : Technique préventive consistant à préparer le sol puis à attendre les conditions favorables pour faire lever les adventices avant de les détruire mécaniquement.
  • Le décalage de la date de semis : Un décalage de 15 jours par rapport à un semis normal peut réduire l'envahissement par les graminées (vulpin, ray-grass) et réduire sensiblement, voire éviter, des traitements ciblés.

Le désherbage mécanique en complément

Le désherbage mécanique constitue une alternative durable. Cette méthode consiste à détruire les adventices par des outils tels que le binage, le sarclage, la herse étrille ou la houe rotative. Bien que marginal sur céréales à paille, il est très adapté aux plantes sarclées comme le maïs, où l'inter rang est suffisamment large pour permettre le passage d'une bineuse.

En 2017, le désherbage mécanique était pratiqué sur 34 % des surfaces de maïs et 13 % des surfaces de tournesol. Lorsqu'il y a un passage de désherbage mécanique, il est le plus souvent combiné à un désherbage chimique sur le rang. En agriculture biologique sur céréales à paille, le désherbage mécanique a fortement progressé, passant de 42 % des surfaces en 2011 à 66 % en 2017.

Diagramme comparatif de l'évolution des surfaces en désherbage mécanique vs chimique entre 2011 et 2017

Gestion spécifique des substances actives et réglementation

Le recours au désherbage chimique reste la principale modalité d'élimination des adventices en grandes cultures. Plus de 90 % des céréales à paille reçoivent un herbicide. La pratique des mélanges permet d'élargir le spectre d'action ou la période d'efficacité. Pour les trois campagnes enquêtées, les produits herbicides sont appliqués en dessous de la dose homologuée, une pratique qui évolue légèrement depuis 2011.

Parmi les substances marquantes :

  • Prosulfocarbe : Représente 38 % des quantités de substances appliquées sur céréales à paille, utilisé pour la gestion des ray-grass résistants.
  • Glyphosate : Herbicide total foliaire non sélectif. Bien que très utilisé, on observe une légère baisse de sa part dans les surfaces de céréales à paille (12 % en 2011 contre 9 % en 2017).
  • S-métolachlore : Principale substance appliquée sur plus de la moitié des surfaces de plantes sarclées.

Il est vital de souligner qu'aux abords des cours d'eau, la loi est stricte : il est interdit d'épandre quoi que ce soit à moins de 5 mètres de distance d'un cours d'eau ou d'un plan d'eau existant sur une carte, et à moins d'un mètre des autres.

Désherbage domestique : alternatives naturelles

Pour les jardiniers souhaitant se passer de produits chimiques de synthèse, le paillage organique limite la levée des adventices et préserve la vie microbienne du sol. Lorsque le temps manque pour le désherbage manuel, des solutions alternatives existent :

  1. Vinaigre concentré (acide acétique) : Dosé à 10-20%, il est efficace contre les levées de jeunes plantes. Corrosif, il ne s'accumule pas dans le sol et brûle les parties aériennes en quelques heures.
  2. Acide pélargonique : Herbicide naturel apparu récemment, agissant comme un brûleur de végétation.
  3. Désherbage thermique : Utilise la chaleur (flamme ou résistance chauffante) pendant une à deux secondes pour provoquer le dessèchement des cellules végétales.

Dans tous les cas d'utilisation de produits, l'équipement adéquat est obligatoire : vêtements couvrant tout le corps et gants en nitrile. La pulvérisation doit toujours s'effectuer par beau temps, sans vent, afin d'éviter toute dérive vers des zones non ciblées ou des cours d'eau. La lutte contre les espèces invasives, comme l'ambroisie, reste une obligation légale impérative, nécessitant une destruction avant le 15 août pour des raisons de santé publique liées à son caractère allergisant.

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