Guide de Permaculture : Créer des Haies Fruitières Résilientes et Gourmandes

Le concepteur est là pour créer de la redondance et donc, de la résilience. Vous ne savez pas encore vraiment ce qu’est la permaculture ? Un verger c’est pour la vie ! Ne plantez plus au hasard. Les haies fruitières deviennent incontournables en permaculture, tant leurs avantages sont multiples. Mais planter une haie fruitière en permaculture ne s’improvise pas.

Schéma d'une haie fruitière diversifiée en permaculture montrant les différentes strates végétales

Principes de conception d'une haie nourricière

Pour réussir vos haies, il vous faudra les associer avec intelligence et, pour cela, connaître les guildes végétales, c’est-à-dire les associations heureuses de plantes, pour créer un système résilient et durable. Une haie gourmande comportera donc idéalement plusieurs strates : des plantes de la rhizosphère, des couvre-sols, des herbacées, des arbustes, des arbrisseaux et des lianes.

Intégrez des fixateurs d’azote à intervalle régulier dans votre haie, en suivant le rythme du trio FPP : Fixateur d’azote - Pommier - Poirier, prunier ou autre fruitier, et ainsi de suite. L’arbre à petits pois (Caragana arborescens) est une plante de la famille des Fabacées, qui est caractérisée par sa capacité à fixer l’azote de l’air. Entre ces arbres/arbrisseaux s’installeront les arbustes, et autour les herbacées. Des lianes comestibles pourront compléter l’optimisation de l’espace dans sa verticalité.

La qualité du sol en place sera aussi un critère à déterminer pour orienter son choix dans des plantes adaptées au lieu. Dans ce type de contexte, on peut prévoir la plantation de plantes endurantes, qui viendront améliorer la fertilité du sol.

Sélection d'arbustes à baies méconnus

Anaïs Jeunehomme, paysagiste conceptrice, certifiée en permaculture, conçoit des jardins inspirés des principes de la permaculture, où les plantes sont belles mais aussi comestibles, médicinales, mellifères ou amélioratrices du sol. Amélanchier, Aronie, Camerisier, Cornouille… Ces noms ne vous disent peut-être rien. Pourtant, en plus d'être de jolis arbustes utiles pour la faune du jardin, ils ont aussi le bon goût de fournir de petits fruits comestibles à consommer crus, en confiture ou dans des desserts.

L'Amélanchier

L'Amélanchier est apprécié pour ses fleurs blanches printanières et ses fruits comestibles bleu-noir en été, appelés amélanches. Les amélanchiers sont faciles à cultiver, très rustiques et préfèrent un sol bien drainé et une exposition ensoleillée à mi-ombragée. Mon conseil : les amélanchiers poussent vite. Inutile donc d'en acheter un trop gros pot. Optez plutôt pour des jeunes plants en racines nues à planter en automne.

Le Camerisier

Le camerisier fait partie du genre botanique Lonicera. Cultivé un peu pour ses petites fleurs blanches discrètes au printemps et beaucoup pour ses fruits comestibles, appelés baies de mai ou baies de miel. Le Lonicera kamtschatika produit des fruits, semblables à de drôles de myrtilles allongées recouvertes de pruine, qui mûrissent généralement en mai ou en juin, ce qui en fait l'un des premiers fruits à récolter au jardin.

L'Aronie

On l'affectionne pour ses fleurs blanches printanières attirant les insectes butineurs et ses baies noirs comestibles. L'Aronia x prunifolia s'adapte bien aux sols lourds et supporte même les sols gorgés d'eau en hiver. Les baies d'aronia mûrissent généralement en fin d'été. Mon conseil : c'est en plein soleil que les aronies sont les plus beaux et les plus florifères.

L'Argousier

L'argousier est une plante pionnière qui peut pousser dans des terres pauvres. En outre, son système racinaire étendu permet de fixer les sols et de limiter le phénomène d'érosion. Ses baies, riches en vitamine C, mûrissent généralement en septembre et octobre. L'argousier forme des buissons denses, parfaits pour créer des haies coupe-vent ou des écrans de protection. Attention ! : Ne confondez pas l'argousier avec l'arbousier (Arbutus unedo), qui est un arbuste totalement différent.

Le Cornouiller mâle

Au printemps, avant l'apparition des feuilles, l'arbuste se couvre de petites fleurs jaunes en forme de bouquets, qui sont suivies par des fruits rouges en été, les cornouilles. La floraison du Cornus mas intervient tôt en sortie d'hiver. Les fleurs peuvent ainsi nourrir les tout premiers insectes butineurs de l'année. Mon conseil : ne vous pressez pas pour récolter les cornouilles. Avant maturité, elles sont si astringentes qu'elles vous feront grimacer.

Photo gros plan de baies d'amélanchier mûres

Méthodes de culture et modèles inspirants

Evelyne Leterme, formée en sélection des plantes et ethnobotanique, a développé un modèle de verger dans lequel la biodiversité tient une place prépondérante. En redonnant ainsi de la complexité au verger, les haies fruitières qu’elle a conçues obtiennent des résultats sans égal : une bonne production, des maladies maintenues sous un seuil acceptable, et une esthétique bien plus soignée qu’un verger moderne monocultural.

Le modèle de la haie multi-étagée

Les quatre autres arbres ou arbustes sont taillés de 1 à 1 mètre 20 de haut. Ainsi, après quelques années de croissance, la haie forme un continuum végétal, sans espace vide, composé de deux strates : une strate haute, l’arbre non taillé, et une strate basse, les quatre autres végétaux maintenus à 1 mètre 20. La clé de réussite de ces haies réside véritablement dans ce couloir de végétation et dans la diversité des espèces utilisées : plus il y a d’espèces, mieux cela fonctionne.

Lutte biologique et auto-régulation

Après les relevés, les chercheurs ont remarqué que la plupart des arbres étaient sains, malgré la présence de ravageurs connus. Et c’est là tout l’intérêt de cette méthode : une lutte biologique extrêmement efficace ! Pour assurer parfaitement cette protection, rappelez-vous qu’il est très important que tous les végétaux se touchent. Ainsi, les insectes auxiliaires peuvent se déplacer facilement d’un bout à l’autre de la haie, protégés par les végétaux.

Diversité et choix des variétés

Un certain nombre d’arbustes utilisés couramment dans les haies présentent des usages que l’on a bien souvent oubliés, voir méprisés. L’aubépine (Crataegus monogyna ou C. oxycantha). Sa floraison abondante blanche au printemps est un enchantement. Elle a une odeur miellée qui attire les abeilles. Ses fleurs ont des vertus médicinales reconnues. Celles-ci sont suivies, à l’automne, par une fructification rouge, appelée cenelle, qui est comestible. Du reste, les oiseaux ne s’y trompent pas.

Le sureau noir (Sambucus nigra), est aussi un oublié. Ses élégantes ombelles de fleurs blanches arrivent à la fin du printemps. On en fait des boissons, des beignets, des tartes et autres gâteaux : elles ont un parfum délicat. Les fruits seront aussi comestibles, mais cuits, car crus, ils sont purgatifs.

Haie fruitière en permaculture : l’exemple chez Stéphanie

Conseils pratiques pour l'implantation

L'installation de la haie représente un certain investissement. Nous avons opté pour une autre stratégie : nous avons utilisé des arbres greffés pour les arbres principaux, et pour ceux de la strate basse, nous avons choisi des porte-greffes. Il est conseillé dans un verger, que l’on souhaite le plus autonome possible, de semer ses porte-greffes pour qu’ils soient plus résistants à la sécheresse.

Il est important de pailler le sol au moment de la plantation. Cela permettra aux arbres de se développer correctement et permettra la mise en place d’un solide réseau mycorhizien. Par ailleurs, si votre sol semble avoir une très faible activité biologique, il est conseillé d’apporter en plus du paillage, un compost peu décomposé, afin de relancer un peu l’activité biologique, et de décompacter le sol.

Choisir ses variétés de fruitier

Peu importe la méthode que vous employez pour installer votre verger en permaculture, le choix des variétés est important : selon vos goûts si vous êtes connaisseur et, cela est primordial, selon votre climat. Vous pouvez contacter des associations comme les "Croqueurs de pommes" qui sauvegardent et cultivent des centaines de variétés de fruitiers, adaptées à leur région.

Illustration montrant l'espacement idéal pour la plantation en quinconce

Vers un jardin nourricier sur balcon

Un verger sur mon balcon ? C’est tout à fait possible ! Pensez aux fruitiers colonnaires, qui sont des arbres qui émettent une seule tige de laquelle poussent les fruits. Ils sont parfaitement adaptés à la culture sur balcon tout comme la vigne, le kiwi, le kiwai et les petits fruits. Vous pouvez tout à fait faire des cultures en pots sur votre balcon ou terrasse si vous n’avez pas de jardin.

N'oubliez pas de vérifier, d'une part, que le règlement de copropriété vous autorise à réaliser cela et, d'autre part, que le poids total de vos jardinières, pots, etc, pourra être supporté par la structure de votre balcon. Afin d’alléger vos pots, jardinières, etc, vous pouvez mettre du charbon, des billes d’argiles.

Les bénéfices environnementaux et économiques

Les haies en permaculture ont de nombreux avantages écologiques et économiques. Elles contribuent à l’amélioration de la biodiversité, à la fixation des nutriments, à la lutte contre l’érosion, à la régulation du climat local, à la conservation de la ressource en eau et à la protection de la qualité de l’air. Économiquement, elles permettent une production de fruits et légumes, une amélioration de la qualité du sol, une protection des cultures, une réduction des coûts d’entretien et une amélioration de la valeur foncière.

En intégrant à votre haie des arbres fruitiers, des petits fruits, ou même des légumes ou aromates vivaces, vous disposerez de fruits et de légumes en plus de ceux cultivés dans votre potager. Le champ des possibles est immense ! Avec seulement 3 variétés de fraisiers, vous pouvez récolter des fraises pendant 6 mois. Maintenant que vous avez toutes les cartes en main, vous n’avez plus qu’à imaginer et à concevoir le verger en permaculture de vos rêves !

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