Fier comme un coq sur son fumier : Décryptage d'une expression emblématique

Le coq, cet animal de basse-cour au chant retentissant, est bien plus qu'une simple figure de nos fermes ; il est profondément ancré dans l'imaginaire collectif français, symbolisant la fierté et l'orgueil. L'expression « être fier comme un coq sur son fumier » en est une parfaite illustration, bien que son origine et son évolution aient parfois été sujettes à confusion. Loin d'être un symbole officiel, le coq a néanmoins acquis une place prépondérante, notamment grâce à un jeu de mots latin astucieux et à l'observation de son comportement.

Coq chantant sur un tas de fumier

L'origine étymologique : Le lien entre coq et Gaulois

L'ancrage du coq dans l'identité française remonte à l'Antiquité, et plus précisément à un calembour latin. Suétone, dans sa Vie des douze Césars, souligna que les mots « coq » et « Gaulois » se disaient tous deux gallus en latin. Ce jeu de mots, bien que n'étant pas une invention gauloise, fut réinvesti par les ennemis de la France au début du Bas Moyen Âge (XIIe siècle). Par dérision, ils firent remarquer que les Français, et en particulier leur roi Philippe Auguste, étaient tout aussi orgueilleux que l'animal de basse-cour. Cette anecdote met en lumière la perception déjà existante de la fierté associée au coq, et comment elle fut appliquée, non sans une pointe de malice, aux habitants de la Gaule.

Le mot « Gallus » désignait donc à la fois le coq et les Gaulois, créant ainsi un lien linguistique fort, bien que souvent mal interprété comme une preuve directe de l'adoption du coq comme emblème national par les Gaulois eux-mêmes. Il est important de noter que le coq n'est pas un symbole officiel, mais qu'il est un symbole quand même, en grande partie grâce à cette étymologie partagée et à son adoption progressive.

Le coq et le fumier : Une image de fierté imperturbable

L'expression « être fier comme un coq sur son fumier » dépeint une image saisissante : celle d'un animal qui, malgré un environnement a priori peu reluisant, affiche une fierté inébranlable. Certains y voient une blague francophobe éculée, arguant que le coq est le seul animal qui chante les deux pieds dans la… (blague francophobe éculée). Cependant, l'essence de l'expression est ailleurs. Le coq est généralement considéré comme vaniteux, mais aussi hardi et fier chanteur. Faire le coq est se pavaner comme un mâle au milieu de sa basse-cour. Le fumier, loin de l'incommoder, devient son piédestal, le lieu où il affirme sa domination.

Infographie sur l'expression

Cette image du coq qui s'accommode du lisier, un environnement que l'on pourrait juger déplaisant et inconfortable, et qui y pousse un insolent cocorico, est au cœur de la locution. Il n'en est rien pour lui ; le coq est l'un des rares animaux à s'accommoder de cet environnement, symbolisant une fierté qui transcende les circonstances extérieures. Cette origine excrémentielle fait d'être fier comme un pou sur son tas de fumier une expression dépréciante pour celui à qui elle est destinée. Ainsi, même le plus fanfaron des satisfaits de soi ne se vantera pas d'être fier comme un pou sur son tas de fumier.

Patrimoine : le coq gaulois, emblème de la France

L'évolution sémantique : Du pou au coq

Une confusion linguistique intéressante a marqué l'évolution de cette expression, transformant le « coq » en « pou » dans certaines de ses variantes. L'expression « être fier comme un pou sur son tas de fumier » est en réalité la forme raccourcie d'être fier comme un pou sur son tas de fumier. Et pour cause, le pou est ici un coq, autrement dit le mâle de la poule.

Cette méprise sémantique est due à l'étymologie. En latin, « pullus » désignait le coq. Ce terme est devenu « pouil » en ancien français, on disait aussi « poul » ou « pol ». Cependant, le terme « pouil » désignait également le pou, le parasite capillaire. Le coq étant de plus en plus nommé « gal » ou « jal », on en vint à attribuer la fierté à notre parasite capillaire. L'image du pou, fier sur son tas de fumier, étant peu vraisemblable, elle est devenue « fier comme un pou sur un chignon ».

Aujourd'hui, « être fier comme un pou » nous paraît bien étrange comme expression. Un pou a-t-il de quoi être fier ? En fait de pou dans les premiers temps de l'expression, il semble bien qu'il nous faille revenir à une bête de basse-cour, plus criarde, mais moins dérangeante : le coq. Ainsi pour rajouter, un peu de force à l'expression, ou pour donner des raisons d'être fier à ce cher pou, on a rajouté deux formes allongées construites sur le modèle de « fier comme un pou sur son fumier ». Des confusions de ce genre ne sont pas rares lorsque l'on examine les expressions et leurs origines.

Les animaux dans la langue française : Un miroir de notre rapport au monde

Notre langage est riche d'expressions imagées faisant appel aux animaux, reflétant notre rapport intime et parfois complexe à la nature. Ces locutions sont un langage imagé que nous employons quotidiennement, et certaines sont assez simples à décrypter.

Expressions animales évidentes et moins évidentes

Certaines expressions usant d'un nom d'animal sont transparentes. Être myope comme une taupe tombe sous le sens : la taupe vit sous terre où elle creuse des galeries, et la nature l'a dotée d'une assez mauvaise vue. Sentir mauvais comme un rat mort non plus. De même, si l'on dit d'une personne qu'elle a des pattes de sauterelle, un cou de girafe ou de cigogne ou encore un nez de cochon, la métaphore semble évidente. Quiconque a déjà vu, dans un bassin, ce gros poisson ouvrir constamment la bouche sans qu’aucun son en sorte sait pourquoi l’on dit “être muet comme une carpe”. Même si nous avons quelque peu perdu le lien à la nature sauvage, nous savons encore (ne serait-ce que par les fables ou Le roman de Renart), pourquoi l’on dit d’une personne qu’elle est rusée comme un renard. Enfin, aucun d’entre nous n’a envie de se jeter dans la gueule du loup et même un enfant comprend pourquoi.

Mais d’autres proverbes ou expressions que nous utilisons aussi couramment ont une origine moins évidente.

Tableau des expressions animalières

Adages et locutions liés aux animaux domestiques

Les animaux domestiques, par leur proximité avec l'homme, ont généré une multitude d'expressions.

Expressions liées au cochon

Comme pour la nourriture, le cochon s’agrémente à toutes les sauces dans la langue française : on peut ainsi avoir un nez ou des yeux de cochon, manger comme un cochon, écrire comme un cochon, être gras ou saoul comme un cochon, être bête comme trente-six cochons. On peut encore avoir une tête ou un caractère de cochon, il arrive que les Parisiens jouissent plus qu’à leur tour d’un temps de cochon, mais on peut aussi être copains comme cochons, ce qui est à peu près la seule expression dans laquelle la comparaison n’est pas injurieuse - et encore ! Il semblerait que cette expression vienne d’une déformation de l’ancien français “soçon”, dérivé du latin socius, qui signifie camarade, compagnon. C’est à ce prix que le cochon est épargné.

Expressions et proverbes liés à l’âne

L’âne n’a pas hérité, dans nos expressions et locutions, d’une place plus enviable. Ainsi, l’on dit “donner le coup de pied de l’âne”, pour évoquer une attaque lâche contre quelqu’un qui n’est pas en état de se défendre. Enfin, lorsque nos propos sont incohérents ou sans queue ni tête, c’est que nous passons du coq à l’âne.

Expressions, proverbes et locutions relatifs au coq

En effet, le coq n’est pas de reste, qui est généralement considéré comme vaniteux mais aussi hardi et fier chanteur. Ainsi faire le coq est-il se pavaner comme un mâle au milieu de sa basse-cour. Mais l’homme peut aussi bien finir comme un coq en pâte, c’est-à-dire gavé de nourriture sans faire d’effort. André Gide note dans son journal qu’il a trouvé son ami Francis Jammes très coqempâté par le mariage…

Expressions avec le chat

Bien que l’historien ne le mentionne pas, le chat est assez présent dans notre langue. À commencer par cette expression “donner sa langue au chat”. Qu’il a pourtant chipée au chien. Mme de Sévigné écrivait en effet “donner sa langue au chien”, mais George Sand, deux siècles plus tard, lui préféra le chat. Donner sa langue à un chien ou un chat, c’est signifier qu’on leur abandonne l’organe de la parole donc que l’on renonce à trouver la réponse à la question. Or, puisque George Sand estimait que “mettre quelque chose dans l’oreille du chat”, c’est lui confier quelque chose qui doit rester secret, le chat semblant beaucoup plus attentif aux paroles que le chien, il est l’animal qui sait tout et ne dit rien. “Appeler un chat un chat”, dire les choses telles qu’elles sont. Quant à “avoir un chat dans la gorge” qui signifie être enroué, cela viendrait encore d’une confusion entre le terme maton qui était l’autre nom du lait caillé ou grumeaux qui donnait le même effet, lorsqu’il bouchait la gorge, qu’avoir celle-ci prise par des glaires. Quant au voisin qui vous menace constamment sans jamais passer à l’action, vous pourrez coller sur sa porte : “chien qui aboie ne mord pas”.

Patrimoine : le coq gaulois, emblème de la France

Expressions et locutions avec des animaux sauvages

Les animaux sauvages, bien que moins familiers, ont également enrichi notre lexique d'expressions aux significations parfois profondes.

Expressions courantes et moins connues liées au loup

Homo homini lupus est est une locution latine qui signifie que l’homme est un loup pour l’homme. Si un froid de loup se comprend aisément, de même que cette heure entre chien et loup où l’animal sauvage est sur le point de se remettre en chasse, “être connu comme le loup blanc” n’est pas si évident. C’est que l’adjectif qualificatif a été ajouté tardivement. À l’origine, on parlait seulement d’une personne connue comme le loup, c’est-à-dire dont tout le monde connaissait la silhouette et la réputation, même si elle l’ignorait. D’autres locutions grecques et latines sont moins connues mais témoignent de l’ancienneté des rapports de l’homme au loup. Chez les Compagnons du Devoir, l’aspirant est un renard. “Un bon renard ne mange pas les poules de son voisin” : l’homme habile n’ira pas commettre de méfait là où il est connu.

Autres proverbes liés aux animaux sauvages

Et pêle-mêle, d’autres proverbes encore ont été formés avec des noms d’animaux plus rares ou exotiques. Ce petit rongeur n'a pas bonne réputation. Quand on évoque le lapin, le coup fourré n'est pas loin. Un "lapin", c'est d'abord une histoire fausse. "Sentir le lapin", c'est sentir mauvais ; "voyager en lapin" c'est s'installer sur le marche-pied pour ne pas payer le transport. À la fin du 19ème, "poser un lapin" signifie "ne pas rétribuer les faveurs d'une fille", puis plus généralement partir sans payer et du paiement éludé, l'expression s'est élargie à la promesse non honorée.

Carte des expressions régionales animalières

Au-delà des animaux : Quand le langage nous trompe

Parfois, l'origine des expressions est si lointaine ou obscure qu'elle donne lieu à des interprétations erronées, révélant la richesse et la complexité de notre langue.

Expressions aux origines surprenantes

Contrairement à ce qu'explique le grammairien Furetière, une femme qui fait la grasse matinée ne se tient pas au lit pour devenir plus grasse. Au 16ème siècle, on disait "dormir la grasse matinée", c'est-à-dire dormir "pendant" la grasse matinée. Quant au qualificatif "grasse", il vient du latin crassus, épais (d'où l'expression "ignorance crasse").

Trier un objet quelconque sur un volet serait une drôle d'idée et relèverait d'une adresse peu commune. Il ne s'agit pas non plus d'une boutade, puisque trier sur le volet est une opération très sérieuse : elle signifie choisir avec le plus grand soin. La vérité est que le mot "volet" n'est le volet de nos fenêtres que depuis moins de 100 ans. C'était alors le "contrevent" ou le "panneau intérieur".

Savoir sur le bout des doigts, c'est connaître à fond sa leçon, son sujet ou son travail. On disait autrefois "sur le bout de l'ongle". C'était la traduction d'une locution latine qui venait d'une pratique des marbriers romains. Il arrive, à la suite d'incidents ou de grands changements dans une entreprise ou une administration, qu'on licencie un certain nombre de personnes. On fait alors des "coupes sombres". L'image est empruntée au langage de ceux qui entretiennent les forêts. Curieusement, la véritable coupe sombre consiste à supprimer seulement quelques arbres et taillis pour laisser la forêt sombre. Au contraire, quand on abat beaucoup d'arbres pour laisser la forêt clairsemée, on procède à une "coupe claire".

Gaye-Mariole était une sorte de géant, d'une force herculéenne, qui s'engagea dans les armées impériales. Surnommé "l'Indomptable", il était sapeur et accumulait les exploits guerriers. C'est lui qui servit de modèle pour le sapeur de l'Arc de Triomphe du Carrousel à Paris, et encore lui qui figure dans La Distribution des Aigles, tableau de David. Il serait également à l'origine de l'expression "faire le mariol" (sans le e final), qui signifie: se faire remarquer, attirer l'attention. Après la bataille de Friedland, Napoléon passa les troupes en revue. Au commandement "Présentez…, armes!", le colosse perdit tous ses moyens, troublé par la présence de l'empereur en face de lui. Il oublia de prendre son arme. Comme Napoléon avançait, Gaye-Mariole, éperdu, saisit un petit canon sans affût et présenta ainsi les armes. Cette explication, cependant, est trop belle pour plaire à tout le monde. Certains historiens font en effet remonter l'expression au moins au XVIème siècle. "Mariol" aurait fait partie du vocabulaire des mots italiens qui eurent leur vogue en France.

Au Moyen-Âge, pour passer certains ponts, il fallait acquitter une taxe. Mais Saint-Louis en avait dispensé certaines personnes, dont les montreurs de singes.

Dans la cavalerie, les grenadiers devaient, en cas de faute, rendre leurs chevaux. C'était une punition très humiliante pour un cavalier de se retrouver à pied.

Sous le règne de Saint-Louis, on comptait encore dans le royaume plus de quatre-vingts seigneurs particuliers qui avaient le droit de battre monnaie. Mais il n'y avait que le roi qui eut le droit de faire frapper des pièces d'or ou d'argent. Sur l'une des faces de la monnaie royale, il y avait une croix, et sur l'autre, des piliers, ce qui a fait que, longtemps, les côtés des monnaies se sont nommées croix ou pile. Par la suite, les rois français décidèrent de faire figurer leur propre effigie à la place de la croix, et leurs armes et la valeur de la pièce de l'autre.

À l'époque où la télévision n'existait pas, les longues soirées d'hivers étaient une occasion pour jouer aux cartes ou aux dés. Les joueurs misaient de petites sommes.

Le plombier, quoique spécialiste des tuyaux, n'est pour rien dans l'emploi de ce mot pour désigner un renseignement confidentiel. C'est à un autre conduit qu'il faut penser: celui de l'oreille.

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