Les auto-tamponneuses, icônes intemporelles des fêtes foraines et des parcs d'attractions, célèbrent plus d'un siècle d'existence, offrant des moments de pur divertissement et de légères secousses. Ces petites automobiles sont devenues un incontournable des rassemblements populaires, évoquant une nostalgie certaine pour des générations de joyeux conducteurs.
Aux origines des auto-tamponneuses : cent ans d'amusement
C'est aux États-Unis, au début du XXe siècle, qu'un certain Victor Levand imagina le concept de l'auto-tamponneuse. L'année 1920 marqua une étape décisive avec les frères Max et Harold Stoehrer, originaires du Massachusetts, qui furent les premiers à breveter ce principe révolutionnaire. Ils donnèrent naissance à leur propre marque, Dodgem, dont le nom est devenu emblématique. Rapidement, d'autres acteurs firent leur apparition, notamment les frères Joseph et Robert Lusse, qui concurrencèrent les Stoehrer avec leur marque, Auto-Skooter.

Les stands d'auto-tamponneuses connurent leur heure de gloire des années 20 jusqu'aux années 50, une période dorée où ces attractions étaient synonymes de modernité et de frisson. Les premières auto-tamponneuses étaient alors composées d'étain. L'innovation ne s'arrêta pas là, et en 1959, les frères Lusse construisirent la première auto-tamponneuse en fibre de verre, un matériau plus léger et plus résistant. Dans les années 60, une tentative d'évolution vit le jour dans les parcs Disneyland d'Amérique, avec la création d'auto-tamponneuses sur coussin d'air. Cependant, cette initiative fut un échec retentissant, et il ne fallut que quelques années aux attractions basées sur ce principe pour fermer leurs portes, montrant que parfois, les classiques sont indémodables.
Les auto-tamponneuses aujourd'hui : entre tradition et parcs thématiques
Si les auto-tamponneuses ont connu diverses évolutions et tentatives d'innovation, leur popularité demeure intacte. Aux États-Unis, les plus grands terrains d'auto-tamponneuses, situés dans l'Illinois, appartiennent au groupe Six Flags, géant de l'industrie des parcs d'attractions.
Dans les pays européens, les auto-tamponneuses restent un incontournable des fêtes foraines, perpétuant une tradition festive et conviviale. Au-delà des événements saisonniers, il existe également des structures possédant des stands d'auto-tamponneuses à l'année. Le Parc Fenestre à la Bourboule, en Auvergne, en est un exemple notable, offrant aux visiteurs la possibilité de profiter de cette attraction en toutes saisons.
La chronique de Gérard Collard - Les autos tamponneuses
Bernard Figuière : un passionné d'automobiles et l'écho des rêves d'enfant
Le monde de l'automobile et de ses diverses expressions résonne particulièrement chez des figures comme Bernard Figuière. Ancien président du groupe Figuiere, une entreprise familiale aixoise spécialisée en immobilier, et vice-président de l’Automobile Club d’Aix-en-Provence, Bernard Figuière est un grand passionné d’automobiles anciennes et modernes. Il a longtemps regardé passer les voitures de rallye, comme d’autres regardent passer les étoiles, se promettant qu’un jour, son nom serait sur les portières.
Bernard Figuière fait partie de ces passionnés qui ont transformé un rêve de gamin en une trajectoire bien réelle, le menant de la Provence jusqu’aux routes mythiques du Monte-Carlo et du rallye de San Remo. Une première vie de copilote lui apprit la rigueur des notes, la gestion du temps et la stratégie de course, autant d’éléments qui allaient nourrir sa seconde carrière, cette fois au volant. En 1979, il franchit le pas et devint pilote, louant des Toyota pour s’aligner sur des épreuves terre, avec une envie simple : se mesurer aux meilleurs avec des moyens limités mais une détermination sans faille. La suite, il l'a racontée au micro d'ICI Provence, toujours avec la passion de ses débuts. Son parcours illustre la force de la persévérance et la concrétisation des aspirations profondes, rappelant que l'attraction pour les véhicules, qu'ils soient de course ou de fête foraine, est universelle.
L'art de la photographie et la quête de sens de Gregory Halpern en Guadeloupe
Si Bernard Figuière incarne la passion pour les automobiles, d'autres explorations narratives se déroulent à travers l'objectif de photographes comme Gregory Halpern. En 2019, le photographe Gregory Halpern s’est rendu trois mois en Guadeloupe pour un projet qui aboutira au livre "Let the sun beheaded be" l’année suivante. Ce projet interroge ce qui a pu se passer dans sa tête : pourquoi la Guadeloupe ? Comment a-t-il choisi les endroits de l’île à visiter ?
Le projet de Halpern a pris naissance dans un contexte particulier. Le 6 novembre 2018, il a été retenu pour son projet sur la Guadeloupe, lors de la 22ème édition de Paris Photo. Cette foire, bien que sans stands de barbes à papa ou d'auto-tamponneuses, est un lieu de rencontre pour les professionnels de la photo et d'acquisition d'œuvres d'art, comme ce tirage de William Eggleston pour 68 550€. Halpern a entamé son travail par une phase de recherche et de lecture de romans et de poésie issus de la région, puis il a appris l’histoire du lieu.

Accroupi, Halpern a embrassé ses deux petites filles, sous le regard bienveillant de sa femme, une scène qui, s'il n'en était pas l'acteur principal, aurait pu ressembler à un cliché. Moins de 8 heures plus tard, il était à Pointe-à-Pitre, la principale ville de la Guadeloupe. Ses seuls souvenirs de l’île remontaient à l’enfance, lors de vacances familiales, lui laissant l'excitation du voyage d'antan. Aujourd’hui, l’innocence avait laissé place à un mélange de doute et d’anxiété. Chaque nouveau projet balaye d’un revers de main les certitudes acquises des réussites passées. Premièrement, il n’avait jamais photographié en dehors des États-Unis. Deuxièmement, il avait peu de temps sur place, seulement quelques mois, alors que ses anciens projets avaient pris des années. Il aimait comprendre ce qui ne fonctionnait pas, puis revenir faire des images avec une vision plus claire. Enfin, il ne parlait pas la langue ; son niveau de français médiocre ne l’incitait pas non plus à l’optimisme. Halpern adorait photographier les gens. Il se rassurait en visualisant ce qui l’avait poussé à choisir la Guadeloupe.
Halpern était serein au moment où apparut la Guadeloupe et ses deux îles principales, aux airs de papillon difforme. Installé dans sa chambre d’hôtel à Pointe-à-Pitre, Halpern étudia une carte de l’île. Chaque jour, il prévoyait de visiter un ou deux lieux, davantage une excuse pour sortir de sa chambre qu’un plan strict à suivre. Dehors, il se laisserait guider par son instinct et s’ouvrirait aux surprises. Pour que ses images fonctionnent, elles devraient surprendre, déranger ou faire réfléchir.
La chronique de Gérard Collard - Les autos tamponneuses
Gregory Halpern loua une voiture et engagea un guide local. Ensemble, ils prirent la direction du hameau de Sainte-Marie, dans la commune de Capesterre Belle-Eau. Halpern s’approcha du monument. Le buste de Colomb, perché sur une colonne de plusieurs mètres, sculpté dans un marbre de Carrare, l’un des plus blancs qui soit, avait aujourd’hui perdu de sa superbe. Halpern tenta d’en savoir plus. Il se rappela les mots sur les Indiens : « Les Indiens étaient si naïfs et si peu attachés à leurs biens que quiconque ne l’a pas vu de ses yeux ne peut le croire. Lorsque vous leur demandez quelque chose qu’ils possèdent, ils ne disent jamais non. Bien au contraire, ils se proposent de le partager avec tout le monde. » Halpern enragea : « C’était le colonisateur parfait, un prédateur vicieux se faisant passer pour un ambassadeur de la civilisation. » C’était vraiment terrifiant de penser à la puissance de certains récits lorsqu’ils servent l’intérêt du capitalisme et lorsqu’ils sont officiellement adoptés par l’État. À travers ce buste de Colomb vandalisé, Halpern percevait la violence de la colonisation. Il se rendit souvent à cet endroit, attendant que la lumière soit idéale.
La nuit fut quelque peu agitée. La découverte de la veille s’était poursuivie dans sa tête, comme une désagréable ritournelle. Le musée Schœlcher l’attendait, bien dans son jus. Victor Schœlcher, homme politique français du 19ème siècle, est célébré dans toute la France pour être le père de l’abolition définitive de l’esclavage. En se rapprochant d’historiens, Halpern comprit que la réalité était bien plus complexe. Le rôle des Noirs dans leur propre émancipation était largement occulté par l’Histoire. Le mythe national qui continuait de circuler était celui d’une libération par des Blancs généreux. Musée Schœlcher, villes à son nom, billets de banque à son effigie, statues à sa gloire. Dans la cour extérieure du musée, Halpern remarqua une sculpture en pierre représentant Victor Schœlcher, elle aussi vandalisée.
Non loin de son hôtel, juste devant le collège Nestor-de-Kermadec, une fresque attira l’attention d’Halpern. Elle immortalisait une scène qui s’était déroulée en mai 1967 sur la place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. Srnsky excitait le chien en s’écriant : « Dis bonjour au nègre ! » Après l’attaque du molosse, Balzinc fut secouru par la foule. Au même moment, Srnsky narguait les passants et les policiers guadeloupéens venus aider le vieil homme. Le 26 mai vers midi, une foule était rassemblée devant la Chambre de commerce de Pointe-à-Pitre pendant que se déroulaient des négociations entre organisations syndicales et représentants du patronat. De violents affrontements commencèrent entre les gendarmes et les manifestants. La situation dégénéra : les forces de l’ordre abattirent deux jeunes Guadeloupéens. La gendarmerie mobile et les CRS, appuyés par l’armée, tirèrent sur la foule, faisant plusieurs dizaines de blessés et de morts. Le bilan officiel de ces journées était de 8 morts. En 1985, un ministre socialiste de l’Outre-mer, Georges Lemoine, lâcha le chiffre de 87 morts. Halpern était sensible à cette fresque, symbole du racisme et du sentiment révolutionnaire qu’il percevait en Guadeloupe.
Chaque journée commençait par le même rituel. Halpern s’arrêtait dans un vieux troquet près de son hôtel, réfléchissait à sa journée autour d’un café et de France-Antilles, le journal local. L’endroit était comme il l’avait imaginé : du sable doré et une eau turquoise, des cocotiers que l’on croirait placés à des endroits stratégiques. Pour être dans le moment présent, Halpern éteignit son téléphone et commença à marcher sur cette plage aux airs de croissant géant. Une matinée à déambuler au milieu des touristes. « Et si finalement, je n’étais qu’un touriste glorifié », se dit Halpern. Les ravioles farcies de poisson et de crevettes n’y changèrent rien. Une voix s’amplifia dans sa tête : et s’il n’était qu’un colonialiste, arrachant des images de la Guadeloupe à son profit.
Dès le milieu de l’après-midi, le soleil commença à descendre, les ombres s’allongèrent et les touristes quittèrent la plage. Apparut alors un jeune homme tatoué du décret d’abolition de l’esclavage. Malgré son hésitation, Halpern l’aborda dans un français approximatif. En quelques mots il lui expliqua son projet, suggéra une pose très simple et le photographia. Maintenant, Halpern connaissait un peu mieux l’histoire de l’esclavage en Guadeloupe. Une histoire douloureuse qui avait vu l’esclavage être rétabli après sa première abolition. En 1794, les Britanniques envahirent la Guadeloupe, alors contrôlée par la France. Les Français gagnèrent la bataille, en partie parce qu’ils avaient enrôlé des esclaves pour se battre à leurs côtés, en promettant d’abolir l’esclavage en cas de victoire. Mais huit ans plus tard, en 1802, ils le rétablirent sous les ordres de Napoléon. Halpern sentait que sa photo contenait beaucoup de douleur, de combativité et d’histoire. C’était finalement un bon jour pour Halpern.
Sous la moustiquaire, la nuit avait été courte et le réveil difficile. Un sifflement semblable à un chant d’oiseau n’avait cessé qu’au petit matin. Aujourd’hui, Halpern prit la direction de la pointe des Châteaux, célèbre pour ses paysages spectaculaires. Après avoir longé la plage et grimpé en haut du Morne Pavillon, le spectacle commença. Et il était conforme à ce que le petit guide de voyage indiquait. Oui, ici la Nature semblait bien « avoir conservé tous ses droits. Face à « cette beauté indescriptible tant les mots manquent », Halpern était perplexe. Mais comment rendre compte de l’exubérance de ce qu’il avait devant les yeux sans tomber dans le piège de la carte postale ?
Quand il a décidé de se rendre en Guadeloupe, Gregory Halpern s’est tout de suite plongé dans la littérature antillaise. C’est un réflexe quand on est diplômé en lettres comme lui. Comme l’écrit Clément Chéroux, une image revient en permanence tout du long, « celle d’une population des Antilles composée en grande partie de descendants d’esclaves, et de ce fait, éloignée de la terre de ses racines, l’Afrique. » Lorsqu’il se gara sur le parking du port de Petit-Canal, Gregory Halpern ne put s’empêcher d’imaginer les bateaux négriers qui débarquaient les esclaves depuis le continent africain. Dès les premiers vers de "Soleil Cou Coupé", Halpern s’est trouvé en terrain conquis, comme si la poésie de Césaire et sa propre photographie étaient faites du même bois. Il a été ému par ces poèmes visuels qui décrivent à la fois la beauté magique des Antilles ainsi que la douleur et la rage des habitants. Halpern monta l’escalier qui menait autrefois à l’esplanade où avait lieu la vente des esclaves. La totalité de la toiture avait disparu et il ne restait aujourd’hui que quelques grilles aux ouvertures. La métaphore était évidente pour tout le monde : les esclaves qui avaient brisé leurs chaînes et les murs de leur prison. Il marcha dans les rues, au hasard. C’est alors que rue Raspail, sorti de nulle part, un petit chat apparut. Il le suivit jusqu’à ce que l’animal disparaisse dans ce qui semblait être une propriété privée. Le panneau à l’entrée indiquait clairement où il se trouvait. « La beauté, et la promesse qu’elle implique, est la métaphore qui donne à l’art sa valeur. »
Tout au long du projet, Halpern travailla en étroite collaboration avec Clément Chéroux, le parrain du programme Immersion. Avec Chéroux, il se sentait soutenu et en totale confiance. Outre l’organisation thématique, un autre découpage apparaissait au fil des pages. Selon lui, elles auraient mis en avant deux mondes polarisés : celui des touristes et celui des locaux. C’est une autre façon de voir l’île, peut-être plus réductrice. Cet article visait aussi à désacraliser ce que l’on nomme, souvent de manière abstraite, la vision d’un photographe. Après tout, les grands photographes sont tous remplis de doutes, comme nous.
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