Le Figuier de Barbarie : Culture, Résilience et Enjeux d'une Plante Méditerranéenne

Le figuier de Barbarie, connu sous le nom scientifique Opuntia ficus-indica, est une merveille de la nature qui ne demande pas d’arrosage, dont les jeunes raquettes sont comestibles comme un légume et dont les fruits ont peu d’ennemis. Cette espèce de grand cactus est devenue un élément emblématique des paysages méditerranéens, bien que son origine soit mexicaine. Originaire du Mexique, pays d’origine de la plante, elle a été rapportée par Christophe Colomb à la fin du XVe siècle. Il en rapporte des plants qui s’acclimatent très rapidement sur le sol espagnol, y compris dans des conditions arides et sur des sols rocailleux. Les barbaresques repèrent rapidement la nouvelle venue et l’importent à leur tour sur les rivages du Maghreb, si bien qu’elle est désormais très largement répandue sur tout le pourtour méditerranéen.

Illustration d'un champ de figuiers de Barbarie sous un soleil méditerranéen

Biologie et adaptation au milieu

Opuntia ficus-indica est une espèce de grand cactus constitué d’un empilement géométrique de grosses feuilles charnues en forme de raquettes. Ces dernières, appelées cladodes, contiennent de l’eau et refont des racines si elles tombent au sol, ce qui explique la facilité avec laquelle la plante s'adapte aux environnements les plus hostiles. La plante réclame le plein soleil dans les régions méditerranéennes et un minimum d’heures de soleil (6 par jour en été). À la mi-ombre (moins de 5 h de soleil par jour en été), la plante pousse peu et devient plus sensible aux ravageurs, en particulier les cochenilles.

Bien qu’Opuntia ficus-indica soit un cactus, il ne faut pas penser que la plante déteste l’eau. Entre avril et octobre, ce cactus apprécie les pluies et supporte même une inondation de quelques jours, sans conséquences. En hiver, il apprécie une terre plus sèche mais a quand même besoin d’eau. Une privation d’eau en fin d’hiver influe négativement sur la quantité de fleurs produites. Il ne faut pas laisser la plante avoir soif au point de voir les raquettes se rider. Opuntia ficus-indica apprécie les terres plutôt riches. En pleine terre et dans les régions de culture, on met parfois du fumier de plantation au fond du trou, pratique qui n’est pas recommandée en France métropolitaine. Toutefois du compost mûr sera utile, tout comme un engrais à libération lente (corne broyée).

Résistance au froid et déjointage

Opuntia ficus-indica est plus résistant au froid qu’on ne le croit souvent. La plante est endommagée lorsque les températures descendent en dessous de -5°C : les plus jeunes raquettes sont grillées. Lorsque la température descend encore en dessous (-5°C à -8°C), la plante est rabattue jusqu’à la souche. Il faut une gelée inférieure à -8 °C voire -10°C pour tuer un Opuntia ficus-indica qui avait formé une souche épaisse. Au sec, dans d’excellentes conditions et selon les variétés, une souche peut repartir du sol même après un épisode à -15°C.

Sur les jeunes figuiers de Barbarie, le gel modéré a tendance à « déjointer » la plante : la base des cladodes (les raquettes) se ramollit sous l’effet des basses températures et le tout se brise sous le poids, même si les raquettes ainsi détachées sont viables. On peut comparer ce phénomène à celui d’autotomie, où la plante se taille elle-même. Mais le déjointage par le gel est pénalisant car il réduit la taille de la plante et peut faire perdre une année entière, voire plus.

Des FIGUIERS RÉSISTANTS au FROID - CULTURE, ENTRETIEN et MALADIES

Variétés et diversité des fruits

Les figuiers de Barbarie ont peu de diversité ; il semble qu’il n’y ait pas plus d’une douzaine de grands types de figues de Barbarie, avec toutefois beaucoup de petites variantes, c’est-à-dire des clones, qui eux se comptent par centaines. Il existe plusieurs types de figues de Barbarie en fonction de leur couleur (verte, blanche, orange, rouge ou jaune) et de leur forme (arrondie ou allongée). Certaines variétés ont une couleur de peau qui n’est pas celle de leur chair.

Pour caractériser sérieusement une figue de Barbarie, il faut évaluer près d’une trentaine de caractères morphologiques. Certaines variétés d’Opuntia ficus-indica ont des épines (Opuntia ficus-indica var. megacantha, parfois considéré comme une espèce à part, Opuntia megacantha). Leurs fruits sont bien sûr comestibles mais de récolte moins confortable. C’est pour cela que l’on cultive surtout des figuiers de Barbarie sans épines. Nous avons remarqué que les figuiers de Barbarie épineux sont très nettement moins vigoureux que les variétés inermes.

À côté du vrai figuier de Barbarie, il existe un certain nombre d’Opuntia qui ont un ancêtre commun proche avec la figue de Barbarie, voire en sont peut-être les ancêtres sauvages. Il s’agit par exemple d’Opuntia albicarpa, Opuntia hyptiacantha, Opuntia joconostele, Opuntia maxima, etc. Ce sont des oponces à gros fruits, mais plus petits que ceux de la vraie figue de Barbarie, et souvent plus épineux. Certains cactus comme l’Opuntia robusta font des gros fruits, violets, mais assez médiocres. Les cactus les plus rustiques comme l’oponce du Texas, l’oponce inerme (Opuntia cacanapa ‘Ellisiana’) font des fruits souvent petits, brillants, et leur saveur va du « peu intéressant » au « plutôt dégueulasse ».

Techniques de culture et fructification

Une raquette seule ne donnera pas de fruit et il faut attendre que le pied ait au moins 3 ans avant de fructifier. En pot, la fructification est tout à fait possible. La plante doit être vigoureuse et il faut l’arroser régulièrement si elle est en pot. Un figuier de Barbarie qui manque de soleil ne fleurira pas. La plante est autofertile mais nous avons remarqué que la production de figues de Barbarie est divisée par 3 voire 5 lorsqu’il n’y a pas d’autre Opuntia fleurissant à proximité. Pour récolter beaucoup de figues de Barbarie, pensez à planter des Opuntia dans les environs. Vous pouvez aussi promener un pinceau de fleur en fleur.

Attention aux sujets à une seule raquette et portant des fruits, que l’on trouve souvent en jardinerie et réseaux non spécialistes : une plante trop jeune ou affamée ne donnera pas en pot. Les fruits d’Opuntia ficus-indica sont bons à récolter à partir de la fin août au plus tôt, souvent mi-septembre. Les fruits doivent être cueillis sur la plante car si vous attendez qu’ils tombent à terre, ils seront trop mûrs. Une pince à cornichons (ou autre pince en bois de préférence) et un couteau sont les meilleurs outils.

Schéma illustrant la récolte sécurisée des fruits avec une pince en bois

Usages culinaires et industriels

C’est en salade de fruit ou en gelée que la figue de Barbarie donne le meilleur d’elle-même. Pour les plus cuisiniers, on peut aussi en faire des smoothies ou des cocktails, ainsi que des sorbets, en employant la partie de la chair qui n’a pas de graines. De même, on peut en faire du cuir de fruit, des pâtes de fruits, des sirops et coulis. Les jeunes raquettes d’Opuntia ficus-indica se consomment lorsqu’elles sont encore souples, dépourvues d’épines dures. On brosse les raquettes avec le dos d’un couteau pour les débarrasser des jeunes épines et de ces petites cornes vertes qui sont en fait les véritables feuilles (éphémères) du cactus. Ces raquettes prennent alors le nom de nopal et sont consommées poêlées, coupées en tranches larges de 5 mm environ.

Au-delà de la consommation directe, le figuier de Barbarie est une ressource industrielle majeure. Au Mexique, une usine valorise les résidus végétaux : l’écorce et les piquants, une fois broyés, chauffés et fermentés, produisent par fermentation du biogaz et de l’électricité, mais aussi du compost. En Tunisie, les pépins sont pressés pour en extraire l’huile, et les résidus servent de compost et d’aliment pour le bétail. Chaque fruit contient environ 300 pépins et il faut environ une tonne de fruit pour obtenir 35 kg de pépins à partir desquels on pourra extraire un litre d’huile.

Impact environnemental et gestion de l'invasion

Le figuier de Barbarie est en total accord avec la permaculture : il sert à lutter contre l’érosion, demande peu d’entretien et peut servir de plante fourragère. Il se cultive actuellement environ 150 000 hectares de figues de Barbarie dans le monde, rien que pour la production fruitière. Cependant, cette espèce de cactus est dans le viseur de l’Office national des forêts (ONF) qui la juge trop envahissante et donc dangereuse pour la biodiversité.

Dans le massif de l’Estérel (Var), des agents sont chargés d’arracher ces plantes pour éviter leur prolifération. Originaire du Mexique, le figuier de Barbarie colonise progressivement les falaises du Dramont, mettant en péril la végétation endémique. La Barbe de Jupiter et la Criste-marine sont deux espèces de plantes affectées par les figuiers de Barbarie. Pour un arrachage efficace, il faut éliminer le plan principal sans oublier les petits morceaux, car ce sont les raquettes qui contiennent de l’eau et refont des racines. Pas de panique si vous avez un figuier de barbarie dans votre jardin ou même en pot : vous pouvez le conserver, mais il est conseillé d'éviter les plantations en bordure des espaces naturels afin de préserver la flore locale.

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