
Les courges, longtemps oubliées, connaissent un retour en force spectaculaire, s'octroyant une place de choix au sein de notre alimentation moderne. Elles sont non seulement pauvres en calories, mais également riches en antioxydants, remplies de sels minéraux et de vitamines du groupe B, offrant une protection contre les cancers, les maladies cardiovasculaires et le vieillissement cellulaire. À l'heure où "manger mieux" est devenu une priorité, ces légumes ancestraux reviennent avec pertinence dans nos assiettes. Au-delà de leurs qualités nutritives, les courges offrent une incroyable diversité culinaire, et même leurs fleurs se mangent, comme la fleur de courge, un mets délicat prisé dans de nombreuses cuisines. Ce renouveau des légumes et l'intérêt croissant pour les produits locaux et respectueux de l'environnement s'inscrivent dans une tendance plus large, celle de la consommation consciente, qui s'étend également au monde des fleurs coupées.
La Courge : Un Trésor Culinaire et Nutritionnel
La courgette, en particulier, est le légume idéal pour les belles journées et la chaleur, offrant une fraîcheur bienvenue. Elle se prête à d'innombrables fantaisies culinaires : en gaspacho, en tartare avec de la feta, en carpaccio arrosée de citron et d'huile d'olive, finement tranchée à l'aide d'une mandoline, en beignet ou en purée. Elle peut également être dégustée en escabèche, seule ou accompagnée, chaude ou froide, servir de farce pour légumes ou ravioles et être farcie à son tour, à l'instar du pâtisson. Mais l'audace culinaire ne s'arrête pas là : même ses fleurs se mangent.
Lorsque les températures chutent et que le besoin de douceur se fait sentir, les gratins de courge sont une option irrésistible, souvent couronnés d'une couche de fromage dorée et croquante. Le butternut, excellent en soupe relevée d’une pointe de vanille, la citrouille ou le potiron sont alors des choix privilégiés. Pour une touche originale et gourmande, les courges se transforment en desserts détonants. La courgette a toute sa place dans les préparations sucrées, en confiture ou pour remplacer le beurre dans un gâteau au chocolat. Le potiron est également excellent dans ces préparations, comme en témoigne le po’e, une douceur polynésienne qui s’apprécie sans difficulté après un bon repas. Ces usages variés et créatifs des courges mettent en lumière leur polyvalence et leur capacité à s'adapter à toutes les saisons et à toutes les envies.
L'Engagement d'Hugo Clément pour une Consommation de Fleurs Responsable
Biocarburants : l’envers du décor écologique - Sur le front avec Hugo Clément
Hugo Clément, connu pour son engagement végétarien et son attention particulière à l'origine de ses fruits et légumes (bio et locaux autant que possible), a étendu cette démarche aux fleurs coupées. Il a longtemps acheté des bouquets chez le fleuriste sans se poser la moindre question sur l’origine des fleurs ou leurs conditions de culture. C'est en réalisant une enquête pour « Sur le Front » qu'il a pris conscience des enjeux. L'exemple d'un bouquet d'hortensias en Bretagne illustre parfaitement la complexité de la filière. Le bouquet est placé dans un pot, sur un roll avec d’autres, et embarqué dans un double semi-remorque direction les Pays-Bas. Il est vendu, rembarqué dans un autre camion, direction la France, et plus précisément chez un fleuriste de la banlieue parisienne.
Ce voyage rocambolesque révèle l'ampleur du marché international de la fleur, centré autour d'entrepôts gigantesques aux Pays-Bas, longtemps le plus grand du monde. Ces lieux sont totalement hallucinants, recevant des millions de fleurs chaque jour du monde entier, par camion, par avion. Tout y est mécanisé, avec des robots qui placent les plantes sur les rolls et des centaines d'employés qui se croisent au volant de chariots élévateurs, tandis que des opérateurs vendent les stocks de fleurs coupées. Les Hollandais sont très fiers de cette industrie, qu'ils considèrent comme une preuve de leur maîtrise du marché européen, voire mondial, de la fleur.
Les Impacts Environnementaux et Sociaux de l'Industrie Florale Mondiale
Cet aspect de l'industrie florale, souvent méconnu du grand public, soulève des préoccupations environnementales et sociales importantes. Les pesticides, par exemple, sont interdits dans l’Union européenne, mais pas en Afrique. Hugo Clément a tourné une partie de son reportage dans une exploitation de roses en Éthiopie. Les fermes horticoles africaines qui produisent uniquement des roses n’ont évidemment pas besoin de chauffage, ce qui pourrait sembler un avantage. Cependant, les roses cultivées en Afrique, dont le parfum embaume les salons européens, sont souvent bourrées de pesticides. Des analyses effectuées dans un laboratoire spécialisé aux Pays-Bas l'ont confirmé.

Les conséquences de ces pratiques sont dramatiques. Souvent, les ouvriers pulvérisent ces produits sans équipements de protection appropriés, mettant leur santé en danger. De plus, la ferme visitée, qui produit 1 million de fleurs par jour, rejette ses résidus chimiques dans un lac qui est désormais très pollué. Les hommes n’ont quasiment plus rien à pêcher, et des maladies se développent parmi les populations locales. Cette filière a pratiquement détruit l'économie locale de la pêche, alors que, dans le passé, de nombreuses fleurs étaient produites localement de manière plus durable.
Vers un Avenir Floral Durable : L'Essor des Fleurs Françaises
Face à ces constats alarmants, Hugo Clément a rencontré des producteurs, des horticulteurs et des fleuristes responsables, soucieux de l’environnement. Il constate un désir croissant de consommation bio, un retour à la nature et le développement des ventes directes à la ferme. Il espère que les consommateurs se tourneront de plus en plus vers les fleurs coupées françaises. Lui-même n'achète désormais plus que des fleurs produites en France, se renseignant systématiquement sur l’origine des bouquets. Il est crucial que les clients soient de mieux en mieux informés pour changer leurs habitudes d’achat, évitant d'acheter "n’importe quoi, à l’aveugle".
Hugo Clément insiste sur le fait qu'il ne faut pas en vouloir aux fleuristes. Si ces derniers se fournissaient uniquement en fleurs françaises, faisant l’impasse sur les Pays-Bas, leurs magasins ne seraient pas suffisamment achalandés pour répondre à la demande actuelle. C'est pourquoi l'émergence de nouvelles fermes florales un peu partout en France est une excellente nouvelle. Ces fermes produisent et accueillent des personnes qui souhaitent se former. Pour se lancer, il faut être formé, car on ne s’improvise pas horticulteur en deux minutes. Il existe encore quelques formations horticoles en fleurs coupées, mais elles ne sont pas assez nombreuses. L’autre problème majeur est l’accès à la terre, un obstacle significatif pour les jeunes entrepreneurs floraux. Il est important de rappeler que les roses rouges pleines de pesticides offertes pour la Saint-Valentin peuvent être remplacées par des fleurs françaises, plus respectueuses de l'environnement et de la santé.

Les Artistes et Mécènes du Passé : Un Parallèle avec l'Écologie
L'histoire nous offre des perspectives intéressantes sur la relation entre les créateurs et leurs commanditaires, qui peut être mise en parallèle avec la collaboration nécessaire pour une transition écologique. Jadis, les artistes étaient étroitement liés à leurs mécènes, qu'ils fussent évêques et abbés du XVe ou XVIe siècle, ou même le pape Léon X. Le commanditaire intervenait directement dans la composition des tableaux, fournissant les modèles, suggérant les textes à inscrire et même exigeant des détails spécifiques comme l'emploi de l'or et de l'azur. Une prédelle, par exemple, était une partie essentielle du rétable, et les commanditaires la gardaient par-devers eux pour vérifier si l'artiste s'en écarterait. Cette collaboration intense garantissait que l'œuvre répondait précisément aux attentes et aux messages que le mécène souhaitait transmettre. Il lui fournissait d'abord les modèles, et il y avait davantage.
Les peintres ne devaient pas s'écarter des traditions établies. Pour une Annonciation, l'Ange était toujours à droite et la Vierge à gauche, la tête du Christ penchée sur l'épaule, la Madeleine restant toujours aux pieds. Le changement dans la couleur des vêtements de la Vierge ou la présentation des instruments de supplice sur un plateau étaient des éléments fondamentaux. Sainte Apollonie, par exemple, était représentée avec une dent au bout d'énormes tenailles, et sainte Marie-Madeleine tenait un vase de parfums. L'artiste se distinguait par l'exécution, la qualité du dessin et de la couleur, mais non par l'originalité du sujet. Il s'agissait d'exécuter un portrait exact et vivant.
L'imagination artistique, bien que contrainte, pouvait encore s'exercer de diverses façons, notamment par des qualités éminentes de dessin et de couleur. Les artistes d'alors avaient une tendance à copier servilement leurs modèles, mais ils n'étaient jamais grossiers, à de très rares exceptions. Qui étaient ces commanditaires ? Loin des rois, princes ou grands dignitaires ecclésiastiques, qui étaient des amies des arts, les registres des notaires nous apprennent que c'étaient souvent des gens du peuple, des personnes peu opulentes, qui formaient l'aristocratie locale et finançaient la plupart des travaux. L'œuvre créée par le peuple et pour le peuple était l'expression des sentiments et de la volonté de toute une population. Ces commandes étaient souvent motivées par la foi et le désir de salut. Les Franciscains, très présents à cette époque, encourageaient la dévotion à la Vierge et à la Passion du Christ, offrant ainsi un moyen de transmission de la foi à toutes les classes de la société.
L'Art Sacré et la Quête de Rédemption : Une Réflexion sur la Spiritualité

Les rétables étaient des supports visuels puissants pour rappeler les hauts faits des ancêtres et les mystères de la foi. Ils mettaient en scène des saints dont les vertus et les miracles avaient le plus de réputation dans le pays, ou encore des bienheureux dont la protection bienfaisante devait écarter le danger et la maladie. Les sentiments auxquels obéissaient particuliers et collectivités n'étaient pas difficiles à démêler. Les processions, bien plus fréquentes et admirées que les cortèges laïques, célébraient particulièrement la vie et la passion du Christ, souvent portées par des représentations de la Vierge de Miséricorde, où le manteau de Marie abritait les fidèles.
La Vierge, en particulier, était une figure centrale de la dévotion, transmise par les Franciscains dans toutes les classes de la société. Elle permettait de méditer facilement sur les misères de l'Homme-Dieu et sur les souffrances de sa mère. Les scènes de la Passion, souvent présentées avec les instruments de supplice, rappelaient que le salut n'était possible que par les mérites de la Rédemption. L'éloquence de ces rétables, tel celui de Puget-Théniers, était bouleversante, suscitant la prière et la quête du pardon. Les donateurs n'hésitaient pas à se faire représenter seuls ou accompagnés de leur famille sur ces œuvres, cherchant une intercession constante auprès de Dieu et des saints.
Ces œuvres d'art, souvent d'un mérite pictural indéniable, étaient destinées à des âmes naïves et des cœurs purs. Elles n'étaient pas seulement des objets d'esthétisme, mais des supports de piété, des prières visuelles qui transmettaient des messages profonds sur la vie, la mort et le salut. La Vierge, plus douce, plus tendre, plus maternelle, transmettait la requête de pardon à son Fils bien-aimé. Une gravure curieuse, d'une extrême rareté, représente la Vierge Marie tenant Jésus dans la main droite et une fleur dans l'autre, avec des symboles et des devises comme « Pulchrior in altis » (Plus belle dans les hauteurs) ou « Dulciter dura trahit » (Elle attire doucement ce qui est dur), soulignant son pouvoir d'attraction et sa capacité à apporter la joie et la grâce divine aux naufragés du monde entier. La fleur, dans ce contexte, représente la grâce, la beauté et l'amour divin, un symbole puissant qui transcende les époques.
Le Quotidien et les Préoccupations Locales : Un Miroir de la Société

Les archives municipales de Nice révèlent des détails fascinants sur la vie de la cité, des personnalités locales et des commandes artistiques. Le mérite de ces archives est la principale source d'information pour comprendre le contexte historique de l'époque. On y trouve des mentions de Baldoino, André, avocat des pauvres, ainsi que deux prêtres, dont Gaspard Raiberti. Le frère de Marc, Jean-Gaspard, est particulièrement intéressant. Non entré dans les ordres, il est mentionné pour des armoiries dessinées par un Arduffi, natif de la Bresse. Son contrat de mariage avec Berthoumairette Calvia mentionne une ceinture de cebrissi, offrant un aperçu des coutumes et des parures de l'époque.
Gaspard Baldoino, peintre, sculpteur et ingénieur, est une figure notable. En 1623, il est rémunéré pour rafraîchir les peintures du clocher municipal et achète des draps que la ville lui rembourse. Il est également impliqué dans des projets religieux, comme la châsse d'argent volée à la fin du siècle dernier. En 1639, il devient maître de Nice et dessine un bastion pour les syndics en 1640. Il est également sollicité pour des événements importants, comme le mariage du prince, où il est chargé des peintures du plafond de la cathédrale. Il participe à la création d'un drapeau colonel pour un régiment allant en Piémont et de drapeaux pour la procession de la Fête-Dieu, flotant en tête du corps municipal.
Une gravure sur cuivre, d'une extrême rareté, représente la Vierge de Miséricorde, un thème populaire à l'époque. Elle a 33 centimètres de haut sur 25, et de chaque côté de l'autel, un bassin avec deux burettes. Jésus dans la main droite et une fleur dans l'autre. Cette gravure est peut-être le dessin dont le Père Maurice de Savoie, oncle du duc Charles-Emmanuel II, a commandé la reconstruction de la cathédrale de Nice, qui commença en 1650. La devise qui l'accompagne, « Hostium spoliis », et les deux étoiles d'or, ajoutent à son mystère et son importance symbolique.
Ces détails révèlent une société où l'art et la religion étaient intimement liés à la vie quotidienne, et où les artisans comme Baldoino jouaient un rôle essentiel dans la représentation des valeurs et des croyances de la communauté. La demande d'un « état de la ville et du château de Nice », dessiné par Gaspard en tant qu'ingénieur et expédié par la municipalité, montre son expertise en cartographie et en urbanisme. Les archives nous éclairent sur les monuments représentés par Baldoino et son implication dans des projets allant de la rénovation de la cathédrale à la conception de fortifications, démontrant la polyvalence des artistes de l'époque.
Héritage et Renouveau : Des Outils Anciens aux Innovations Modernes
Le passé offre des leçons précieuses sur la durabilité et l'ingéniosité. Avant l'ère du plastique et des emballages jetables, nos grand-mères cuisinaient avec des outils conçus pour durer des générations. Cette philosophie de la durabilité résonne avec le retour actuel aux pratiques de consommation plus conscientes.
Aujourd'hui, l'art de la pâtisserie continue d'évoluer, tout en s'inspirant parfois des traditions. Frédéric Simonin, restaurant 1 étoile à Paris, confie sa partition sucrée au chef pâtissier Guillaume Levasseur depuis plus de 15 ans. Le flan pâtissier, douceur régressive et intemporelle, connaît depuis quelques années une renaissance spectaculaire. Ces exemples illustrent comment l'excellence artisanale et l'attention aux détails traversent les époques, rappelant l'importance de la qualité et de la provenance dans nos choix de consommation, qu'il s'agisse de fleurs ou de mets sucrés.
La résurgence de la courge dans nos assiettes et l'appel à une consommation de fleurs plus éthique par Hugo Clément témoignent d'une prise de conscience collective. Ce n'est pas seulement une question de goût ou de préférence esthétique, mais un choix fondamental pour la santé, l'environnement et le soutien des économies locales. Le passé, avec ses outils durables et ses valeurs communautaires, nous éclaire sur le chemin à suivre pour un avenir plus respectueux de la nature et des hommes.