Comprendre la chute des fleurs et les défis de la culture de l'abricotier

L’abricotier (Prunus armeniaca) est un arbre fruitier très convoité à planter dans son jardin. Les beaux fruits d’une jolie couleur orange, la texture de la chair fondante et sucrée, ça donne envie ! Toutefois, la culture de cet arbre n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Il arrive fréquemment que le jardinier observe avec inquiétude une chute précoce des fleurs ou une absence de nouaison. Ce phénomène, bien que souvent alarmant, répond à des mécanismes biologiques précis, des aléas climatiques ou des pressions pathogènes.

Schéma illustrant le cycle de vie de l'abricotier et les étapes critiques de la floraison

Les mécanismes biologiques de la chute des fleurs

Il est tout d'abord essentiel de distinguer un phénomène naturel d'une anomalie. Il est normal qu'à partir de la pleine floraison les pétales commencent à tomber. Les fleurs d'abricotier qui tombent, c'est un spectacle courant. Regarde bien dans les jours qui viennent, tu vas voir, à leur place, des petits fruits en formation. En ce moment, le sol est jonché de pétales.

Cependant, lorsque ce sont des fleurs entières qui chutent, le diagnostic peut être différent. L'arbre fait son cycle, les fleurs sont stériles, pas pollinisées. Au bout d'un moment, l'arbre les décroche. Ce processus est une régulation naturelle de l'arbre face à un manque de fécondation ou à une production excédentaire.

L'impact déterminant du climat et du réchauffement

Les abricotiers fleurissent fin mars / début avril. S’il gèle durant ou après la floraison, les fleurs « coulent ». Cette fin d’hiver est marquée par une douceur agréable, mais inquiétante pour les arboriculteurs. Les abricotiers sont déjà en fin de floraison. Une précocité qui s’affirme année après année.

Le besoin de froid et la dormance

L’abricotier a besoin d’un quota d’heures de froid en hiver (vernalisation) pour « réveiller » ses fleurs. Si l’arbre n’a pas eu son « compte » de froid, il considère que l’hiver n’est pas fini et garde ses fleurs fermées jusqu’à ce qu’elles meurent. Si vous observez un abricotier avec des feuilles avant les fleurs, le diagnostic est malheureusement sans appel : vous n’aurez probablement aucun fruit cette saison.

Le risque de gel printanier

La première quinzaine du mois d’avril est cruciale, voire critique pour les arboriculteurs. Avec cet hiver doux et une floraison précoce, les petits fruits se forment tôt et sont vulnérables. Le risque est beaucoup plus important. On peut tout perdre. La nuit du 7 au 8 avril 2021 est restée dans les mémoires comme le pire de ces 45 dernières années pour l’arboriculture et la vigne dans les départements de la Drôme et de l’Ardèche : un épisode de gel noir avec des températures tombées sous les -7°C avait occasionné des dégâts considérables dans les vergers.

Mise en place de la protection contre le gel dans les vergers ! 🥶💪🏻

La moniliose : l'ennemi invisible des fleurs

La moniliose est une maladie qui touche d’abord la fleur de l’abricotier puis les feuilles et rameaux. C’est le champignon Monilia laxa qui est responsable de cette maladie très grave chez l’abricotier. Ce sont généralement des conditions chaudes et humides qui favorisent le développement des maladies cryptogamiques.

Symptômes et propagation

Lors de la floraison, le champignon pénètre dans le pédoncule des fleurs qui vont alors se dessécher. Les fleurs par lesquelles Monilia laxa a atteint l’arbre vont rapidement dépérir mais en restant accrochées aux rameaux. Les fleurs de l’abricotier ont été victimes d’une maladie cryptogamique : la moniliose. Ce champignon atteint de nombreux arbres fruitiers (pêchers, pommiers, poiriers…). Il hiverne dans les plaies des arbres.

Lutte et prévention

La prévention est absolument nécessaire dans tous ces types de maladies cryptogamiques. Les spores de champignons sont extrêmement volatiles et résistants, la lutte contre la moniliose ne peut donc pas se cantonner à l’application d’un traitement : celui-ci peut soigner l’abricotier mais il n'empêchera pas la maladie de s’installer à nouveau dès le printemps suivant.

Pour limiter l'utilisation de cuivre (bouillie bordelaise), d’autres produits peuvent être utilisés soit en alternance, soit lorsque l’attaque est faible et débute. Le purin d’ortie ou de prêle sont réputés comme traitements bio de la moniliose de l’abricotier. L’extrait d’ail ou de sauge sont également des fongicides qui agissent contre la moniliose chez l’abricotier.

Infographie comparant les traitements bio et chimiques contre la moniliose

Erreurs culturales et stress physiologiques

Les bonnes conditions de culture des végétaux sont une condition sine qua non de leur bonne santé, de leur résistance face à tout agresseur. Si l’arbre est planté sur une pelouse qui reçoit des arrosages automatiques et des apports d’engrais gazon, riche en azote, cela entraîne des suintements de gomme et la coulure des fleurs au printemps.

La gestion de la gommose

En cas de gommose, c’est un excès de sève qui sort de l’arbre au niveau des bourgeons ou à l’aisselle des rameaux. La gommose est souvent le résultat d’un stress (par exemple sur les jeunes sujets replantés), d’un problème de fertilisation déséquilibrée (excès ou carence), ou d’un vieillissement des arbres. L’écoulement de gomme est fréquent sur les abricotiers. Il s’agit d’une maladie due à des bactéries du genre Pseudomonas. Elles profitent d’une plaie, causée par le gel ou la taille, pour pénétrer dans le bois.

Conseils pour un verger sain

Pour favoriser que le vent puisse aérer votre arbre rapidement après la pluie : laissez de l’espace entre vos arbres fruitiers (4x5m) et faites une taille pendant l’hiver pour garder le cœur de l’arbre ouvert. Supprimez dès que possible les organes végétaux atteints qui sont des sources de contamination (inoculum) : chancres, fruits momifiés sur l’arbre ou tombés au sol, rameaux. Détruisez aussitôt ces déchets. Il est conseillé de les brûler mais leur compostage peut être une solution si votre compost est suffisamment chaud et actif.

Choisir des variétés adaptées

La plantation de variétés d’abricotiers plus résistants à la moniliose permet de limiter la contagion et la propagation de ce champignon.

  • ‘Commun de Nicole’ : petit fruit à peau claire et à chair très parfumée. À récolter début juillet.
  • ‘Muscat’ : abricot de calibre moyen, à la chair sucrée et juteuse, musquée. Il fleurit précocement pour une récolte mi-juillet. À installer dans les régions du sud de la France.
  • ‘Colonne somo’ : chair sucrée et parfumée, autofertile, maturité fin juillet.
  • ‘Lisa’ : une sélection suisse très récente issue de ‘Luizet du Valais’.

L'importance du porte-greffe

Les Prunus armeniaca greffés sur Prunus cerasifera Myrobolan donnent des arbres vigoureux et se plaisent en tout sol, calcaire, humide ou sec. Si votre sol est lourd et argileux, le porte greffe St Julien donnera des arbres qui resteront plus compact. Définitivement, les abricotiers n’aiment pas l’humidité. Les abricotiers Hunza nous viennent d’Afghanistan. Les arbres sont robustes et résistants à la sécheresse.

En observant régulièrement vos abricotiers, vous pourrez réagir rapidement et éviter la propagation de maladies qui peuvent toucher de nombreux arbres fruitiers. La patience et l'observation restent les meilleurs outils du jardinier face aux capricieuses floraisons de l'abricotier.

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