Le foin enrubanné est devenu, au fil des années, une solution incontournable pour la conservation des fourrages, particulièrement adaptée aux exigences sanitaires et nutritionnelles des chevaux. Cette technique, située à mi-chemin entre le foin sec traditionnel et l'ensilage, répond aux défis climatiques tout en offrant un produit de haute qualité. Comprendre les subtilités de sa récolte, de sa conservation et de sa distribution est essentiel pour tout propriétaire ou gestionnaire d'écurie soucieux du bien-être de ses animaux.

Les fondements de l'enrubannage : Qu'est-ce que c'est ?
L’enrubanné est un fourrage conservé par voie humide. Contrairement au foin traditionnel qui nécessite un séchage prolongé au sol pour atteindre une teneur en matière sèche (MS) élevée, l’enrubanné est récolté plus précocement. L'herbe est coupée, laissée à sécher pendant une période courte, puis pressée sous forme de bottes (généralement rondes) et enveloppée hermétiquement dans un film plastique.
L'objectif principal est de créer un milieu anaérobie, c'est-à-dire privé d'oxygène. Dans cet environnement clos, des bactéries lactiques naturelles transforment les sucres solubles du fourrage en acides lactiques. Ce processus d'acidification naturelle stabilise l'aliment, empêchant le développement de moisissures et de bactéries indésirables, tout en préservant les valeurs nutritionnelles initiales du végétal.
La récolte : Un processus de précision
La réussite de l'enrubannage commence dès la parcelle. Contrairement au foin qui demande au moins une semaine de beau temps stable, l'enrubannage offre une souplesse précieuse dans les régions au climat instable. La récolte se fait habituellement 48 à 72 heures après le fauchage.
Il est crucial de faucher à un stade de maturité idéal pour maintenir un ratio feuilles/tiges optimal. La teneur en matière sèche visée se situe idéalement entre 40 % et 60 %. En dessous de 40 %, le risque de fermentation butyrique augmente, ce qui peut altérer la qualité du fourrage et nuire à la santé digestive des chevaux. À l'inverse, au-delà de 60 %, le fourrage se rapproche du foin, perdant une partie de l'intérêt logistique de la technique.
Densité et mécanisation : Les facteurs de qualité
L’obtention d’une balle dense est primordiale pour garantir une bonne conservation. Une botte bien compactée limite la quantité d'air emprisonné, favorisant ainsi une fermentation lactique rapide.
- Le rôle de la presse : Les presses à chambre variable exercent une pression constante sur le fourrage, augmentant la densité des balles de manière plus efficace que les presses à chambre fixe. Entre un fourrage à 31 % MS et un autre à 54 % MS, la densité au pressage peut être accrue de 43 % avec une presse à chambre variable.
- L'utilisation du Rotocut : Le dispositif de hachage (rotocut) permet de réduire la taille des brins, ce qui améliore le remplissage de la chambre de pressage. Bien que cela augmente légèrement la consommation de carburant, il aide à obtenir des balles plus denses et uniformes, facilitant ainsi le transport et le stockage.
- Le liage : Le liage par film plastique, en substitution du filet traditionnel, permet d'obtenir une surface de balle plus lisse et favorise une meilleure étanchéité, réduisant ainsi le développement de moisissures en surface.
Combiné Presse Enrubanneuse #McHale - Danneels SBA - Ben Heine Video Marketing
L'intégrité du film : Le nerf de la guerre
Le stockage et la conservation de l'enrubannage reposent entièrement sur l'étanchéité du film plastique. Étant donné le fort ratio surface/volume, la moindre perforation compromet l'intégrité du milieu anaérobie.
Il est impératif de veiller à ce que les balles ne soient pas percées par des chaumes rigides ou des objets tranchants lors de la manipulation. Le dépôt de la balle doit se faire à l'arrêt, en chantier combiné ou décomposé, pour éviter tout cisaillement du plastique. Idéalement, l'enrubannage sur le site de stockage définitif réduit drastiquement les risques liés au transport des balles filmées.
Avantages pour la santé et la nutrition des chevaux
Le foin enrubanné est particulièrement plébiscité pour les chevaux souffrant de pathologies respiratoires ou digestives. Son absence de poussière réduit considérablement les risques d'allergies et d'irritations des voies aériennes.
Sur le plan nutritionnel, l'enrubannage préserve mieux les protéines brutes et les nutriments essentiels que le foin classique, dont les feuilles les plus fines et nutritives tombent souvent au sol lors des multiples manipulations nécessaires au séchage. Pour les chevaux âgés ou ayant des problèmes dentaires, la texture souple et humide de l'enrubanné facilite grandement la mastication.
Gestion des risques et bonnes pratiques
Bien que très qualitatif, l'enrubannage nécessite une vigilance accrue :
- Stabilité : Il est déconseillé de distribuer une balle avant au moins 6 semaines de stabilisation après la mise en balle, le temps que la fermentation s'achève correctement.
- Qualité sanitaire : Une odeur piquante, des mousses blanches, des moisissures noires ou l'écoulement de jus sont des signes alarmants de mauvaise fermentation. Un fourrage suspect ne doit jamais être distribué.
- Transition alimentaire : Le passage d'un régime foin à l'enrubanné doit être progressif, sur une période d'environ 15 jours, pour permettre à la flore intestinale du cheval de s'adapter.
- Consommation rapide : Une fois la balle ouverte, elle doit être consommée dans les 5 jours pour éviter la reprise de fermentations aérobies et le développement de moisissures.
- Gestion des déchets : Le film plastique usagé représente un déchet important. La réglementation impose sa collecte et sa valorisation via des filières spécialisées comme Adivalor, interdisant formellement le brûlage ou l'abandon dans la nature.
Considérations économiques et logistiques
L'enrubannage est une technique plus onéreuse que la production de foin, avec un coût de réalisation estimé environ 1,8 fois supérieur, principalement dû au prix du film plastique et à la mécanisation nécessaire. Toutefois, cette dépense est compensée par la possibilité de stocker le fourrage à l'extérieur, sans hangar, au plus près des animaux, et par la réduction des pertes de récolte liées aux aléas climatiques.
En permettant de faucher plus tôt, l'enrubannage favorise également une repousse plus précoce de l'herbe, optimisant ainsi la gestion des surfaces pâturables de l'exploitation. En maîtrisant chaque étape, du choix du matériel à la qualité de l'emballage, l'éleveur dispose d'un aliment de haute valeur nutritionnelle, sécurisant ainsi l'équilibre alimentaire de ses chevaux tout au long de l'année.