L'abricotier (Prunus armeniaca) n’est pas un arbre fruitier facile, du moins en ce qui concerne son environnement. Pour offrir ses fruits savoureux, un sol sec de bonne profondeur est nécessaire aux racines de l’abricotier et ses parties aériennes demandent du soleil et de la chaleur. Sa plantation se fait en terrain très perméable, à l’abri du vent et il lui faut également de l’eau au printemps pour se développer, ainsi que du froid l’hiver pour bien fructifier. Autant dire que la souplesse apportée par les porte-greffes est bienvenue ! Mais avec une plantation judicieuse et un porte-greffe adapté, à vous les tartes aux abricots !

Les exigences environnementales et le sol de prédilection
Cet arbre fruitier originaire d’Asie y est notamment présent dans l’Himalaya et s’est répandu en Asie Centrale avant de nous parvenir. Spontané, cultivé ou subspontané dans de nombreuses parties du monde, il garde cependant des préférences marquées autant en ce qui concerne le sol que le climat : il préfère la chaleur à l’humidité, surtout lorsque celle-ci est stagnante. Un environnement inadapté peut entraîner la gommose, qui peut à terme être fatale, ou d’autres problèmes de santé qui vont également jouer en défaveur de sa longévité.
Comme tous les arbres fruitiers, l’abricotier a besoin d’azote pour développer notamment son feuillage, de potasse pour favoriser la fructification, et nombre d’autres nutriments présents dans le sol. Le développement du système racinaire de l’abricotier est asynchrone avec celui des parties aériennes. L’abricotier s’épanouit en tout sol pourvu qu’il soit très bien drainé car ses racines sont très sensibles à l’humidité excessive. Les sols argileux ne sont pas pour lui, ni les terres froides. Il supporte bien le calcaire tant qu’il n’est pas en excès, trop de calcaire entraînant des carences défavorables à une bonne fructification. Son sol de prédilection est léger et meuble, drainé et chaud, neutre à légèrement calcaire. Un sol caillouteux peut également lui convenir. L’abricotier a également besoin d’un sol profond, au minimum 40 cm, car son système racinaire est pivotant, mais les abricotiers étant généralement greffés, c’est le porte-greffe qui va dicter ses besoins.
Le rôle crucial du porte-greffe sur l’enracinement
La plupart des arbres fruitiers et quelques végétaux d’ornement sont vendus greffés. La greffe permet d’obtenir un abricotier identique au sujet d’origine, et elle autorise également à planter dans un sol ou sous un climat que n’aurait pas normalement supporté l’abricotier, en fonction du porte-greffe utilisé. De plus, le porte-greffe fait bénéficier le sujet greffé de quelques-unes de ses caractéristiques : système racinaire, vigueur, résistance aux maladies… L’abricotier va également gagner, entre autres, une meilleure productivité, une mise à fruit plus rapide, parfois même de meilleures qualités organoleptiques.
Les porte-greffes envisageables sont nombreux : franc d’abricotier ou de pêcher, amandier, pêcher, prunier. Le choix sera guidé par la nature de votre terrain, le climat de la région, mais aussi par la façon dont vous allez conduire votre abricotier, puisque la vigueur de l’arbre va à la fois être influencée par le greffon et par le porte-greffe.
- Franc d’abricotier : Les abricotiers greffés sur francs d’abricotier aiment les sols chauds, peu fertiles, secs, à tendance neutre, profonds. L’association donne des arbres assez vigoureux, productifs mais assez sensibles aux diverses maladies des abricotiers. À une bonne longévité s’associe une bonne compatibilité avec les diverses variétés d’abricotiers.
- Pêcher : Le pêcher est un arbre qui émet des racines peu profondes et en faible quantité, il conviendra à un sol superficiel, calcaire et limoneux. Le franc de pêcher offre une belle vigueur à l’abricotier, et une mise à fruit rapide. Le pêcher ‘Montclar’ montre une certaine résistance au chancre bactérien. La variété ‘Rubira’, elle, résiste à la bactériose. Ce dernier porte-greffe est adapté aux sols granitiques.
- Pruniers : Les pruniers porte-greffes sont souvent préférés aux francs d’abricotiers. Le Myrobolan s’adapte à de nombreux types de sols mais il préfère les sols drainants. De vigueur moyenne, il a une croissance et une mise à fruit rapides mais a le défaut de drageonner. Pour un terrain assez frais, préférez le Saint-Julien qui s’y adaptera mieux. ‘Brompton’ a des racines tout en profondeur, qui assureront un bon enracinement à votre abricotier. Il est rustique et très vigoureux. ‘Mariana’ se plaît dans les sols compacts qui retiennent l’humidité mais il s’adapte facilement à tous sols. ‘Julior Ferdor’ est un porte-greffe de vigueur moyenne pour terrains neutres à peu calcaires, lourds et compacts.
- Amandiers : Les amandiers font de bons porte-greffes pour l’abricotier en sol sec et calcaire. Ils ont des racines puissantes, pivotantes. Greffé sur un amandier, l’abricotier bénéficiera d’une importante profondeur de racines. Il faudra de ce fait lui offrir un sol suffisamment profond, qui permettra à ces racines de correctement se développer.
Greffe en incrustation d'un abricotier sur un prunier
Techniques de plantation pour favoriser le système racinaire
Un arbre acheté en jardinerie ou en pépinières a reçu beaucoup de soins, ces soins devront continuer après sa plantation définitive pour aider à sa reprise dans les meilleures conditions. Bien chouchouté, l’abricotier pourra former un réseau de racines en profondeur et vigoureux, lui permettant d’aller puiser eau et nutriments pour son épanouissement. La bonne période pour la plantation se situe durant le repos végétatif de l’abricotier, entre octobre et avril. Un scion acheté à racines nues est généralement plus vigoureux, car son système racinaire s’est développé librement, sans la contrainte du contenant.
Le rafraîchissement des racines consiste à supprimer celles qui sont abîmées. L’habillage permet une meilleure reprise pour les sujets à racines nues. Le pralinage est également conseillé : cet enrobage des racines dans un mélange à l’origine constitué de bouse de vache, d’argile et d’eau favorise lui aussi la reprise car il évite le dessèchement des racines, améliore la cohésion du chevelu avec le substrat. Il semble également que le pralinage aide à la cicatrisation des racines.
Le trou creusé doit être aussi profond que les racines et leur chevelu. Dans un sol compact, le trou sera encore plus profond, de façon à mêler la terre d’origine à un substrat plus léger et à faire une importante couche de drainage. Le système racinaire sera installé sur une butte dans ce trou. L’installation d’un tuteur est judicieuse : limitant les mouvements du tronc, il permettra aux nouvelles racines de l’abricotier de se développer sans rupture et donc une meilleure reprise. Vous laisserez couler le substrat autour des racines par couches, de façon à pouvoir tasser légèrement entre chacune, il est important de limiter au maximum la formation de poches d’air en-dessous des racines qui nuiraient à la reprise.
Entretien et gestion de l’hydratation racinaire
Durant la période printanière, l’abricotier a besoin de beaucoup d’eau. Le désherbage est donc utile, la concurrence d’autres végétaux pour l’eau en cette période de forte croissance pouvant être préjudiciable pour l’abricotier. Cependant, la plantation d’un engrais vert autour de l’arbre est bénéfique à plusieurs points de vue : une fois fanées, les plantes offriront une matière organique précieuse, elles forment également un paillage naturel qui protège du gel les racines de l’abricotier en profondeur et conserve l’humidité.
Les pluies printanières doivent lui suffire, mais les 2 premières années, vous pourrez l’arroser régulièrement en période sèche, les racines de l’abricotier n’étant pas encore suffisamment profondes pour aller puiser l’eau loin de la surface. Et pour pousser le système racinaire de l’abricotier à se développer vers les profondeurs du sol, arrosez peu mais en abondance. En été, lors d’épisodes de sécheresse, veillez à ce que l’arbre ne manque pas d’eau, des feuilles ramollies et jaunes vous avertiront que la soif se fait sentir. Astuce : pour optimiser les arrosages, installez lors de la plantation un drain vertical au pied de l’abricotier, qui amènera l’eau en profondeur, jusqu’aux racines.

Physiologie et croissance : comprendre la structure de l’arbre
L’Abricotier, parfois appelé Abricotier commun (Prunus armeniaca), est un arbre fruitier appartenant au genre Prunus de la famille des Rosaceae, cultivé pour son fruit, l'abricot. L’abricotier est un petit arbre à feuilles caduques de 6 à 8 m de hauteur. Son port, d’abord sphérique, devient ensuite plus ou moins étalé. Sur le tronc son écorce foncée est d’abord lisse, puis se crevasse ensuite longitudinalement. Ses jeunes rameaux brun rougeâtre portent des yeux à bois ou des boutons à fleurs.
L'abricotier a une croissance polycyclique. La croissance du rameau est arrêtée par la mort du méristème apical, qui marque alors la fin du cycle et d'une UC (unité de croissance). Le bourgeon situé immédiatement au-dessous prend le relais et une nouvelle UC est constituée. Une à quatre UC sont produites par an selon le climat, la variété et la charge de l'arbre. Les bourgeons floraux sont situés à côté ou à la place des bourgeons végétatifs, ils ne contiennent en général qu'une seule fleur. L'induction florale est réalisée au cours de l'année qui précède la floraison. Elle débute en juin et se poursuit jusqu'à la fin de l'été. La différenciation du méristème s'effectue au cours de l'été et dure jusqu'à la fin de l'hiver.
Défis sanitaires liés au système racinaire et au sol
L’abricotier est tolérant vis-à-vis de la nature du sol. Cependant, il craint les argiles profondes et les terres froides et humides (asphyxie des racines). Il supporte des sols à dose élevée de calcaire actif. Il s'accommode aussi de terres caillouteuses mais il préfère les terrains légers, chauds et perméables à pH voisin de la neutralité.
Parmi les menaces, l’Enroulement chlorotique de l’abricotier est une maladie à phytoplasme (bactérie sans paroi). L’agent pathogène, 'Candidatus Phytoplasma prunorum', se multiplie dans les tubes criblés qu’il obstrue s’il est présent en trop grande quantité, conduisant à la mort de l’arbre par dépérissement ou apoplexie. La Verticilliose (Verticillium dahliae) est un champignon qui s'attaque aux racines et provoque un flétrissement des feuilles et des branches, pouvant entraîner la mort de l'arbre. Une bonne gestion du drainage est la première ligne de défense contre ces pathologies racinaires, car la stagnation d'eau affaiblit les défenses naturelles de l'arbre, le rendant plus vulnérable aux pathogènes telluriques.
L’abricotier est un arbre fruitier relativement difficile quant à ses conditions de culture. Ses racines tout comme ses fruits demandent une relative sécheresse et de la chaleur. Tous les sols ne lui sont donc pas favorables, et son climat de prédilection reste cantonné au sud de la France. Heureusement, l’utilisation de porte-greffes donne à l’abricotier une plus grande adaptation quant à la nature du terrain où il peut être planté. Si l’abricotier manque d’éléments nutritifs, les feuilles ont un aspect pâle et décoloré dans le courant de l’été : vous le verrez facilement. Chaque année, enfouissez une poignée d’engrais complet, soit en granulés, soit sous forme liquide, à l’aplomb de la couronne de l’arbre, là où se situent les racines.