La Fougère : Une Présence Diversifiée et Parfois Envahissante dans nos Pelouses et Jardins

Les fougères, végétaux appartenant à la classe des Filicophytes, sont une famille de plantes remarquables par leur diversité et leur présence sur tous les continents. De quelques dizaines de centimètres dans les zones tempérées à plusieurs mètres dans les régions tropicales, elles offrent un feuillage souvent très ornemental, ce qui les rend prisées en horticulture. Cependant, au-delà de leur attrait esthétique, certaines espèces, comme la fougère-aigle, peuvent se révéler envahissantes, transformant leur environnement et posant des défis aux jardiniers.

Diversité des fougères

La Fougère-Aigle (Pteridium aquilinum) : Une Plante Cosmopolite aux Multiples Facettes

La fougère-aigle, ou Grande Fougère (Pteridium aquilinum), est une plante sauvage de la famille des Dennstaedtiaceae, apparue il y a environ 12 000 ans, juste après la dernière période glaciaire, au début de l’Holocène. Considérée comme commune, cette fougère est cosmopolite, se retrouvant dans toutes les zones tempérées du globe, à des altitudes variant entre 0 et 2000 m. Elle est envahissante et se développe en pleine lumière ou à demi-ombragée, sur des sols de toutes natures pour peu qu'ils soient acides et assez profonds. Indifférente à l’humidité du sol, elle peut atteindre une taille de 2 m selon la composition du sol.

Caractéristiques et Prolifération de la Fougère-Aigle

La fougère-aigle possède un rhizome noir, fibreux et ramifié, rampant à plusieurs dizaines de centimètres sous le sol. Ce rhizome lui permet de coloniser rapidement son milieu, contribuant à sa réputation de "mauvaise herbe" depuis le XIXe siècle. Elle prolifère particulièrement lorsque la plante est en plein soleil, se reproduisant alors par ses spores disséminés par le vent sur plusieurs kilomètres. Le nombre de spores est colossal. Toutefois, ces spores ne peuvent germer que sur un sol alcalin et avec des températures estivales, alors qu'elle essaime en automne. Cela explique pourquoi les spores pourront essaimer vers des forêts brûlées, où les cendres sont alcalines. Le sol redeviendra ensuite acide, surtout si des plantations de pins, ou autres conifères, sont réalisées.

Cycles de vie des fougères

La Fougère-Aigle comme Bio-indicatrice

En tant que plante bio-indicatrice, Pteridium aquilinum renseigne sur l’état du sol. Sa présence indique des sols acides, pauvres ou riches en bases, et engorgés en matière organique végétale (carbonée), tout en signalant une carence en matière organique animale, donc en azote, due à la fossilisation de la matière organique. Une prairie agricole contenant cette plante de manière significative évolue vers sa transformation en lande.

Impact sur la Biodiversité et Toxicité

Quand elle s’installe à un endroit et qu’elle s’y sent bien, la fougère-aigle peut se densifier et y rester des décennies voire des siècles, ne laissant plus la place à aucune autre plante. La forêt ne pourra plus s’y développer. Elle contient des molécules toxiques inhibitrices de croissance pour toutes les autres plantes, produisant une ou plusieurs substances biochimiques qui influencent la survie et la reproduction d’autres plantes. Ainsi, si l’on souhaite développer un couvert de fougères aigles, ce sera un couvert définitif.

La fougère-aigle contient de la prunasine qui libère, par hydrolyse, de l’acide cyanhydrique sous l’action de deux enzymes présentes dans la plante et agissant en même temps. Elle contient également de la thiaminase, une enzyme de dégradation de la thiamine, que l’on trouve aussi dans la prêle des champs (Equisetum arvense). La plante est toxique pour les hommes et les animaux. Pour l’homme, l’activité cancérigène de la fougère a été prouvée depuis 1996, la substance identifiée provoquant des cancers et des mutations génétiques étant le ptaquiloside 6. L’OMS signale qu’elle est potentiellement cancérigène pour l’homme. Le lait de vache ayant consommé de la fougère-aigle durant une période de 2 à 4 semaines serait cancérigène chez l’homme (cancer de l’œsophage et de l’estomac). Il est fortement déconseillé de la couper en automne, moment du développement des spores, car les spores libèrent des poussières cancérigènes pour l'homme.

Effets du ptaquiloside

La Fougère-Aigle comme Ressource et Alliée au Jardin

Malgré ses aspects envahissants et toxiques, la fougère-aigle est plus intéressante qu’il n’y paraît au premier abord. En fin de saison, en automne, quand les feuilles commencent à jaunir, on la récolte de préférence sèche ou jaunissante. Sa vocation première sert alors de protection contre le gel de toutes les plantes sensibles comme la mâche, la chicorée sauvage, l’artichaut, la roquette, etc. Au printemps, elle donne le meilleur dans les fraisiers grâce à son action antifongique contre la pourriture grise.

Elle est très riche en minéraux, et le résultat de sa fermentation anaérobique montre une richesse en silice (qui renforce la résistance des plantes), en potassium, en calcium, en phosphore et en oligo-éléments bien assimilés par les plantes. L’association avec la décoction de prêle contribue à accroître la protection, apporter de l’énergie aux plantes et des micro-organismes au sol, dont les vers de terre, et améliore la structure du sol. Il est toutefois recommandé de stopper les pulvérisations en été pour ne pas saturer le sol ou épuiser la plante, le sol étant généralement chaud et l’extrait fermenté froid.

La fougère-aigle apporte une action préventive et curative contre un large spectre de maladies et de ravageurs des cultures. Ses composés organiques (hétérosides cyaniques, aldéhydes) jouent un rôle important pour la santé de la plante. Elle protège des maladies et des ravageurs, avec une action préventive sur les pucerons cendrés du colza, les pucerons lanigères des arbres fruitiers, et les cicadelles vertes de la vigne. Elle est très efficace, en association avec du tourteau de Ricin, sur le taupin et sur le ver du hanneton. Elle attire et intoxique les limaces (métaldéhyde), qui, avec les escargots, se méfient de cette plante. Il suffit de prendre des fougères entières et de les étendre sur 5 cm de hauteur autour des légumes sujets aux attaques des gastéropodes pour un effet garanti, car les spores de la fougère contiennent un aldéhyde apparenté au formol. Les ravageurs fuient les endroits où se trouve ce mulch au risque d'être empoisonnés. Cependant, des observations en 2024 ont montré des limaces se promenant sur des feuilles de fougère-aigle lors de pluies intenses, au début de leur croissance et à l'ombre. Il est possible que la fougère ait un effet répulsif lorsqu'elle est plus âgée ou en plein soleil.

La fougère-aigle est également un excellent paillage. Assez épaisse pour bien protéger de la chaleur et de l’assèchement du sol en plein été, tout en étant assez aérée pour laisser circuler l’air et passer la pluie sans se gorger d’eau. En hiver, une fois sèche, elle isole très bien les plantes potagères et les végétaux sensibles. Les frondes, découpées grossièrement et mises en couche épaisse d’environ 15 cm autour des cultures, sont appréciées par les fraises, les tomates et les artichauts. Elles peuvent aussi être fixées, entières, autour des troncs de bananiers et de palmiers pour isoler leur cœur du froid. Malgré sa croissance dans des sols acides, la fougère-aigle ne les acidifie pas en se décomposant. Riche en phosphore notamment, mais aussi en azote, potassium, silice et calcium, elle enrichit le sol de ces nutriments précieux qui favorisent le développement du système racinaire, des fleurs et des graines des cultures. Elle peut également être ajoutée à un compost végétal ou à un fumier en cours de mûrissement.

Utilisations de la fougère aigle au jardin

Les Fougères en Général : Exigences et Entretien

Les fougères sont des plantes qui aiment les terres acides, nécessitant l'ajout de terre de bruyère à leur terreau. Bien qu'elles apprécient les sols toujours frais, un excès d'humidité peut leur être fatal. Pour les sols trop lourds, l'ajout de sable de rivière assure un bon drainage, évitant la stagnation de l'eau au niveau des racines. Elles poussent naturellement dans les sous-bois et apprécient particulièrement les zones ombragées à semi-ombragées, supportant le soleil le matin ou en fin d'après-midi mais redoutant les situations brûlantes. La meilleure période pour planter les fougères est l'automne, leur permettant de s'installer convenablement avant les grosses chaleurs.

Entretien des Fougères en Intérieur et en Extérieur

Pour les fougères cultivées en intérieur, comme la fougère de Boston, une bonne hygrométrie est essentielle. Elles préfèrent les endroits peu éclairés et très humides, les pièces adaptées étant la salle de bains et la cuisine. Un sol nutritif, comme un terreau pour palmiers et plantes vertes, est idéal. Les fougères ne doivent pas se dessécher et apprécient une légère brumisation au pulvérisateur. L’eau d’arrosage ne doit pas être trop froide et doit toujours être un peu décantée. La fertilisation doit être économe : une à deux fois par mois en été avec un engrais pour plantes vertes et palmiers, ou des bâtonnets d'engrais pratiques. Les fougères nécessitent généralement peu d’entretien. Il est important de les placer dans un endroit avec une luminosité indirecte, moyenne à claire, le soleil direct du midi pouvant brûler les feuilles. Si les bords des feuilles deviennent bruns, cela indique un excès d'eau. Les feuilles jaunes signalent un excès de lumière, nécessitant de placer la plante à l'ombre. Pendant l’automne et l’hiver, la plante se repose, et les nutriments ne sont nécessaires qu'au printemps et en été, en faisant attention à ne pas sur-fertiliser pour éviter l'acidification des racines. La température idéale pour leur croissance est de 15 degrés, et elles continuent à bien pousser jusqu'à un maximum de 22 degrés.

Pour les fougères en extérieur, elles sont idéales pour les jardins ombragés, apportant une touche de verdure persistante tout l'hiver, notamment les variétés de type "Polysticum". Elles aiment les sols légèrement acides et humides, comme la terre de bruyère, reproduisant ainsi les conditions naturelles des sous-bois. Une petite couche de compost suffit, formant une couche de paillis qui nourrit et protège le sol pendant l’hiver. En été, il est important d’arroser la plante de temps en temps, surtout s’il fait très chaud. La taille est moins nécessaire car les fougères frisées perdent leurs feuilles d’elles-mêmes.

Problèmes et Solutions Courantes

Bien que les fougères souffrent généralement peu des maladies et des ravageurs, étant des plantes forestières robustes, des problèmes peuvent survenir. Dans ce cas, il faut éliminer les feuilles affectées dès que possible. Le problème le plus important et le plus courant est lié à un excès ou un manque d'eau. Les fougères sont très sensibles aux insecticides.

Entretien des fougères

Espèces de Fougères Remarquables pour le Jardin

De nombreuses espèces de fougères, au-delà de la fougère-aigle, peuvent embellir un jardin.

La Fausse Capillaire (Asplenium trichomanes)

Aussi appelée doradille chevelue ou capillaire des murailles, cette petite fougère pousse en touffe d’environ 15 cm de haut et 20 cm de large. Elle est composée de tiges noires sur lesquelles poussent de petites feuilles bien découpées, lui conférant une dimension très décorative. La fausse capillaire supporte bien le froid, les terrains difficiles et demande peu d’entretien. Elle s’épanouit parfaitement en rocaille et même dans les interstices des murets tant qu’elle n’est pas exposée en plein soleil.

La Dicksonia Antarctica, Fougère Arborescente

Avec son tronc épais et sombre et son feuillage luxuriant qui forme un large toupet et ses frondes brillantes, la Dicksonia Antarctica est une fougère arborescente à l’allure très exotique. Originaire de Tasmanie, elle pousse de 2 à 5 cm par an mais se distingue par sa longue durée de vie et sa silhouette spectaculaire à maturité, pouvant atteindre 6 m de haut et 3 m d’envergure sous nos latitudes. Si les fougères arborescentes ne résistent pas bien au froid et au gel, la Dicksonia Antarctica est la variété la plus rustique, supportant des températures avoisinant les -10° si abritée du vent. L’été, elle demande peu d’entretien, si ce n’est de veiller à ce que le substrat soit toujours bien humide.

La Fougère Peinte (Athyrium nipponicum ‘Pictum’)

Originaire d’Asie, cette fougère très élégante se distingue par son magnifique feuillage caduc. Ses frondes semblent être peintes d’argent, leur conférant de très beaux reflets métalliques et lumineux. Appréciant particulièrement la mi-ombre et l’humidité, la fougère peinte s’épanouit lorsqu’elle est plantée dans un sous-bois, et pourquoi pas à proximité d’un point d’eau. Dotée d’une croissance plutôt lente, elle se présente sous la forme d’une touffe étalée et compacte de 30 cm d’envergure environ à maturité.

La Blechne Penna-Marina (Blechnum penna-marina)

Contrairement à la plupart des fougères qui préfèrent l’ombre, la blechne penna-marina, originaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande, pousse très bien au soleil tout en étant rustique, supportant les températures hivernales jusqu’à -20°. Grâce à son port touffu et étalé, elle est idéale en couvre-sol. Férue d’humidité, elle apprécie les sols humides, marécageux, voire détrempés, et se trouve souvent au bord des points d’eau.

La Fougère Laineuse (Cheilanthes lanosa)

Si la plupart des fougères aiment les sols humides, la fougère laineuse s’adapte tout à fait aux terrains secs. Ses frondes persistantes de couleur vert grisâtre sont organisées en petites touffes. Originaire du Mexique et des régions arides des États-Unis, cette petite fougère supporte parfaitement la chaleur et la sécheresse, s’épanouissant sans difficulté au soleil, par exemple sur un muret. Elle craint toutefois l’humidité excessive, et il est préférable de la faire pousser en pot dans les régions très pluvieuses pour l’abriter pendant l’hiver.

La Fougère-Houx (Cyrtomium falcatum)

Aussi appelée « ascidie en faux », cette fougère est particulièrement décorative avec ses frondes vert foncé, luisantes, recourbées et légèrement dentelées. Dans un jardin, elle apporte une élégante touche de verdure grâce à ses folioles plus étalées que celles de la plupart des autres fougères. Pour s’épanouir à l’extérieur, la fougère-houx apprécie d’être placée dans un endroit frais et ombragé, à l’abri des vents glacés et violents, et n’apprécie pas l’eau stagnante. Bien que son feuillage soit persistant, ses feuilles peuvent parfois tomber en cas d’hiver particulièrement froid.

Gérer les Fougères Envahissantes dans le Potager

La présence de fougères dans le potager indique un sol à tendance acide et frais. Si la fougère-aigle envahit le potager et empêche les légumes de pousser correctement, des astuces existent pour limiter son développement, car elle est difficile à éradiquer une fois installée.

Limiter le Développement de la Fougère-Aigle

Pour l'éviter au potager, la solution est de modifier son environnement pour le lui rendre moins favorable : étêter des arbres pour éliminer les zones ombragées où elle est installée, et réduire l'acidité du sol en y apportant un peu de calcaire, avec de la chaux magnésienne par exemple. Cependant, il ne faut pas oublier que certains légumes se développent bien en terrain acide.

Il est crucial de ne pas laisser le temps aux fougères de proliférer et de prendre le temps régulièrement pour assurer un arrachage à la main des nouvelles frondes. Il est recommandé de s'équiper de gants, car les frondes sont assez agressives. Un passage de tondeuse à la fin du mois de juin et du mois de juillet semble efficace après plusieurs années.

Déraciner les Autres Espèces de Fougères

Les espèces autres que la fougère-aigle peuvent être arrachées en humidifiant le sol pour faciliter l'opération. Pour des zones importantes, la location d'un rouleau à fougères est l'outil le plus efficace. Il doit être passé vers juin ou juillet, et il faut au moins 3 ans, avec 1 ou 2 passages dans l’année, pour parvenir à ce que la végétation “normale” reprenne le dessus.

Précautions et Usages des Fougères

Il est important de noter que si certaines fougères sont envahissantes, d'autres sont au contraire en voie de disparition et doivent être protégées, comme l'osmonde royale.

Bien que la fougère-aigle soit utilisée dans l’alimentation, la médecine traditionnelle et comme compléments alimentaires dans le monde entier, et même si elle est employée en médecine contre les rhumatismes, il ne faut pas la développer chez soi en raison de sa toxicité et de sa capacité à détruire la biodiversité environnante. Le rhizome de la fougère-aigle croit sans cesse, formant un véritable réseau souterrain dont la longueur peut atteindre un kilomètre et représenter plusieurs tonnes de matière à l’hectare. Il est préférable de repérer des endroits où l’on en trouve pour réaliser un extrait fermenté ou un paillage.

Les jeunes crosses de fougère-aigle sont délicieuses lorsqu’elles sont tendres mais doivent impérativement être cuites, car la fougère-aigle est toxique crue. Il faut jeter toute préparation si une odeur ou un goût d’amande amère est ressenti après cuisson.

Risques et bénéfices de la fougère aigle

tags: #fougere #dans #pelouse