Le jardinage, autrefois considéré comme une activité de niche, connaît un regain d'intérêt spectaculaire, transformant nos balcons, terrasses et parcelles en véritables oasis de verdure. Que ce soit pour le plaisir de la récolte, la reconnexion avec la nature ou les économies réalisées, cultiver son potager ou ses massifs floraux est devenu une tendance forte. franceinfo, à travers ses rubriques dédiées et ses émissions, accompagne les jardiniers, novices ou confirmés, dans cette belle aventure.
L'expertise de Stéphane Marie : Du potager à l'assiette
L’animateur vedette de "Silence, ça pousse", sur France 5, Stéphane Marie, est une figure emblématique du jardinage en France. Auteur de l'ouvrage "Du potager à l’assiette", il y partage toutes ses astuces pour mieux cultiver son jardin, rendant le processus accessible et agréable.

Stéphane Marie recommande des pratiques simples mais efficaces. Par exemple, il suggère de planter ses carottes à proximité des oignons et des poireaux, une association bénéfique pour les cultures. Pour le mois de février, une période souvent perçue comme inactive au jardin, il préconise de feuilleter les catalogues de graines : "Pour rêver son jardin. C’est le moment où on commence à faire les plans pour les plates-bandes et imaginer son jardin". Cette étape de planification est cruciale pour visualiser son futur espace vert et anticiper les cultures. Son ouvrage est agrémenté de nombreuses fiches, une par légume, offrant des conseils précis et adaptés. Celui qui pousse le plus facilement ? "Le mesclun, cette petite salade qu’on peut récolter au bout de trois semaines", un choix idéal pour les jardiniers impatients de voir leurs efforts récompensés.
Les outils indispensables du jardinier
À l’occasion du lancement de la nouvelle émission "Les As du Jardin", où huit candidats s’affrontent autour de défis végétaux au château de Flaugergues dans l'Hérault, un constat s’impose : derrière chaque beau jardin se cachent des indispensables. Simples mais redoutablement efficaces, ces outils accompagnent les jardiniers, amateurs comme confirmés, pour cultiver avec précision… et plaisir.

Impossible d’imaginer un jardin sans arrosage maîtrisé. Dans le programme, les candidats doivent jongler entre différentes espèces aux besoins variés : un bon arrosoir devient alors un véritable prolongement de la main du jardinier, permettant une distribution d'eau ciblée et efficace. Tailler, structurer, donner forme… la cisaille est l’outil de la précision. Elle permet de sculpter les haies, d’entretenir les arbustes et d’assurer une croissance harmonieuse. Dans l’émission, chaque détail compte, et la qualité de la coupe peut faire toute la différence. Un petit conseil supplémentaire est de ne jamais manquer de désinfecter les lames (avec de l'alcool par exemple) pour éviter de transporter les maladies d'une plante à l'autre, une pratique essentielle pour la santé du jardin. Protéger ses mains, c’est aussi préserver son confort et son efficacité. Un indispensable que l’on retrouve systématiquement entre les mains des candidats, les gants de jardinage évitent ampoules et égratignures. Retourner la terre, planter, déplacer… la pelle est au cœur de tous les travaux de fond. Elle permet de préparer le terrain, littéralement. Dans "Les As du Jardin", elle devient l’outil clé des épreuves les plus physiques et techniques, démontrant son importance capitale pour les aménagements et les plantations.
Quand planter en mai et au-delà : Conseils pour un potager réussi
Cultiver son potager offre des gages d'économies et de qualité dans l'assiette, mais on peut se demander par où commencer. Tout bon jardinier connaît cette règle d'or : avant de relancer son potager pour la saison estivale, mieux vaut laisser passer les Saints de Glace. À l'aube de cette période cruciale de gelées tardives (les 11, 12 et 13 mai cette année), les jardineries et pépinières sont déjà prises d'assaut.
DÉBUTER UN POTAGER : Mes conseils pour bien commencer
"Il y a quinze ou vingt ans, le potager était un peu en désuétude, mais depuis le Covid, on s'y est remis. Juste avant les Saints de Glace ou une fois qu'ils seront passés, c'est le moment de faire le plein pour son potager. Si vous avez envie de vous y mettre, c'est le bon moment." Une petite surface de 15 à 20 m² est idéale pour débuter, offrant un espace gérable pour les premières expériences. "Il faut savoir qu’avec un potager de 100 à 150 m², vous nourrissez quatre personnes à l’année. Cela représente 100 à 200 euros d'économies par mois et par les temps qui courent, ce n'est pas du tout négligeable", appuie le spécialiste à la tête de la pépinière du Jardin de Plaisance au Vigen, près de Limoges, Olivier Roulière. Il souligne également que "le potager, c’est tout simple. Un peu d’observation, parfois cinq à dix minutes, et on déguste des choses qui n’ont rien à voir avec ce que l’on achète dans la grande distribution."
Selon Olivier Roulière, un pied de tomate donne entre 3 et 5 kg de denrées. Il s'agit de l'un des légumes les plus faciles et rapides à faire pousser. Semées dans les prochains jours, elles seront prêtes à récolter dans la "deuxième quinzaine de juillet", estime-t-il. "Si vous avez la précaution de mettre une petite protection sur la tête, les tomates vont aller encore plus vite." Pour ses premières plantations, l'idéal est de commencer par des légumes ou petits fruits simples. La salade réussit à tous les coups et ne demande que trois semaines de patience avant d'être cueillie. Les fraises, les choux, les poireaux, mais aussi les cucurbitacées sont également de bons choix. Là encore, Olivier Roulière promet un rendement élevé pour les courgettes : "Un ou deux pieds de courgettes et vous allez nourrir tout le quartier !" La salade est l'un des légumes les plus faciles à faire pousser. Malgré les critiques sur les variétés hybrides dont le goût est jugé inférieur à celui des variétés anciennes, le spécialiste Haut-Viennois reconnaît qu'elles sont plus faciles à cultiver, tombent moins malades et contiennent moins de pépins. Il recommande de partager son potager avec un à deux tiers de variétés hybrides et le reste en variétés anciennes, afin de concilier facilité de culture et richesse de saveurs.
Dans les anciens légumes, Olivier Roulière a un faible pour le chou Bacalan de Limoges, reconnaissable à ses feuilles lisses. "Très goûteux", selon lui, il peut se déguster râpé ou légèrement cuit et n'est pas un chou dur. Longtemps oublié, il revient sur le devant de la scène notamment dans les manifestations locales comme le Championnat du monde de chou farci à Limoges. Thierry, adepte du potager depuis 40 ans, partage également son expérience : "À partir de septembre, je protège mes tomates et, même si elles changent un peu de goût, généralement on en mange jusqu’à fin octobre." Il prévient également : "Il ne faut pas se lancer dans des grandes plantations parce qu’après il faut pouvoir absorber ce que l’on plante." Cet habitant de Haute-Vienne a débuté en profitant des conseils de son père. "On va arriver dans la période des tomates, après les Saints de Glace. Elles se plantent tard dans la région, compte tenu du climat et arrivent au mois d'août", commente cet adepte du céleri-rave, facile à conserver.
Le jardinage en ville et les petits espaces
Faire pousser des petits légumes et des aromatiques sur un balcon, dans un gros pot ou des jardinières, est "tout à fait faisable" assure Olivier Roulière. Seule préconisation : mélanger une moitié de terreau à une moitié de la terre de jardin. "Le terreau est très léger donc vous allez arroser sans arrêt." Les fraises sont des petits fruits faciles à faire pousser dans un pot sur son balcon, à côté des herbes aromatiques. Une fois le niveau "débutant" dépassé, vous pourrez essayer des variétés plus complexes ou même penser à ajouter des fleurs au milieu des légumes comme autrefois. Cosmos, dahlias, glaïeuls… "On peut tout mélanger ! Les tagètes avec des tomates permettent de les protéger de certains parasites. Pourquoi pas mettre des plantes grimpantes aussi ?" Cette approche permet de maximiser l'espace et d'embellir son environnement urbain.

Gérer l'arrosage face aux restrictions d'eau
De très nombreux départements sont concernés par des sécheresses et des restrictions d'eau potable durant l'été. L'année dernière, la Creuse était en état d'alerte renforcée dès le 11 juillet. L'arrosage des espaces arborés était alors interdit en soirée et la nuit, celui des jardins potagers interdit également de 8 heures à 20 heures. En période de sécheresse, il est parfois interdit d'utiliser l'eau courante pour arroser son jardin potager en journée… Mais des solutions existent ! Première étape : installer des récupérateurs d'eau de pluie, puis pailler le sol avec 8 à 10 centimètres de paillage. Certaines variétés de tomates, par exemple, nécessitent un arrosage essentiellement au départ. Plus les racines s'enfonceront dans le sol et plus elles seront résistantes à la sécheresse. D'autant que les terres argileuses de la région retiennent mieux l'humidité. Au potager, "vous n’êtes pas obligés de tremper en permanence, si vous prenez des précautions", souligne Olivier Roulière. Nadia, qui jardine avec ses enfants, a fait le choix de ne pas lutter contre les conditions climatiques parfois extrêmes. Pas de serre, ni d'arrosage excessif en dehors des premières semaines de pousse. "Je laisse la nature se débrouiller. Cela fait que l'on n'a pas de grandes productions, mais j'estime que les plantes doivent s'adapter elles-mêmes", raconte-t-elle, en venant faire ses emplettes pour compléter ses cultures. Son potager mesure 4 mètres par 5, suffisant pour offrir à la famille des fraises, des courges, des tomates, des poireaux, des haricots verts ou encore des herbes aromatiques.
Le retour du printemps : L'effervescence dans les jardineries
Avec l'arrivée du printemps, c'est tout un écosystème qui s'anime. Premiers bourgeons, douceur des températures et couleurs éclatantes. "Un soleil digne d'un mois de mai et des températures élevées, des conditions idéales pour jardiner." Vivienne et Philippe ont commencé leur programme de plantation avec un mois d'avance par rapport aux années précédentes. "Il fait bon, ça fait une semaine qu'il n'a pas plu, donc on ne s'enfonce pas dans le jardin. Et ils annoncent du beau temps encore pendant 8 jours." Une météo qui démange les passionnés de jardinage. Dans cette jardinerie près de Strasbourg, c'est l'affluence des grands jours. "Il y en a encore des comme ça? Le beau temps arrive donc il faut commencer à faire quelque chose, ça donne vraiment envie." Forsythias, jonquilles, primevères, c'est l'envie de couleur qui l'emporte. "Qu'avez-vous choisi aujourd'hui. On choisit sur la couleur, on n'y connaît rien aux plantes." À l'autre bout de la France, dans le jardin de Luce, près de Nice, c'est aussi le premier week-end de plantation. Dans le Sud aussi, le printemps est déjà là avec 15 jours d'avance. C'est la première plante qui offre ses fleurs au printemps mais cette année, "on a des fleurs un peu partout." Et sur les étals de cette jardinerie à Antibes, les fleurs d'été font déjà concurrence aux narcisses et aux primevères.

Avec le printemps, les jardiniers amateurs se ruent sur les magasins spécialisés et en ressortent parfois avec des caddies remplis et chers. Arpenter les rayons fleuris et trouver les meilleurs prix est une préoccupation majeure. Avec l'arrivée des beaux jours, les jardiniers amateurs surveillent de près leur budget, car leur passion peut coûter très cher. Dans une jardinerie de Suresnes, dans les Hauts-de-Seine, le responsable du magasin a opté pour du vrac, comme pour des herbes aromatiques, afin de réduire les coûts. Pour les outils, qui représentent le plus gros du budget, mieux vaut acheter en lot, toujours moins cher que de prendre des outils au détail. Et plutôt que de faire ses courses en magasin, un couple de Dordogne a d’autres astuces : ils font leur terreau, troquent les graines et font de la récup pour les contenants, avec des rouleaux de papier-toilette pour les boutures et une serre faite en vieilles palettes. De quoi limiter un peu le budget tout en adoptant une démarche écologique.
Les jardins partagés : Un modèle d'entraide et de convivialité
Le jardinage compte de plus en plus d'adeptes. Mais en ville, il est plus difficile de s'adonner à cette passion. Sauf si on a la chance de bénéficier d'un jardin partagé. Sur les hauteurs des quartiers nord, derrière les lettres géantes de Marseille (Bouches-du-Rhône), se cache un jardin partagé. Avec vue sur mer, cet espace offre un cadre idyllique pour cultiver, proposant un espace collectif, mais aussi une trentaine de parcelles individuelles. Véronique El Rharbi a son rectangle de terrain à elle depuis un an : "Vous avez des oignons, des piments et des courgettes…" Elle y vient tous les jours pour entretenir son potager. Au-delà du plaisir de consommer sa propre récolte, c'est l'entraide qu'elle apprécie le plus : "Ça permet de créer un peu des contacts, même avec les gens. Même si on ne se voit qu'au jardin, ce n'est pas grave. Les gens vous donnent des conseils, ils vous parlent…"
DÉBUTER UN POTAGER : Mes conseils pour bien commencer
Depuis 2015, c'est une association qui gère ce jardin. L'adhésion coûte 10 euros par an et chacun paie pour l'eau qu'il utilise, autour de 20 euros par personne chaque année. Le succès est tel qu'il y a désormais une liste d'attente pour obtenir une parcelle. Les heureux élus sont les membres les plus impliqués dans le projet collectif. Rachid Sadelli, membre de l'association, apprécie "se libérer du béton, se retrouver dans la nature, planter son potager". "C'est la vie des plantes. Vous mettez une petite graine et quelques jours après, vous voyez des petites feuilles qui sortent. C'est magnifique", reprend Anissa Cheurfa, autre membre du jardin partagé. Ce qui est récolté n'est plus à acheter. Un complément précieux qui explique aussi l'engouement pour ces jardins partagés. À Martigues (Bouches-du-Rhône), dans un quartier populaire, la mairie prête un terrain à une association d'insertion. Depuis plusieurs années, une dizaine d'habitants y travaillent sur la base du volontariat. En récompense de leurs efforts, ils ont le droit de se partager les récoltes une fois par semaine. "On étale tout sur la table, et après, chacun prend ce dont il a besoin", explique Raymond Mora, membre du jardin partagé de Croix-Sainte alors qu'un de ses camarades se réjouit : "Ça fait du bien quand on voit le prix des légumes, c'est pratique." Mais pour tous, l'essentiel est de mettre de côté sa solitude, de faire partie d'un projet commun. Virginie Barneaud encadre le groupe et elle constate les effets bénéfiques sur les jardiniers réguliers : "Ça leur fait du bien. Il y a beaucoup de lien social, et ça crée une dynamique de groupe." Elle s'amuse aussi : "Il y en a un qui a besoin d'une canne. Et quand il arrive au jardin, il n'en a plus besoin de canne. Il la pose sur le côté et c'est fini." Ces jardins sont de véritables lieux de vie et d'échange, favorisant le bien-être et la solidarité.
La rubrique "Jardin" de franceinfo avec Isabelle Morand
franceinfo propose une rubrique dédiée au jardinage, animée par Isabelle Morand. Chaque samedi et dimanche, cette émission offre des conseils de plantation, la redécouverte de plantes et légumes oubliés, le calendrier des rencontres spécialisées et des réponses aux auditeurs. "Jardin" est un rendez-vous hebdomadaire diffusé le samedi et dimanche sur franceinfo. Tous les week-ends, Isabelle Morand propose des conseils de jardinage, des redécouvertes de plantes et légumes oubliés, le calendrier des rencontres spécialisées, et répond à des questions d'auditeurs. Et dès le retour des premiers rayons de soleil, il y a des magasins qui enregistrent mécaniquement un pic d'activité. Car les Français retrouvent leur jardin, parfois dans un triste état après l'hiver. Ils dépensent chaque année 6 milliards d'euros pour l'entretenir, témoignant de l'ampleur de cette passion nationale.

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