Le sol est la clé de voûte des agrosystèmes et la base de travail de l’agriculture régénérative. Il joue un rôle essentiel dans la nutrition des plantes, la rétention de l’eau et la résilience des cultures faces aux stress climatiques. Sa bonne gestion est un levier fondamental pour améliorer durablement la productivité agricole tout en préservant l’environnement. À l'heure où les terres agricoles sont mises à mal par les excès d'engrais et de pesticides ou le changement climatique, il est urgent de réconcilier rendement, fertilité et qualité, de façon naturelle et durable.

L'expertise au service du vivant : Francis Bucaille
Francis Bucaille est un spécialiste mondialement reconnu en agronomie et en gestion des sols. Agronome, agriculteur et cofondateur de Gaïago, une société consacrée à la restauration de la fertilité des sols agricoles, il combine plus de 30 ans d’expérience en R&D agricole et possède à son actif de nombreux profils de sols sur les 5 continents. Auteur du livre « Revitaliser les sols », Francis Bucaille collabore avec des institutions de renom pour promouvoir une approche où l’homme, vivant, dépend intrinsèquement d’une terre vivante.
Ses travaux soulignent une vérité fondamentale : l’homme est du sol qui marche. Tous les minéraux qui constituent notre corps viennent du sol. Voilà pourquoi Francis Bucaille affirme que l’homme est vivant quand la terre est vivante. Cette vision dépasse la simple technique agronomique pour atteindre une portée philosophique : l’homme qui prend soin de la nature, qui acquiert une conscience de sa place au sein d’elle, atteint sans doute une certaine forme de sagesse, qui lui donne aussi la possibilité de vivre pleinement sa vie.
La formation UDS : Comprendre et optimiser la fertilité
À travers une formation mêlant apports théoriques et mises en pratique terrain, l’Université des sols (UDS) by Gaïago apporte les connaissances et outils nécessaires pour analyser, comprendre et optimiser la fertilité des sols. Cette formation sur mesure s’adresse aux techniciens et conseillers agricoles, aux ingénieurs agronomes et chefs de culture des organismes économiques et de l’agrofourniture.
Les objectifs pédagogiques
La formation se décline en plusieurs modules adaptables selon les attentes des participants. Les objectifs principaux sont de :
- Identifier les composantes essentielles d’un sol fertile.
- Évaluer la qualité d’un sol à travers des analyses et observations terrain.
- Comprendre le rôle des biostimulants et leur impact sur le sol et les plantes.
- Accompagner les agriculteurs dans l’adoption de pratiques régénératives.
Le contenu pédagogique couvre des thématiques aussi variées que le fonctionnement biologique du sol, la lecture agronomique des analyses, les tests de terrain (test bêche, slake test, infiltrométrie) et la gestion réglementaire des biostimulants en France. Chaque participant reçoit un livret de formation et est invité à apporter une analyse de sol de son secteur géographique pour enrichir les échanges.
Le test à la bêche – Évaluation du sol sur le terrain (Sept 2016)
La qualité des protéines : au-delà du taux d'azote
Un point crucial de l'analyse de Francis Bucaille concerne la filière blé-farine-pain. La définition actuelle de la qualité des blés est trompeuse. Pour juger de la qualité meunière, les collecteurs utilisent la valeur du taux de protéines, qui n’est pas une mesure directe mais un calcul réalisé à partir de la mesure de l’azote total du grain multiplié par un coefficient (6,25).
Cependant, le taux de protéines calculé à partir de la quantité d’azote est une estimation très grossière. Rien n’assure que la transformation de l’azote en protéines, la protéosynthèse, est complète. Il peut subsister des formes simples d’azote : acides aminés libres et même nitrates. Tout dépend des formes d’azote puisées dans le sol et de la vitalité de la plante au moment de la translocation, c’est-à-dire lors du remplissage du grain en toute fin de cycle.
Le lien entre sol vivant et qualité boulangère
Les sols fournissent des oligoéléments qui jouent le rôle de catalyseurs pour accélérer la synthèse des protéines. Un sol vivant a une incidence positive sur la biodisponibilité de ces oligoéléments. D’une part, un sol vivant génère de la porosité, favorable à l’exploration des racines. D’autre part, un sol vivant n’est jamais compacté, ce qui signifie que les racines ont le champ libre pour explorer profondément le sol.
Une plante sur sol vivant est réellement en lien avec son terroir et peut en exprimer les spécificités, y compris organoleptiques. Elle bénéficie d’un meilleur accès à l’eau, ce qui la protège en fin de cycle, moment critique pour la qualité des protéines. Enfin, la vie du sol apporte aux plantes directement des acides aminés issus de synthèse bactérienne tout au long de la saison. La plante a moins de travail à faire et peut être plus efficace pour la protéosynthèse.

Les trois piliers de la nutrition sur sol vivant
Nourrir un blé sur sol vivant consiste à utiliser trois piliers fondamentaux. Le premier est de mobiliser la fourniture en azote par la matière organique du sol et des engrais organiques, ce qui implique une bonne gestion des fumiers et composts, ainsi que des résidus de culture. Le deuxième pilier est d’apporter des bactéries libres au sol, qui ont la capacité de capter l’azote de l’air. Enfin, l’on peut recourir à l’azote minéral de synthèse, qui sera beaucoup plus efficace sur un sol vivant car il y a moins de pertes grâce à de meilleurs enracinements et une meilleure oxygénation du sol.
Une vraie logique de travail sur sol vivant vise donc à favoriser l’interaction positive de la plante sur son sol : par ses exsudats, par ses symbioses, par son enracinement profond dans les trois dimensions du sol. Ainsi, on s’assure de recapitaliser le sol. C’est la logique que l’on rencontre dans la nature : les plantes et les sols ont toujours évolué en bénéfices mutuels depuis l’apparition de la vie sur terre.
Vers une agriculture régénérative et rentable
Ce qui est magique quand on travaille avec le vivant, c’est qu’on peut trouver des solutions gagnantes à tous les niveaux. Un blé sur sol vivant produit non seulement des protéines de qualité, mais aussi tout un arsenal biochimique qui assure ses propres défenses. L’agriculteur peut ainsi réduire ses applications de produits phytosanitaires, réduire ses applications d’engrais, et améliorer sa profitabilité.
Les effets bénéfiques induits sont de réduire les résidus de pesticides sur l’enveloppe du grain et d’améliorer la qualité nutritionnelle du pain. Dans une logique de filière, il est également préconisé de maintenir le caractère vivant des farines en préservant l’intégration du germe. Ces dernières décennies, on a voulu accroître la durée de conservation des farines en y supprimant justement les précurseurs de la vie, au risque d’en faire un produit inerte. Travailler sur la qualité des protéines auprès des agriculteurs serait incitatif pour rétablir la vie dans les sols.

Restauration et revitalisation : des outils pour agir
L'ouvrage « Revitaliser les sols » de Francis Bucaille propose un inventaire sur la corrélation entre les adventices et les déséquilibres minéraux des sols, afin de construire des programmes de fertilisation basés sur la « diététique » du sol et des cultures. L'agriculture - et le sol qui la porte - est la composante principale des solutions réalistes mobilisables à court terme pour agir positivement sur la biosphère.
Le livre détaille de nombreuses pistes pour :
- Rééquilibrer la microbiologie des sols.
- Fertiliser les cultures.
- Protéger les espèces plantées (nutriprotection).
Cette nouvelle édition, mise à jour et enrichie, offre les clés d’un cheminement de transition agro-écologique solide et vertueux. Un ensemble de solutions pour réhabiliter des sols abîmés par les excès d'engrais et de pesticides ou affectés par le changement climatique. En se concentrant sur le profil de sol et le climax, il devient possible d'intensifier un agrosystème durable. Il est urgent de permettre aux agriculteurs d'adopter ces innovations, car la transition vers des sols vivants est la voie royale pour assurer la souveraineté alimentaire et la santé publique.
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